MODIFICATEURS DES MOUVEMENTS ET DES RÉFLEXES
Antispasmodiques.
Les antispasmodiques sont les agents capables de s'opposer aux convulsions, aux spasmes.
Les convulsions consistent dans des contractions musculaires anormales et involontaires ; elles sont le résultat de l'augmentation de l'excitabilité d'une des parties composantes du système neuro-musculaire sous l'influence d'une cause irritante. L'excitation provocatrice des convulsions porte rarement son action directement sur le tissu musculaire ; presque toujours elle agit sur le système nerveux et est transmise indirectement aux muscles.
Les convulsions ont tantôt pour siège les muscles de la vie animale, tantôt ceux de la vie organique. Elles sont toniques ou cloniques, partielles ou générales.
Comme les convulsions ont pour origine une excitation anormale du système nerveux, il est évident que les moyens antispasmodiques doivent agir sur ce dernier système.
Les causes irritatives capables d'engendrer les convulsions sont nombreuses et à siège très variable. Elles agissent soit sur les cordons nerveux moteurs (contractures directes), soit sur les
ANTISPASMODIQUES. Q6t,
nerfs sensitifs (contractures réflexes), soit sur la moelle (contracture spinale), soit sur le bulbe (convulsions générales épileptiformes), soit enfin sur la substance grise corticale (épilepsie corticale). Les convulsions peuvent donc avoir une orig-ine nerveuse, spinale, bulbaire ou corticale.
Gomme causes périphériques des convulsions, il faut sig'naler :, l'inflammation des cordons nerveux (névrites), les vers intestinaux, l'éruption dentaire, les traumatismes, les tiraillements de filets nerveux, les excitations vives des org-anes des sens, etc.
Dans une série d'expériences mémorables, Brovvn-Séquard a démontré qu'après la section du nerf sciatique chez le cochon' d'Inde il est possible, au bout d'un certain temps, de provoquera; volonté des crises convulsives en excitant certains points de la peau du cou ou des parties voisines (zone épileptog-ène). Cette épilepsie expérimentale présente ceci de remarquable : c'est qu'elle peut se transmettre héréditairement .
Les causes convulsives qui agissent sur les centres encéphalorachidiens peuvent ég-alement être nombreuses et variables; il faut citer les intoxications par certains poisons à action central© (alcaloïdes convulsivants, essences diverses, toxines d'orig-ine microbienne), la cong-estion, l'anémie, les hémorragies, les tumeurs, les lésions traumatiques des couches corticales du cerveau au niveau ou au voisinag-e de la zone motrice, les irritations électriques (Fr. Franck), mécaniques ou chimiques de ces mèmesj parties.
Les convulsions ayant une origine et des causes variables, la médication antispasmodique doit mettre en œuvre des moyens différents suivant les cas. Cependant, comme les causes qui les provoquent nous échappent fréquemment, il faut toujours dimi-; nuer l'hyperexcitabilité générale du système nerveux par l'administration des médicaments appropriés.
Les principaux médicaments antispasmodiques sont : l'asa fœtida, la gomme ammoniaque, la valériane, le camphre, le bromure de potassium, le bromure de sodium, l'acide cyanhydrique, la belladone et l'atropine, la scopolamine. On peut y ajouter les naédicaments hypnotiques et hijpnoanesthésiqiies (Voir ces médicaments). .^
662 ASA FŒTIDA.
Asa fœtida.
L'asa fœtida est une g-omme-résine fétide venant de l'Orient fournie par la racine de plantes ombellifères : Ferula Asa fœtida et Narthex asa fœtida^ qui croissent dans les provinces montagneuses de la Perse, du Turkestan et de l'Afg-hanistan.
Dans le commerce, Tasa fœtida se présente sous la forme de masses amorphes, plus ou moins roug-e brunâtre, assez consistantes, formées d'une matière g-ommeuse et de larmes, d'abord blanchâtres, puis roug-eâtres quand elles ont subi le contact de l'air ; l'odeur en est vive, fétide, alliacée ; sa saveur est amère, acre et repoussante. Il est très soluble dans l'eau, l'alcool, l'éther le vinaig-re et le lait.
La composition de l'asa fœtida est encore incomplètement connue. On y trouve une essence soufrée et azotée semblable à l'essence d'ail, de la résine verdâtre et amère et de la gomme.
Effets. — Appliqué sur les tissus fins ou dénudés, l'asa fœtida ag-il comme lég-er excitant local.
Dans le tube dig-estif, il excite les sécrétions, produit une sensation de chaleur dans l'estomac, relève l'appétit, accélère la dig-estion et dissipe les flatuosités intestinales. A fortes doses, 2G0 grammes et plus, chez les solipèdes, il détermine des efTets évacuants et purgatifs (Tabourin).
L'absorption des principes actifs se fait rapidement. On constate, après l'ingestion de doses un peu élevées, une légère accélération de la respiration et de la circulation, une augmejitation des diverses sécrétions, surtout de la sécrétion de l'urine. Cette légère stimulation disparaît bientôt et se trouve remplacée par un état apathique accompagné de somnolence et d'une légère obtusion des sens. L'élimination est rapide, elle se fait par la plupart des sécrétions, qui prennent son odeur caractéristique.
Indications. — L'asa fœtida est indiqué :
1" Pour exciter V appétit^ augmenter la tonicité du tube digestif, faciliter la digestion;
2° A titre de styptique contre la diarrhée chez le cheval (Trasbot) ;
3° Pour calmer les douleurs intestinales dans les coliques qui résultent d'un spasme de la musculeuse des voies digestives et de la vessie ;
4o Pour fortifier le système nerveux général et diminuer son excitabilité dans Tépilepsie, la chorée, etc. "' . .
50 Pour soutenir les forces et relever la nutrition chez les animaux atteints de maladies infectieuses, telles que la ma adie du ieune à^e chez les chiens, la cachexie aqueuse des moutons, les bronchites et pneumonies chroniques, etc. 11 modifie avantag-eusement la sécrétion bronchique ;
6° Pour prévenir Vavortemcnt ;
70 Son odeur désagréable le fait employer dans la préparation du bain arsenical contre la gale du mouton ; avec la teinture, on frotte les régions malades qu'on veut préserver des morsures
ou du léchag-e. . ,
L'asa fœtida ne doit pas être utiUsé chez les animaux de boucherie, car il rend la viande inutilisable.
Administration et doses. - Cette drogue répugne a la plupart des animaux à cause de son odeur désagréable. Aux ruminants, on la donne en breuvages mucilagineux ou gommeux; aux chiens avec du lait, et aux chevaux en pilules ou bols. Pour les lavements, on fait dissoudre Tasa fœtida dans du vinaigre, ou dans un hquide alcoolique. La teinture d'asa fœtida est une bonne préparation. Les animaux peuvent supporter des doses fortes; mais il vaut mieux faire usage de doses faibles et les renouveler plus souvent.
Les doses habituelles d'asa fœtida ou de teinture sont :
Cheval 1^ àSOgrammes.
Bœuf 20 a50 -
Ces doses sont faibles; elles peuvent être données plusieurs fois
En lavements, on administre les doses suivantes : grands herbivores, 10 grammes par lavement. Petits ruminants et porc, 4 grammes ; chien, 1 à 2 grammes.
Gomme ammoniaque.
Cette drogue est constituée par le suc laiteux concrète qui s'écoule de la tige d'une ombellifère croissant en Libye et en Perse, le Dorenia ammoniacum.
664 VALERIANE.
Elle se présente sous forme de larmes blanches, laiteuses, jaunissant avec le temps, possédant une odeur spéciale aromatique, une saveur acre et amère. On y trouve une essence sulfurée, une matière résineuse roug^eàtre, transparente, fondant à 45°. Soumise à l'action d'une faible chaleur la gomme ammoniaque se ramollit.
Elle est partiellement soluble dans Teau, l'alcool, Télher, les huiles. Triturée avec de l'eau, elle forme une émulsion.
Effets et emploi. — La gomme ammoniaque a des effets qui la rapprochent de la térébenthine. Elle est expectorante, diurétique et antispastnodique. C'est un excellent modificateur des sécrétions bronchiques.
On l'administre en breuvage, potions ou pilules.
On sert aussi à fabriquer un mastic pour réparer les brèches du sabot chez le cheval en la faisant fondre à une douce chaleur avec 2 parties de gutta-percha (Defay).
Valériane.
(Valeriana offtcinalis L.).
C'est une plante de la famille des Valérianées, à tig-e fistuleuse, haute de 1 mètre environ, à feuilles opposées, pétiolées, ailées, à folioles lancéolées. La racine est la seule partie employée en médecine. Elle a une odeur faible quand elle est fraîche, mais devenant très prononcée, fétide comme l'urine de chat, quand elle est sèche ; sa saveur est amère et acre. L'odeur de cette racine est très recherchée par les chats.
On ne doit pas la conserver plus dun an, car elle perd promptement ses propriétés.
On trouve dans cette racine une essence (essence de Valériane) 1 p. 100; un acide, Vacide valérianique ou isovalérianique, un glycoside, un alcaloïde (la chatinine), de la fécule, du tanin, etc.
Les préparations de valériane doivent leurs propriétés antispasmodiques non à l'acide valérianique, mais à Vessence et à des éthers du bornéol, parmi lesquels se trouve le valérianate de bornyle (Brissemoret) et probablement à des principes actifs qui nous échappent encore (Pouchel).
Effets physiologiques. — Localement, la valériane est légèrement astringente et tonique.
CAMPHHE ORDINAIRE. 665.
Dans le tube digestif, elle agit comme stimulant, stomachique et vermifuge.
Après l'absorption des principes actifs, la valériane agit sur le système nerveux. A faible dose, elle est stimulante du cerveau ; à dose forte, elle produit de la dépression. Les hyperesthésies et les convulsions cloniques disparaissent par l'aclion de cette substance. Son action se porte sur tous les centres nerveux encéphaliques et médullaires.
Fraîche, la racine de valériane détermine un ralentissement du nombre des battements cardiaques avec augmentation notable de leur amplitude, une légère diminution de la tension artérielle^ Elle favorise donc le travail du cœur et constitue un toni-cardiaque. Elle n'exerce pas d'action marquée sur la respiration. Alais elle accroît nettement la sécrétion ur inaire.
Indications. — Elle est utile dans les maladies nerveuses, l'épilepsie, les convulsions épileptiformes, la chorée, le tétanos, les coliques avec spasmes intestinaux. Si elle ne guérit pas toujours ces maladies, elle a du moins l'avantage de diminuer leur gravité et de soulager le malade. Elle est indiquée aussi pour calmer les hyperesthésies des organes génitaux et urinaires et pour faire cesser les spasmes intestinaux.
Préparations et doses. — On emploie en poudre, en infusion^ en teinture, en huile.
Avec la poudre, on fait des bols, des pilules, des électuaires. L'infusion produit le dégagement de l'essence volatile et est peu active. La teinture (au 1/5) convient pour les petits animaux. Pouchet recommande de préparer une alcoolature avec de la racine fraîche qui est beaucoup plus active que la racine sèche.
Poudre. Teinture.
Cheval Ib à 50 gr- 20 à 50 gr.
Bœuf 30 à 100 " 30 à 60
Mouton et porc 5 à 10 5 à 10
Chien Oer.bO à 3 X à XXX gouttes.
Cliat 0s^2o à 1 Vài XX gouttes.
Ces doses peuvent être répétées deux ou trois fois par jour.
Camphre ordinaire.
C'-HicQ.
Le camphre ordinaire ou du Japon est une essence concrète qui
s'écoule des incisions que l'on pratique dans le tronc du Laurus camphora de la famille des Lauracées. On peut aussi l'obtenir en chauffant avec de l'eau les racines, les tiges, les rameaux des •camphriers, dans de grands vases recouverts d'un chapiteau de terre garni intérieurement de paille de riz. Le camphre se volatilise et se sublime sous la forme de g-rains irréguliers g-ris jau- Hiâtre, qu'on rassemble dans des tonneaux. On a ainsi le camphre brut qu'on raffine en Europe.
Le camphre pur est blanc, d'une odeur caractéristique et d'une saveur amère. Il est presque insoluble dans l'eau, qui n'en prend •que 2 p. 1 000. Les bicarbonates aug-mentent sa solubilité. 11 est très soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, les essences; les huiles et les g-raisses ordinaires. Il s'émulsionne et se dissout en partie dans le jaune d'œuf, le lait, la crème et l'eau mucilagineuse.
Effets physiologiques. — Le camphre constitue un poison violent pour les êtres inférieurs ; c'est un antiseptique, un désinfectant et un antiparasitaire puissant.
Appliqué en solution sur une partie extérieure du corps, le ■camphre produit, à cause de sa g-rande volatilité, une réfrig-ération assez marquée avec anesthésie locale. En frictions, il excite la peau, l'échauffé, la congestionne et peut même produire une lég-ère inflammation, mais peu durable. Déposé dans l'œil, il occasionne une douleur vive et une congestion de la conjonctive. Sur la muqueuse buccale, il produit une roug-eur, une saveur brûlante, de la salivation, une sécrétion abondante de mucus. 11 communique à l'émail des dents une fragilité extraordinaire. Dég-luti, il détermine sur la muqueuse du pharynx, de l'œsophag-e et de l'estomac une sensation de chaleur et de picotement. 11 augmente la soif et produit souvent le vomissement chez les carnivores, le météorisme et des coliques chez les herbivores. Plus le camphre •est divisé par un véhicule, et moins il est irritant pour le tube digestif. Quand il est administré en grumeaux, il enflamme et •ulcère la muqueuse stomacale aux points où les particules de camphre séjournent.
L'absorption du camphre est très rapide; il est transporté par le sang dans toutes les parties du corps. Pendant son séjour dans l'organisme, une partie s'oxyde.
Il s'élimine en nature par la peau, l'air expiré et par les urines sous forme d'acide campho-glycuronique et d'acide ura-
mido-compho-g-lycuronique. On peut en déceler des traces dans le lait.
Les faibles doses de camphre (5 g-rammes chez le cheval et 0s'",20 chez le chien) déterminent une excitation des centres nerveux. Les animaux sont plus vifs, disposés aux mouvements ; ils portent la tète plus haut et ont les yeux plus brillants. Avec les fortes doses (100 g-rammes chez le cheval, 5 g-rammes chez le chien), les animaux sont fortement surexcités ; ils entrent dans une véritable fureur. Le pouls est très accéléré, il se produit des tremblements, des convulsions cloniques ayant quelque analogie avec des convulsions épileptiformes. Puis l'excitabilité nerveuse s'épuise, il survient une abolition complète de la sensibilité et de la motilité.
Sous l'action du camphre, la température rectale subit un abaissement notable. La chute de la température est surtout très marquée chez les animaux qui sont atteints d'une maladie fébrile.
Il constitue un bon excitant du cœur, dont il augmente l'énerg-ie des contractions.
Il produit aussi l'annihilation des fonctions g-énératrices, c'est un des meilleurs anaphrodisiaques .
Le camphre est serfa^//" à faible dose, excitant à dose moyenne et convulsivant à forte dose.
Les cadavres des animaux, morts à la suite de l'absorption de camphre, dég-ag-ent une odeur caractéristique ; la muqueuse dig-estive est vivement enflammée; l'encéphale et la moelle épinière sont congestionnés, et leur vaisseaux sont gorg-és d'un sang- noir incoag-ulé ; les uretères et la vessie ont leur muqueuse ecchymosée.
Antidotes. — Pour s'opposer à la marche de l'empoisonnement par le camphre, on emploie les vomitifs, les boissons émollientes, le café noir, les potions vineuses et de l'éther étendu d'eau.
Indications. — Ses propriétés antiseptiques q\. antiparasitaires sont mises à profit pour désinfecter les tissus, où il tend à se produire une fermentation putride, pour détruire les parasites qui vivent sur la peau de nos animaux ou la vermine qui ronge le ling-e.
Son action excitante locale^ puis anesthe'siante, le fait employer contre les accidents locaux superficiels tels que heurts, chocs, distensions peu graves, engorgements douloureux des testicules, des mamelles, contre la piqûre des abeilles, contre les douleurs rhumatismales.
Il est indiqué en. poudre sur les plaies pour exciter leur surface et empêcher la sécrétion purulente.
Les efïeis excilants (/énéraux rerideni son emploi très rationnel dans les fièvres putrides, les empoisonnements qui allaiblissent le système nerveux central et le cœur. C'est un des meilleurs excitants cardiaques ; il relève raclivité du cœur quand cet org-ane est très aU'aibli et menace de s'arrêter. Dans la pneumonie infectieuse, Frôhner l'emploie avec succès à forte dose à l'état d'huile camphrée, qu'il injecte sous la peau à la dose de 100 à 250 grammes par Jour.
Ses effets sédatifs ei antithertniques sont utilisés dans toutes les maladies fébriles et septiques.
Il jouit aussi de [iVo\)v\Q\.és expectorantes qui le rendent très utile dans les maladies catarrhales chroniques, des bronches et du poumon.
Dans le satyriasis, la nymphomanie et les affections des voies génito-urinaires, le camphre produit aussi de bons résultats, car il est anaphrodisiaque .
Il est contre-indiqué chez les animaux de boucherie à cause de l'odeur qu'il communique à la viande.
Administration et doses. — Le camphre peut être administré : 1° par la voie dig-estive en bols, pilules ou en émulsion dans un jaune d'œuf ou un liquide mécilagineux ; 2° par la voie sous-cutanée sous forme d'huile camphrée, d'eau-de-vie camphrée.
L'huile camphrée employée en injections sous-cutanées offre un inconvénient; elle peut provoquer chez le cheval un engorgement persistant du tissu conjonctif sous-cutané apparaissant parfois seulement plusieurs mois après l'injection.
Les principales préparations sont : la poudre, la dissolution aqueuse, l'eau éthérée camphrée, la teinture de camphre, le vinaigre camphré, l'huile camphrée et la pommade camphrée.
La teinture dé camphre concentrée ou alcool camphré est composée de 100 camphre et 900 d'alcool à 98° [Codex).
L'eau-de-vie camphrée ou teinture de camphre faible se compose de camphre 100 et alcool à 00°, 3900 (Codex).
C'est celte dernière qu'on emploie pour l'injection hypodermique. Elle est parfaitementsupportée et ne produit jamais d'accident local.