‹ Traité de thermométrie médicale, comprenant les abaissements de température, algidité centrale et la thermométrie localeChapitre 192 sur 337 · I. Hémorrhagie cérébrale · texte numérisé non relu

I. Hémorrhagie cérébrale

E. Maraglîanoapubliélespremîersdocuments surlaquestion de lathermométrie cérébrale dans Thôraorrhagie du cerveau.

Ses recherches sont basées sur cinq cas d'hémorrhagie du corps opto-strié et de la capsule interne et un cas d'hémorrhagie protubérantielle.

De Texamen de ces observations, il résulte que la comparaison des chiffres obtenus ne donne aucun résultat positif.

La moyenne des températures indique au contraire t/n abaissement de la température de la tête. C'est ainsi que la plus haute moyenne thermique a été de 35° «, pendant qu'elle restait chez les autres à 34°5, 34% 33°8 et descendait même à3P7.

Cet abaissement, d'après E. Maragliano, tient à l'inertie dans laquelle se trouve le malade hémiplégique. Il s'appuie pour expliquer ce fait : P sur ses recherches qui démontrent que, pendant un travail musculaire, la température cérébrale s'élève au niveau des lobes frontaux et pariétaux; 2* sur ce que rabaissement de la température de la ièie dans se^ observations est en rapport direct avec la diminution de la puissance motrice.

Ces recherches thermométrîques auraient, d'après E. Maragliano, une grande importance pour le diagnostic de Thémorrhagie et du ramollissement cérébral.

HBMORRHAOIB CBREBRALB 437

Dans le ramollissement, il existe un abaissement considérable de la température au niveau du lobe ramolli.

Dans l'hémorrhagie, rabaissement au niveau du lobe lésé, quand il existe, est peu marqué.

Voici les conclusions de Biaise sur ce point :

1* Les tracés thermométriques de la tête recueillis chez les apoplectiques présentent un parallélisme complet avec celui de Taisselle ;

2^ Quand l'hémorrhagie se fait en une seule fois, on y reconnaît les trois périodes établies par Charcot pour la marche de la température rectale, et qui sont caractérisées : la première, par un abaissement initial; la deuxième, par le retour à la normale suivi d'oscillations autour de cette dernière pendant un temps variable; la troisième, par une élévation progressive jusqu^à la mort. Cette dernière manque, ou se trouve extrêmement réduite, si la terminaison se fait par guérison;

3* Lorsque Thémorrhagie se fait en plusieurs fois, par une série de poussées successives, les courbes cérébrales suivent encore toutes les oscillations de la courbe axillaire, mais on observe une série d'abaissements et d^élévations alternatifs tels que, en quelques heures, la température peut varier de2<* et même davantage ; enfin survient une dernière ascension puis la mort ;

4"" Les températures de la tête arrivent la plupart du temps à un chiffre élevé, fort peu différent de celui de Taisselle. Cependant dans quelques cas l'écart est allé jusqu'à 2\ D'un autre côté, les différentes régions frontales, temporales et occipitales n'ont présenté entre elles que des variations thermométriques de quelques dixièmes de degré ;

5* La différence entre les régions symétriques a été à l'avantage du côté lésé, sauf quelques exceptions rares où la température s'est montrée alternativement plus élevée du côté malade et du côté sain. Ce dernier résultat tient peut-être à ce que la poussée congestive encéphalique a prédominé tant')t à droite, tantôt à gauche. La constatation d'une hémorrhagie dans un hémisphère ne prouve pas en effet absolument que c'est là que la congestion a agi avec le plus d'intensité; elle prouve tout simplement que c'est à ce niveau que les vaisseaux ont présenté le moins de résistance. Les chiffres

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représentant cette différence ont presque constamment oscillé entre 0°4, 0*5 et même de 0*7 ;

6° La température cérébrale suivant, chez les apoplectiques, une marche parallèle à la température axiHaire, tout ce qui s'applique & cette dernière, pour le diagnostic différentiel de rhémorrhagie et du ramollissement, convient également à la première;

V Dans le cas où le foyer hémorrhagique est ancien, les chiffres que nous avons recueillis n*ont donné comme différence au niveau des régions symétriques, que des quantités peu sensibles tout à fait insignifiantes;

8® Jusqu'à plus ample informé, il nous semble impossible de se baser sur les résultats obtenus par la thermométrie cérébrale pour diagnostiquer un ancien foyer d'hémorrbagie d'un ancien foyer de ramollissement.

IL — Ramollissement cérébral.

Broca, un des premiers, publie en 1877 le résultat de se? recherches de thermométrie céphalique dans le ramollissement :

« L'un des premiers malades, dit Broca, sur lesquels Je fis cette exploration fut un médecin de province qui me fut pré' sente par son flls, médecin lui-même. La parole n'était pas abolie, mais elle était déjà gravement altérée; il n'y avait encore aucun trouble de sensibilité ni de motilité. Je reconnus aisément avec la main que la température de la région tem* porale gauche était notablement accrue, et je constatai, à l'aide de deux thermomètres appliqués sur les régions temporales, que cet accroissement de température était de 3 degrés, chiffre excessif que je n'ai pas retrouvé depuis. Les thermomètres, appliqués de nouveau sur les côtés du front, derrière les apophyses orbitaires externes, montrèrent une différence de température de 1 degré seulement en faveur du côté malade. J'en conclus qu'il s'agissait d'un ramollissement congestif qui avait débuté dans la partie moyenne de la convexité de l'hémisphère gauche, qui avait déjà commencé à se propager yen le front, et qui probablement ne tarderait pas à envahir tout l'hémisphère. Ce pronostic se réalisa; peu de jours après, le flls m'écrivit que la parole était tout à fait abolie, que Tin-

RAMOLUSSBMBNT CÉRÉBRAL 489

telligence était profondément altérée, que le malade ne pou- Tait plus quitter son lit, et il m'annonça sa mort trois mois plus tard. »

Dans deaz observations très intéressantes, Broca obtint les résultats suivants :

Observation I. — Femme de 39 ans. — Hémiplégie incomplète, aphémie complète et permanente.

L'exploration thermométrique donne :

Oroiio. Oaaehe. Différa ne«*

R'gion frontale 35«2 34«8 + 0°4

- temporale 34*3 34*8 — 0°5

- occipitale 34°6 32«»9 + l«7

Observation II. — M. 0.... de Paris, 73 ans. — Attaque le 27 juil-

H 1877. — écriture impossible y parole seulement altérée. — Examen par Broca le 17 Juillet 1877.

Le thermomètre donne les résultats suivants :

Droite. Gtvehe, DlfférMeo

Région frontale 35«6 35«4 + (»

- temporale .,,.• 33°a 33°6 — 0*4

- occipitale ,.••. 3l"4 33<»2 + QPB

Comme conclusions, Broca admet :

P Que la température s'abaisse au niveau du lobe ramolli;

2*" Qu'elle s*élëve dans les lobes voisins du même hémisphère, par suite du développement de la circulation collatérale.

Biaise apprécie ainsi ces recherches :

« Quant à nous, nous ne pouvons nous défendre d^un certain sentiment d'incrédulité envers les résultats de Broca. I>es chifnres tels que 3P4, 32^2, trouvés à la région occipitale» nous paraissent peu vraisemblables. »

Des recherches de E. Maragliano sur cinq personne^ atteintes de ramollissement cérébral, il résulte :

1^ Que du côté de la lésion, la température du lobe temporal est toujours moins élevée que celle du lobe correspondant âa côté sain. La diSérence a varié entre OM et 2''1. Ce résul* tat a d'autant plus de valeur quo dans quatre cas rabaisse^ ment a été noté à gauche, où normalement la température est plus élevée qu'à droite.

2^ En ce qui concerne la région Arontale, deux fois elle a présenté une température plus élevée du côté de la lésion, et

440 TEMPÉRATURES PERICRÀNIBNNBS MORBIDES

trois fois une température moins élevée ; ce qui prouve déjà que Broca s'était trop avancé en concluant, d'après deui observations, que la température s'élevait dans les lobes frontal et occipital, par suite du développement de la circulation collatérale.

Pour E. Maragliano, on s'explique aussi facilement la diminution que l'augmentation de la température, si Ton se rappelle que la sylvienne irrigue une partie du lobe frontal, auquel, par conséquent, peut s'étendre l'effet de l'oblitération.

3° En ce qui concerne la température occipitale, elle s'est trouvée augmentée dans trois cas et diminuée dans les deai autres au niveau du lobe occipital.

4° La moyenne des températures de l'hémisphère où siège le ramollissement s'écarte peu de celle de l'hémisphère sain. Biaise, s'appuyant sur ses observations, donne les conclusions suivantes :

1^ Si l'on compare les résultats thormométriques obtenus chez les anciens hémiplégiques avec ceux qu'ont fournis les malades atteints d'hémiplégie récente, datant de moins d'un an par exemple, on ne trouve aucune différence bien appréciable.

2° Quand l'hémiplégie est récente, qu'elle date d'ailleurs de vingt jours ou d'un an, les résultats sont encore ordinairements différents.

Quelquefois cependant nous avons cru remarquer, chez les hémiplégiques récents, que l'abaissement de température au niveau du lobe ramolli diminuait à mesure que la lésion devenait plus ancienne.

3* La plupart du temps, quand l'hémiplégie est constituée, qu'elle soit d'ailleurs en voie d'amélioration ou d'aggravation, lorsque toute tendance aux poussées congestivesa dispara et qu'il ne paraît exister aucune réaction inflammatoire au pourtour du foyer de ramollissement, nos résultats semblent indiquer qu'il y a plutôt tendance à l'abaissement de la température péricrânienne au niveau du lobe ramolli. Mais les différences que nous avons trouvées sont en général très minimes : si l'on en excepte quelques chiffres de 0^6 et OM, le plus souvent il ne s'agissait que de différences variant entre

RAMOLUSSBMBNT CEREBRAL 441

0i)5 et 0^ ; très souvent il y avait égalité thermique entre le lobe ramolli et le lobe correspondant du côté sain.

4' Certaines de nos courbes sont telles qu'on n*hésiterait pa^ on seul instant à les considérer comme normales, si Ton n'était prévenu de leur origine.

5* Dans toutes ces circonstances, les chiffres recueillis à la téie sont restés dans les limites normales. Eu outre, les courbes frontales et occipitales n*oût présenté aucun caractèn? qui puisse les faire considérer comme pathologiques. Il faut erâ excepter cependant la courbe occipitale de Compadieu (18 septembre 2 octobre), qui a montré un abaissement à peu près constant du côté gauche, qui se mesurait par une ditrérence dont le minimum a atteint 3 et 4 dixièmes, et dont la moyenne a été de 0^2. Ce résultat ne peut s'expliquer complèiement par la présence du petit foyer de ramollissement qui se trouvait en regard du lieu d'élection temporal, car on ne comprendrait pas comment le foyer, beaucoup plus considérable, situé au pied des circonvolutions frontales et pariétales ascendantes, n*aurait pas exercé une influence au moins ^iraie au premier.

0' Si Ton compare les chiffres recueillis aux 'trois régions, «n peut dire que généralement c'est la région frontale qui remportait sur la temporale et la temporale sur l'occipitale. 0?pendant des chiffres identiques ont été observés aux trois réf^'ioQs ; quelques fois même c'est l'occipitale qui fournissait I^^ plus élevés. Toutes les fois qu'on a observé une différence, ei!t? a été très minime, de 0^2 & 0^3 ; dans quelques cas rares ^^■110 est arrivée néanmoins jusqu'à (y*4, 0°5 et même 0*7, Quoi qu'il en soit on ne saurait aucunement déduire de ces T'^sultats l'existence de cette circulation collatérale dans les lobes frontal et occipital, dont Broca avait soupçonné l'existence.

7' Si Ton pratique l'observation thermométrique, soit au dt'but d'une attaque apoplectiforme survenant dans le cours d'un ramollissement qui progresse par poussées successives, ïaniôt on voit la température de la tête ne pas s'élever sen- M^lement et rester bien inférieure à celle de l'aisselle, tantôt au contraire on constate une élévation graduelle. L'élévation peut aussi se faire d'une façon très rapide, et alors se présentOi

t^ TEMPBRATURBS PERICRAN1BNNB8 MORBIDES

comme chez Gros et Rabastens, une courbe qui établit trois périodes bien distinctes pour la marche do la température : 1*" une période d'ascension qui n'a pas été précédée â*un abaissement initial ; 2"* une période stationnaire ; 3^ une période de descente. Cette dernière semble annoncer une ter* minaison favorable. En effet, dans le cas de Compadieu, (terminaison par la mort), nous avons bien observé au dernier moment une chute thermique de 1"* environ, alors que la température axillairene bougeait pas» mais cette troisième période a totalement manqué.

S"" Les courbes cérébrales ont présenté, dans oes derniers cas, un parallélisme très marqué avec la courbe axillaire.

9^ Elles ont présenté, en outre, une différence entre les points symétriques qui était à l'avantage du côté lésé, particulièrement en ce qui ooncerne la région temporale. Cette différence ordinairement peu aocentuée, a présenté comme chifinre 0'4. De plus, elle allait diminuant au fur et à mesure que rétat du malade s'améliorait, si bien qu'elle deTenait nulle.

10° Cette différence, à Tavantage du côté lésé, n'a cepen* dant pas été observée dans tous les cas. Ainsi, chez Gros, Tattaque apoplectiforme n*a pas déterminé de changement appréciable dans Tétat thermique différentiel des deux côtés de la tête ; ce qui s'explique à la rigueur si Ton veut bien se rappeler que les phénomènes présentés à ce moment par ce malade, étaient surtout des phénomènes bulbaires, et que la poussée congestive a plutôt dû concentrer son action sur le mésocéphale que sur le cerveau lui «même.

IP Le ramollissement, qu'il soitla conséquence d'une trhombose ou d'une embolie, s'accompagne, à son début, d^one poussée congestive vers l'encéphale, dont l'action se fait particulièrement sentir du côté lésé, le caillot obturateur jouant pour ainsi dire le rôle d'une épine attirant le mouvement ftizionnaire.

12^ Ce mouvement flaxionnaire, à action plus marquéo du côté lésé, entraîne une augmentation de la température de ce même côté.

13^ Cette différence de température en faveur du côté lésé résulterait, ou bien de Taugmentation de la chaleur du cer-

RAMOLLISSEMBNT CÉrÉBRAL 443

Teau, dont Tinfluencese traduirait par une élévation proportionnelle au niveau des téguments du crâne, ce qui est très contestable, ou bien de la participation de ces téguments au mouvement fluxionnaire» soit directement, la fluxion portant suries branches de la carotide externe de même que sur celle de l'interne ; soit indirectement, par voie réflexe ou sympathique.

14' En tout cas, cette différence persiste pendant un temps [ius ou moins long. Elle peut même se prolonger pendant une p^nriode assez considérable. Peut- être se produit-il dans ce dernier casune méningo-encéphalite dont l'action se fait ^enti^ d'une façon réflexe sur les téguments correspondants par une élévation thermique ; absolument comme dans la pneumonie le bras correspondant au poumon enflammé peut être trouvé plus chaud que Tautre.

Comme résumé de toutes ces propositions, on peut dire que dans le ramollissement cérébral, il existe, d'une manière générale, une certaine tendance à la diminution de la température dite cérébrale au niveau du point ramolli. Cependant cet effet, ordinairement peu accentué, no paraît pas constant. Au contraire, au début du ramollissement et pendant une période plus ou moins prolongée, il existerait une tendance à l'élévation du côté lésé, cette dernière étant du reste peu marquée. A certains moments même et à une époque éloignée du début, on peut observer une différence en faveur du côté

lé^.

Ces conclusions, ajoute Biaise, sont, comme on le voit, l'in d'être en harmonie parfaite avec celles de Broca et de Maragiiano. Les deux dernières n'avaient pas été signalées 'Hqu'ici. Nous ne les donnons d*ailleurs que sous tontes ré- ??no'«, dos conclusions catégoriques sur la matière devant, à ". )s yenx, se baser sur une somme de résultats beaucoup plus rrande que celle qu'il nous a été donné de recueillir.

Biaise insiste, avec juste raison, sur la nécessité de poursuire, pendant plusieurs jours consécutifs et à des intervalles peu •'»Ji?nés, l'investigation thermométrique, si l'on veut se rendre un compte exact des variations thermiques des différentes >'ô'ions de la tête chez un homme atteint de ramollissement.

444 TEMPÉRATaRBS PËRICRANIENNB8 MORBIDES

m. — Tumeurs cérébrales, — Sclérose cérébrale.

Dans les tiiitieurs cérébrales, la thermométrie locale a donné quelques résultats :

Gray* rapporte l'observation d'une femme de 34 ans qui présentait de la stase papillaire des douleurs aux tempes, au front, des nausées, du ptosis et du strabisme.

Les températures cérébrales étaient :

Droito Gaucho DiffircB'.'

Région frontale 36*»85 3o°97 0»S8

— pariétale 37«63 35» 2^

— occipitale 38«5 35«97 2^

En présence de ces chiffres, Qray affirma l'existence d'une tumeur s'étendant du pied de la scissure sylvienne droite jusqu'à la partie postérieure du cerveau. L'autopsie fit découvrir la présence d'un gliome occupant le lobe occipital droit.

Mills ^ a communiqué à la Société pathologique de Philadelphie une très intéressante observation sur le même sujet. Il s'agissait d'un malade atteint de céphalalgie intense, do vomissements, d'affaiblissement intellectuel, d'hallucinations, d'une parésie légère du membre supérieur gauche, aflTaiblissement du membre inférieur du même côté, renversement de la tête en arrière, nystagmus, etc.

La mensuration thermométrique, pendant les sept jours qui ont précédé la mort, a donné, en moyenne :

A droite An milieu A cs'i ^^

Température frontale 35*> 35^83 34**8:î

— pariétale 34»83 34"06

— occipitale 35**27

La température élevée dans la région occipitale moyenne tient, d'après Mills, au décubitus dorsal qui avait amené une stase considérable.

La température plus élevée de la région frontale comparée aux régions voisines, l'élévation plus notable k droite indiquaient, d'après Tauteur, la présence d'une tumeur de la région frontale droite.

1. Gray. Cérébral Thermomètre. New-York med. Journal. Août 18TS. et Chicago Journal of mental and nerv, diseases. Janvier 4879.

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