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OPIUM ET SES ALCALOÏDES

Opium et ses alcaloïdes.

L'opium est le latex desséché qui sécoule des incisions pratiquées à la surface des tètes du pavot somnifère [Papaver soniniferum). Il est préparé surtout dans les pays orientaux et fait Fobjet d'un commerce important avec les contrées occidentales. h'opium de Smyrne constitue l'opium officinal. Il se présente en masses plus ou moins dures dont l'intérieur est d'une teinte qui varie du marron clair au brun rougeâtre. Il présente une odeur forte et vireuse, une saveur amère, acre, nauséeuse.

L'opium renferme un grand nombre d'alcaloïdes, dont les principaux sont les suivants : la morphine, la codéine, la thébaïne, la papavérine, la narcotine et la narcéine; de Vacide méconique OW'0'% de la méconine G*"H'"0'S de l'acide lactique, des huiles volatiles, des matières extractives, du caoutchouc, de la g-omme, des sulfates de chaux et de potasse.

L'opium doit son activité aux alcaloïdes que nous venons d'énumérer, surtout à la morphine, qui constitue l'alcaloïde principal.

Les bons opiums contiennent en moyenne, pour 100 parties environ la proportion d'alcaloïdes suivante :

Morphine 10 p. 100

Narcotine 6 —

Papavérine 1 —

Codéine 0,3 —

Théhaïne 0,15 —

j Narcéine. 0,02 —

L'opium officinal desséché à -f- 60" doit renfermer au minimum 10 p. 100 de morphine. Il doit en outre fournir 42 p. 100 d'extrait aqueux; celui-ci doit renfermer la totalité de la morphine, c'est-à-dire 20 p. 100 au minimum (Codex).

Au point de vue de la nature des effets physiologiques qu'ils déterminent, les alcaloïdes de l'opium se divisent en deux g-roupes : 1° les alcaloïdes calmants et soporifiques, qui sont la morphine, la codéine et la narcéine; 2° les alcaloïdes toxiques et convulsivants, qui sfcnt la thébaïne, la papavérine et la narcotine.

L'opium manifestant surtout les effets de la morphine, on fera connaître les indications, les préparations et les doses à propos de cet alcaloïde.

Morphine et ses sels.

G''Hi3Az03.

La morphine est ralcaloïde le plus important de l'opium ; elle a été découverte en iSlG par Serturner (de Hanovre). C'est une substance blanche, inodore, amère, crislalhsant en prismes rhomboïdaux. Elle est presque insoluble dans l'eau froide, soluble dans 500 parties d'eau bouillante, dans 205 parties d'alcool froid à 90" ; très soluble dans les dissolutions alcalines et les acides étendus, elle est insoluble dans l'éther, le chloroforme, la benzine et légèrement soluble dans les huiles.

Combinée avec les acides, la morphine donne des sels dont le plus employé est le chlorhydrate de morphine. Ce sel est cristallisé en longues aiguilles incolores ; il est inodore, soluble dans 24 parties d'eau à+ 15°, dans 50 parties d'alcool à yO» et dans la glycérine.

Les sels de morphine produisent les mêmes effets physiologiques et thérapeutiques que la morphine ; ils possèdent en outre l'avantage d'être très solubles dans l'eau et dans l'alcool ; c'est pourquoi on doit toujours leur donner la préférence. En vieillissant, les solutions aqueuses s'altèrent par la formation d'oxymorphine inactive.

Effets physiologiques. — Sur \q. peau intacte, l'opium, la morphine et ses sels ne déterminent aucun effet appréciable. Ce n'est que quand l'application est de longue durée et consiste en frictions que les préparations morphinées engourdissent légèrement la sensibilité locale. Sur le derme dénudé, sur la surface des plaies, les sels produisent une douleur très vive, mais cette hyperesthésie disparaît rapidement et fait bientôt place à une anesthésie locale plus ou moins complète.

Dans le tube digestif, les préparations morphiniques excitent d'abord localement les sécrétions. On voit d'abord de la salivation ; mais bientôt survient un eflet inverse, c'est-à-dire la sécheresse de la bouche, une difficulté de la déglutition et un happement de la langue au palais. Dans l'estomac, les mêmes elfets se produisent : après une légère excitation locale survient un arrêt des sécrétions et des contractions gastro-intestinales.

Le chlorhydrate de morphine, injecté sous forme de solution dans le tissu conjonctif sous-cutané, produit d'abord un peu de

douleur, qui disparaît bientôt et est remplacée par une diminution de la sensibilité dans la rég-ion avoisinantle point d'injection.

Si l'injection est faite sur le trajet d'un nerf sensitif, on constate que toutes les parties périphériques dans lesquelles se distribuent les branches de ce nerf sont beaucoup moins sensibles ; il y a production d'une anesthésie locale, ou plutôt d'une sorte d'eng-ourdissement dans la zone de distribution du nerf.

Après Vabsoj'ption de la morphine ou de ses sels, on voit que i'action principale n'est pas la même dans toutes les espèces animales.

Chez le chien, le lapin, le cobaye, la morphine est nettement hypnotique et soporifique. Chez le cheval, l'âne, le bœuf, le chat, le mouton, le porc et la chèvre, la morphine agit comme excitant ■et non comme hypnotique.

Les effets pharmaco-dynamiques de cet alcaloïde ont fait l'objet de nombreux travaux, parmi lesquels je dois citer tout particulièrement ceux de L. Guinard [Thèse de Lyon^ 1898).

Les elTets généraux apparents provoqués par la morphine chez diU'érentes espèces peuvent se résumer comme suit:

Chien. — Avec une dose moyenne d'environ Os^^OS en injection, le chien présente d'abord un peu d'agitation, de la salivation, parfois des nausées, des défécations, de l'inquiétude; ensuite son train postérieur s'affaiblit ; puis il ne tarde pas à se coucher et à s'endormir. Pendant ce sommeil, les fonctions des centres nerveux sont simplement engourdies^ car l'animal endormi entend et sent parfaitement. Si l'on fait du bruit autour de lui, si on le pince, il se réveille brusquement, jette autour de lui un regard hébété, puis se rendort. Parfois, après une excitation un peu forte, il se relève brusquement, fuit comme un automate inconscient dans une direction quelconque, puis se couche et se rendort de nouveau.

Pendant le sommeil, les sécrétions digestives sont souvent suspendues, ainsi que le péristaltisme intestinal ; l'animal a des rêves, des hallucinations qu'il manifeste par des cris, des aboiements. Le sommeil dure cinq à six heures au plus.

Au réveil, l'animal reste hébété et conserve encore pendant une journée environ une faiblesse de train postérieur, ce qui rend sa démarche hyénoïdo.

A doses très fortes, la morphine produit une narcose profonde, puis des convulsions précédant la mort.

Cheval et ane. — (Juand on injecte sous la peau d'un cheval de taille moyenne environ 40 centig-rammes de chlorhydrate de morphine, on voit apparaître une forte excitation nerveuse. Le cheval ne peut rester immobile ; il se déplace continuellement et manifeste le besoin de marcher, jusqu'à l'épuisement de l'action I

médicamenteuse. A ce moment, il est un peu abattu et déprimé, (T mais nullement en narcose.

A dose plus forte, la morphine produit une excitation encore plus violente ; l'animal pousse fortement au mur quand il est attaché ; abandonné en liberté, il marche ou trotte avec raideur /i|^^i, droit devant lui jusqu'à ce qu'il rencontre un obstacle qui l'arrête; ' V' il continue à s'ag'iter ainsi sans trouver un moment de repos. L'excitation s'accompag-ne de salivation, de sudation et de raideur des mouvements locomoteurs. On voit aussi que le cheval, quoique excité vivement, est moins sensible aux diverses excitations ; on peut le pincer, le piquer, sans qu'il paraisse s'en apercevoir. Mais à aucun moment on ne voit se produii-e de l'hypnose. On a signalé des nausées et des elforts de vomissements sur les chevaux ayant mangé depuis peu.

Bovins. — Après l'injection sous-cutanée de 25 à 50 centigrammes de chlorhydrate de morphine sur un animal détaille moyenne, on note successivement des mâchonnements, de la salivation, puis des phénomènes d'excitation générale. L'animal marche et piétine sans cesse, il beugle, ses mouvements pré- /^^^J^^jJ^ti. sentent une certaine raideur, et il a parfois des tremblements musculaires et des ballonnements du ventre.

A aucun moment de l'action de la morphine, il n"y a de tendance au sommeil; on constate simplement que le sujet est abruti et paraît indifférent à tout ce qui se passe autour de lui. A mesure que l'action s'épuise, il y a peu à peu retour à l'état normal.

Avec des doses plus fortes, la surexcitation devient extrême et dure plus longtemps. Le lendemain encore le sujet est triste, abattu et faible.

Chat. — Chez cet animal on ne constate pas de narcose ; il y a toujours surexcitation g'énérale plus ou moins accusée, quelles que soient les doses administrées. Les phénomènes consistent dans de l'inquiétude, des déplacements continuels, des hallucinations, des grondements, de la frayeur, une sorte d'ivresse avec engourdissement de l'intelligence. A dose forte, ces phénomènes

sont exagérés, des convulsions se produisent, puis succèdent la faiblesse, la paralysie et la mort.

Porc. — Cet animal est peu sensible à la morphine. Les fortes doses déterminent chez lui des manifestations excitantes sans narcose.

Chèvre. — La chèvre est très résistante à la morphine. Même avec des doses fortes, 5 à 10 centigTammes par kilogramme d'animal, rintelligence reste intacte, mais il y a de rinquiétude, du mâchonnement, des bêlements plaintifs. |? ,^ Jr

Quand la dose n'est pas mortelle, l'animal se rétablit assez vite. A dose mortelle, les tremblements musculaires généralisés s'ajoutent aux phénomènes précédents, puis apparaissent des convulsions, qui ensuite s'affaiblissent avant la mort.

Mouton. — Le mouton est moins résistant que la chèvre ; mais les symptômes sont sensiblement les mêmes.

Examinons de plus près la principale modification imprimée par la morphine aux g-randes fonctions:

Fonctions nerveuses. — La morphine agit d'abord sur les centres nerveux. Comme on vient de le voir, cette action se traduit chez certaines espèces par une période d'excitation suivie d'une période de sommeil; chez d'autres, par une période de surexcitation seulement. Chez toutes les espèces, les doses toxiquesprovoquent en plus une période de convulsions précédant la mort.

Les effets somnifères et d'excitation simple ont une origine cérébrale et résultent de l'action exercée par la morphine sur les éléments nerveux des hémisphères cérébraux. Quant aux effets convulsifs, l'analyse ijhysiolog-ique démontre qu'ils sont d'orig-ine bulbo-médullaire.

D'après L. Guinard, on peut résumer les affinités électives de la moi-phine sur les différentes parties du système nerveux central comme suit :

La morphine porte d'abord son action sur la substance g-rise des hémisphères cérébraux. Là elle détermine, au début, des effets d'excitation qui disparaissent bientôt et sont suivis de la période de dépression et de sommeil dans les espèces qu'elle narcotise, ou qui persistent en s'exag-érant dans les espèces pour lesquelles elle n'est pas un hypnotique.

Chez les animaux décérébrés, l'ag-itation et les effets excitants du début de la morphinisation n'apparaissent plus. 11 y a donc

incontestablement une électivité cérébrale. Les faits expérimentaux démontrent qu'ensuite la morphine atteint les cellules ner- "veuses du bulbe et de la moelle ; les nausées, les vomissements, les mâchonnements sont d'origine bulbaire ; enfin les convulsions sont à la fois d'orig-ine bulbaire et médullaire.

Circulation. — Chez tous les animaux, la morphine renforce la puissance des contractions cardiaques. Cette action tonique sur le cœur s'exerce non seulement pendant l'excitation, mais encore pendant le sommeil. De plus, à forte dose, elle ralentit toujours le jeu du cœur. A dose forte, elle ralentit le cœur d'abord, puis l'accélère ensuite. A dose toxique, elle accélère le cœur après l'avoir passagèrement ralenti et produit un affaiblissement progressif de ses contractions. On observe ordinairement, surtout chez le chien, des irrégularités dans le rythme : intermittences, association de deux systoles, systoles avortées.

Dans la circulation artérielle, la morphine produit également des modifications importantes. Le pouls subit les mêmes variations de force et de rythme que le cœur. Il devient ordinairement bigéminé.

L'influence sur la pression du sang dans les artères n'est pas la même après l'injection intraveineuse et l'injection hypodermique. Après cette dernière, la tension s'élève pendant la période •d'agitation et s'abaisse lég'èrement pendant la période de sommeil. A la suite de l'injection intraveineuse, il se produit immédiatement un abaissement notable de la tension artérielle. Les recherches hémodromographiques montrent que, chez le chien, la vitesse du sang augmente au début du sommeil et diminue généralement ensuite. La diminution de vitesse provient surtout de la paralysie des vaso-moteurs. En elfet, lorsqu'on coupe l'oreille d'un cochon d'Inde morphine, elle ne saigne pas, et cependant elle est rouge.

Respiration. — Sous l'influence de la morphine, la respiration se ralentit en général et devient irrégulière. Cependant, chez les animaux qui ne peuvent pas être hypnotisés par la morphine, on observe souvent une accélération respiratoire. Une ânesse qui a reçu ls'f,75 de chlorhydrate de morphine en injection sous-cutanée a montré une très forte accélération respiratoire.

Température. — La température rectale s'élève pendant la •période d'excitation et diminue pendant le sommeil. La diminution est d'autant plus forte que le sommeil est plus profond et plus

prolong-é (jusqu'à 3 et 4°). L'abaissement de ta température rectale pendant le sommeil morphinique doit être attribué à deux causes : 1° à la diminution des oxydations, comme le démontrent les analyses des g-az du sang et de Fair expiré (L. Guinard) ; 2° à la plus forte déperdition de chaleur par la peau ; celle-ci en effet s'échaud'e pendant l'action de la morphine.

Sécrétions. — La morphine ag-it énergiquement sur les sécrétions. Chez le chien, le bœuf, la chèvre, le mouton, le porc et le chat, elle produit une forte salivation, qui persiste pendant toute la durée. Chez le chien, elle apparaît au début, puis disparaît pendant le sommeil produit par des doses faibles. Elle augmente la sécrétion sudorale, et il n'est pas rare, après son absorption, de voir couler la sueur en abondance chez les solipèdes.

L'hypersécrétion salivaire et sudoripare semble être d'origine centrale.

Toutes les autres sécrétions sontdiminuées, et l'urine estsécrétée en quantité moindre.

Yeux et pupilles. — Pendant le sommeil provoqué par la morphine, les pupilles sont contractées, et les deux yeux sont en strabisme interne. Si l'on réveille le chien ou si on le pince, la pupille se dilate aussitôt, les yeux se redressent et le strabisme cesse; en même temps le cœur bat plus vite. Cette expérience nous apprend que les actions réflexes sur le cœur et sur la pupille persistent malgré la narcotisation ; elle nous apprend aussi que la contraction de la pupille, qu'on attribue à l'action de l'opium ou de la morphine, n'est en réalité que l'effet du sommeil et du strabisme interne, et non celui de la morphine elle-même.

Péristaltisme intestinal. — Chez le chien, on observe fréquemment, au début de l'action de la morphine, l'expulsion d'excréments. Ces défécations sont dues à une suractivité du péristaltisme gastro-intestinal et s'observent surtout avec les doses faibles. Mais, pendant le sommeil, les mouvements péristaltiques disparaissent ainsi que la sécrétion. Les doses fortes peuvent exercer d'emblée une action paralysante sur l'estomac et l'intestin. La disparition du péristaltisme et des sécrétions explique les effets constipants et antispasmodiques de l'opium et de la morphine.

Elitnination. — La morphine s'élimine par l'urine, la sueur, mais non par le lait. L'élimination est lente, car elle se prolonge plusieurs jours après la cessation de l'administration. Avant de

s'éliminer, la morphine est fixée sur les centres nerveux et le foie (Calvet), organes dans lesquels on peut la déceler chimiquement. Avant de s'éliminer, une partie de la morphine se transforme dans le sang- en morphétine ; une autre partie s'oxyde et devient de Voxydimorphine.

Toxicité. — Il y a une grande différence dans la résistance qu'offrent les divers animaux à l'action toxique de la morphine. D'après L. Guinard, les doses toxiques moyennes de morphine par la voie hypodermique sont :

65 milligrammes par kilogramme chez le chien.

7 — le cheval.

9 — làne.

15 — le bœuf.

40 — le chat.

200 — le porc.

400 — la chèvre.

Les jeunes animaux ainsi que les enfants sont beaucoup plus sensibles à la morphine que les adultes (L. Guinard).

JMoRPHixiSME. — Il n'existe que chez l'homme, qui fait un usage journalier de la morphine. Au début de l'usage, elle lui procure des sensations agréables; plus tard celles-ci ne peuvent plus être obtenues qu'avec des doses de plus en plus fortes. On cite des morphinomanes qui sont arrivés à en prendre jusqu'à 5 g-rammes et plus par jour, doses qui seraient toxiques pour un homme sain. Il y a donc accoutumance graduelle à ce poison par l'usag-e.

Indications thérapeutiques. — Le chlorhydrate de morphine est indiqué:

1° Pour obtenir un sommeil narcotique et, par conséquent, une anesthésie plus ou moins prononcée lorsqu'on veut pratiquer une opération chirurgicale. Chez le chien, l'insensibilité obtenue par l'injection hypodermique de 0^'",01 à 0s'',02 de chlorhydrate de morphine permet de faire un grand nombre d'opérations sans avoir recours aux anesthésiques ordinaires. Mais il n'en est pas de même chez les solipèdes, les ruminants, le porc et le chat, animaux qui, après l'injection de morphine, présentent une période d'excitation sans narcose consécutive. La morphine seule n'est pas à recommander à titre d'anesthésique chirurg-ical chez les g-rands herbivores, le porc et chez le chat;

2° Pour rendre l'action des anesthésiques ordinaires (éther,

•chloroforme, chloral) plus prompte et plus durable. A titre d'adjuvant des anesthésiques, la morphine peut rendre des services chez tous les animaux. Chez les solipèdes, on emploie la dose de 0s'",25 à 1 gramme en injection hypodermique, une demi-heure au moins avant l'administration des anesthésiques ordinaires. Chez le chat, M. Guinard recommande d'injecter, ving't minutes avant l'anesthésie par le chloroforme, O^^OOS par kilogramme d'animal ;

3° Comme analgésique généiml chez les chevaux méchants à la dose de 0°'',3 à 08'',5 pour faciliter l'examen et l'exploration des parties malades et aussi pour faciliter l'abatage. Les chevaux morphines, quoique excités, sont moins sensibles aux attouchements et deviennent indifférents à ce qui se passe autour d'eux. La morphine ne doit être employée que sur les animaux à jeun ;

4" Comme analgésique local, dans les cas de douleurs névralgiques, dans le rhumatisme, le lombag-o. On l'injecte sous la peau au voisinag-e des points douloureux ou sur le trajet du nerf de la région ;

5° Comme calmant^ dans beaucoup de maladies inflammatoires internes, pneumonie, pleurésie, bronchite, dans les coliques congestives très douloureuses, les empoisonnements, la péritonite, etc. C'est un bon calmant de la toux et de la douleur ;

G" Comme hypnotique, chez le chien contre les maladies nerveuses convulsivantes, telles que l'encéphalite, la méningite, le tétanos, etc. Siedamgrotzky a obtenu d'excellents résultats avec ce médicament dans l'éclampsie des chiennes nourrices;

1° Comme antisécrétoire et calmant, dans la bronchite catarrhale, la laryngite, les inflammations gastro-intestinales, la diarrhée rebelle^ l'hémorragie intestinale, la dysenterie. Dans ces cas, on doit administrer de préférence les préparations opiacées à l'intérieur ;

8° Comme antispasmodique , contre les contractions cloniques du diaphragme, les spasmes intestinaux douloureux, les contractions utérines exagérées ;

9° Comme antidote, dans l'empoisonnement par la strychnine.

Préparations d'opium et de morphine.

1° Poudre d'opium.

2° Extrait thébdique.

.L'extrait du Codex (1908) renferme 20 p. 100 de morphine.

3° Laudanum de Sydenham (Codex).

Opiuiu choisi 100 grauunes.

Safran incisé 50 —

Extrait de cannelle de Ceylan 1 gramme.

Essence de girofle 1 —

Alcool à 300.77..; 1 000 grammes.

Faites macérer en vase clos pendant dix jours en agitant de temps en temps, puis passez, exprimez et filtrez.

Un g-ramme de laudanum correspond à 10 centigrammes de poudre d'opium ou à 5 centig-rammes d'extrait et doit contenir 1 centigramme de morphine.

4° Teinture d'opium (Codex).

Extrait d'opium 5 grammes

Alcool à 70° 9o —

Laissez en contact en vase clos jusqu'à dissolution. Filtrez. Elle renferme 1 p. 100 de morpliine.

5o Sirop d'opium (Codex).

Extrait d'opium 2 grammes.

Eau distillée 8 —

Sirop simple 990 —

Faites dissoudre à froid l'extrait dans l'eau distillée et mélangez le soluté avec le sirop.

20 grammes de ce sirop contiennent 4 centigrammes d'extrait d'opium.

6° Sii'op diacode (Codex).

Sirop d'opium 230 grammes.

Sirop simple 750 —

Mêlez.

20 g-rammes de ce sirop contiennent 1 centigramme d'extrait d'opium.

7° Sirop de chlorhydrate de morphine (Codex).

Chlorhydrate de morphine 06^,50

Sirop simple 990 —

Dissolvez le sel dans l'eau distillée et mélangez la solution au sirop.

20 grammes de ce sirop contiennent 1 centigramme de chlorhydrate de morphine.

Kaufmann. *'

8° Solutions pour injections hypodermiques .

Chlorhydrate de inorpliine 1 ou 2 grammes.

Eau 50 —

Administration et doses. — Les préparations à base d'opium sont administrées à Fintérieur. Il en est de même des sirops de chlorhydrate de morphine. Les premières conviennent surtout pour combattre la diarrhée et les affections du tube digestif.

Les solutions aqueuses des sels de morphine sont surtout employées en injections sous-cutanées, intratrachéales ou intraveineuses. Dans l'établissement des doses avec les diverses préparations d'opium, il faut tenir compte de leur richesse en morphine. Elle est indiquée dans le tableau suivant :

1 gramme d'opium contient 10 centigr. de morphine.

5 centigrammes d'extrait aqueux — 1 —

1 gramme de laudanum de Sydenham.. — 1 —

20 grammes de sirop diacode — 1 —

20 grammes de sirop de morphine — 1 —

Chlorhydrate de morphine.

Injections hypodermiques .

Doses toxiques.

Bœuf 5à8 —

Petit chien Oçr,i

Gros chien 1

Oiseaux Très peu sensibles à la

morphine.

Doses thérapeutiques.

Cheval Oer.SO à 06^,50

Bœuf Og^r.SO à 1 gramme.

Chien Ob'^Ol à 0^^,05

Préparations opiacées.

Doses thérapenUiiques moyennes [à l'intérieur).

Poudre d'opium.

Extrait

d'opium.

Teinture

d'extrait

d'opium.

Laudanum

de Sydenham.

Cheval

Bœuf

Petits ruminants

' Chien......

Chat

Autres alcaloïdes de l'opium ou dérivés

Codéine C'^H^'AzO^ + H-O. — La codéine se présente sous forme de cristaux volumineux à saveur amère ; elle est soluble dans 00 parties d'eau à 15°, plus soluble dans l'alcool et l'éther, le chloroforme, la benzine, le sulfure de carbone, l'alcool amylique. Elle forme avec les acides des sels très solubles dans l'eau, dont le plus employé est le phosphate (G'^H^'Az^^, PO^H' + 2H20).

Cet alcaloïde produit sensiblement les mêmes effets que la morphine, mais son action est au moins cinq fois plus faible et son prix beaucoup plus élevé.

Ilrésulte des recherches de Frôhner [Afonatschr. f. prak. Thiei'heil^ 1893) que la codéine n'olfre aucun avantage sur la morphine chez nos animaux domestiques, excepté contre la toiix^ qu'elle calme plus sûrement.

Les doses de phosphate de codéine sont de 0^'', 05 chez le chien, de 1 g-ramme chez le cheval.

(Sirop de codéine Codex).

Codéine pulvérisée 0g'",20

Alcool à 60° 5 grammes.

Sirop simple préparé à fi'oid 95 —

Faites dissoudre dans l'alcool; ajoutez le soluté au sirop de sucre et mélangez avec soin.

20 grammes de ce sirop contiennent 4 centigrammes de codéine.

Une cuillerée de soupe toutes les trois heures au chien pour calmer la toux.

Pou?' injeclions hypodermiques.

Phosphate de codéine 1 gramme.

Phénol neige ) - „„ ....

Menthol.... i aa 25 mdhgrammes.

Eau distillée de laurier-cerise 20 grammes.

Injecter au chien 1 centimètre cube pour calmer la toux.

Narcéine G'^^H-'AzO* -1-3H^0. — La narcéine est fort peu soluble dans l'eau, insoluble dans l'éther, soluble dans l'alcool et dans une solution légère de potasse.

La narcéine présente, entre tous les alcaloïdes de l'opium, l'action somnifère la plus pure, la plus dégagée de toute autre action

physiolog'ique. Elle est beaucoup moins analg-ésique que la morphine. Elle ne diminue pas la sécrétion urinaire, n'arrête pas les sécrétions digestives, n'entrave pas la digestion, mais produit un peu de constipation.

C'est un bon calmant de la toux.

Potion.

Narcéine 23 centigrammes.

Benzoate de soude 50 —

Sirop 500 —

Une cuillerée à soupe toutes les trois heures au chien contre la toux.

Narcyî G^sH^'AzO'HGL. — C'est le chlorhydrate d'éthylnarcéine. Il se présente en aig-uilles soyeuses incolores, est soluble dans 120 parties d'eau à 15°, plus soluble encore dans l'eau additionnée de benzoate de soude, soluble dans l'alcool et le chloroforme, peu soluble dans l'éther, la benzine et l'éther de pétrole.

Il possède un pouvoir analgésique marqué et a donné de bons résultats dans le traitement de la toux.

On l'administre soit par la voie buccale, en sirop, à la dose moyenne de O^^Oô par jour chez le chien, soit par voie hypodermique en solutions à 1 p. 100, à la dose de 2 centimètres cubes.

Dionine C^^'H^^AzO'Cl.H^O. — C'est le chlorhydrate d'éthylmorphine. Elle est en poudre blanche, cristalline, inodore, de saveur amère, assez désag-réable, très soluble dans l'eau (1 p. 7).

Localement elle n'est pas irritante. Après absorption, elle est hypnotique, sédative et analg-ésique. Elle est utilisée contre la toux. On la donne aux petits animaux à la dose de 2 à 3 centigrammes.

Sirop.

Dionine 08^,20

Sirop simple 260 grammes.

Une demi-cuillerée à bouche au chien quatre fois par jour.

Injection hypodermique .

Dionine 06^20

Eau distillée 20 grammes .

Stériliser.

Injecter 1 centimètre cube au chien.

Collyre.

Dionine 08^,50

Donne d'exellenls résultats contre Tulcération de la cornée.

Pérom'neC'^H'SAzO'CHsOGH^HCl.— La péronine ou chlorhydrate de benzoylmorphine est une poudre blanche, légère, de saveur désagréable, légèrement soluble dans l'eau, insoluble dans le chloroforme et l'éther.

Au point de vue de son action, elle se place entre la morphine et la codéine. En solution à 1 à 2 p. 100, elle produit l'anesthésie de la muqueuse oculaire par instillation.

Elle est d'un prix plus élevé que la morphine et agitavec moins d'activité.

En vétérinaire, elle noIFre aucun avantage spécial.

Héroïne. — L'héroïne ou éther diacétique de la morphine est une poudre blanche, cristalline, très peu soluble dans l'eau. Ses sels sont plus solubles, et on utilise surtout le chlorhydrate d'héroïne.

Effets et emploi. — L'action g'énérale de l'héroïne est assez semblable à celle de la morphine; elle narcotisele chien, le lapin, le cobaye, et excite le cheval, l'âne, la chèvre et le chat. D'après les expériences de L. Guinard, elle est toujours plus toxique que la morphine; elle est moins hypnotique et plus convulsivante; elle agit moins sur le cerveau etplus surles centres bulbo-médullaires. Les fortes doses sont très convulsivantes chez toutes les espèces. Chez le cheval, la dose de 0^'',5 en injection sous-cutanée produit une très forte excitation générale.

On l'utilise comme sédatif de la toux eicomme narcotique chez le chien.

Dose narcotique.

Petit chien Oe^OaS

Gros chien 0g^060

Polio7i.

Héroïne 5 centigrammes.

Alcool à 90° Q. s. pour dissoudre.

Sirop simple 150 grammes.

Une cuillerée à soupe quatre fois dans vingt-quatre heures chez le chien contre la toux, dans la bronchite, l'asthme.

Chloral hydraté.

C2ci3H0.n20.

Le chloral, découvert en 1832 par Liebig-, se présente sous deux états : 1° anhydre (G^GPHO), c'est un liquide incolore, d'aspect oléagineux, d'une saveur acre et brûlante, d'une odeur vive et pénétrante; 2° hydraté [C?CX^YiO,WO), il est solide, formé de cristaux blancs d'aspect saccharoïde.

h'hydrate de chloral est le seul employé en médecine. Il émet des vapeurs à la température ordinaire et a une odeur vive pénétrante, rappelant celle du melon. Il est solubleà la fois dans l'eau, l'alcool, l'éther, le chloroforme, la benzine, les huiles essentielles. Sa solution aqueuse doit avoir une réaction neutre et ne doit pas se troubler par le nitrate d'argent. En présencedes bases alcaUnes ou de leurs carbonates, le chloral se transforme en choroforme et formiate alcalin d'après l'équation suivante :

C2HC130 4- KHO = GHK02 + CHCP.

Chloral. Potasse. Formiate. Chloroforme.

Effets physiologiques. — L'hydrate de chloral s'oppose énerg-iquement aux fermentations et à la putréfaction. Les matières animales peuvent être conservées indéfiniment sans altération putride dans une solution aqueuse concentrée de chloral hydraté. C'est donc un antiputride puissant.

Localement, le chloral ag-it comme un irritant plus ou moins énerg-ique, suivant laconcentration de ses solutions ; il peut devenir vésicant et caustique. Si on applique une solution au cinquième de chloral hydraté sur une plaie, il se forme une escarre mince, peu adhérente.

Injectées dans le tissu conjontif sous-cutaiié, les solutions d'hydrate de chloral déterminent de la douleur, de l'inflammation, et quand elles sont concentrées, elles produisent la nécrose et la mortification des tissus touchés.

Dans le tube dig-estif, le chloral est également plus ou moins irritant, suivant son état de concentration. Dilué fortement dans un liquide g-ommeux ou mucilag-ineux, il est assez facilement supporté partons les animaux; mais, en solution à un titre supérieur à 1 p. 15, il est irritant., produit des nausées, des vomissements, des coliques et quelquefois une gastro-entérite.

L'absorption du chloral se fait rapidement par toutes les voies. Arrivé dans le sang-, il se décompose en partie et s'élimine par les reins soit en nature (M"* Tomascevvich), soit sous forme d'acide urochloralique(Musculus et Mering-). L'élimination se fait aussi en partie par le poumon et la peau. L'air expiré prend l'odeur de chloral ainsi que les produits de l'exhalation cutanée.

Après son absorption, le chloral ne tarde pas à produire un sommeil profond, qui ressemble beaucoup au sommeil physiolog-ique. Au réveil, les animaux reprennent immédiatement leur état normal et leurs mouvements. A doses plus fortes, le chloral produit l'anesthésie complète. Pendant le sommeil, la pupille est très resserrée et insensible ; elle se dilate quand l'anesthésie est poussée trop loin. Quand le sommeil chloralique est lég^er, les animaux conservent les réflexes et ils ressentent, quand on les excite, une douleur vague qu'ils manifestent par des cris ; mais, si le sommeil est profond, les réflexes disparaissent, et la sensibilité est complètement abolie. Gomme avec les anesthésiques ordinaires, l'action réflexe disparait en dernier lieu dans la conjonctive et la cornée.

Au début, le chloral accélère un peu la respiration, mais la ralentit ensuite pendant l'anesthésie et même l'éteint si l'absorption devient trop intense, par suite de la paralysie du pouvoir moteur du bulbe et de la moelle.

Le cœur se contracte avec plus d'énergie au début; puis les battements s'affaiblissent pendant l'anesthésie, et les contractions systoliques sont moins brusques (Arloing-). Au début, il y a ralentissement passag-er du cœur; de trente, le nombre tombe à ving-l-huit par seconde chez le cheval ; plus tard, il y a accélération, et on voit le nombre des battements du cœur s'élever à quarante-huit. S'il y a des intermittences avant l'administration, elles disparaissent sous l'influence du chloral.

Le chloral diminue toujours la tension artérielle ; il augmente la vitesse du cours du sang-. Il resserre légèrement les petits vaisseaux au début de son action, mais les dilate ensuite et produit la congestion des parenchymes, des muqueuses, de la peau. Les plaies saig-nent toujours abondamment pendant l'anesthésie chloralique.

Le chloral produit aussi un abaissement de température quelquefois très prononcé (2 à 3°). Il est dû, comme avec les autres anesthésiques, à la diminution des combustions intra-org-aniques

comme le prouvent les analyses des g-az de la respiration et celles des g-az da sang- (Arloing-) ; le rayonnement plus considérable par la peau vient encore s'ajouter à cette première cause de refroidissement. Pendant le sommeil chloralique, la régulation de la température est supprimée. L'animal à sang" chaud se comporte alors comme un animal à sang- froid. II s'échauffe ou se refroidit avec le milieu ambiant.

Il provoque aussi fréquemmenl V/iemoglobbiurie, surtout sur les animaux anémiques et sur ceux qui sont à jeun. Cette hémog-lobinurie est due à l'action destructive qu'il exerce sur les globules roug-es du sang-. En g-énéral, elle se dissipe rapidement après le réveil.

Mode (Taction du chloral. — Liebreich, en 1869, a trouvé les propriétés anesthésiques du chloral, en partant de cette idée théorique que ce corps doit se décomposer dans l'organisme en chloroforme et formiate alcalin, en présence des alcalis du sang-. Cet auteur, après avoir constaté expérimentalement l'action anesthésique, a admis que le chloroforme se dég-ag-e constamment pendant que le chloral circule, et que l'anesthésie est produite non pas directement parle chloral, mais par le chloroforme qui prend naissance. Cette théorie a été admise d'abord par beaucoup de physiologistes et de cliniciens; mais elle est aujourd'hui abandonnée. Richardon, Demarquay, Vulpian, Labbé et Goujon, ont rapporté des faits qui prouvent que le chloral conserve son individualité propre et qu'il agit en tant que chloral sur les éléments nerveux.

Cependant une petite partie de chloral se décompose dans l'org-anisme et donne naissance à du chlorofornie, qui peut être retrouvé dans le sang-. Mais la petite quantité de chloroforme ainsi produite est absolument insuffisantepour expliquer les elTets hypnotiques instantanés qu'on observe après l'injection intraveineuse. Le chloral a donc une action hypnotique propre. Récemment, Esclauze et Edmond, à l'aide d'une réaction nouvelle très sensible, ont constaté que, pendant l'anesthésie au chloral, tous les tissus contiennent du chloral, tandis qu'on ne peut y déceler le chloroforme.

Emploiclinique du chloral. — Le chloral est utilisé en chirurgie comme anesthésique général.

Pour les exercices de chirurg-ie pratiqués dans les écoles vétérinaires et les vivisections, le chloral employé en injection intra-

veineuse donne une anesthésie rapide et parfaite. Mais l'injection intraveineuse ne doit pas être utilisée dans la clinique ordinaire à cause des accidents qu'elle entraîne infailliblement, à savoir : la phlébite, l'oblitération de la veine, les abcès, la nécrose des tissus.

Pendant l'injection, les accidents à craindre sont Varrêt du cœur par suite d'une pénétration trop vive, et Varrêt de la respiration, quand on dépasse la dose anesthésique. On évite le premier accident par la lenteur de l'injection et le second en surveillant soig-neusement l'établissement de l'anesthésie. Aussitôt que celle-ci est arrivée au degré convenable, on doit suspendre les injections, pour les recommencer quand le réveil tend à se produire. Le chloral a l'inconvénient d'augmenter les hémorragies en nappe sur les plaies.

Dans la pratique ordinaire, on doit, pour obtenir une action hypnotique et anesthésique, administrer le chloral par les voies digestives. Dans ce cas, l'absorption étant assez lente, il faut préparer les animaux au moins une heure avant l'opération. Il est rare qu'on puisse obtenir ainsi une anesthésie parfaite, mais on détermine un fort émoussement de la sensibilité. Si on injecte du chlorhydrate de morphine sous la peau en même temps qu'on administre le chloral à l'intérieur, on obtient une insensibilité plus grande. Chez le cheval, la dose anesthésique à l'intérieur est d'environ 100 grammes.

A cause de son action fortement irritante, le chloral ne peut pas être utilisé en injections sous-cutanées et intratrachéales.

Gadéac et Malet recommandent l'emploi simultané du chloral et du chlorhydrate de morphine pour anesthésier légèrement le cheval. Le chlorhydrate de morphine est injecté sous la peau, et le chloral est administré en lavement environ une demi-heure plus tard. Frohner ne trouve aucun avantage à l'emploi combiné du chloral et du chlorhydrate de morphine ; d'après lui, on n'obtient jamais qu'un léger affaiblissement de la sensibilité.

Pour obtenir une véritable anesthésie chez le cheval, on peut combinerlechloral avec le chloroforme. Sur un animal légèrement chloralisé, le chloroforme agit plus vite et à dose plus faible.

En 1889 [Soc. de bioL), Richet a proposé pour les opérations chirurgicales surle chien l'injection directe de lasolution de chloral dans le péritoine (35 centigrammes par kilogramme d'animal). On obtient ainsi une anesthésie complète sans menace de syncope

ftS6 CHLORAL HYDRATÉ.

et sans accidents inflammatoires, si toutes les précautions aseptiques sont bien prises.

Ce procédé a été appliqué au cheval par Esclauze et Edmond. Il résulte de leurs recherches que les injections intrapéritonéales de chloral chez le cheval sont sans danger, qu'elles sont susceptibles, suivant la dose, de produire Tanesthésie complète ou simplement un assoupissement très marqué du sujet. La dose est de 80 à 50 grammes de chloral en dissolution dans 200 à 500 grammes d'eau bouillie.

L'injection intrapéritonéale de chloral a été employée avec succès par Breton {Soc. centrale de méd. ve'te'r., 1907) pour combattre la douleur excessive qui accompagne les coliques et pour éviter les mouvements désordonnés, les attitudes anormales, les chutes avec leurs conséquences funestes.

Le chloral est encore indiqué comme antispasmodique ou anticonvulsivant dans les maladies nerveuses accompagnées d'agitation, de convulsions (épilepsie, tétanos), dans le renversement du rectum, de l'utérus, pour éviter les efforts expulsifs. Il est alors administré à l'intérieur.

Il constitue \e,ïne\\\e,\iT antidote de la strychnine. Si les animaux empoisonnés par cet alcaloïde sont maintenus un temps suffisant sous l'influence de Fanesthésique, l'élimination de la strychnine se fait, et, au moment du réveil, l'animal pourra résister. J'ai constaté dans mes expériences l'efficacité de ce moyen pour enrayer l'action de la strychnine.

Administration et doses. — Pour l'injection intraveineuse, on fait usage de la solution au 1 p. 5 (ne jamais l'employer dans la pratique).

A antérieur^ il faut faire usage de solutions étendues au minimum à 1 p. 15 et ajouter de la gomme ou du mucilage. Les doses internes, calmantes, sont :

Bœuf et cheval 50 à 100 grammes.

Porc, mouton, clièvrc 5 à 10 —

Chien ûsr,50 à 5 —

Chat 0s^30 à 1 gramme.

Pour les lavements, on emploie des solutions mucilagineuses. On compte généralement 30 à 40 grammes de chloral par seringue chez les grands animaux. Dans le tétanos, on administre trois ou quatre lavements par jour.

Pour les injections intrapéritonéales , on emploie des solutions stérilisées à 1 p. 10, à 1 p. 15 chez le cheval.

Les solutions faibles à 1 p. 20 de chloral peuvent aussi être avantag-eusementemployées en injection dans certaines cavités, comme le vag-in et la matrice, pour arrêter les hémorragies, pour désinfecter la muqueuse et en diminuer la sensibilité.

Les doses internes anesthésiques sont :

Chien 4 gi-. en moyenne.

Porc 10 grammes.

Cheval 100 à 150 grammes.

Doses toxiques.

Petits chiens 8 à 12 grammes.

Gros chiens 10 à 15 —

Chat 4 à 8 —

Porc 20 —

Cheval 200 à 300 —

Les doses toxiques rapportées aukilog-rammede poids corporel sont d'après Falck :

Injection Injection Ingestion,

intraveineuse, hypodermique.

Lapin 0g^35 lS'M3 lei-,30

Chat 0sr,31 0s'-,40 1 gr.

Chien 0&r,23 l&i-,20 1 —

Formules.

Lavement de chloral.

Hydrate de chloral 4à5 grammes.

Jaune d'œuf n» 1

Lait 300 —

Mêlez.

Pour deux lavements chez le chien.

Potion calmante.

Chloral hydraté 10 grammes.

Chlorhydrate ' de morphine Qs'^,20

Gomme arabique 20 —

Eau distillée 250 —

Administrer une cuillerée toutes les trois heures au chien qui tousse.

652 CHLORALAMIDE.

Solution pour injection inlrapéritonéale.

Hydrate de chloral 30 à 50 grammes.

Eau bouillie 500 —

Injecter dans le péritoine chez le cheval, pour l'aneslhésie chirurg-icale, pour calmer la douleur dans les coliques graves.

Ghloralamide.

G3IPAzC!!'0^.

Le chloralamide est obtenu par l'action de la formiamide sur le chloral.

Il se présente sous forme de cristaux brillants, blancs, un peu amers, inodores, solubles dans 10 parties d'eau froide, dans- 1,5 d'alcool à 90°. Il se dissout plus facilement dans l'eau chaude, mais il ne faut pas élever la température au-dessus de 60" sous peine de voir le chloralamide se décomposer. Les acides dilués n'ont aucune action sur lui, tandis que les alcalis le décomposent facilement.

Effets et usages. — Localement, le chloralamide n'est pas caustique, mais il peut devenir irritant à forte dose pour les muqueuses sur lesquelles on le dépose. Ses effets physiologiques ont été bien étudiés sur le chien par Schmitt (de Nancy), par Mairet et Bosc (de Montpellier). Administré à l'intérieur sur le chien, à dose faible (15 à 33 centigrammes par kilogramme d'animal) ou à dose moyenne (50 à 75 centig-rammes par kilogramme d'animal), on observe, après cinq minutes, de l'inquiétude, de l'égarement, des g"émissements, des cris et un besoin de mouvement. Cette ag"itation dure une heure, puis apparaît une période de somnolence et de sommeil. Ce sommeil est lég-er, cède à la moindre excitation, est entrecoupé de plaintes et dure de deux à trois heures. Au réveil, l'animal présente une nouvelle période d'excitation avant de revenir à la normale. Outre l'action hypnotique, le chloralamide produit une hypothermie de 2°, 5 à 5°, de la diarrhée, quelquefois des selles sang-uinolentes, des vomissements, de la salivation, une congestion de la peau et des muqueuses.

A dose toxique (1 g-ramme et au-dessus par kilog-ramme du poids de l'animal), les effets sig-nalés avec les doses faibles et moyennes sont plus accentués, et il s'y ajoute une altération ma-

CHLORALOSE. 653

nifeste des g-lobules du sang-. Ceux-ci sont décomposés d'abord en une série de petites g-outtelettes très réfring-entes, puis ces g-outtelettes disparaissent, et i'iiémoglobine est complètement dissoute.

A Tautopsie des animaux qui succombent, on trouve le cœur dilaté, l'endocarde roug-e vineux ; les poumons offrent de nombreux points hémorragiques; l'estomac et l'intestin sont cong-estionnés, ainsi que les centres nerveux.

Cet hypnotique est inférieur au chloral et ne présente sur celui- ■ci aucun avantag-eréel. On l'a utilisé parfois pourcombattre l'excitation nerveuse et les convulsions chez le chien à la dose de 1 à 3 grammes (Prôhner).

Chloralose.

CSHi'CPOs.

Le chloralose est une combinaison de la glucose avec le chloral. de corps, découvert par M. A. Heffter en 1889, a été bien étudié par MM. Hanriot et Richet. Il se présente sous forme d'aig-uilles fines, blanches, solubles dans l'eau surtout à chaud, dans l'alcool, l'éther, peu soluble dans le chloroforme et presque insoluble -dans les pétroles. Sa saveur est amère et désagréable. Chauffé €n présence des alcalis, il s'altère, mais il ne se décompose pas sous l'action des acides.

Action physiologique. — Le chloralose ne jouit pas de propriétés antiseptiques, etil n'est pas irritant pour les tissus. Si l'on injecte dans les veines d'un chien 4 centig-rammes de chloralose par kilog-ramme d'animal, on voit, au bout de quelques minutes, i'animal être pris fie vertig-e; il titube, ne peut plus se tenir debout, pousse des cris et est en proie à une excitation violente. A cette période, les fonctions de l'encéphale sont notablement abaissées, l'animal est atteint de cécité psychique, il ne reconnaît plus les objets, ne s'effraie pas des menaces qu'on lui fait, il n'y a plus de clignement réflexe à l'approche de l'œil d'un objet menaçant. Dans cet état, l'animal a conservé sa sensibilité visuelle, puisque les réflexes de l'iris persistent et qu'il peut progresser sans se heurter aux obstacles; c'est la compréhension qui est abolie, il ne peut plus distinguer la nature de l'objet ou de l'obstacle.

A la dose de 5 à 7 centigrammes par kilogramme en injection intraveineuse, de 25 à 40 centigrammes par ingestion, à

HYPNAL.

l'action excitante succède une action Injpnotique très accentuée.

Le chien prend une démarche hésitante, ses muscles sont raidis et deviennent le sièg^e de frémissements fibrillaires ; les mouvements sont difficiles, l'animal se couche et s'endort. Pendant le sommeil, les réflexes, au lieu d'être diminués, sont au contraire exag-érés; ainsi le moindre attouchement provoque un soubresaut g-énéralisé, presque une convulsion strychniforme. La pression artérielle n'est pas abaissée comme avec le chloral.

Les doses toxiques provoquent un sommeil profond, et pendant ce sommeilla mort survient par arrêt de la respiration.

Le chloralose ne produit pas d'abaissement notable de la température. Gomme l'a fait voir Gh. Richet, laction physiolog-ique du chloralose est remarquable par les effets opposés qu'il détermine sur le cerveau et la moelle; tandis qu'il engourdit le cerveau, ilstimule la moelle. A certains points de vue, ilse rapproche du chloral, à d'autres de la strychnine; c'est avec la morphine qu'il a le plus de ressemblance.

Les doses sont indiquées dans le tableau suivant dressé par MM. Hanriot et Gh. Richet :

EN MILLIGRAMMES ET PAR KILO d'animal,

Dose active miniiiia Dose hypnotique. . . .

Dose mortelle

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