‹ Traité de thérapeutique vétérinaireChapitre 204 sur 260 · MÉDICAMENTS TONI-CARDIAQUES · texte numérisé non relu

MÉDICAMENTS TONI-CARDIAQUES

comme succédané du polyg-ala. A dose forte, elle détermine la paralysie des muscles et du cœur.

On l'emploie en décoction à raison de 5 grammes pour 100 gr. d'eau et à la dose d'une cuillerée toutes les deux ou troisheures chez le chien atteint d'une maladie catarrhale des voies respiratoires.

MODIFICATEURS DU CŒUR ET DES VAISSEAUX Médicaments toni-cardiaques.

Ces médicaments sont dirigés contre la dépression circulatoire, liée à des lésions portant sur la pompe cardiaque.

Les maladies du cœur sont nombreuses et assez fréquentes chez nos animaux domestiques. Le plus souvent les lésions siègent sur les valvules, les orifices artériels et auriculo-ventriculaires; elles produisent alors invariablement soit Y insuffisance. soit le rétrécissement. Aujourd'hui le diagnostic de ces lésions est relativement facile, grâce aux bruits de souffle qu'on perçoit à l'auscultation.

Quels que soient d'ailleurs la nature et le siège de l'altération patholog-ique, que la lésion amène l'insuffisance ou le rétrécissement de tel ou tel orifice, le jeu du cœur peut i ester normal, ou bien il peut être accru ou diminué.

Lorsque les systoles ventriculaires sont normales — eusystolie — la circulation générale n'est pas troublée notablement, la nutrition se maintient dans un état satisfaisant. Tl suffit alors de soins hygiéniques, de repos et de moyens calmants.

Si le jeu du cœur est accru — liypersystolie — et si la tension artérielle est anormalement élevée, il faut encore des calmants et des vaso-dilatateurs tels que : le chloral, l'iodure et le bromure de potassium, la morphine, etc. Mais, si les contractions cardiaques sont faibles, si les ondées lancées dans lesartèressont petites, si la tension artérielle reste au-dessous de son degré normal - hyposysfolie, asystolie — il faut avoir recours aux médicaments qu'on appelle des toniques cardiaques.

Dans rhyposystolie, le jeu du cœur est affaibli, la c[uantité de sang- lancée dans les artères est insuffisante pour maintenir la tension artérielle à son degré normal. 11 en résulte une circulation capillaire lang-uissante dans tous les tissus et une accumulation de

"62 DIGITALE ET DIGITALINE.

sang' dans les veines. Cette stase sanguine veineuse produit secondairement Taltération de la nutrition de tous les tissus, la diminution de leur tonicité, l'exsudation séreuse et le ralentissement de l'excrétion urinaire. Le défaut d'élimination rénale entraîne l'accumulation des produits de dénutrition et une sorte d'empoisonnement lent qui affaiblit graduellement le malade et le plonge bientôt dans l'anémie la plus profonde. Des épanchements hydropiques peuvent ensuite se montrer dans les parties déclives du tronc, des membres et dans les cavités séreuses.

Dans les cas de ce genre, l'indication principale doit consister à augmenter l'énergie des systoles cardiaques, afin d'accroître le débit du sang et de relever la pression artérielle.

Agents de la médication toni-cardiaque. — Les agents toniques • lu cœur sont : la digitale et son principe actif la digitaline, le strophantus et la sti-opliantine, la convallaria et la convallamarine, la caféine, l'adonidine et la spartéine, le bromure de potassium, le tabac et la nicotine.

Digitale et digitaline.

On connaît plusieurs espèces de digitales. La seule employée en médecine est la dig-itale pourprée [Digitalis purpurea L.), encore appelée gant de Notre-Dame, de la famille des Scrofulariacées.

Elle croît dans presque toute l'Europe et dans les îles du nord de l'Afrique ; elle habite les bois et les collines, dans les terrains secs, incultes et siliceux. On la cultive aussi comme plante ornementale dans les jardins.

Les feuilles sont les seules parties employées en médecine vétérinaire. Elles doivent être recueillies pendant la deuxième période de végétation de la plante, au moment où elle va tieurir. C'est alors qu'elles sont le plus riches en principes actifs. Sèches, elles ont un parfum assez agréable rappelant celui du thé et de certaines pâtisseries.

Composition. — On a isolé des feuilles de digitale trois glycosides : la diyitaline. la digitaléine et la digitonine .

La DIGITALINE pure, cristallisée, encore appelée dig-itoxine (C^'H^"0'°i, a été obtenue pour la première fois par Nativelle. Ses cristaux d'un blanc nacré sont insolubles dans l'eau, la benzine, le sidfure de carbone; ils sont très solubles dans le chloro-

DIGITALE ET DIGITALINE. 763

forme, solubles dans 43 parties d'alcool à 90" et très lég-èrement solubles dans les huiles g-rasses.

La dig-italine est le principe le plus actif de la dig-itale.

Sous Tinfluence des ag-ents hydrolysants, elle se dédouble en un sucre, le diyitoxosc, et en digitoxigénine.

Les dig-italines amorphes d'Homolle et Quévenne et d'autres ne sont pas des dig-italines pures, mais des mélanges, en proportions variables, de digitaline, de digitaléine et de digitonine.

La DIGITALÉINE (G^^H^^O'^) cst un g'iycoside non cristallisé, blanc, insoluble dans le chloroforme, soluble dans l'alcool, peu soluble dans l'eau ; sa solubilité dans l'eau est aug-mentée par son mélange avec la dig-itoxine.Sous l'influence des agents hydrolysants, elle se dédouble en dextrose, digitalose et digita/igénine.

Elle est fort active, mais beaucoup moins cependant que la dig-italine.

La DiGiTONiNE (G"^"H**0'^) est un glycoside du g-roupe des saponines, pouvant cristalliser, mais se présentant d'ordinaire sous forme amorphe. Elle est très soluble dans l'eau ; cette solubilité aug-mente avec les impuretés. Elle favorise la solubilisation dans l'eau de la dig-italine et de la dig-italéine. Les agents hydrolysants la décomposent en dextrose, galactose eidigitogénine.

A côté de ces glycosides, on a sig-nalé dans la dig-itale une substance très toxique, voisine de l'ouabaïne; un composé résineux, la digitène; un composé phénolique, la digiflarone\ des acides : digitalique, antirrhinique, digitaléique, tannique ; de l'amidon, des matières mucilagineuses et colorantes, un ferment oxydant azoté.

Préparations. — Les formes pharmaceutiques de digitale ordinairement utilisées sont la poudre de feuilles, les infusions, le sirop, la teinture, le vin de digitale composé et enfin la digitaline cristallisée.

Les extraits aqueux et alrooliques ne doivent pas être utilisés à cause de l'inconstance de leur composition.

La poudre de digitale a une odeur aromatique agréable rappelant un peu celle du thé et une saveur amère. Elle s'altère assez facilement: aussi doit-on la conserver dans un endroit sec, en vase clos et à l'abri de la lumière, et la renouveler assez souvent.

Vin fusion se prépare en versant 250 grammes d'eau bouillante sur 20 à 50 €s«-ntig-rammes de poudre de feuilles de digitale et en maintenant le contact pendant une demi-heure à 70». On filtre

764 DIGITALE ET DIGITALINE.

ot on édulcore. On l'administre par cuillerées aux petits animaux.

La riKicéralion consiste à faire macérer la poudre dans Teau froide pendant douze heures, à filtrer et k édulcorer.

Le sirop de digitale se compose de teinture de digitaline. 50 grammes, et sirop simple, 950 grammes. Mêlez \('nd('x). 20 grammes de ce sirop renferment 1 gramme de teinture de digitale et sont équivalents à 10 centigrammes de poudre.

La teinture de digitale s'obtient en traitant par j)ercolation 100 grammes de poudre par la quantité d'alcool à 70° suffisante pour obtenir 1000 grammes de teinture {Codex, 1908}.

Un gramme de teinture équivaut à 10 centigrammes de poudre de digitale.

Le rin de digitale co/nposé s'obtient avec :

Feuilles sèches de digitale, poudi'e demifine, tamis n" 5 10 grammes.

Squames de scille l.o

Baies de genièvre loO —

Acétate de potassium sec 100 —

Vin blanc 1800 —

Alcool à 90° 200 —

Laissez macérer pendant dix jours.

Vingt grammes de ce vin correspondent à 10 centigrammes de digitale et renferment 1 gramme d'acétate de potassium.

La digitaline cristalliséeélnnt d'un prix très élevé ne peut guère être utilisée que chez les petits aniniiiux. On emploie le soluté au millième. L gouttes de ce soluté pèsent 1 gramme et contiennent 1 milligramme de digitaline cristallisée.

Effets physiologiques. — Localement les préparations de digitale et de digitaline sont irritantes. Appliquées sur la peau, sous forme de pommade ou d'une préparation qui reste adhérente, elles produisent une inflammation du derme; celui-ci devient douloureux, se tuméfie, rougit, s'échauffe et se couvre d'une exsudation séreuse. L'intensité de l'inflammation provoquée est en rapport avec la concentration de la préparation et avec la finesse de la peau. Loi-sque le tégument est dépourvu de son épiderme, et (|ue la préparation est appliquée directement sur le derme l'inllammation locale est plus rapide et plus intense.

Introduites dans la bouche, les préparations digitaliques produisent une sensation d'amertume, font rougir la muqueuse buccale et déterminent de la salivation. Dans l'estomac, elles

DIGITALE ET DIGITALINE. 765

irritent rapidement lu muqueuse, j)rovoquent des douleui's, des nausées, des vomissements et de la diarrhée.

ISi les doses sont faibles et si les préparations sont données sous l'orme diluée, les ellets d'irritation g-astro-intestinale peuvent être nuls ou insignifiants. Sur la conjonctive, elles produisent une cuisson très vive et une congestion intense. Les solutions de digitaline à 1 p. 1000, ou les infusions de dig-itale injectées dans la trachée des animaux produisent facilement de la toux et une congestion pulmonaire aux points où l'absorption s'effectue. Le cheval et l'âne supportent beaucoup mieux ces injections que le chien.

Injectée sous la peau, dans le tissu conjonctif, la digitaline et les liquides digi taliques déterminent une douleur vive et produisent un phleg'mon plus ou moins volumineux. Ghezle chien, ce phlegmon se résorbe lentement; chez le cheval et l'âne, il s'abcède souvent; parfois aussi il laisse un noyau induré qui ne disparaît qu'après plusieurs mois. L'inflammation locale qui suitl'injection hypodermique de dig-italine retarde l'absorption et provoque un état fébrile plus ou moins prononcé. Lorsqu'on injecte la solution de digitaline dans le tissu musculaire, on observe à peu près les mêmes effets que lorsque le médicament est déposé dans le tissu conjonctif sous-cutané.

Après leur absorption, les principes actifs de la digitale produisent des modifications fonctionnelles, dont les plus importantes portent primitivement sur la circulation et secondairement sur la sécrétion urinaire.

Les préparations galéniques de digitale doivent leur activité aux g-lycosides qui y sont contenus, surtout à la digitaline et à la digitaléine. Orces deux g-lycosides agissent à peu près de la même façon, à l'intensité près. On peut donc prendre pour type l'action de la digitaline cristallisée; elle résume assez exactement celle de la digitale.

Action sur le coeur. — A très faible dose, la digitaline détermine chez tous les animaux un ralentisxemimt du cœur, c'est-à-dire Kxne diminution dunombre de ses battements. Ce ralentissement, quelquefois très prononcé, chez le chien et le mouton, l'est beaucoup moins chez l'âne et moins encore chez le cheval. On voit, à l'état de santé, le nombre des battements du cœur diminuer de dix à quinze par minute chez le chien, de trois à cinq chez les solipèdes. Ce ralentissement dure un temps variable, mais cependant assez long- : de six à douze heures. A mesure que les effets de

766 DIGITALE ET DIGITALINE.

la dig-italine se dissipent, on voit le nonribre de pulsations i-evenir à l'état normal, sans qu'il y ait accélération consécutive. Quelquefois on observe, après l'administration, une lég-ère accélération primitive du cœur qui précède le ralentissement^ c'est lorsque la dig"italine irrite localement les tissus au point d'absorption et détermine par action réflexe une certaine excitation. Quand l'absorption se fait sans irritation, le ralentissement est toujours primitif avec de faibles doses. Chez les solipèdes,il arrive souvent qu'après l'injection hypodermique de digitaline en solution il y a accélération continue du cœur sans ralentissement ni primitif, ni consécutif, GetelTet accélérateur est dû, dans ce cas, à la (ièvre de réaction que détermine le développement d'un phlegmon au point d'injection. Chez le chien, le ralentissement des battements du cœur se j)roduit très nettement après les injections hypodermiques ou intramusculaires.

A dose moyenne, la digitaline produit successivement deux modifications inverses sur le nombre des battements du cœur. Après l'absorption sans irritation locale, elle agit d'abord en ralentissant le cœur. Ce ralentissement a une durée inversement proportionnelle à la dose employée. Après un certain temps, ce ralentissement disparaît et fait place à Yaccélération du cœur, dont l'intensité est directement proportionnelle à la dose.

Les fortes doses produisent d'abord un certain ralentissement du cœur, mais très passager ; puis elles déterminent une accélération très forte et très durable.

Avec des doses très fortes, il n'y a pour ainsi dire pas de ralentissement initial ; il y a immédiatement une accélération qui dure très longtemps et qui est suivie, si l'animal doit mourir, d'un ralentissement avec arythmie.

En résumé, la fréquence des battements cardiaques se modifie comme suit :

Avec faibles doses : i-alentissement des battements du cœur, puis retour insensible à l'état normal.

Avec doses moyennes : ralentissement du cœur, puis accélération et enfin retour à l'état normal.

Avec fortes doses : ralentissement très passager ; accélération de longue durée, puis retour très lent à l'état normal.

Avec doses très fortes : accélération ininiédiate très forte ; ralentissement et arythmie précédant la mort.

La digitaline, en même temps qu'elle modifie le nombre des

DIGITALE ET DIGITALINE. 767

battements du cœur, agit aussi en aug-menlant Véncrfjie du muscle cardiaque. A chaque systole, les contractions auriculaires et ventriculaires sont plus énergiques et les ondées sang-uines déplacées sont plus volumineuses. Dans mes expériences cardiographiques, j"ai toujours constaté que, pendant l'action de la digitaline, les courbes indiquent une augmentation de pression intracardiaque systolique considérable. Les deux bruits normaux du cœur deviennent plus intenses, plus nets. La pulsation cardiaque est plus facilement perceptible. La digitaUne constitue un tonique puissant du cœur. Elle ne produit l'airaiblissement du muscle cardiaque qu'à dose trop forte et seulement dans la deuxième période de son action. Ces faits ont été entièrement confirmés récemment par les beaux travaux de François-Franck. Sous l'influence de la digitaline, on voit aussi souvent se modifier le rythme des battements du cœur. Sur des animaux à l'état de santé, tout en ralentissant le cœur et en augmentant la force de ces contractions, la digitaline produit aussi des intermittences en général réguhèrement espacées. Pendant le ralentissement produit par des doses moyennes, on constate que les battements du cœur sont accouplés deux par deux ou trois par trois et qu'entre deux séries il y a un arrêt assez long. Ces modifications du rythme n'existent que pendant le ralentissement du cœur; quand cet organe est accéléré, les battements sont régulièrement espacés, il n'y a aucune intermittence.

Circulation artérielle. -- La digitaline modifie aussi la circulation artérielle. Pendant qu'elle agit, la tension artérielle augmente notablement; les artères sont plus dures, plus pleines. Le pouls se modifie comme le cœur; il est plus vigoureux, plus fort, souvent intermittent pendant la période de ralentissement: il devient régulier et plus petit pendant la période d'accélération; pendant l'empoisonnement et peu de temps avant la mort, il est misérable et fortement intermittent. Quand on enregistre le tracé du pouls pendant la période du ralentissement, on obtient souvent le pouls bifjéminé ou trigémind, c est-à-dire deux ou trois pulsations accouplées.

La vitesse du sang dans les artères diminue sous l'action de la digitale, comme le démontrent nettement mes graphiques hémodromographiques.

Respiration. — La respiration se modifie à peu près dans le même sens que la circulation pendant l'action de la digitaline.

768 DIGITALE ET DIGITALINE.

Avec les faibles doses, les mouvements se ralentissent; avec les fortes doses, ils s'accélèrent. Avec les faibles doses, on remarque une diminution de l'exhalation de l'acide carbonique, par conséquent un ralentissement des oxydations et des phénomènes de dédoublement.

Température. — A faible dose, la digitaline absorbée sans provoquer d'irritation locale provoque un abaissement de la température rectale. Celle-ci s'abaisse généralement de 4 10 à 5/ 10 de degré sur les animaux sains. Si son absorption est accompagnée d'une irritation locale, on voit au contraire se produire une élévation plus ou moins forte de la temi)érature i-ectale.

Sécrétion uhinairb. — Des nombreuses expériences que j'ai faites, il ressort que la digitaline ne produit pas à^eff'et diurétique sur les animaux sains. C'est un ellet inverse que l'on observe, c'est-à-dire une diminution de la sécrétion. Quoique la quantité d'urine sécrétée soit moindre pendant l'action de la digitaline, il arrive quelquefois que la quantité d'urée éliminée €St plus forte; c'est lorsque la digitaline irrite localement les surfaces sur lesquelles elle est absorbée. Quand l'absorption se fait sans irritation locale, il y a à la fois diminution d'urine et diminution d'urée.

La digitale, étant reconime non diiu'étique à l'état normal, elle peut cependant, dans certains cas, produire la diurèse. Dans certaines lujdropisies, la digitaline est diuréti(iue. Mais elle produit la diui-èse par une action secondaire, en améliorant la circulation troublée et non en agissant spécialemetit sur le rein. La dig-italine relève la pression sanguine en aug-mentant le travail du cœur et en produisant une constriction des artérioles; on sait que l'aug-mentation de la pression est une condition favorable pour la sécrétion urinaire.

Système nerveux et musculaire. — La digitale exerce toujours une ac^^o;^ affaiblissante oxxparésiante sur le système musculaire de la locomotion . Les expériences de laboratoire démontrent qu'elle diminue l'excitabilité des muscles, et l'observation clinique indique que les sujets traités par les préparations de dig-itale sont faibles et se fatig-uent sous l'intluence du moindre exercice.

Des faits d'expérimentation et d'observation il ressort que la digitaline a une action stimulatrice des plus marquées sur les contractions utérines et les contractions péristaltiques de l'intestin.

DIGITALE ET DIGITALINE. 769

Élimination. — On ig-nore ce que devient la dig-italine absorbée. Elle se transforme certainement, car on ne la retrouve dans aucune excrétion. En tout cas son élimination est très lente, comme le prouvent les cas d'intoxication qu'elle a provoqués. 11 en résulte que les doses successives absorbées s'ajoutent les unes aux autres, s'accumulent et produisent brusquement des accidents toxiques. On a reconnu qu'il est imprudent de continuer la médication digitalique au delà de trois jours consécutifs.

Intoxication. — Si la digitale est administrée à dose toxique au cheval, on observe, six à huit heures après l'administration, des symptômes importants : tristesse, perte d'appétit, excitation g-énérale, coliques, douleurs intestinales, accélération considérable du pouls et de la respiration, dilatation de la pupille, battements du cœur très forts et accompagnés de bruits spéciaux, tels que le tintement métallique, le frémissement vibratoire et le bruit de souffle, émission d'urine. Après douze à seize heures, abattement considérable, pouls ralenti, irrégulier, intermittent et faible, choc du cœur toujours fort, irrégulier, respiration irrég-ulière, entrecoupée, peau froide surtout aux extrémités, abaissement de la température rectale, puis mort généralement dans un calme complet. Chez le chien, une dose toxique produit après son administration des vomissements, de l'agitation, des g-émissements plaintifs, une diminution du nombre des pulsations d'abord, puis ensuite une augmentation de ce nombre, faiblesse, décubitus prolong'é, diarrhée, puis mort ou retour g-raduel, mais lent, à l'état normal.

Lésions. — Les principales lésions sont les suivantes : congestion et inflammation de l'intestin, ecchymoses sous-muqueuses et sous-séreuses, poumons enflammés, taches ecchymotiques nombreuses sous la plèvre, mousse sanguinolente dans les bronches, sang- noir et incoag'ulable, ecchymoses au-dessous du péricarde et dans l'endocarde, valvules épaissies, tissu musculaire du cœur plus foncé et parsemé d'ecchymoses ; cong-estion des centres nerveux.

Antidotes. — Il n'y a aucun contrepoison de la digitale. I faut combattre l'irritation gastro-intestinale par des mucilagineux et injecter de faibles doses d'atropine sous la peau pour combattre l'arythmie du cœur et l'arrêt de ses battements.

Mécanisme des actions. — Le ralentissement du cœur et du pouls doit être attribué à l'excitation du système nerveux modé- Kalfma.nn. 49

770 DIGITALE ET DIGITALINE.

rateur cardiaque. L'innervation modératrice est fournie par le nerf pneumog-astrique, qui relie le cœur au centre modérateur bulbaire, et par le système nerveux intracardiaque. Ces deux systèmes sont excités pendant la période de ralentissement provoquée par la dig-italine. En elfet, après la section du nerf pneumogastrique au cou, l'action ralentissante est diminuée, mais elle ne disparaît pas complètement, résultat qui prouve que la dig-italine agit à la fois sur le centre modérateur bulbaire et sur l'appareil modérateur intracardiaque.

L'accélération qui survient secondairement avec les doses fortes de dig-italine est due à la perte ou à la diminution de l'excitabilité des extrémités périphériques des nerfs vag-ues (Kaufmann, 1881). Quand le pneumogastrique est devenu inexcitable sur son trajet et a perdu son action frénatrice sur le cœur, on peut voir subsister une certaine action frénatrice de l'appareil modérateur intracardiaque. François-Franck a montré en effet que les irritations endocardiaques peuvent provoquer le ralentissement ou l'arrêt du cœur malgré l'inexcitabililé des fibres des pneumog'astriques.

Les modifications du rythme cardiaque, provoquées par les faibles doses de dig-italine ou par les fortes doses au début de l'action, c'est-à-dire pendant la période de ralentissement, dépendent ég-alement du système nerveux modérateur. En effet, aussitôt que ce système est paralysé, les intermittences cardiaques disparaissent. L'arythmie qui succède à la période d'accélération doit être attribuée à l'excitation du système nerveux accélérateur, aussi longtemps que ce système reste excitable, et enfin à l'action exercée directement sur le muscle cardiaque dans la dernière période de l'intoxication.

L'effet toni-cardiaque de la dig-italine doit être attribué à l'action exercée directement sur les fibres musculaires cardiaques. L'augmentation d'énergie des contractions apparaît pendant la phase de ralentissement et se maintient pendant la phase d'accélération. Elle est donc indépendante des systèmes nerveux, modérateur et accélérateur. L'action toni-cardiaque est donc directe et musculaire.

L'aug-mentation de la tension artérielle résulte à la fois de l'action toni-cardiaque et de l'action vaso-constrictive. Les ondées lancées dans les artères par les contractions ventriculaires sont plus amples, fait démontré par les tracés cardiographiques

DIGITALE ET DIGITALINE. 771

et sphyg'mographiques, et la contraction des petits vaisseaux qui oppose une résistance plus g-rande à l'écoulement périphérique du sang- est démontrée parla diminution de la vitesse du courant sang-uin, constatée avecl'hémodromog'raphe.

Indications thérapeutiques. — La digitale est indiquée :

1« Cotnine tonique cfn'dio- vase nia ire dans les maladies du cœur et des vaisseaux, accompagnées d'une dépression de la tension artérielle et d'un affaiblissement des contractions cardiaques.

Dans les affections valvulaires du cœur, la dig-itale n'est pas toujours indiquée. Elle est contre-indiquée tant que la tension artérielle se maintient forte, tant que le cœur est suffisant pour compenser par l'énerg-ie de ses systoles le mauvais état de ses orifices. Mais, lorsque le cœur faiblit, lorsque la compensation devient insuffisante, lorsque la pression artérielle subit une dépression, la digitale doit être prescrite. L'insuffisance de l'action du cœur est révélée par l'état du pouls, qui devient irrégulier, fréquent, petit ; l'artère est facile à déprimer ; les urines deviennent plus rares ; souvent de l'œdème apparaît dans les membres ou les parties déclives du tronc. C'est à cette période hyposystoiique que la digitale donne de merveilleux résultats. Sous son influence, le pouls se rég-ularise, prend de la force et de l'ampleur; l'artère devient moins dépressible, ce qui est l'indice d'une aug-mentation de la pression sang-uine ; la diurèse abondante s'établit et les œdèmes se dissipent.

Les palpitations nerveuses simples sont ég-alement justiciables du traitement digitalique.

Dans les diverses affections qui réclament l'emploi de la digitale, il ne faut l'administrer qu'avec réserve et pendant un temps limité. Il faut commencer par de petites doses; cesser ou diminuer l'administration au bout de quelques jours, et se g^uider soit pour l'interruption, soit pour la reprise, sur l'état du pouls et particulièrement sur son deg-ré de résistance; la perte d'appétit, l'intermittence du pouls, la faiblesse musculaire, sont des signes qui indiquent impérieusement la suppression du traitement. Toutes les expériences que j'ai faites me démontrent qu'il faut repousser l'emploi de doses fortes de digitaline ou de dig-itale.

2° Comme antifébrile, dans toutes les maladies caractérisées par une élévation de la température et une forte accélération du pouls et de la respiration. En ralentissant le pouls, en resserrant les petits vaisseaux, en abaissant la température, en facilitant la

772 DIGITALE ET DIGITALINE.

diurèse, la dig-italine s'oppose aux phénomènes principaux de la fièvre. On en a obtenu d'excellents résultats dans les diverses pneumonies aig-uës, la pleurésie, les maladies typhoïdes, etc.

3° Comme diurétique^ dans les hydropisies de toute nature, anasarque, ascite, hydrothorax, hydropéricardite. Ce sont surtout les épanchements séreux dépendant d'une insuffisance du cœur qui sont améliorés rapidement par les préparations de digitale.

4° Comme vaso-constricteur, on l'a conseillée contre la métrorragie et les hémoptisies. Mais l'action antihémorragique étant assez lenteà s'établir, il est préférable dans ces cas de s'adresser à d'autres agents.

5° Comme moyen de diagnostic de fa péricardite traumatique chez les ruminants. D'après Gmelin, l'injection intraveineuse de 2 à 5 centig-rammes de digitaline amorphe dans la veine jug-ulaire d'un grand ruminant atteint de péricardite traumatique provoque, en quelques minutes, des bruitsanormaux de frottement, de bouillonnement, de clapotement très caractéristiques, qui n'apparaissent pas dans la péricardite non traumatique.

Doses.

Doses thérapeutiques.

Poudre de feuilles de digitale. 'l'einliire et

-— ~ m — ■ ~- sirop Digitaline.

Doses fortes. Doses faibles. de digitale.

Solipèdes et grands

ruminants..^ 2 -5 gr. 1 -2 gr. 10 -50 gr. 0?^005-0",010

Mouton, chovre, porc. Os'.bO-l — 0gr,10-0",30 1-10 — 0B^002

Chien O^MS-Os^SO 08f,05-0sM0 0s^.5-3 — Osf.OOi

Chat 0K'-,0o-0sr,10 0s^01-0g^05 Osr,2o 08f,000D

Ces doses peuvent être administrées deux fois par jour.

Doses toxiques.

Poudre de digitale. Digitaline.

Cheval, bœul' 2'.i grammes. O^r.lo

Chien 5 — 0s^02

Chat 2 — 0er,01

Administration. — La meilleure voie d'administration est la voie dig-estive. A cause le l'action irritante, on ne doit pas administrer directement la digitale sous forme de poudre. Il y a avantage à employer l'infusion, l'eau de macération de la poudre de dig-itale, le sirop, la teinture, le vin. Ces liquides édulcorés doivent être étendus pour ne pas provoquer d'irritation g-astro-intestinale et donnés en breuvage, ou en boisson, ou en cuillerées, suivant

STROPIIANTUS ET STROPHANTINE. 773

les espèces animales. On a remarqué que la macération des feuilles de digitale a une action diurétique plus marquée que l'infusion.

Strophantus et strophantine.

Le strophantus est un arbrisseau de la famille des Apocynées, qui croît dans l'est de l'Afrique équatoriale. On en connaît au moins dix-huit variétés, dont les deux principales sont le Strophantus hispidus et le S. Kombé. Les fruits ou semences sont utilisés par les nèg-res pour empoisonner les flèches. Ils les écrasent dans un peu d'eau et en font une pâte.

En 1869, Fraser a isolé des semences de Strophantus hispidus, un glycoside, la strophonti7ie ou inéine, qui a pour formule Q;iijji8Qi2 ya\q cristallise en aig-uilles blanches ; sa saveur est fort amère. Elle se dissout dans 40 parties d'eau à -\- 18" ; dans 13 parties d'alcool à-|- 1^°- Elle est solubledans lag-lycérine, insoluble dans l'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone, la benzine.

La strophantine ne doit pas être confondue avec un glycoside très voisin connu sous le nom d'ouabaïne et aussi sous celui de strophantine (G^«H''*^0'^j.

Les semences ou g-raines de strophantus ont une odeur peu prononcée ; leur saveur, d'abord douce, devient bientôt extrêmement amère. Elles contiennent en moyenne 10 p. 1000 de strophantine.

Préparations. — On emploie pour l'usag-e médical : 1° la poudre de strophantine du Codex au centième ; elle sert à faire des pilules ; 2° la teinture de semences à 1 p. 10 [Codex, 1908).

Action physiologique et usages. — A très faible dose, la strophantine augmente la force de contraction du cœur et diminue le nombre de ses battements. A dose forte, elle provoque l'arrêt du cœur en systole. C'est un des poisons cardiaques les plus violents; en solution à 1 p. 6000000, elle arrête les battements du cœur de la grenouille (Praserj. Elle est environ 1 500 fois plus active que la dig-italine.

La teinture de strophantus a été expérimentée sur les animaux malades par Frôhner (de Berlin). Il lui reconnaît à peu près les' mômes propriétés qu'à la dig-itale. C'est un tonique cardiaque puissant qui ralentit et rég-ularise les mouvements du cœur,

774 STROPHANTUS ET STROPHANTINE.

élève la pression sanguine et produit une diurèse marquée moindre pourtant que celle produite par la dig-italine. Elle ag-it plus vite que la dig-itale et n'a pas d'effet cumulatif. Son action s'épuise plus rapidement, ses effets sont donc moins durables. Elle n'a pas d'action vaso-constrictive et n'augmente pas les résistances à l'écoulement périphérique du sang-. On en a obtenu d'excellents résultats dans les maladies valvulaires du cœur, dans l'hydrothorax, l'hydropéricardite, l'ascite, la respiration laborieuse et pénible, dans la néphrite interstitielle chronique. Dans cette dernière maladie, l'albuminurie diminue considérablement sous son influence. Souvent les préparations de strophantus sont substituées avantageusement aux préparations digitaliques, surtout dans les cas où l'hypertension artérielle constitue un danger.

Si les animaux reçoivent des doses toxiques de strophantus, on observe comme avec la dig-itale deux périodes dans son action sur la circulation. Dans la première, il y a ralentissement du pouls et élévation de la tension artérielle ; dans le deuxième, le pouls est très aecéléré et la tension s'abaisse. En outre, on remarque les symptômes de gastro-entérite : vomissement, coliques, diarrhée, convulsions, stupéfaction.

Administration et doses. — La teinture est la préparation de strophantus la plus estimée. Pour l'administrer, on l'étend d'eau, de sirop ou bien on la mélange avec des poudres pour faire des électuaires. On donne cette teinture aux doses suivantes :

Cheval 10 à 2."J grammes.

Chien X à XXV gouttes.

La dose de 100 grammes administrée en une fois à un cheval n'a donné lieu à aucun phénomène d'empoisonnement. On évalue la dose toxique de teinture à Os'jS par kilogramme d'animal.

La strophantine est plus dangereuse à manier que la teinture de strophantus. Il faut débuter avec des doses très faibles, un dixième de milligramme chez le chien et 1 milligramme chez le cheval.

L'administration doit se faire exclusivement par la voie stomacale, car les injections hypodermiques de strophantine sont très irritantes localement et peuvent déterminer un œdème avec mortihcation des tissus. Regenbogen (1904) dit avoir pu injecter sous la peau sans production d'abcès consécutif la strophantine pure à la

GENÊT. — SPARTÉINE. "^"^^

dose de 2 à 3 milligrammes au cheval et à celle de un quart de milligramme au chien.

Muguet. — Convallamarine.

Le mug-uet [Convallnria majalis) est une plante à rhizome, de la famille des Liliacées. Elle contient dans toutes ses parties deux g-lycosides : la convallariiie et la convallamarine. Le premier est en prismes rectangulaires, insoluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool ; le second est amorphe, amer, très soluble dans l'eau, l'alcool, insoluble dans l'éther et le chloroforme.

La convallarine est plus abondante dans les feuilles et les racines et la convallamarine domine dans les tig-es et les fleurs.

Effets et usages. — A dose faible, la convallamarine aug-mente l'énergie des contractions cardiaques etlesrég'ularise ; elleabaisse légèrement la pression artérielle. Ses effets sur le cœur se rapprochent de ceux de la digitaline. Elle constitue un tonique, un régulateur du cœur et en même temps un diurétique. Elle ne s'accumule pas, car elle s'élimine rapidement.

On ladministre chez Thomme dans les palpitations, les arythmies, la dyspnée, le rétrécissement mitral, l'insuffisance mitrale, les hvdropisies.

Avec la fleur de ConvaUaria, on fait des infusions à 1 p. 100, qu'on donne par cuillerées. On emploie aussi Textrait aqueux à la dose de 0g^50 à 2 grammes par jour chez le chien.

La convallamarine peut s'administrer chez les petits anmaaux en injection hypodermique à la dose de Og%01, ou à l'intérieur en pilules ou en solutions sous forme de potion à celle de Og'-,0o a Os"-. 20 par jour.

La convallarine a une action différente de celle de la convallamarine. Elle est irritante et constitue un purgatif drastique et un irritant du rein. Elle n'est pas employée à l'état isolé. Dans la plante son action s'afîaibht avec le temps. Ce qui fait préférer la plante conservée.

Genêt. — Spartéine.

Les fleurs et les g-raines du genè{k\i^\Q\s[Spartium scoparium], de la famille des Légumineuses, renferment deux alcaloïdes

7'6 GENET. — SPARTÉINE.

la sparléine et la scoparine, découverts Tune et Tautre par Stenhouse, et une essence.

La SPARTÉINE G'^H"-'"'Az^ se présente sous forme d'une huile incolore, épaisse, très amère, fort peu soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, d'une odeur d'aniline. Cet alcaloïde se combine avec les acides pour former des sels cristallisés, dont le plus employé est le sulfate de spartéine G'°H-'''Az- SO^^H- -j-'^H-O. Il est très soluble dans l'eau en formant une solution à réaction acide au tournesol.

La scoPARiNE C="H--0'" cristallise en houppes jaunes; elle est soluble dans l'eau et l'alcool et constitue le principe diurétique principal du genêt.

L'essence est également diurétique.

Effets physiologiques. — Localement, la spartéine n'exerce aucune action irritante sur les tissus: maison constate que des badig-eonnages avec des solutions à 1 p. 20 de sulfate de spartéine sont suivis d'un abaissement marqué de la température rectale.

Après son absorption, elle ag'it énerg-iquement sur le cœur. Sous son influence, le cœur régularise et ralentit ses mouvements, aug"mente l'énergie de ses contractions; les petits vaisseaux ne semblent pas se resserser à la périphérie, caria pression artérielle reste stationnaire. On attribue cet effet tonifiant sur la circulation cardiaque à une action bulbo-myélitique, à laquelle viendrait s'ajouter aussi une certaine action sur l'appareil gang-lionnaire du cœur.

A forte dose, elle produit d'abord une hyperexcitabililé réflexe, puis elle paralyse les centres nerveux et amène la paralysie et l'asphyxie.

La spartéine s'élimine rapidement par les urines, mais elle semble ne pas avoir d'action diurétique. On ne remarque jamais de phénomènes d'accumulation. Lorsqu'on veut obtenir la r/«?//'t'.sé', il faut employer la scoitarine ou les préparations de fleurs.

Indications thérapeutiques. — Le sulfate de spartéine est indiqué :

1° Comme tonique cardiaque dans les mômes cas que la digitaline, c'est-à-dii'e quand il faut relever la force du cœur et du pouls et régulariser le rythme cardiaque.

On a obtenu d'excellents résultats dans l'arythmie du cœur, dans l'aflaiblissement du myocarde, dans les altérations des orifices artériels du cœur lorsque le pouls est petit et l'artère vide.

CORONILLINE. 777

On peut même le prescrire dans l'hypertension, car il n'aug-mente pas la pression artérielle, il ne produit pas de vaso-constriction comme la digitaline.

2° Comme diurétique, dans les hydropisies d'origine cardiaque. Quoique la spartéine ne soit pas diurétique chez les animaux sains, elle peut le devenir chez les malades dont l'état hydropique est la conséquence du mauvais fonctionnement du cœur et de l'insuffisance de la circulation capillaire. Dans ces cas, la spartéine agit comme la digitaline. D'ailleurs, quand on veut provoquer surtout la diurèse, il est bon d'employer les infusions de fleurs de genêt. Outre la spartéine, celles-ci contiennent la scopcwiîie, et l'essence, substances très diurétiques.

3° Comme agent capable d'e'vite?' la syncope cardiaque primitive dans Vaiiestliésie. On injecte sous la peau une solution de morphine contenant de la spartéine (3 centigrammes de sulfate de spartéine pour 1 centig-ramme de chlorhydrate de morphine) chez le chien.

Doses et administration.

Sulfate de spartéine.

Cheval 1 à5 grammes.

Chien Osr,0o à 0?^, 10

Ces doses doivent être fractionnées pour être administrées dans une journée.

Le sulfate de spartéine se donne en poudre, en pilules, en solution sucrée en granules dosés à Og'',01.

Voici la formule proposée par Houdé :

Sulfate de spartéine Oêr.SO

Sirop décorées d'amandes amères.. . . 300 grammes.

Une cuillerée à bouche de sirop renferme 2 centigrammes de principe actif. Administrez par cuillerées à thé aux petits animaux.

Les fleurs de genêt s'administrent sous la forme d'infusion.

Coronilline.

C'H'^os.

Ce glycoside isolé de la (joronilla scorpiotdes par MM. Schlag-

778 OUABAIO.

denhaufen et Reeb en 1884, jouit des mêmes propriétés g-énérales que la dig-italine.

En médecine vétérinaire, ce corps a été étudié au point de vue physiologique par M. Desoubry, dont Je rapporte ici les conclusions. A dose très faible, la coronilline ralentit les mouvements du cœur, resserre les petits vaisseaux et aug-mente la pression artérielle. A dose forte, elle ralentit le cœur d'abord, l'accélère ensuite et dilate les vaisseaux.

La coronilline tonifie la fibre cardiaque et excite le système nerveux modérateur du cœur. Quand les doses sont trop élevées, le système nerveux modérateur est paralysé après avoir été excité.

On donne ce glycoside dans les mêmes cas que la digitaline, à la dose de 1 centig-ramme à l'intérieur, chez le chien de taille moyenne.

Apocynum cannabinum.

[Chanvre du Canada.)

C'est une plante de l'Amérique du Nord, où elle porte le nom à'Indian henip. Le rhizome, très employé, a des propriétés diurétiques, éméto-cathartiques et surtout cardio-toniques. On en a extrait deux principes voisins de la dig-italine : Yapocynine et Yapocijnéine.

Uapocynine est amorphe, très peu soluble dans l'eau, facilement soluble dans l'alcool et l'éther. Elle est très toxique.

Uapocynéine est cristallisée, soluble dans l'eau et moins active que l'apocynine.

L'apocynine a une action pharmacodynamique voisine de celle de la digitahne à doses thérapeutiques. Elle augmente Ténerg-ie des systoles cardiaques et diminue leur nombre ; elle élève la pression sanguine et provoque la diurèse. A dose forte, elle produit des eilets inverses.

On administre la poudre de racine d'apocynum à la dose de 10 centigrammes à 1 gramme par jour chez le chien et la teinture à celle de 1 à 8 grammes.

Ouabaio.

C'est l'extrait aqueux du bois et surtout des racines d'un arbre

appelé. icoA«;i/<?/v/ aoubaio, de la famille des Apocynées, qui croît sur la côte orientale de TAfrique. Cet extrait sert de poison avec lequel les Somalis empoisonnent les flèches. On en a retiré un prmcipe cristallisé appelé ouabaïne. C'est le plus violent poison du cœur.

A dose très faible, elle ralentit le cœur, augmente Fénergie des systoles, élève la pression artérielle. A dose forte, elle accélère le cœur, diminue la pression artérielle, puis arrête le cœur. Son action, à l'intensité près, est donc analog-ue à celle de la dig-italine et de la strophantine.

Adonis.

Ij' Adonis vernalis, delà famille des Renonculacées, contient un glycoside, Vadonidine. qui se présente sous forme de poudre amorphe, jaune pâle, inodore, de saveur très amère, peu soluble dans l'eau. Elle agit à la façon de la digitaline et produit le ralentissement du cœur, l'aug-mentation de l'énergie de ses systoles et une action diurétique très marquée. Il ne se produit pas d'accumulation.

Ce g"lycoside peut être administré au chien à la dose de 2 à 10 milligrammes par jour en pilules.

On peut aussi utiliser V Adonis vernalis à l'état sec en infusion (4 à 8 grammes pour 250 grammes d'eau), l'alcoolature, la teinture (i à 4 grammes par jour), l'extrait aqueux ou alcoolique (O^^IS à Os^ôO) par jour chez les petits animaux.

Scille maritime.

(Scilla maritima L.)

La scille maritime est une plante bulbeuse de la famille des Liliacées, qui croît sur les plages sablonneuses de l'Océan et de la Méditerranée, surtout en Bretagne, en Provence, en Italie, en Espagne et en Algérie. Elle fournit à la médecine son bulbe, qui est ordinairement de la grosseur d'un poing et qui est connu sous le nom d'oignon de nier.

Ce bulbe se compose d'écaillés ou de squames qui sont d'autant plus colorées et plus actives qu'elles sont moins profondes. Celles de la surface, qui sont sèches, minces et rouges, et celles du centre, qui sont épaisses, mucilagineuses et blanches, sont

rejetées comme trop peu actives; mais celles du milieu, qui présentent une teinte rosée, sont séparées les unes des autres, coupées en petites lanières et desséchées à Tétuve. A l'état frais, roig'non exhale une odeur forte et piquante qui rappelle celle de l'oignon cultivé; sa saveur est acre et irritante ; à l'état de dessiccation, la scille est devenue roug-e, coriace, a perdu son odeur et son àcreté ; mais elle conserve une saveur amère et un peu irritante.

La scille contient du mucilage (30 p. 100), de la lévulose (22 p. 100), de la dextrine, de l'amidon et trois principes actifs : 1° la scillaïîie ou scillitoxine, glucoside très énergique du groupe des saponines; 2° \a scillipicrine, matière résineuse h action diurétique; 3° la scilline, substance douée de propriétés éméto-cathartiques.

Effets physiologiques. — La scille fraîche exerce sur la peau une action rubéfiante et vésicante des plus énergiques ; mais celle qui est sèche a perdu la plus g-rande partie de ses propriétés irritantes et n'agit que faiblement, même sur les tissus dénudés.

Introduite dans le tube dig-estif à doses un peu élevées, elle détermine une inflammation g-astro-intestinale qui peut devenir très g-rave.

Lorsque les principes actifs ont été absorbés à doses faibles par une voie quelconque, on voit apparaître d'abord une diurèse très abondante. Le deuxième ou le troisième jour de l'administration, la quantité d'urine sécrétée est double ou triple, et ce liquide conserve ses caractères normaux. En même temps qu'il y a diurèse, il se produit une suractivité de \di sécrétion bronchifjue. La scille est donc fortement diurétique et très nettement expectorante.

Elle produit en outre un ralentissement considérable des battements du cœur et du pouls, une élévation de la tension artérielle et une énergie plus grande des contractions cardiaques. Ces etl'ets se rapprochent beaucoup de ceux de la dig-italine.

Le ralentissement du pouls est du à l'excitation des filets d'arrêt du cœur contenus dans le tronc du pneumogastrique. L'élévation de la tension artérielle, coïncidant avec une diminution du nombre de battements du cœur, doit être attribuée principalement au resserrement vasculaire périphérique. L'hypersécrétion urinaire semble avoir pour cause directe cette élévation de la

tension artérielle en même temps qu'une excitation directe de l'épithélium rénal.

Un usag-e un peu trop prolong-é de celte substance produit une irritation g-aslro-intestinale, une diurèse très abondante d'abord, puis de l'hématurie et de l'anurie, souvent des vomissements chez les carnivores et des coliques avec diarrhée chez les herbivores.

A trop forte dose, la scille produit toujours une gastro-entérite accompagnée de douleurs intestinales, de diarrhée, chez tous les animaux, et de vomissements chez les carnivores; l'expulsion de l'urine est pénible, souvent répétée, accompagnée de ténesme vésical ; les animaux éprouvent des vertig^es, de l'ag-itation musculaire, des convulsions ; la respiration est accélérée et difficile, le pouls vite, concentré, arythmique ; puis surviennent des phénomènes de prostration et enfin la mort.

A l'autopsie, on trouve toujours les intestins et les org-anes urinaires fortement irrités.

Indications thérapeutiques. — La scille est indiquée :

1° Gomme diurétique dans toutes les maladies non accompag-nées de fièvre, dans lesquelles la diurèse peut avoir un effet utile. Elle convient surtout, pour hâter la résorption des exsudais et des épanchcments séreux qui ont subsisté après la guérison de certaines maladies aig'uës, telles que pleurésies, péricardites; pour amener la disparition des œdèmes et des liquides hydropiques ;

2° Gomme expectorante dans les maladies catarrhales des voies respiratoires, quand les reins ne sont pas malades ;

3° Gomme vosoro?istricteur, quand il y a une dilatation vasculaire dans les organes parenchymateux, avec production d'œdème interstitiel (méning-ite, encéphalite, myélite) ;

4° Gomme tonique rasculo-cardiaque, dans les maladies où la circulation est gênée par suite d'une lésion valvulaire ou d'une insuffisance aortique. Gependant, dans ces derniers cas, la dig-itale doit être préférée.

Contre-indications. — Elle est contre-indiquée quand le tube digestif est enflammé. Il en est de même dans la néphrite.

Préparations. — Les principales préparations de scille sont les suivantes :

1° Poudre de scille.

Il faut la conserver en vase clos.

2» Extrait de scille.

3° Miel de scille.

Scille sèche 2

Eau bouillante 16

Miel 12

4° Teinture de scille.

Scille sèche 1

Alcool à 60° 5

5° Vinaigre de scille.

Squames de scille finement incisées 100

Acide acétique cristallisable 20

Vinaigre blanc 980

6° Oxymel scillitique ou Mellite de vinaif/re scillitique.

Vinaigre scillitique 500

Miel blanc 2000

Doses.

1° Doses toxiques. — Scillaïne.

En injections hypodermiques.

Chien 0s'',001 par kilo du poids de l'animal.

Chat OB',002 — —

Lapin 0gf,0025 — —

Porc 0sf,003 - —

Poudre de scille.

Cheval 60 à 100 grammes

Porc, chien 43 —

2° Doses thérapeutiques.

Poudre de scille {estomac).

Cheval .o à 30 grammes.

Bœuf 8 à 15 —

Mouton 1 à 2 —

Porc 0«r,03 à Osf.oO

Chien 08^,05 à 08',40

Chat 08',002 à 0",05

Ces doses peuvent être répétées plusieurs fois dans la même journée. La poudre s'emploie surtout en infusion dans 100 à 150 fois son poids d'eau bouillante. Cette infusion peut être diluée encore et additionnée de vinaigre, de sucre ou de miel.

ADRENALINE. 783

La teinture se donne aux petits animaux à la dose de V à XV g'outtes.

Administration. — Les préparations de scille doivent être administrées à l'intérieur. Il faut toujours avoir soin de diluer beaucoup pour éviter Firritation locale.

Vaso-constricteurs.

Adrénaline.

C9Hi3Az03.

L'adrénaline est l'un des principes actifs des capsules surrénales découvert par Takamine en 1901 . Connue aussi sous les noms de suprarénine, (ïépinéphrine^ elle constitue une matière blanche, finement pulvérulente, dont les parcelles ont, au microscope, l'aspect de masses cristallines sphériquesou de petits prismes. Elle est inodore; sa saveur estlég'èrement amère. Elle est peu soluble dans l'eau froide, qui se charg-e de 2 à 3dix-millièmesde substance, peu soluble dans l'alcool, insoluble dans le chloroforme, le sulfure de carbone, l'éther éthylique, la benzine, l'éther de pétrole.

Exposée à l'air, l'adrénaline s'altère par oxydation et prend peu à peu une couleur brune. Les solutions aqueuses deviennent assez rapidement roses par oxydation à l'air; l'addition d'un peu d'acide chlorhydrique fait disparaître la coloration quand celle-ci est lég-ère. L'eau lég-èrement acidifiée ou alcalinisée dissout bien l'adrénaline. Quand l'alcalinité est forte, l'adrénaline est décomposée.

On emploie l'adrénaline sous forme de solution acide au millième contenant un peu de chlorure de sodium.

Effets physiologiques. — Action locale. — Appliquée en solution au millième sur les muqueuses et les tissus vifs, l'adrénaline provoque une vaso-constriction locale intense qui persiste ordinairement de dix à quinze minutes et parfois jusqu'à deux heures. Cet effet est surtout très visible sur la conjonctive et la pituitaire ; il est accompag-né d'une diminution de la sensibilité. L'adrénaline n'exerce aucune action sur la pupille et l'accommodation.

L'injection sous-cutanée d'une solution à 1 p. 1000 détermine chez le cheval, outre la vaso-constriction et l'aneslhésie, l'apparition d'une sudation locale qui ofîre un caractère tout particulier;

784 ADRÉNALINE.

elle se localise exclusivement le long- des vaisseaux lymphatiques et en dessme le trajet; les intervalles des lymphatiques restent secs. Cette sudation apparaît environ une heure après l'injection et dure plusieurs heures. Le lendemain et pendant plusieurs jours, les lig-nes de sudation restent dessinées sur les poils, qui présentent un aspect différent des parties voisines, aspect que rètrille et la brosse ne font pas disparaître immédiatement.

Action générale. — Injectée dans les veines, l'adrénaline détermine rapidement une aug-mentation de la pression artérielle, une vaso-constriction s'atmonçant par la pâleur des muqueuses et de beaucoup d'organes, une accélération des battements cardiaques qui deviennent parfois irréguliers, une accélération de la res|)iration. Ces effets sont très fugaces ; l'hypertension et la vaso-constriction disparaissent après cinq à dix minutes.

Asorbée par la voie digestive ou la voie sous-cutanée, l'adrénalineproduit des ell'ets semblables, mais il faut des doses beaucoup plus fortes pour les faire apparaître (Dupuis et Van den Eeckhout).

A dose forte, elle produit des battements cardiaques très violents et très précipités, une accélération respiratoire qui va jusqu'à la dyspnée, des nausées, des vomissements, des évacuations d'excréments et d'urine, une élévation de la température et parfois des convulsions.

A dose mortelle, les troubles cardiaques et respiratoires s'exag-èrent; le chien meurt par arrêt du cœur et le chat par arrêt de la respiration (Lesage).

Toxicité. — La dose mortelle d'adrénaline injectée dans les veines en solution à 1 p. 1000 est pour le chien de 0"8,1 à0"s,2 par kilog-ramme d'animal ; chez le chat, de 0'"g,5 à 0"'g,8 (Lesage) ; chez le lapin et le cobaye, de Oam,! à 0^8,2 par kilogramme d'animal (Bouchard et Claude). En injection hypodermique, elle serait de 5 à6 milligrammes par kilogramme d'animal (Amberg).

Dupuis et Van den Eckhout ont pu administrer sans inconvénient par la voie gastrique 4 milligrammes d'adrénaline à un chien de 12 kilogrammes et par injection hypodermique 2 milligrammes à un chien de 4 à 6 kilogrammes.

Indications thérapeutiques. — 1° En raison de son action vasoconstrictive locale puissante, l'adrénaline peut être utilisée pour •produire Cischihnie sur les muqueuses et les tissus sur lesquels doit porter une opération sanglante. On l'utilise avec de grands avantages pour les opérations qui portent sur l'œil, les cavités

Page 1