‹ Traité de thérapeutique vétérinaireChapitre 175 sur 260 · FROID · texte numérisé non relu

FROID

lement au contact d'une flamme et constituent durant la nuit un dang-er d'incendie.

Doses [estomac).

Cheval 13 à 30 grammes .

Bœuf 20 à 50 —

Mouton, clièvre, porc 5 à 10 —

Chiéii 0i=-'-,50 à 4 —

Chat O^'.SO à 1 gramme.

Inhalations {aneslhésie).

Grands herbivores 100 à 150 grammes.

Chien 10 à 50 —

Cliat 10 à 30

Injections hypodermiques.

Grands herbivores 10 à 30 cent, cubes.

Porc et mouton 5 à lO" —

Chien là 2 —

Formule.

Éther 15 grammes.

Huile de ricin 150 —

Mélangez.

Administrer cette dose au cheval atteint de coliques. Au besoin, renouveler l'administration après deux heures.

Anesthésiques locaux ou analgésiques.

L'anesthésie locale ou analgésie consiste dans l'insensibilisation d'une partie restreinte du corps. Elle est précieuse pour la pratique des petites opérations, parce que le sujet conserve intactes ses fonctions nerveuses générales et qu'il n'est privé de sensibilité que dans la région opératoire.

Les principaux agents d'anesthésie locale utilisables en médecine vétérinaire sont : le froid, la cocaïne, les eucaïnes, l'holocaïne, l'orthoforme, le gaïacol, la stovaïne, la novocaïne, l'alypine, la cig-uë officinale, l'anesthésine.

Froid.

La réfrig'éralion constituait pendant long-temps le seul procédé courant d'anesthésie locale.

On sait que le froid intense, appliqué localement, détermine un léger engourdissement des tissus avec diminution, puis perte de la sensibilité. Mais son action reste toujours superficielle ; elle ne dépasse pas l'épaisseur de la peau et, par conséquent, ce procédé ne peut convenir que pour la pratique des opérations superficielles.

Les procédés de réfrig-ération sont nombreux. On peut appliquer sur la partie à anesthésier de l'eau froide, de la glace, des mélang-es réfrigérants ou des liquides très volatils, comme l'éther, le bromure de méthyle, le chlorure de méthyle, dont l'évaporation rapide détermine un froid intense.

Ces moyens sont rarement employés en médecine vétérinaire; ils pourraient cependant rendre des services dans beaucoup de cas.

luéther et le chlorure de méthyle sont pulvérisés a l'aide de l'appareil de Richardson. Le premier de ces corps fournissant des vapeurs inflammables ne doit jamais être employé au voisinage d'une lampe ou d'un feu.

Le chlorure de niéthi/le n'est liquide à la température ordinaire que s'il est soumis à une forte pression. A la pression ordinaire, il bout à — 33°. Pour s'en servir, on l'enferme dans un siphon à parois métalliques très résistantes. Le jeu d'une vis permet de le faire écouler par un petit orifice, sous forme d'un jet pulvérulent. Le liquide ainsi divisé en gouttelettes extrêmement fines s'évapore aussitôt et produit un froid intense, capable de cong-eler la partie qui reçoit le jet.

Cocaïne.

G'^H'^'AzO'\

La cocaïne est le principe actif principal des feuilles de la coca [Erythroxijloii coca), arbrisseau cultivé depuis un temps immémorial dans plusieurs contrées de l'Amérique du Sud, notamment au Pérou, au Brésil, en Bolivie et dans la République Argentine.

C'est un alcaloïde qui cristallise en prismes à quatre ou six pans, incolore, amer, peu soluble dans l'eau (1 p. 700 à 12°), assez soluble dans l'alcool et très soluble dans l'éther, déviant à gauche la lumière polarisée. Avec les acides, la cocaïne donne des sels cristallisables qui offrent l'avantage d'être très solubles dans

l'eau. Le plus employé de ces sels est le chlorhydrate de cocaïne^ que, dans la pratique et par abréviation, on désigne ordinairement sous le nom de cocaïne.

En raison de sa faible solubilité dans l'eau, la cocaïne n'est pas directement utilisée pour les besoins de la médecine et de la chirurgie ; on préfère le chlorhydrate de cocaïne, qui est très soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool, dans l'éther, le pétrole, la benzine, le benzol et letoluol.

La cocaïne est peu stable; elle se décompose dans diverses conditions, notamment quand on la chauffe avec des acides ou des alcalis. Elle se dédouble en donnant de Vergonine, de Vacide bensoïque et de ï alcool méthylique :

C'JraïAzOi + 2H^0 = C9H'iA/03 + CTIGO^ + «PO

Cocaïne. Kcgoiiiiie. Acide Alcool

beii/.oïque. méthylique.

Elle est considérée comme de la méthylbenzoylecg-onine.

Pendant longtemps, la cocaïne a été retirée exclusivement des feuilles de coca ; aujourd'hui on la prépare aussi par synthèse.

Dans les feuilles de coca, elle fut isolée pour la première fois en 1855 par Gaedeke sous le nom d'érythroxyline et obtenue à l'état de pureté en 1859 par Niemann, qui lui donna le nom de cocaïne.

Préparations. — Pour les besoins de la médecine et de la chirurgie, on emploie le chlorhydrate de cocaïne sous forme de solutions aqueuses et de pommades.

Les solutionii aqueuses ordinaires s'altèrent rapidement. Au bout de trois à quatre jours, elles perdent déjà de leur qualité, puis finissent bientôt par devenir à peu près inactives. Si l'on veut assurer à ces solutions une conservation indéfinie, il est nécessaire de les stériliser et de les conserver en ampoules de verre hermétiquement fermées. La stérilisation des solutions se fait par la chaleur à la température de 100°, ou même 120°. A cette température, le chlorhydrate de cocaïne parfailement pur n'est altéré que dans une proportion négligeable.

Les solutions doivent en outre être parfaitement neutres ; en effet, lorsqu'elles sont franchement acides, leurs propriétés anesthésiques sont atténuées ou masquées en partie.

Les pommades cocaïnisées conservées perdent ég-alemcnt de leur activité. On a constaté que l'altération des pommades faites

avec la cocaïne est plus rapide que celle des pommades Inites avec le chlorhydrate de cette base.

Action physiologique. — Le chlorhydrate de cocaïne exerce sur l'organisme animal une double action : action locale et action g-énérale.

n. Action locale, — iSi Ton dépose directement sur un tissu vivant quelconque une solution de chlorhydrate de cocaïne, on voit se produire, après quelques minutes, une modification dans les manifestations vitales de ce tissu. A dose extrêmement faible, elle excite le fonctionnement des éléments touchés et exalte leurs propriétés physiologiques ; à dose plus forte, elle ralentit leur fonctionnement et diminue leur excitabilité, et enfin, à dose forte, elle arrête pendant un temps plus ou moins long- toutes les manifestations vitales et plong-e les éléments dans Tétat anesthésique ou de mort apparente.

La cocaïne agit sur le protoplasma : c'est un poison protoplasmique; voilà pourquoi elle modifie l'activité de tous les tissus, de tous les éléments anatomiques au contact desquels elle est portée. Elle exerce son action aussi bien sur le protoplasma végétal que sur le protoplasma animal. Son intensité d'action dépend de la nature des éléments vivants et de sa dose. Une solution donnée de chlorhydrate de cocaïne n'ag-ira pas avec la même rapidité et la même intensité sur tous les éléments vivants qui entrent dans la constitution du tissu touché parla solution. Certains éléments, très sensibles à l'action de la cocaïne, comme les terminaisons périphériques des nerfs sensitifs, pourront être paralysés et anesthésiés, tandis qu'à ce même moment d'autres éléments, comme les fibres musculaires, n'auront encore éprouvé aucune modification fonctionnelle notable; ceux-ci ne seront influencés que plus tard ou avec des doses plus fortes.

Chez les animaux supérieurs, le phénomène le plus saillant et le plus important que produit l'application locale de cocaïne, c'est la diminution rapide et même la suppression de la sensibilité dans les surfaces touchées par le médicament, c'est-à-dire une anest/iésie, une analgésie locale plus ou moins complète. Les terminaisons périphériques des nerfs sensitifs sont les éléments les plus sensibles à l'action paralysante exercée par la cocaïne ; ce sont ces extrémités qui sont le plus fortement et le plus rapidement atteintes.

Cette remarquable propriété anesthésiante qu'exerce locale-

e04 COCAÏNE.

ment la cocaïne a été sig-nalée la première fois en 18C2 par Schrofl", qui, ayant appliqué de la cocaïne sur la iang-ue, a pu voir la muqueuse de celle-ci devenir insensible sur toute la surface touchée par le médicament.

Depuis il a été établi par de nombreux expérimentateurs et cliniciens que, par l'emploi de la cocaïne, Tanesthésie locale peut être obtenue sur toutes les muqueuses, sur fous les tissus vifs et même sur la peau quand on a le soin de la débarrasser préalablement de son épiderme soit par un vésicatoire, soit par amincissement mécanique.

Bientôt on a constaté un autre fait important, c'est que, appliquée sur un point du trajet d'un tronc nerveux, elle abolit passagèrement l'excitabilité et la conductibilité des fibres en ce point. Il en résulte que, pendant l'action de la cocaïne, le tronc nerveux se comporte comme s'il était coupé, c'est-à-dire que la continuité physiologique de ses fibres est interrompue au niveau de l'application de la cocaïne. Les excitations périphériques ne peuvent plus se transmettre aux centres, et les excitations partant des centres ne peuvent plus arriver aux terminaisons périphériques.

11 y a donc paralysie sensitive et paralysie des mouvements volontaire et ré/lexe dans toute la zone de distribution périphéricjue du nerf cocaïne sur un point de son trajet.

L'action paralysante s'exerce aussi sur les centres nerveux, cerveau, moelle, \)i!iv V application locale de la solution cocaïnée.

La cocaïne suspend l'activité de tous les éléments vivants au contact desquels elle est portée à dose suffisante; elle agit aussi bien sur les terminaisons motrices que sensitives, sur les nerfs périphériques de toute catég-orie, sur les centres nerveux, sur les éléments musculaires, glandulaires, sur les cellules épithéliales vibratiles, sur les g-lobules blancs, sur le protoplasma vég-étal, sur les microbes, etc. (François Franck).

1° Ad ion sur l'œil. — L'application de chlorhydrate de cocaïne en solution aqueuse à la surface du globe oculaire ne produit ni douleur, ni irritation, ni modification de l'acuité visuelle, quelles que soient la force de la solution et la quantité employée. Après l'instillation dans l'œil de quelques g'outtes d'une solution de chlorhydrate de cocaïne de 2 à 3 p. 100, on constate successivement quatre phénomènes : 1° l'insensibilité de la surface du globe et de la face interne des paupières ; 2" la pâleur de la conjonctive; î)" le relèvement de la paupière supérieure avec une légère

exophtalmie; 4» la dilatation de la pupille sans que ceUe-ci perde la faculté de réagir à la lumière et de s'accommoder.

Dans l'œil, ianesthésic se manifeste en premier lieu sur la cornée, puis successivement sur la conjonctive du globe, de ia face interne des paupières et de la membrane nictitante. Vers le bord des paupières, l'insensibilité est toujours moins marquée que sur le reste de la conjonctive; elle s'étend aussi aux voies lacrymales. En renouvelant l'instillation plusieurs fois, l'anesthésie peut atteindre les parties profondes de l'œil, la sclérotique, les muscles du globe et le sphincter irien, ce qui rend possibles certaines opérations qui ordinairement sont fort douloureuses et qui nécessitent l'anesthésie générale, telles que l'opération de la cataracte, l'extraction de corps étrangers, l'énucléation du globe oculaire. Il est à remarquer que les solutions à 2 ou 3 p. 100 sont aussi actives localement que les solutions plus fortes. L'anesthésie de la cornée et de la (^onjonctive commence cinq minutes après l'instillation ; elle augmente et devient complète de la dixième à la quinzième minute; elle dure au moins dix minutes, puis décroît et cesse. Mais on peut l'entretenir et la faire persister en renouvelant les instillations toutes les cinq minutes. L'anesthésie se produit non seulement sur l'œil sain, mais aussi sur l'œil dont la conjonctive est enflammée. La conjonctive aneslhésice par la cocaïne a perdu la sensibilité tactile, la sensibilité douloureuse ainsi que ia sensibilité thermique ; son excitation ne donîie lieu à aucun réfîexe.

La mydrieise qui accompagne constamment l'anesthésie localisée commence à se montrer dix minutes environ après l'instillation; elle aug-mente graduellement, atteint son plus fort degré en moins d'une heure et persiste toujours plusieurs heures. Il est à remarquer que jamais la mydriase n'atteint son degré maximum après l'instillation de chlorhydrate de cocaïne et q^ue la pupille continue à réagir à la lumière et à la convergence des yeux. Avec des instillations d'ésérine, on peut empêcher l'effet mydriatiqiiie de la cocaïne d'apparaître ou le faire disparaître quand il existe déjà.

L'action mydriatique ne se produit pas chez les gallinacés et les pigeons.

La cocaïne produit toujours* la pâleur de la conjonctive par suite de l'action vaso-motrice locale. En «nème temps, la tension oculaire paraît diminuée.

2" Action sur la muqueuse buccale. — Le chlorhydrate de cocaïne appliqué directement sur la muqueuse buccale anesthésie celle-ci aux points touchés par le médicament (Schroll', 1802). La sensibilité g-énérale, la sensibilité tactile et gustative de la langue sont complètement abolies par le chlorhydrate de cocaïne en solutions plus fortes que 0 p. 1000, tandis que la sensibilité thermique reste intacte. Les solutions très faibles à 3 p. 10 000 augmentent la sensibilité gustative.

3° Action sur le pharynx, le larynx^ les cavités nasales^ roreille, le canal de l'urètre, le rectu?n. — Le chlorhydrate de cocaïne exerce également sur les muqueuses des cavités nasales, du pharynx et du larynx son action anesthésique et analgésique.

Pour le pharynx et le larynx, on se sert de solutions de chlorhydrate de cocaïne à 5 p. 100, 10 p. 100 et même 20 p. 100. Après plusieurs badigeonnages avec l'une de ces solutions, on obtient une anesthésie qui dure de cinq à dix minutes.

Sur les autres muqueuses, conduit auditif externe, canal de l'urètre, rectum, on emploie les injections ou les badigeonnages à l'aide d'un pinceau de solutions à 4 p. 100 de chlorhydrate de cocaïne.

4° Action anestliésiante locale exercée par les injections dans les tissus. — Le chlorhydrate de cocaïne injecté sous la peau, ou dans le derme, ou dans un parenchyme quelconque, paralyse tous les éléments vivants avec lesquels il arrive en contact. Les éléments nerveux sensitifs étant les plus sensibles à son action sont les premiers atteints, de sorte que l'anesthésie ou l'analgésie localisée est le phénomène le plus précoce et le plus saillant. Par l'injection de quelques g'outtes d'une solution aqueuse de chlorhydrate de cocaïne à 1 ou 2 p. 100 dans l'épaisseur du derme cutané ou d'une muqueuse, on provoque l'apparition d'une anesthésie localisée au point d'injection. Elle apparaît quelques minutes après l'injection et peut durer environ dix minutes, temps suffisant pour nombre de petites opérations.

Si l'injection est faite dans le tissu conjonciif sous-cutané ou sous-muqueux, l'anesthésie apparaît encore dans la partie de la peau ou de la muqueuse sus-jacente, mais elle est un peu plus tardive et est moins durable. Dans ce cas, l'absorption enlève assez rapidement une partie du sel'de cocaïne, et des phénomènes généraux peuvent apparaître, même des symptômes d'intoxication, si la quantité injectée est forte. Les solutions portées à la

GOCAÏiNE. 607

température du corps ou même à 50" G. agissent plus vite et jtroduisent une insensibilité plus forte.

Sur le cheval, j'ai constaté que le chlorhydrate de cooaïne en solution à 1 ou 2 p. 100, injecté sous la peau, dans le tissu conjonctif, provoque souvent, en même temps que Tanesthésie locale, une sudation locale abondante. Cette sudation peut persister plusieurs heures.

Nerfs. — L'injection de cocaïne le long- d'un tronc nerveux abolit passag'èrement les propriétés physiolog"iques du nerf dans les points touchés par la solution et amène par conséquent Tanesthésie régionale. Dans ce cas, Tanesthésie frappe aussi bien les tissus superficiels que les tissus profonds.

Moelle. — Lorsqu'on porte la solution cocainée au contact de la moelle épinière ou des racines rachidiennes postérieures par injection sous-arachnoidienne ou épidurale, on observe des phénomènes de paralysie passag'ère dans toute la partie du corps située en arrière du point d'injection. Ces phénomènes sont dus à l'action locale paralysante exercée par la cocaïne sur les parties touchées par le médicament.

b. Action générale. — Lorsque, après son absorption, le chlorhydrate de cocaïne est disséminé dans l'organisme par l'intermédiaire de la circulation, on voit apparaître diverses modifications fonctionnelles qui présentent quelques particularités propres à chaque espèce animale.

Chien. — Sur le chien de 10 kilog^rammes environ qui reçoit en injection sous-cutanée ou intraveineuse une dose de 6 centigrammes de chlorhydrate de cocaïne, on observe constamment les phénomènes suivants :

L'animal, s'il est à l'attache, commence à piétiner sur place, tournant tantôt à droite, tantôt à gauche, comme préoccupé et inquiet. S'il est en liberté, il marche précipitamment en tous sens, avec des mouvements de tète effarés, tournant tantôt dans un mouvement de manège, tantôt courant droit devant lui, sans jamais s'arrêter, sans un instant de repos. En même temps qu'il se meut ainsi d'une façon incessante, il présente un certain deg-ré d'analg-ésie aux extrémités des pattes, mais non de la conjonctive oculaire. L'inteUigence est conservée. Des doses foi-tes de cocaïne provoquent également des défécations multiples.

Chat. — Le chat est très sensible à l'action de la cocaïne. En en injectant 0^'',04 sous la peau d'un chat de ^''^,330 en solution

à 5 p. 100, on voit apparaître une accélération respiratoire, de Tagilation, de lamydriase, de ia salivation, des tremblements et des secousses musculaires surtout dans la région du cou et de la tête, des hallucinations se traduisant par de l'agitation, le reg-ard fixe, l'action de happer dans l'air avec les mâchoires, de frapper avec les pattes de devant, des mouvements de fuite et des accès de peur.

A dose plus forte encore, le chat montre les phénomènes précédents ])lus accusés et, en outre, des convulsions épileptiformcs et une dilatation pupillaire extrême (Fischer).

Cobaye. — Lapin. — Chez le cobaye, le lapin, une dose moyenne de chlorhydrat/e de cocaïne injectée sous la peau du dos donne iiew à une hyperexcitabihté générale qui potasse l'animal, soit spontanément, soit au moindre bruit, et sans la plus légère excitation périphérifjue, à se mettre en mouvement avec une brusquerie, une violence comme irrésistibles ; et cependant on constate en même temps un degré notable d'ana/ffésie aux extrémités des pattes, surtout des pattes ])0stérieurcs.

A dose plus forte, cette sorte d'excitabilité et d'impulsion motrice devient extrême ; l'animal, inquiet, le reg-ard fixe, s'élance subitement en avant et fuitd'ime course rapide et comme afToléc, puis est pris d'accès conviilsifs, avec opisthotonos et rejet par la bouche de petites quantités de liquide verdâtre ; souvent il expulse aussi de l'urine.

Chèvre. — Chez la c)hèvre pesant environ 17 kilogrammes, l'injection sous-cutanée ûe 0e'",O2 de chlorhydrate de cocaïne en solution à 5 p. 100 provoque rapidement une vive agitation; l'animal se déplace constamment et crie, puis survient de la parésie qui l'empôche de se tenir debout; enfin se produisent des convulsions tétaniques et cloniques dans les membres, de l'opisthotonos, de la salivation, du nystagmus, de la mydriase. Ces effets, après avoir atteint leur maximum pendant la première heure, diminuent ensuite et disparaissent à peu près complètement deux heures après l'injection.

Vache. — Sur une vactoe de 275 kilogrammes, après l'injection sous-cutanée de 2 à 3 grammes de chlorhydrate de cocaïne, Fischer a vu apparaître de la salivation, une extrême agitation avec îMarche irrésistible, des mouvements de la queue, de l'expulsion d'urine et d'excréments^ des trcinblements et des

COCAÏNE. r,09

secousses musculaires dans le Ironc, de la dilatation pupillaire, du nystagmus, une accélération considérable de la respiration et du pouls, qui est devenu dur et difficile à compter, de la frayeur et une élévation de la température.

Des doses plus fortes provoquent en outre des convulsions tétaniques violentes et la mort.

Cheval. — Des doses voisines de Og',30 de chlorhydrate de cocaïne injectées sous la peau ne provoquent sur le cheval de taille moyenne qu'une lég-ère excitabilité g-énérale, se traduisant à l'écurie par des trépignements, des déplacements plus fréquents, quelques mouvements de balancement de la tête et de l'encolure, un port plus élevé de la tête ; en liberté, par un besoin de marcher : la tête est portée haute, l'œil est plus vif, les oreilles se meuvent dans tous les sens, l'animal a une attitude plus fière, des mouvements plus vifs et plus faciles. Souvent on voit se produire un peu de sudation localisée au point d'injection, parfois une lég^ère salivation. Ces effets disparaissent g'raduellement environ deux heures après l'administration.

A doses plus fortes, voisines de 1 gramme, en injection hypodermique, le chlorhydrate de cocaïne provoque déjà, après dix minutes, une certaine excitation g-énérale qui va en augmentant et pendant laquelle le cheval éprouve un besoin impérieux de se mouvoir; les allures sont plus vives, plus relevées, la démarche est plus disting-uée, l'œil est vif et brillant, les oreilles sont dressées et se meuvent au moindre bruit; l'animal est plus impressionnable, chasse vigoureusement les mouches et présente le plus souvent delà sudation localisée d'abord aux points d'injection, puis gagnant les passages des sangles, le flanc et la partie inférieure de l'encolure; de la salivation apparaît aussi parfois, et des tremblements musculaires se montrent dans les muscles des membres, surtout au grasset et dans la région olécranienne. D'ordinaire l'animal s'effraie facilement; on l'entend faire des soufflements caractéristiques quand il est à l'écurie; dehors, quand il est en marche, il va droit devant lui et aborde les obstacles avec une grande assurance. La pupille est ordinairement plus ou moins dilatée et immobile; elle ne se modifie plus sous l'influence des variations d'éclairage. Cette immobilité de la pupille semble commencer avec l'excitation générale et durer autant qu'elle. Souvent aussi l'animal rend des crottins et présente de la salivation. Pendant la période d'agitation, le cheval a le pouls accéléré KaukiMann. 39

ainsi que la respiration ; celle-ci devient parfois pénible au point que l'animal a de l'essoufflement. La température s'élève toujours notablement.

Aux doses de 4 à 5 g-rammes en injection sous-cutanée, le chlorhydrate de cocaïne provoque chez le cheval des effets encore plus violents ; l'agitation devient extrême, le besoin de se porter en avant est tel que l'animal s'emporte et ne peut être arrêté que très difficilement. Les tremblements et les secousses musculaires se g-énéralisent et, à un moment, les mouvements sont mal assurés ; il se produit de l'ataxie qui amène la chute de l'animal. Celui-ci, en outre, salive abondamment et est couvert de sueur sur tout le corps. La mydriase est très accusée, et la pupille est immobile.

A des doses encore plus élevées, on voit apparaître en plus des convulsions tétaniques et la mort.

Après l'administration interne, les elfets sont identiques, mais il faut des doses plus élevées pour les provoquer. Le cheval de taille moyenne de 500 kilogrammes supporte 5, 6 et même 10 g-rammes de chlorhydrate de cocaïne.

En résumé, de l'ensemble des observations et des expériences faites par les divers auteurs, il résulte que, chez tous les animaux à sang- chaud, oiseaux, rong-eurs, carnivores, g-rands et petits ruminants, solipèdes, le chlorhydrate de cocaïne produit des effets généraux identiques se traduisant par de l'hyperexcitabilité cérébrale, des impulsions motrices, un besoin irrésistible de se mouvoir, des tremblements et des secousses musculaires, de la frayeur, des hallucinations, de l'accélération de la respiration et du pouls, de la salivation, de la sudation, de l'élévation de la température rectale, de l'expulsion d'excréments, de la mydriase avec immobilité de la pupille, des convulsions épileptiformes et enfin la mort quand la dose est suffisamment élevée. Lorsque l'animal résiste, les effets s'atténuent rapidement et, après quelques heures, tout est rentré dans l'ordre.

1° Action sur les centres nerveux. — Lacocaïne absorbée porte d'abord son action sur les cellules des centres nerveux encéphalorachidiens.

A faible dose, elle excite pour ainsi dire exclusivement l'activité des fonctions psychiques et intellectuelles, tout en aug-mentant lég'èrement tous les réflexes. Chez l'homme, surviennent de la g-aieté, de la loquacité, une facilité et une promptitude très g-rande

des opérations intellectuelles avec une sensation générale de bienêtre. Chez les animaux, on note d'ahoïxi des phénomènes de gaieté, une plus grande légèreté dans les mouvements; chez le cheval notamment, la tête est portée haute, les yeux sont vifs, les oreilles mobiles et la démarche est plus facile, plus relevée, plus élégante. En même temps, les réflexes sont augmentés ; une excitation sensitive quelconque produit une réaction plus vive qu'à l'ordinaire ; on note aussi une légère accélération de la respiration et du cœur. L'homme accuse souvent une respiration plus aisée.

Tous ces effets doivent être attribués à une action légèrement excitante exercée sur les éléments des centres nerveux, cerveau, bulbe et moelle épinière, par les très faibles doses de cocaïne.

A doses moyennes et fortes, l'excitation cérébro-spinale est plus intense ; il se produit alors de l'inquiétude, de la frayeur, des hallucinations, des impulsions motrices irrésistibles, et enfin des convulsions épileptiformes, puis des spasmes tétaniques.

Des recherches physiologiques, il résulte que la cocaïne agit sur toutes les parties des centres nerveux, encéphale et moelle, mais que Voction cérébrale domine et qu'à ce titre elle mérite d'être classée parmi les poisons corticaux. Elle agit d'abord sur les fonctions psychiques en les exaltant d'abord, puis en les paralysant si la dose est forte.

2° Action sur les muscles. — Chez l'homme et tous les animaux, la cocaïne favorise le travail musculaire. Ce fait est démontré par plusieurs auteurs, notamment par U. Mosso et Ferré. Or, dans les mouvements musculaires, deux sortes d'organes interviennent : les centres nerveux et les muscles.

Nous savons déjà, par ce qui précède, que les centres encéphalo-médullaires sont stimulés. Mais cette stimulation centrale n'exclut pas une action stimulante périphérique directe sur les muscles. Cette action excitante directe sur les muscles est démontrée par une expérience de U. Mosso sur la grenouille curarisée. Par le curare, on supprime l'intervention du système nerveux ; or, sur une grenouille curarisée, la cocaïne à faible dose produit nettement une amplitude plus grande des contractions provoquées par des excitations portées directement sur le muscle. Donc l'amélioration du travail musculaire sous l'influence de la cocaïne chez l'animal normal doit être attribuée à la fois à une action centrale portant sur l'encéphale et la moelle et à une action périphérique portant sur les muscles.

3° Action sur In température et In thermogenèse. — La cocaïne augmente toujours la température rectale. Chez le chien, le chat, la vache, le cheval, la température peut s'élever à 40, 41" et même plus. En même temps que l'animal s'échaufl'e, la production calorifique s'accroît (Gh. Richet).

L'élévation de la température et Thyperproduction de chaleur sont attribuables en grande partie, mais non exclusivement, aux contractions musculaires, car elle se produit à un certain degré sous l'influence de la cocaïne, sur les animaux curarisés et dont les mouvements sont paralysés.

Il est extrêmement probable que la cocaïne est détruite en grande partie dans le foie.

^° Action sur les sécrétions. — A forte dose, la cocaïne aug-mente la sécrétion salivaire et la sécrétion sudorale. Les animaux bavent et parfois se couvrent de sueur.

La sudation est particulièrement marquée chez le cheval. Elle débute au point d'injection de la cocaïne, ce qui semble indiquer une action localisée, et ensuite elle apparaît sur tout le corps par suite de l'action générale.

Cette g'énéralisation de la sudation est la conséquence de l'absoi'ption du poison et de son action excitante sur les centres sudoraux du bulbe et de la moelle épinière.

La salivation semble due aussi à une action centrale plutôt qu'à une action périphérique.

En ce qui concerne la sécrétion urinaire^ on n"a jusqu'à présent que des faits contradictoires. D'après les expériences faites sur l'homme et le chien, la cocaïne à dose modérée ralentit la sécrétion urinaire et la supprime comi)lètement à dose massive. Chez le cheval cocaïne, il n'y a qu'exceptionnellement expulsion d'urine.

5" Éliminntion. — Dans l'org-anisme animal, la cocaïne est détruite. Cette destruction est complète chez les herbivores et leur urine n'en contient pas de trace ; elle est incomplète chez les carnassiers et on en retrouve environ 5 p. 100 de la quantité administrée. La décomposition de la cocaïne a lieu dans tous les tissus. Si, après avoir serré dans une ligature le membre d'un lapin, on injecte à son extrémité digitale une dose toxique de cocaïne, on ne voit se produire aucun phénomène d'empoisonnement si on n'enlève la ligature q'uaprès une heure et demie ; mais, si on l'enlève plus tôt, on observe une certaine action, mais

d'autant plus atténuée que Tenlèvement de la lig-ature est plus tardif. Donc, au contact des tissus, la cocaïne perd ses propriétés toxiques (Kohchardt). Le foie a un pouvoir antitoxique puissant vis-à-vis de la cocaïne. Cet alcaloïde est 2,5 fois moins toxique lorsqu'il est injecté dans la veine porte que lorsqu'il est introduit dans une veine de la circulation g-énérale (Gley, Eon du Val).

Quelques auteurs admettent que la cocaïne se dédouble dans l'organisme en ecgonine, acide benzoïque et alcool ; mais le fait n'est pas bien établi.

6° Lésions produites par V intoxicatio7i cocaïnirjiœ. — Les animaux, quelle que soit l'espèce à laquelle ils appartiennent, montrent, après l'intoxication cocaïnique aiguë, les lésions macroscopiques de l'asphyxie. Le cœur gauche est presque vide de sang, tandis que le cœur droit est fortement distendu ainsi que toutes les veines. Il y a toujours une hyperémie veineuse des reins et surtout du foie, qui est souvent plus volumineux qu a l'état normal. Ordinairement les lésions macroscopiques n'ollrent donc rien de caractéristique.

Cependant Ehrlich a vu, sur des souris soumises à l'intoxication cocaïnique aiguë, des lésions du foie : hypertrophie, coloration pâle, anémique, avec des taches congestives et quelques foyers de nécrose, cellules hépatiques en dégénérescence vacuolaire, cellules des voies biliaires et celles des vaisseaux sanguins, en dégénérescence g-raisseuse.

Dans l'intoxication chronique, on observe sur le foie des lésions microscopiques à siège anatomique bien limité. Ces lésions portent exclusivement sur les cellules endothéliales vasculaires du foie qui sont en voie de dégénérescence graisseuse.

Au niveau des autres organes, rein, pancréas, intestin, poumon, on n'observe aucune lésion.

La cocaïne exerce donc une action élective sur les cellules endothéliales vasculaires du foie.

D'après Daddi, il existe aussi des lésions microscopiques dans les centres nerveux dans l'empoisonnement chronique, mais non dans l'empoisonnement aigu par la cocaïne. Il signale la disparition de la partie chromatique du protoplasma des cellules nerveuses et une atrophie variqueuse précoce. Les lésions du cerveau sont les plus accusées ; elles sont moindres dans le cervelet, la moelle épinière et les ganglions intervertébraux.

Indications. — Les applications de la cocaïne en médecine

vétérinaire sont basées sur son action locale ou sur son action g-énérale.

1. Applications basées sur l'action locale. — Les efîets locaux développés par la cocaïne peuvent être utilisés en médecine, en chirurg-ie et dans le diag-nostic du sièg-e de certaines boiteries.

1° Applications médicales. — A titre d'analgésique et de vaso-constricteur local, la cocaïne convient dans les inflammations des muqueuses de la peau et des tissus superficiels. Les applications locales de préparation de chlorhydrate de cocaïne ont donné des résultats favorables dans les ophtalmies aiguës, la photophobie, le blépharospasme (Brusasco), l'iritis (Schlampp), la kératite ulcéreuse et en général dans les alFections oculaires très douloureuses, dans le coryza, la pharyngite, la mammite, les g-erçures des trayons, les maladies de la peau, surtout l'eczéma aigu, les brûlures. Contre la mammite et la gerçure de trayons, on applique avec succès sur les parties malades le liniment suivant : on met 1 à 2 décigramtnes de chlorhydrate de cocaïne dans 30 centimètres cubes d'eau de chaux; on ag^te jusqu'à dissolution, puis on fait le liniment avec 20 grammes d'huile d'olive.

2° Applications chirurfficales. — En chirurgie vétérinaire, l'anesthésie locale à la cocaïne peut parfois être avantageusement substituée à l'anesthésie générale par le chloroforme ou l'éther. Il y a lieu d'éviter autant que possible l'absorption complète de l'alcaloïde, dont l'action générale est convulsivante et non anesthésiante.

A. Petites opérations diverses. — L'instillation de quelques gouttes d'une solution de chlorhydrate de cocaïne à 2 ou ;> p. 100 dans l'œil permet d'obtenir une anesthésie suffisante pour ^.r/r«/rc des corps étrangers implantés sur un point quelconque de la conjonctive, du globe ou des paupières, pour cautériser des ulcérations.1 pour gratter des lésions., pour tatouer la cotyiée et même T^oxxY pratiquer l'opération de la cataj'acfe.

Pour les autres muqueuses, muqueuses buccale, nasale, urétrale, vaginale, etc., l'anesthésie qu'on peut obtenir par des applications locales de solutions ou de pommades cocaïnées permet également de nombreuses interventions chirurg:icales superficielles •.cautérisations., enlèvement de petites végétations., de petites tumeurs, etc.

La cocaïne a fait son enti-ée dans la ehiruriîic oculaire chez

rhomme en 1883, grâce à Karl Koller. Les vétérinaires Tont appliquée peu après et, aujourcriiui, elle est fréquemment utilisée.

B. Opérations courantes. — Injections intradermiques^ souscutane'cs et interstitielles. — Dans les opérations à pratiquer sur la peau ou sur des tissus profonds, les simples applications de pommades et de solutions cocaïnées sont insuffisantes; elles ne produisent aucun effet anesthésique (P. Bert). Si l'on veut produire rinsensibilité du tégument de manière à pouvoir pratiquer les opérations de la chirurgie courante, il faut employer non les simples applications externes, mais les injections dermiques, sous-cutanées ou interstitielles.

Pour ces injections, il convient de prendre certaines précautions afin de restreindre autant que possible la pénétration de la cocaïne dans la circulation et sa dillusion dans l'organisme. L'intoxication cocaïnique peut être évitée en employant la cocaïne à dose faible, en solutions étendues, et en restreig-nant l'absorption par les injections traçantes et par l'application de la lig-ature élastique.

En chirurg-ie humaine, on connaît trois procédés principaux :

a. Procédé de Reclus. — Le procédé étudié et répandu en France par Reclus consiste à injecter la solution à 1 ou 2 p. 100 dans le derme et non dans le tissu oonjonctif sous-cutané; à faire cheminer Taig-uille de la seringue dans l'épaisseur du derme et parallèlement à sa surface, tout en poussant régulièrement le piston; à n'avancer que lentement la pointe de l'aiguille, de manière que la goutte de solution qui s'échappe de l'extrémité ait le temps d'imbiber les tissus et de les anesthésier. Une fois la traînée cocaïnée déposée dans le derme, il suffit d'attendre trois à quatre minutes, et l'on peut inciser avec le bistouri ou cautériser avec le cautère sans provoquer aucune douleur.

b. Méthode de Schleich. — Dans les différents tissus qui doivent être incisés, on pratique des injections de solutions très diluées : de Os^SO à 1 gramme de chlorhydrate de cocaïne pour 1000 centimètres cubes d'une solution de chlorure de sodium à 0,2 p. 100. Grâce à l'état de forte dilution, on peut injecter de grandes quantités de liquide, et le champ opératoire peut être ainsi infiltré de solution cocaïnée., ce qui [)ermet d'obtenir une anesthésie très étendue et sans accident d'intoxication cocaïnique.

c. En vétérinaire, les règles indiquées ci-dessus sont moins strictement appliquées qu'en chirurgie humaine. Les animaux étant moins sensibles que l'homme à l'action toxique de la

cocaïne, les vétérinaires peuvent se contenter le plus souvent des injections sous-cutanées ou interstitielles de solutions de chlorhydrate de cocaïne de 2 à 4 p. 100, en évitant d'atteindre la dose toxique.

On a employé avec succès ces injections dans Furétrotomie l'ablation de tumeurs (Labat), l'énucléation de l'œil, pour empêcher la douleur pendant la cautérisation au fer rouge des mollettes, des exostoses, des ellorls de tendons, etc., pour faciliter la castration (Boisse), l'ovario-hystérectomie chez la chienne.

G. Injections de cocaïne sur le trajet des nerfs. Anesthesie régionale. — Lorsque la solution cocaïnée est injectée sur le trajet d'un tronc nerveux, on obtient une anesthesie qui se répand dans toute la rég-ion innervée par les terminaisons périphériques sensitives de ce tronc. Dans ce cas, Tanesthésie ne reste pas localisée au point d'injection; elle devient rég-ionale.

La cocaïne paralyse tous les tissus qu'elle touche. Quand elle est déposée sur un point du trajet d'un nerf, elle paralyse à ce niveau les fibres nerveuses au contact desquelles elle arrive. Cette paralysie est exactement localisée au point où la cocaïne est déposée sur le nerf; elle équivaut à une section temporaire de celui-ci. Le nerf, ayant perdu ainsi son excitabilité et sa conductibilité au point exact où il est imprég-né de cocaïne, se comporte temporairement comme s'il était coupé à ce niveau. En conséquence, s'il s'ag-it d'un nerf sensitif, les excitations douloureuses exercées sur les terminaisons périphériques du nerf envisag-é ne pourront pas être transmises aux centres nerveux, puisque le nerf a perdu la conductibilité au niveau du point d'application de la cocaïne.

En vétérinaire, cette méthode d'anesthésie régionale a été utilisée d'abord en Amérique, poui' faciliter l'action opératoire dans la névrotomie plantaire, le javart cartilagineux (Lean, James, Rayen, de Jong-, Thomassen, Deysine et Vidron) ; puis elle a été appliquée au diagnostic des boiteries.

De tout temps, les vétérinaires se sont trouvés en présence de certaines boiteries dont le siège était difficile à déterminer par suite de l'absence de lésions visibles extérieurement sur les diverses régions des membres du cheval. Du manque d'un moyen permettant d'arriver à un diag-nostic précis résultait fréquemment une divergence d'opinions entre les pi-aliciens sur le sièg-e d'une même claudication. Aussi la question du diagnostic des boiteries

COCAÏNE. fi 17

du cheval a-t-elle, depuis long-temps, fait l'objet des méditations des praticiens.

Dès 1885, époque à laquelle les propriétés anesthésiantes locales de la cocaïne étaient connues, H. Bouley a conseillé les injections sous-cutanées de chlorhydrate de cocaïne dans la région du paturon pour éclairer le diagnostic de certaines claudications. En 1890, plusieurs vétérinaires ont publié dans V American Veteri7iary Review des faits précis se rapportant au diagnostic du sièg'e des boiteries par l'injection d'une solution de chlorhydrate de cocaïne le long- des nerfs plantaires (1).

En Europe, les injections de cocaïne ont été employées ég-alement dès 1890 comme moyen de diagnostic différentiel des boiteries ; mais ces injections, au lieu d'avoir été faites sur le trajet des troncs nerveux, ont été faites dans le tissu conjonctif ou dans l'épaisseur des tissus de la rég-ion qu'on soupçonnait être le siège de la boiterie [Maris (1890), Fenwick, Hoffmann]. En 1891, j'ai recommandé les injections de cocaïne sur le trajet des iierfs dans le diag-nostic différentiel des boiteries dans la deuxième édition de cet ouvrage. En 1892, MM. Nunn et Blenkipoop; en 1897, Dassonville; en 1899, Deysine et Vidron ; en 1901, Udriski et depuis de nombreux auteurs ont publié des observations cliniques relatives à cette précieuse méthode de diag-nostic des boiteries chez le cheval.

Manuel opératoire . — Des recherches faites par les divers auteurs, il résulte que pour les injections diag-nostiques il faut :

lo Faire usage d'une solution de chlorhydrate de cocaïne à 3 ou 4 p. 100, fraîchement préparée avec de l'eau stérilisée et chauffée à 40° C. environ ;

2° Injecter sur le trajet d"un nerf plantaire 5 centimètres cubes de la solution, ce qui représente une dose absolue de cocaïne de 15 à 20 centigrammes. Lorsqu'il s'ag-it d'anesthésier un tronc nerveux plus volumineux, comme le nerf sciatique ou le nerf médian, on peut injecter 10 centimètres cubes de la solution ;

3° Pratiquer l'injection au point d'élection de la névrotomie, qu"il s'agisse des nerfs plantaires, du médian, du cubital ou du sciatique ;

4o Bien nettoyer préalablement la région ou même la désinfecter si cela paraît nécessaire. D'ordinaire, une g-rande propreté suffit pour éviter les accidents d'infection.

(1) LiAUTAiiD, BuJl. de la Soc. cenlr. de méd. vrl.. 30 déc. 1907. p. '.i'J'J.

Effets consécutifs. — Lorsque la boiterie a son sièg'e dans la zone de distribution périphérique du nerf cocaïne, les effets se manifestent généralement entre cinq et quinze minutes. Si on fait alors trotter Tanimal, on constate la disparition de la boiterie.

La durée de l'insensibilité varie de trente minutes à une heure et même deux heures. Lorsque l'injection a été faite sur le trajet des nerfs plantaires, on voit souvent se produire un engorgement du boulet qui disparaît au bout de trois à quatre jours sans laisser de trace. Cet engorgement n'oftre donc aucune gravité.

Accidents consécutifs. — Les injections de cocaïne pratiquées dans un but diagnostique peuvent parfois devenir la cause d'accidents graves. La région insensibilisée temporairement, n'étant plus le point de départ des sensations douloureuses tactiles et thermiques, ne fournit plus à l'animal les renseignements dont il a besoin pour proportionner les efforts et les percussions au degré de résistance des tissus. Alors la sensibilité et la douleur ayant disparu, le membre malade se met à fonctionner comme s'il était sain ; les percussions du pied sur le sol sont même plus violentes que normalement, parce que la cocaïne qui passe à l'absorption agit comme excitant neuro-musculaire général et communique plus d'ampleur, plus d'énergie aux mouvementslocomoteurs. Il n'est donc pas étonnant de voir se produire des déchirures, des ruptures tendineuses et des fractures des rayons osseux. Ces accidents se produisent d'ordinaire sur des tissus déjà plus ou moins altérés par l'inflammation et, par conséquent, moins résistants qu'à l'état normal; mais ils peuvent même s'observer en dehors de toute altération histologique appréciable par suite de l'exagération des percussions du pied malade sur un sol dur (Desoubry, Heimann, Eberlein, Becker, Coquot, etc.).

II est sage, après le diagnostic du siège de la boiterie, de laisser l'animal en repos complet jusqu'à disparition absolue de l'anesthésie et retour de la sensibilité et, par conséquent, de la boiterie passagèrement disparue.

Quelques vétérinaires ont observé des faits semblant indiquer que les injections de cocaïne et de chlorhydrate de morphine sur le trajet des nerfs peuvent exercer parfois une action curative sur la boiterie (Pécus, Spissu).

On a ég-alement exprimé la crainte que la méthode des injections de cocaïne soit utilisée par des marchands malhonnêtes ])Our tromper l'acheteur en cachant une boiterie. L'action de la

cocaïne étant de' courte durée, environ d'une demi-heure, ce moyen ne peut g-uère être utilisé couramment en foire; mais, dans une écurie de marchand, il pourrait parfois être employé avec succès.

Le vétérinaire a]ipelé à examiner un cheval mis en vente devra donc toujours avoir à l'esprit la possibilité d'une manœuvre destinée à cacher une boiterie et, par suite, faire l'examen avec un soin minutieux, et, s'il a le moindre doute, ne conseiller l'achat qu'après essai ou après plusieurs visites.

D. Injection sous-arachnoïdienne de cocaïne. — En expérimentant sur le lapin et le chien, Bier, en 1898, a constaté qu'on peut produire une anesthésie complète de l'abdomen et des membres postérieurs en injectant une solution de cocaïne dans le canal rachidien au niveau de la région lombo-sacrée. Cette méthode a été utilisée par de nombreux chirurg-iens chez l'homme pour des opérations importantes. Elle a été appliquée ég-alement en chirurgie vétérinaire Baldoni, Saccani, Guillé et Sendrail, Gajevvski, Polomski.

Convenablement utilisée, cette méthode peut rendre quelques services pour certaines opérations portant sur le train postérieur et sur l'abdomen, telles que : laparotomies, kélotomies, castrations, ténotomies, réductions de fractures et de luxations, opérations de pied, sur le rectum, les organes génilo-urinaires ou, l'ovariotomie, les neurotomies, les cautérisations, etc.

II. Applications basées sur l'action générale. — 1" Comme excitant dans les maladies adynamiques. — La cocaïne est un des meilleurs excitants connus. A dose modérée, elle produit une action excitante qui s'exerce sur tous les tissus de l'org-anisme, mais principalement sur le système nerveux central encéphalique et médullaire. A ce titre, elle peut recevoir des applications thérapeutiques toutes les fois que l'organisme se trouve dans un état de g-rande dépression, que le système nerveux est affaibli, que la sensibilité est diminuée, que la température est tombée au-dessous de la normale, qu'il y a un état g-rave avec adynamie et prostration des forces. Dans tous ces cas, la cocaïne, en excitant les centres nerveux, ranime l'activité des diverses fonctions et relève rapidement les forces. Dans la chorée du chien, la cocaïne peut rendre des services en supprimant au moins temporairement les secousses choréiformes, comme l'a observé Hobdav.

020 COCAÏiNE.

2" Comme oxciUnit dynamogénique dans les sports. — En dehors des applications thérapeutiques, la cocaïne peut aussi être utilisée comme puissant agent dynamogénUjite chez l'homme et les animaux à l'état normal. Elle jouit en eflet de la propriété <ï augmenter passagèrement la puissance musculaire.

Les résultats obtenus par l'expérimentation sur l'homme et les animaux démontrent que la cocaïne à faible dose augmente dans une proportion importante la puissance musculaire ainsi que la résistance à la fatigue; qu'à dose forte elle diminue au contraire la contraction des muscles.

Le cheval qui, pendant une épreuve sportive, se trouve sous l'influence excitante d'une dose convenable de cocaïne, 0,20 à 0,40, est mis en possession du maximum de sa puissance musculaire et est rendu capable de fournir une vitesse plus grande pendant les quelques minutes que dure l'épreuve. Toutes les préparations pharmaceutiques et drogues utilisées par les entraîneurs dans le but d'accroître passagèrement la puissance musculaire du cheval mis en course [doping) sont à base de cocaïne. Le but poursuivi ne peut être atteint que si l'excitation neuro-musculaire provoquée par la cocaïne reste légère et coïncide exactement avec le temps de la course.

Si la dose administrée est trop forte, si l'absorption est avancée ou retardée, et si l'excitation se produit trop tôt ou trop tard, la puissance musculaire, au lieu d'être augmentée, est diminuée.

Suivant la manière dont elle est utilisée, la cocaïne peut donc f'aDoriser ou gêner les actions locomotrices.

Il est à craindre que la propriété excitante de la cocaïne ne soit utilisée pour tromper sur la valeur réelle d'un cheval mis en vente. En eflet, elle exalte les diverses sensibilités et provoque sous les moindres excitations des réactions motrices plus faciles et plus amples. Le cheval cocaïne est plus excitable, il éprouve un besoin irrésistible de se mouvoir; il porte la tête haute, a les yeux brillants, les oreilles mobiles ; il a des attitudes plus belles, des mouvements locomoteurs plus relevés. Cet alcaloïde peut donc être employé par des marchands peu scrupuleux pour donner passagèrement à un cheval mou, ou usé, les apparences d'une bête pleine de force et de vigueur.

Doses. — Doses mortelles. — Les doses de chlorhydrate de cocaïne nécessaires pour tuer, par injection hypodermique., nos princi|)aux animaux domestiques, ont été déterminées méthndi-

GOGAINR, 02 1

quement par M. Fischer. Dans son excellent travail, cet auteur donne les chidres suivants indiquant en niiiligranimes la dose mortelle pour 1 kilogramme de poids corporel :

Grenouille 4:20 iiiilligraiiiiiies.

Pifj:eon (iO —

Poiilo 120 —

Cobaye 4."» —

Lapin IGii —

Chat 30 —

Chi.'n 35 —

Ghè\re la —

Vaehe 18 —

Cheval 18,5 —

Les doses mortelles pour un animal de taille moyenne sont :

Le clioval do 500 kilograninies !)&'',2d

La vache de 500 kilogrammes 9 grammes.

La chèvre de 20 kilogrammes., 0g''.30

Le chien de 12 kilogrammes 0e'",42

Le chat de 3 kilogranmies Osi'.OS

Le lapin de 2Kp,5 0s'-,41

Le cobaye de Q^s,Q 0s^027

Ces chiffres expriment les doses qui, d'ordinaire, tuent les animaux par la voie sous-cutanée. Mais il ne faudrait pas les considérer comme absolus. Tous les individus de la même espèce ne sont pas également sensibles à Taction de la cocaïne. Certains sujets succomberaient avec des doses plus faibles, d'autres résisteraient à des doses un peu plus fortes. Mais, dans la pratique, on ne doit administrer que des doses bien inférieures.

Lorsque le chlorhydrate de cocaïne est administré à l'intérieur par la voie buccale, les doses mortelles sont plus élevées. Ainsi j'ai fait prendre à un cheval à jeun, de 500 kilog-rammes, une dose de 10 g-rammes dans un demi-seau d'eau; il a montré une très grande surexcitation avec sudation abondante, mais, après cinq heures, tous les troubles avaient disparu. Un autre cheval en pleine digestion a reçu, immédiatement après son repas, 15 grammes de chlorhydrate de cocaïne dans un seau d'eau ; il n'a montré qu'une lég^ère excitation. Jusqu'à présent la dose mortelle après ingestion n'a pas été déterminée d'une façon précise; elle doit varier suivant que le cheval est à jeun ou en digestion.

Doses f/iérapcutif/i/es. — Des effets assez intenses, mais passagers, se produisent d'ordinaire après l'injection hypodermique,

622 EUCÂÏNES.

avec les doses de 1 à 2 grammes chez le cheval et les bêtes bovines de taille moyenne, de 0g'',20 chez la chèvre, de Og'',10chez le chien, de Og'',02 à 0g'',04 chez le chat, de 0g%08 à Og%10 chez le lapin. Ordinairement ces doses peuvent être réduites de moitié; les efîets sont encore très suffisants.

Intoxication chronique. — Hijpei^esthésie médicamenteuse. — Par l'usag-e journalier de cocaïne, la sensibilité de l'animal vis-à-vis de cette substance aug-mente. Il en résulte qu'il n'est pas possible d'observer l'accoutumance. Ce fait a été nettement constaté chez le chien par Aducco, par Gioflredi. Tandis que chez un chien normal il est nécessaire, pour faire apparaître des convulsions, d'injecter sous la peau 2 centig-rammes par kilog;-ramme d'animal; on obtient ces mêmes convulsions avec des doses beaucoup plus faibles chez des chiens qui ont reçu depuis un certain temps journellement de la cocaïne. L'accoutumance ne se produit pas par l'usag'e ; on observe au contraire une exag-ération croissante des effets. Il se produit par l'usag-e un véritable empoisonnement chronique caractérisé par de l'inappétence, de l'amaigrissement, de la dépression g-énérale des forces, par des convulsions toutes les fois qu'on administre une nouvelle dose, même faible. On voit aussi apparaître des lésions cutanées à forme papuleuse et ulcéreuse .

Eucaïnes.

Ci9H27AzOi. HGl. H20.

Ce sont des bases préparées par synthèse qui, en se combinant aux acides, donnent des sels cristallisés solubles dans l'eau. On distingue l'eucaïne A et l'eucaïne B. Cette dernière seule est utilisée sous forme de chlorhydrate ou mieux d'acétate. L'eucaïne A est fort toxique et non employée. Le chlorhydrate d'eucaïne B est cristallisé, soluble dans l'eau, l'alcool, l'élhcr, le chloroforme, la benzine, inaltérable par l'air et par l'ébullilion.

C'est un analgésique de la môme puissance que le chlorhydrate de cocaïne, mais cinq fois moins toxique. On utilise l'acétate d'eucaïne en solution aqueuse à 2 p. 100. IV à V g'outtes de cette solution suffisent pour obtenir l'anesthésie du globe oculaire. On peut stériliser les solutions d'acétate d'eucaïne B sans avoir à craindre l'amoindrissement de son activité médicamenteuse. Elle offre l'inconvénient de dilater les vaisseaux et de

HOLOGAÏNE. 623

faciliter les hémorrag-ies sur les plaies. En associant la cocaïne et J'eucaïne, on évite la vaso-dilalation et on assure l'analg'ésie. Les solutions peuvent être stérilisées à rautoclave sans subir aucune altération. On les conserve en tubes scellés.

Elle remplit toutes les indications analg-ésiques etanesthésiques locales de la cocaïne.

Mode d'emploi.

Chlorliydrate d'eucaïno 1 gramme.

Eau distillée bouillie îiO grammes.

Chlorhydrate de cocaïne ) ^.

,, > 20 centigrammes.

— d eucaine ) "

Eau distillée bouillie 20 grammes.

Sol>ilio)i Legrand.

Gélatine 2 grammes .

Chlorure de sodium 70 centigraniines.

Phénol neigeux 10 —

Chlorhydrate d'eucaïne 70 —

— de cocaïne 30 —

Eau distillée Q. s. pour 100 c. c.

Onguent pour l'aneslkésie des muqueuses et des plaies.

Chlorhydrate d'eucaïne d gramme.

Huile d'olive 2 grammes.

Lanoline 9 —

Holocaïne.

C'8H22Az202.

L'holocaïne résulte de l'action de la phénacétine sur la paraphénétidine. Cette base se présente en gTOs cristaux transparents, fusibles à — HT», insolubles dans l'eau. Le chlorhydrate se dissout dans l'eau dans la proportion de 2,5 p. 100. Les solutions s'altèrent facilement.

L'holocaïne est plus toxique que la cocaïne et l'eucaïne. Elle a des propriétés analgésiantes très prononcées. Pour les opérations chirurg-icales, les injections d'holocaïne n'ont aucun avantag-e sur celle de cocaïne ou d'eucaïne. Mais il en est autrement quand il s'agit de l'œil. On a trouvé à l'holocaïne un pouvoir analg-ésique supérieur à celui de la cocaïne pour l'œil enflammé. Elle anesthésie parfaitement .la conjonctive, mais ne produit pas de dilatation de la pupille, pas de paralysie de l'accommodation. En

624 STOVAÏNE.

médecine humaine, certains opiitalmolog'istes regardent Tholocaïne comme médicament de choix pour l'extraction des corps étrangers de la conjonctive et de la cornée. Elle est particulièrement utile lorsque la conjonctive est enflammée. On l'associe généralement à la cocaïne.

Formule ih' aoliilion.

Chlorhydrate d'holocaïnc 5 fcntif^rninmes.

— (lo coraïni' 10 —

Eau distilli'i' 10 ^'laiiiiiios.

Instiller II à V aoiiltcs dans l'œil.

Orthoforme.

C'est un éther méthylique de l'acide paraamidométaoxybenzoïque. Il constitue une poudre blanche légère, cristalline, limpide, inodore, soluble dans la glycérine, très peu dans l'eau, assez faiblement soluble dans les acides. Le chlorhydrate d'orlhoforme cristallise bien, est acide et très soluble dans l'eau, mais ses solutions sont fortemenl irritantes.

Effets et usages. — L'orthoforme a été préconisé comme anesthésiquc locale énergique dénué de tout pouvoir toxique. Le chien de taille moyenne peut en supporter 6 grammes par la voie stomacale et 3 grammes par voie hypodermique. Localement il anesthésie bien les surfaces, mais est légèrement irritant sur les tissus délicats ; aussi ne peut-il être utilisé en chirurgie oculaire.

L'orthoforme donne de très bons résultats sur les crevasses, les ulcères, les brûlures. C'est un bon topique des plaies, quelles qu'elles soient : il est difficilement résorbé et à peu près dépourvu de toxicité.

Il n'est pas employé à l'intérieur. A l'extérieur et sur les muqueuses accessibles, l'orthoforme est appliqué en poudre.

Stovaïne.

On désigne sous le nom de stovaïne le chlorhydrate du diméthylaminobenzoïlpentanol découvert par Fourneau en 1004. Elle cristallise en petites lamelles brillantes, très solubles dans l'eau et dans l'alcool. Ses solutions aqueuses peuvent être stérilisées sans inconvénient dans l'autoclave à 115°.

STOVAÏNE. 625

Effets. — Localement elle provoque Vnnesthésie et Y analgésie comme la cocaïne, mais à un deg'ré un peu moindre. Elle ne produit pas de vaso-constriction locale et est un peu irritante. Appliquée sur un nerf,elle produit sa section physiolog'ique comme la cocaïne. Elle présente sur cette dernière Tavantag-e d'être de quatre à cinq fois moins toxique.

Après son absorption, elle ag-it comme tonique du cœur et fait sentir son action sur le système nerveux : les hémisphères cérébraux, le cervelet, la moelle et le bulbe. A dose toxique, elle produit des convulsions qui s'accompag-nent des troubles des sens, d'hallucinations, d'incoordination motrice et d'analgésie généralisée. Elle est sans action sur les vaisseaux (Pouchet et Chevalier).

Emploi et administration. — La stovaïne est employée comme anesthésique local. A ce titre, elle remplit toutes les indications du chlorhydrate de cocaïne et offre l'avantage d'être beaucoup moins toxique. Reclus dit que c'est un admirable anesthésique local qui lui a permis de pratiquer sur l'homme plus de 2000 opérations avec une sécurité parfaite. En vétérinaire, elle a été employée avantageusement et recommandée par Udriski. Elle est de plus en plus substituée à la cocaïne.

Pour les injections sous-cutanées, sur le trajet des nerfs ou dans le canal rachidien, on emploie des solutions de 1 à 2 p. 100. On emploie avantageusement un mélang-e de chlorhydrate de cocaïne et de stovaïne. En injection, on peut donner une dose de 0^'",20 à 0s%50 et même i gramme et plus chez le cheval.

La dose toxique de stovaïne en injection hypodermique est de •0^'',15 par kilogramme de poids vif chez le chien.

Badlgeonnages.

Stovaïne 5 à 10 graïuines.

Chlorure de sodium 5 à 10 —

Eau distillée q. s. pour 100 cent, cubes.

Pour anesthésier une muqueuse.

Collutoires.

Stovaïne Os^20

Glycérine 20 grammes .

Kaufmann. 40

626 NOVOCAÏNE.

Pommade .

Stovaïne Oer,20

Baume du Pérou 1 granune.

Lanoline 20 grammes .

Contre la g'erçure du mamelon.

Solulioîis.

Stovaïne 1 gramme .

Eau distillée q. s. pour 100 cent, cubes.

Pour toutes les opérations.

Stovaïne 08^,50

Chlorhydrate de cocaïne Ob'",oO

Sérum physiologique q. s. pour 100 cent, cubes.

En ophtalmologie, en chirurg-ie générale et pour le diagnostic des boiteries,

Stovaïne Oe-'.IO

Chlorhydrate de cocaïne Oe^lO

Adrénaline solution à 1 p. 1 000 II gouttes.

Sérum physiologique 10 cent, cubes.

Dose pour anesthésierun nerf dans le diag-nostic des boiteries.

Dose toxique. — Chat et chien, environ 18 centig-rammes par kilogramme en injection sous-cutanée ou sous-péritonéale (Calcineacu).

Novocaïne.

La novocaïne a été découverte par Uhfelder et Einhorn. C'est le chlorhydride de paraminobenzoyléthylaminoéthanol. Elle est cristallisée en aig'uille blanche très soluble dans l'eau, et ses solutions, qui sont neutres, peuvent être stérilisées par l'ébullition sans subir aucune décomposition.

Effets et emploi. — Localement, elle est anesthésique sans jamais produire d'irritation des tissus. L'action anesthésique et analgésique est au moins ég'ale à celle de la stovaïne, et sa toxicité est deux fois moindre que celle de cette dernière et plus de six fois moindre que celle de la cocaïne.

Grâce à la faible toxicité jointe à l'action anesthésique puissante,.

ANESTHESINE. 627

la novocaïne peut être avantag-eusement substituée à la cocaïne, à la stovaïne et à la coca-stovaïne.

Reclus a pu pratiquer des amputations des membres sans douleur en anesthésiant les tissus à l'aide d'injections locales de novocaïne .

Elle peut rendre de grands services en vétérinaire soit pour anesthésier les surfaces douloureuses, soit en injection pour pratiquer diverses opérations et pour diagnostiquer le siège des boiteries.

On emploie des solutions à 0,5 à 2 p. 100 avec II à V gouttes d'une solution d'adrénaline à 1 p. 1000. Pour anesthésier un tronc nerveux, il suffit de 10 centimètres cubes de la solution de novocaïne à 0,5 p. 100 etde V g-outles de la solution d'adrénaline.

La dose toxique de novocaïne en injection sous-cutanée est de 0gr,25 par kilog-ramme de poids vif chez le chien.

Alypine.

C'est le chlorhydrate de benzol-tétraméthyldiamino-éthyldiméthylcarbinol. Elle est cristallisée et très soluble dans l'eau. Les solutions aqueuses peuvent être stérilisées par l'ébullition sans altération et sans diminution de l'action anesthésique. Les solutions à 2 et 4 p. 100 se conservent assez longtemps; mais celles, qui sont plus étendues moisissent assez vite.

L'alypine est un bon anesthésique local, mais il est plus toxique,, plus irritant que la stovaïne et ne possède aucune propriété particulière permettant de la préférer à cette dernière substance ou à la novocaïne.

Anesthésine.

C'est l'éther éthylique de l'acide p.- amidobenzoïque.

Elle se yjrésente sous forme d'une poudre blanche, insipide et inodore, difficilement soluble dans l'eau froide, un peu mieux soluble dans l'eau chaude, très facilement soluble dans l'alcool^ l'éther, le chloroforme, l'acétone, les graisses et les huiles ; elle se laisse incorporer dans toutes sortes de pommades.

Usages. — En thérapeutique humaine, on a souvent avantag'eusement utiUsé l'anesthésine à la place de la cocaïne pour les usag-es externes. Goldbeck {Deufsch. th. Wosch., 1908) en a

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