CHAPITRE XXII
DE L'influence des foyers inflammatoires sur la marche
DE la température DES MALADIES ALGIDES.
Chez certains malades en hypothermie, les inflammations concomitantes ont une action peu marquée sur la température ; dans des observations de maladies algides, nous avons souvent vu, sous l'influence d'un foyer inflammatoire, la température rester abaissée ou s'élever d'une façon insignifiante.
Ces faits curieux d'affections essentiellement fébriles sans élévation de température n'ont été étudiés par les auteurs que dans ces derniers temps.
Roberts', un des premiers, signale ce fait que les phlegmasies survenant chez les urémiques n'élèvent pas toujours la température, et qu'on peut même voir succomber les malades dans une algidité profonde avec des lésions qui, chez tout autre sujet, cause habituellement une hyperthermie notable.
« Dans plusieurs cas d'urémie, dit W. Roberts, bien que l'on s'attendit à trouver des températures fébriles, alors que les conditions de développement de la fièvre existaient à un degré très marqué, la température est restée abaissée.
« Dans mon second cas, le soir du septième jour de l'urémie, avec une langue très sèche et une soif très vive, la température fut 98°,6 P. (37°), ce qui est une température normale. A ce moment il y avait des signes évidents d'urémie, des nausées, du délire, les pupilles contractées. »
1. W. RoDEnïs. The Pathology of suppression of Urine, The Lancct, d8C8, vol. I, p. 683.
INFLUENCE DES FOYERS INFLAMMATOIRES dàl.
Dans un cas de mal de Bright chronique, a^ec suppression partielle des urines, cette particularité fut très nette.
Les urines étaient très rares, la densité 1018°,20, la langue était sèche, la soif vive, il y avait du délire, les pupilles étaient contractées. La température do l'aisselle oscillait durant cette période entre 940,5 F. (34°,5) et96»,5F.(35°,6).Une inflammation ôrythémateuse et œdémateuse des téguments snrvint et aucune élévation de la température ne se produisit ; fait encore plus important et plus remarquable, bien qu'une péricardite intense occupant toute la surface du cœur se fût montrée deux jours avant la mort, il n'y eut aucune élévation de température.
Le thermomètre marquait seulement 95°,7 F. (35° ,7). Il est facile de trouver dans les auteurs des observations semblables à celle de Roberts.
Récemment, M. Bazy \ élève de Félix Guyon, a exprimé dans sa thèse la même idée que Roberts.
Parlant de la fièvre dans les néphrites interstitielles suppurées on non, qui surviennent à la fin des affections graves des voies urinaires, M. Bazy constate qu'elle dépasse à peine la normale de quelques dixièmes de degré, et cependant les symptômes généraux sont fort graves ; mais il ajoute : «Cette fièvre qui paraît peu forte, est en réalité assez élevée si l'on songe que les malades qui en sont porteurs sont sous le coup d'une intoxication chronique. »
M. le professeur Verneuil a bien voulu nous communiquer une observation inédite, recueillie dans son service de l'hôpital de la Pitié.
Il s'agissait dans ce cas d'un homme atteint de pneumonie traumatique en pleine évolution, mais albuminurique depuis longtemps et présentant à son entrée des signes d'urémie évidents. La température resta pendant tout le cours de son affection Siii-dessous de 37°, 5.
Dans cette observation intéressante, il faut noter que la constatation d'une température anormale (37°), pendant le cours d'une pneumonie au sixième jour, fit soupçonner à
1. Baz\, Du diagnostic des lésions des reins dans les affections des voies urinaires. Thèse de doctorat, 1880.
"^o^ INFLUENCE DES FOYERS INFLAMMATOIRES
M. Verneuil, l'existence d'une affection concomitante exerçant son action dépressive sur la température. L'examen des urines permit de reconnaître l'existence d'une albuminurie ancienne.
L'interrogatoire du malade apprit qu'il existait depuis quelque temps des signes d'urémie.
Dans ce cas on ne peut nier que l'exploration de la température a permis de découvrir l'existence d'une lésion qui aurait pu sans cela échapper à l'attention du chirurgien.
D'après Murchison\ certaines inflammaiions du parenchyme hépatique avec suppuration ne s'accompagnent pas d'élévation de température.
Dans un cas d'ictère par lithiase biliaire, dans lequel il se produisit une atrophie jaune aïgue du foie, en même temps que des dépôts purulents dans le parenchyme, Murchison vit la températura descendre de 38° et 39% à 35°, 5, quinze jours avant la mort, pour remonter à 38°,9. Huit jours après, le malade était dans un état typhoïde très prononcé, la température s'abaissait de nouveau à 35°,2 le matin et à 36°,7 le soir. Elle remonta ensuite à 37°, 4, et la veille de la mort, elle retomba à 35°, 5.
Dans un autre cas d'ulcération du canal cystique avec abcès du foie, le sujet qui profondément aff"aibli eut une thrombose de la veine fémorale, resta toujours sans fièvre. La température ne s'éleva jamais au-dessus de 36°, 6 dans l'aisselle et ne monta qu'une seule fois à 37°, 6, sous la langue.
Dans le diabète, les complications pulmonaires (pneumonie, phthisie), n'élèvent la température déprimée que d'une façon insignifiante. Forster^, Bertail, Pidoux^ ont confirmé le fait par leurs observations.
Dans les maladies des enfants, caractérisées par des abaissements de température, dans l'inanition, dans l'athrepsie Parrof' a insisté sur ce point que lorsque une affection fébrile, comme la pneumonie ou l'érysipèle, ou bien une véritable pyrexie, comme la variole, vient chez un nouveau-
1 . Murchison. Maladies du foie. Trad. J. Cyr, 1876. '2. FoRSTER, Journ. of. Anat. and. Pliys., 18G9.