MÉDICAMENTS AGISSANT SUR LA CAUSE MORBIDE
Antiparasitaires.
Les parasites de nos animaux vivent soit à la surface du corps {ectoparasites), soit dans sa profondeur [endopai'asites). Ils appartiennent au règne animal {zooparasites) ou au règ-ne vég-étal {phytoparasites). Quelques-uns tourmentent simplement les animaux et les font dépérir; d'autres déterminent par leur présence des maladies plus ou moins graves [tnaladies parasitaires); enfin il en est qui, comme les anophèles, la mouche tsetsé, etc., inoculent par leurs piqûres des maladies virulentes à l'homme et aux animaux.
L'indication principale de la médication antiparasitaire consiste à supprimer la cause pathog-ène, c'est-à-dire à détruire les parasites et leurs germes. Parfois aussi il est nécessaire de traiter les lésions et les troubles secondaires qui se sont développés dans l'org-anisme sous l'action des parasites.
A. — Ectoparasiticides.
Les médicament sutilisés pour détruire les parasites cutanés, et par conséquent guérir les maladies parasitaires, sont nombreux. Ils appartiennent pour la plupart au groupe des antiseptiques.
Les suivants sont les plus employés : acide arsénieux, acide phénique, baume, benzine, benzol, camphre, chaux vive, créosote, crésyl, essences diverses, feuille de noyer, goudron, huile empyreumatique, huile de cade, ichtyol, huiles douces, mercure et ses composés, naphtaline, pétrole, pyrèthre, racine d'ellébore noir, soufre et sulfures alcalins, staphysaigre, tabac.
La plupart de ces médicaments, ayant à côté de l'action antiparasitaire, d'autres actions plus importantes seront décrits dans d'autres classes.
(,'■ Poudre insecticide. ),.(^
La poudre insecticide du commerce est obtenue en pilant gTossièrement les sommités fleuries de plusieurs espèces de p!/?H'f/ires, qui croissent dans le Caucase et dans les montagnes de la Perse. Les principales espèces sont : le Pyretlirum roseiu/i et le Pyrethrum carneum.
Le principe actif de ces fleurs est constitué par un mélange de plusieurs essences qui sont d'une coloration jaunâtre et qui ont une odeur de camomille ; à ces essences est joint un acide rouge appelé persicine, qui ag-it aussi, et deux autres acides, la persicéine et la persirétine, qui, d'après Rother, sont inactifs.
La poudre insecticide du commerce est souvent falsifiée.
Effets et emploi. — Les essences constituent un poison violent pour tous les parasites de nature animale qui pullulent sur lapeau des animaux, tels que poux, puces, mouches, insectes, etc. On répand la poudre sur le corps et on la fait arriver en contact avec les parasites. Pour rende son action plus énerg-ique et plus durable, on la fait pénétrer entre les poils, qu'on peut même humecter préalablement afin de rendre la poudre plus adhérente. Les insectes sont d'abord narcotisés, puis tués.
On peut aussi faire usage de la teinture de pyrèthre, qu'on prépare en faisant macérer 1 partie de poudre dans 6 parties d'alcool et en filtrant après huit jours. L'infusion aqueuse à 1 p. 10 est également un bon insecticide.
Tabac et nicotine.
Le tabac est une plante de la famille des Solanées dont les feuilles, après avoir subi diverses manipulations, servent à des usages courants bien connus.
D'après MM. Posselt et Reimann, elles ont la composition suivante : pour 100 de feuille fraîches, nicotine 0,06, nicotianine 0,01, extractif, gomme, chlorophyle, albumine végétale, gluten, amidon, acide malique, citrate et malate de chaux.
Le tabac sec, de La Havane, contient 2 p. 100 de nicotine; les
autres tabacs, de 0,10 à 5,5p. 100. Les feuilles, en brûlant, laissent 24 p. 100 de cendre.
La nicotine constitue le principe actif des feuilles de tabac. Son étude nous donnera des notions exactes sur les propriétés physiologiques et les indications thérapeutiques des feuilles de la plante.
Nicotine G'"H'''A-. — Dans le tabac, la nicotine n'est pas libre ; elle est combinée avec les acides malique et citrique. Pure, elle forme un liquide oléagineux, incolore, mais se colorant ets'épaississant à Tair, d'une forte odeur vireuse, d'une saveur acre et brûlante, d'une densité de 1,048; bouillant à 245°; soluble à la fois dans l'eau, l'alcool, l'éther, les essences et les corps gras; elle est très alcaline et neutralise parfaitement les acides. L'acide sulfurique la colore en rouge, l'acide chlorhydrique en violet et l'acide azotique en jaune orangé.
Effets physiologiques. — La nicotine est un poison très violent pour tous les et?'es vivants. Quelques gouttes suffisent pour tuer nos grands animaux et l'homme. Une petite quantité incorporée aux matièresorganiques les préserve de la putréfaction. Les parasites cutanés sont tués presque instantanément par la nicotine.
Sur la peau des animaux, la nicotine et le jus de tabac développent des elléts irritants locaux très marqués et peuvent produire l'empoisonnement par suite de l'absorption. Les effets toxiques se développent surtout rapidement avec l'alcaloïde pur; ainsi il surfit d'une goutte déposée sur la conjonctive d'un cobaye pour le voir mourir eh une minute. Introduite dans le tube digestif, la nicotine agit encore plus vite. Quand la quantité est trop faible pour amener la mort, on voit survenir des vomissements chez les carnassiers et une diarrhée sanguinolente, tenace, chez les grands herbivores.
A très faible dose, elle produit de la salivation, mais la digestion n'est pas pour cela plus facile et plus rapide. Généralement même, l'appétit est diminué, la digestion est plus lente et la nutrition s'altère chez les fumeurs endurcis.
La nicotine augmente l'excitabilité nerveuse et donne une plus grande activité aux contractions musculaires, ralentit les battements du cœur, accélère la respiration, produit la pâleur de la peau et des muqueuses et accroît les contractions péristaltiques de l'estomac, de l'intestin, de l'utérus et engendre une diurèse marquée.
Sous l'influence de fort es doses de nicotine, la respiration devient laborieuse ; les mouvements des côtes sont plus étendus et plus fréquents. On dirait que l'animal est essoufflé. A cette suractivité de la mécanique respiratoire succède un arrêt complet de la respiration. Cet arrêt respiratoire peut n'être que passager; alors on voit la resjiiration reparaître au bout d'une à deux minutes environ ; quand il est définitif, les battements du cœur continuent encore pendant quelques minutes, puis s'éteig-nent g-raduellement jusqu'au moment de la mort.
Le cœur ralentit ses battements avec des doses très faibles et les accélère avec des doses fortes. La tension artérielle subit > pendant l'action de la nicotine des modifications variables avec la dose ; à faible dose, la tension artérielle s'élève un peu ; à dose plus forte, elle s'élève d'abord, puis tombe ensuite au-dessous de la normale et arrive à zéro si la dose est toxique. On observe aussi toujours, pendant l'action de la nicotine, un resserrement pupillaire manifeste , jamais cet alcaloïde ne produit lamydriase. Quand les effets deviennent intenses, le corps clignotant se projette au-devant du globe oculaire et en recouvre les deux tiers inférieurs. Pendant le cours de l'empoisonnement, les animaux présentent des convulsions tétaniques violentes.
Lésions. — Congestion et inflammation des organes du tube digestif, de l'estomac, de l'intestin, surtout après l'administration interne ; taches ecchymotiques dans le poumon et sur les vals'ules auriculo-ventriculaires du cœur gauche ; vive congestion des sinus et des centres encéphaliques.
Antidotes. — Vomitifs, saignées, boissons excitantes et astringentes, café, thé, etc.
Mode d'action. — L'efl'et de la nicotine sur la respiration et la circulation ne se produit pas quand on pratique préalablement la section des deux pneumogastriques. Cette expérience, déjà exécutée par Cl. Bernard, démontre que la nicotine modifie ces deux fonctions en agissant sur la périphérie des fibres sensitives du pneumogastrique qui se distribuent dans le poumon et le cœur.
Veffet vaso-constricteur, qui est la cause de l'élévation de la tension artérielle, est dû à une excitation centrale des nerfs vasoconstricteurs. En effet, si on détruit le centre vaso-moteur principal, qui est bulbaire, on n'obtient plus d'élévation de la tension artérielle. Les vaisseaux de l'intestin se resserrent énergiquement quand on injecte la nicotine dans la carotide après avoir lié
l'aorte ; or, dans ce cas, la nicotine ne peut ag-ir que sur les centres des nerfs vasculaires de Tintestin. Cette action excitatrice centrale est la principale, mais elle n'est pas la seule : la nicotine a encore une action directe évidente sur les vaisseaux ; en efTet, quand on injecte une petite quantité de nicotine dans une artère intestinale, on voit les artérioles qui lui font suite se resserrer énergiquement. L'effet vaso-constricteur est donc le résultat d'une action double, à la fois centrale et périphérique.
Les convulsions tétaniques, qui apparaissent dans l'empoisonnement par la nicotine, sont le résultat d'une excitation portant sur les centres moteurs bulbo-méduUaires. En effet, quand on coupe les nerfs moteurs qui se rendent dans un membre, celui-ci ne participe pas aux convulsions; il n'y a dans ses muscles que de légères contractions fibrillaires. Les convulsions sont donc d'orig-ine centrale. Les légères contractions fibrillaires qui se produisent dans les muscles, dont les nerfs moteurs sont coupés, sont dues à l'excitation périphérique des nerfs moteurs, et non à celle des muscles; en effet, après la curarisation, ces contractions ne se produisent plus sous l'influence de la nicotine.
Le ralentisseynent du cœur qui succède à l'administration de faibles doses de nicotine est dû à l'excitation intracardiaque des terminaisons ganglionnaires des fibres d'arrêt des pneumog-astriques; ce ralentissement se produit en effet malgré la section de ces deux nerfs. L'accélération du cœur produite par une forte dose est due à la paralysie intracardiaque des fibres modératrices; en etlet, l'excitation électrique du bout périphérique des pneumog-astriques ne ralentit plus le cœur, dont les mouvements sont accélérés par la nicotine.
Le resserrement pupillaire do\i être attribué à la paralysie des filets du sympathique qui innervent les fibres rayonnées. Ce qui démontre qu'il en est bien ainsi, c'est que l'excitation du bout céphalique du sympathique ne produit pas la mydriase pendant l'action de la nicotine.
Li' hypersécrétion salivaire déterminée par cet alcaloïde dérive de l'excitation de l'élément g-landulaire, et non d'une circulation plus active. Heidenhain a observé que, pendant l'action de la nicotine, l'excitation de la corde du tympan produit une sécrétion salivaire très abondante, mais sans aucune dilatation vascu-
laire dans la g-lande; il semble donc que la nicotine excite les fibres sécrétoircs et paralyse les fibres vaso-dilatatrices intraglandulaires.
Les inouvcmonta de contraction observés dans r intestin, Testomac et l'utérus, résultent d'une action de la nicotine sur les extrémités terminales des nerfs moteurs de ces organes. Ces contractions ne se produisent pas quand on empêche le sangd'arriver dans les tissus de ces appareils.
Indications et mode d'emploi. — La nicotine pure est un poison trop dangereux pour pouvoir être utilisé en thérapeutique vétérinaire.
Le tabac peut être employé à l'extérieur comme antiparasitaire externe, quand la peau ne présente pas d'érosion ou de plaies. Le jus de tabac des manufactures, le jus provenant de la macération du tabac avec du vinaig-re, conviennent très bien contre les poux, les puces, les acares des dllférentes gales. Pour ne pas s'exposer aux accidents d'empoisonnement, il faut toujours réduire les lotions de tabac à de petites surfaces et empêcher les animaux de se lécher. On emploie les infusions aqueuses de tabac à 5 p. 100, auxquelles on peut ajouter un peu d'alcool pour en aug-menter l'activité.
En médecine vétérinaire, on ne l'emploie guère à l'intérieur que chez les ruminants à titre d'excitant des sécrétions digestives et des contractions g-astro-intestinales dans certaines constipations, dans la parésie de la musculeuse de l'estomac et de l'intestin, pour réveiller la rumination.
Doses :
Doses toxiques [estomac).
Tabac en poudre. Nicotine.
Cheval 300 gr. V à VI gouttes.
Bœuf 500 —
Mouton et chèvre 30 à 60 —
Chien 4à 8— I à III —
Doses thérapeutiques [estomac).
Tabac en poudre.
Cheval lO à 25 grammes.
Bœuf 25 à 50 —
Petits ruminants 2 à 5 —
Pores 1 à 2 —
Carnivores 0", 25 à Os'-.oO
STAPHYSÂIGRE. 77
Administration. — Pour les lavements, on emploie les infusions de tabac de 1 à 2 p. 100.
Autrefois on a conseillé Tinjection dans le rectum de fumée de tabac, mais ce procédé ne présente aucun avantage sur les lavements simples du liquide de l'infusion.
A rintérieurle tabac se donne en pilules, électuaires, infusions. On peut aussi mélanger les feuilles avec le fourrage pour le cheval et le mouton, mais les autres animaux les refusent. A l'extérieur, on utilise le tabac en poudre, ou les jus obtenus par différents procédés : jus de manufacture ou celui obtenu par macération ou par la mastication du tabac dans la bouche, etc.
Dans aucun cas il ne faut employer les infusions sous forme de bains généraux, à cause des dangers d'empoisonnement.
Staphysaigre.
{Delp/i inium staph isagria.)
Cette plante indigène, de la famille des Renonculacées, encore appelée herbe aux poux, fournit ses graines ou samences à la matière médicale.
Elles contiennent quatre alcaloïdes : la delphiniiie {(^^'^W^ AzO^), la. staphisagrine (G--H'^-'AzO^), la delphinoïdine (G^^H^^Az'-O'') et la delpliisine (G-''H'*''Az-0'*); une huile grasse et des matières minérales. Tous les alcaloïdes ci-dessus ont sensiblement les mêmes propriétés et peuvent être considérés comme des modifications d'un seul alcaloïde, la delphine, obtenu déjà en 1819 par Lassaigne et Peneuille. Ils sont tous très toxiques.
La delphine est un corps incolore qui cristallise en rhombes, presque insoluble dans l'eau, soluble dans 25 parties d'alcool, 12 d'éther et 15 de chloroforme : sa saveur est acre et persistante.
Action physiologique. — La staphisaigre et ses divers alcaloïdes sont très toxiques pour tous les animaux et pour les parasites cutanés. Sur la peau et les muqueuses, leurs préparations sont irritantes et produisent une inflammation.
L'absorption des principes actifs peut se faire par toutes les voies, même par la peau si elle offre des excoriations et des plaies. Après leur pénétration dans le sang à dose suffisante, les animaux ont de la salivation, des coliques, des vomissements; la respiration se ralentit et s'arrête de temps en temps pour reprendre ensuite; les battements du cœur diminuent de nombre; la tension