‹ Traité de thermométrie médicaleChapitre 191 sur 312 · INFLUENCE DES AGENTS DITS ESTHESIOGÈNES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES AGENTS DITS ESTHESIOGÈNES

des lésions nerveuses retentissant sur le système vaso-moteur des extrémités.

IL — L'influence de certains agents, dits esthôsiogènes, sur la température locale des membres atteints est remarquable.

L'électricité statique, les courants, les aimants, les métaux, ramnnent dans certains cas la sensibilité chez les anesthésiqaes, maii eu même temps la température locale des membres atteints qui, ainsi que nous venons de le signaler, est généralement abaissée, s'élève noLablement et peut même, dans certains cas, dépasser la température du membre sain.

Grasset ^ vient d'établir en outre que le vésicatoire est un agent eslhésiogène au même titre que les agents précédents, et qu'il entraîne comme eux une élévation localisée de la température.

D'après cet auteur, l'action du vésicatoire sur la température locale est indépendante de l'action sur la sensibilité.

A côté de son action esthésiogène, le vésicatoire a une action tliermogène qui marche en général avec la première, mais qui peut en être indépendante et se produire seule.

L'action esthésiogène du vésicatoire paraît pouvoir être séparée de l'action locale hypérémiante et rapprochée au contraire de l'action de l'électricilé et de la môtallothérapie.

Ces derniers faits doivent être rapprochés des observations de M. Henrot, qui par l'application des aimants, de l'électricité, des métaux, a obtenu dans des cas de troubles hémithermiques sans paralysie ni anesthésie, une élcvalion de température du côté de l'application des agents, avec transfert de riiémihypolhertnie (voir pages 470, 477,478).

Troubles hévnUiermiqucs indépendanls de l'hémiancslhésie et de l'hémiplégie. — M. Henrot ^ (de Reims) a attiré l'attention sur l'existence de troubles hémithermiques indépendants de lliémianesthésie et de l'hémiplégie.

1. GiiAssET. Note sur l'action esthésior/ènf cl tliermogène du vésicatoire. Bull, de VAcad, de mcd., n" 2. 1880.

2. HiîNROT. Du transfert de l'hémilnjijo thermie. Extrait de VJJnion médicale et scientifique du Nord-Est, \H8{), el Des troubles hémithermvjucs dans la méninyite (hémiliyperlkermie, hémiinjpothermie) . Bulletins de la Société médicale do llcims, 1879).

TROUBLES HÉMITHERMIQUES

Observation!.- Cas do méningite tuberculeuse chez une jeune mie de 20 ans. M. Henrot constate, dans la période prodromique de la maladie, une hypothermie très marquée du côté gauche particulièrement du membre supérieur; puis survient de la parésie, de l'anesthésie des quatre membres avec perte de connaissance. On note à ce moment du côté gauche et à l'inverse de ce qui a été observé au début de l'affection de V hyper thermie; il existe entre les deux plis du coude une différence de température de 2°2 à l'avantage du côté gauche.

Quelques jours avant la mort, la température devient égale des deux côtés.

A l'autopsie, on trouve les lésions delà méningite tuberculeuse un foyer de ramollissement et des héinorrhagies capillaires dans le lobule paracentral.

Observation II. — Femme de 63 ans, névropathique et hystérique atteinte successivement, d'une affection utérine, vésicale, d'érysipèle, de zona, de névralgie intercostale, de vomissements, etc.

Il y a trois ans que la malade éprouve des sensations de froid dans le membre inférieur droit ; ses souvenirs à cet égard sont très précis; à la messe, au milieu de la cérémonie, elle est obligée de replier deux ou trois fois son jupon et sa robe sur la jambe droite pour faire disparaître cette sensation pénible; dans le lit, elle applique toujours de ce côté la boule d'eau chaude.

Depuis le zona, la névralgie mammaire, les vomissements incoercibles et la cystite, ces troubles thermiques ont augmenté, ils se sont étendus : le sein droit est plus froid que le sein gauche 1 nombre de fois, à la main, on constate une différence de tempél'ature aux cuisses, sans l'avoir déterminée d'une façon positive à l'aide du thermomètre.

Le malade dit n'avoir jamais remarqué de différence de température entre le côté droit et le côté gauche de la face.

La sensibilité n'est pas modiflôe ; elle est la même des deux côtés, à la face, à la poitrine, aux bras et aux jambes.

La motilité est la même de chaque côté. Il n'y a pas de troubles trophiqucs ; la mensuration de la partie la plus grosse et de la partie la plus grêle des membres donne exactement le même chiffre de chaque côté, 11 existe une douleur vive à la pression des apophyses épineuses dans le tiers moyen de la région dorsale-

L'intelligence est saine ; M"e x... supporte courageusement ses douleurs, elle est disposée à faire tout ce qu'on voudra lui imposeï", pourvu qu'on la guérisse.

INDÉPENDANTS DE l'hÉMIANESTHÉSIE ET DE L'hÉMIPLÉGIE 475

Le 27 janvier 1880, à l'aide de deux thermomètres semblables, on fait les constatations suivantes :

Durée d'application Coté droit Côté gaucho Différence

«minutes 32°2 3407 2°5

Cnisse..... ^8 minutes 6^^^ ^^^^

Temp. du vagin 37<'6

Sein ... 5 minutes 34o8 35-1 0<>3

AvantJ)ras.. ^5 - 31^1 ^^^^

Ces chiffres nous permettent de conclure, dit M. Henrot que la température de la cuisse droite est de 5=4 inférieure à celle du vagin, et de 2»5 à 2°6 inférieure à celle du cote

gauche ; » •+ + i a

Que celle du pli sous-mammaire du côté droit est de u,d

inférieure à celle du côté gauche ; Que celle de l'avant-bras droit est inférieure de 0°5 à celle

du côté gauche.

Tandis que la température reste constante à gauche au bout de cinq minutes, elle baisse de 0,4 de degré dans le même espace de temps du côté droit. Il résulte de cet examen : 1° Que la sensation de froid éprouvée par la malade du côté d)-oit est bien réelle ; 2° que la résistance au rétablissement de l'équilibre entre la température du corps et celle de l'atmosphère est moindre à droite qu'à gauche, puisque la température baisse à droite, alors qu'elle reste stationnaire à gauche ; 3° qu'il y a lieu, en conséquence, de rechercher l'hémihypothermie au même titre que l'hémiplégie, l'hémianesthésiO;, rhémichorée ou l'hémitrophie, etc.

Il y a donc des troubles thermiques localisés à une moitié du corps, comme il y a des troubles de la sensibilité et du mouvement ; ces troubles peuvent se produire en dehors de toute modiflcation de la sensibilité, de la motilité ou de la nutrition, et être complètement indépendants de l'anesthésie, de la paralysie et des trophonévroses ; ils peuvent se produire en dehors de Thystérie, soit dans les inflammations des méninges, soit chez les névropathes ; c'est donc à tort que MM. Charcot et Dumontpallier ont voulu en faire une mani-

476 TROUIÎLES IIÉMITIIERMIQUES

festation spéciale de ce qu'ils appellent la diathèse hystérique.

M. Henrot a recherché si, dans cette hypothermie indépendante des troubles sensitifs et moteurs, les troubles thermiques déterminent le phénomène décrit sous le nom de Iransferl.

Dans ces recherches, l'auteur plaçait deux thermomètres à droite et deux à gauche.

Sous l'influence des aimants, un transfert partiel se produit do gauche à droite, comme il s'était manifesté une première fois de droite à gauche, puisque la température a baissé de 0,8 de degré du côté droit, en laissant en faveur du côté gauche, primitivement moins chaud, une différence de 0,5 de degré.

Cinq minutes après la suppression des aimants, la température est exactement la même à droite et à gauche.

De ces faits, Henrot, conclut :

1° Que l'application de plaques aimantées faite sur un membre détermine de ce côté une augmentation iiotable et rapide de la température ;

2° Cette élévation de température persiste pendant plusieurs jours ; au bout de cinq ou six jours, les températures s'équilibrent, pour redevenir ensuite ce qu'elles étaient avant l'application des aimants ;

3° L'hyperthermie provoquée par les aimants ne se manifeste pas seulement sur le membre où ils sont appliqués, elle s'étend au membre correspondant ;

4° Il y a transfert des troubles thermiques, puisque le côté patliologiquement refroidi se réchauffe en même temps que le membre opposé sain se refroidit ; la quantité de chaleur soustraite au côté opposé par Tapplication des aimants varie de 0,2 à 0,8 de degré ;

5° Les aimants produisent le transfert de riiémihypothermie comme ils produisent le transfert de l'hémianesthésie et de certaines formes d'hémiplégie.

Action de rélectricilé.

L'électricité a une action moins manifeste, moins rapide que les aimants.

ACTION DE l'Électricité, de la. morphine, de l'or 477 Quinze jours après les expériences avec les aimants, la température était :

Cuisse droite Cuisse gauche Différence faveur

du cote gauclie

Au bout de 10 minutes 32"2 33o2 1°

On électrise, avec la petite machine de Gailïe modifiée par X... , la face externe do la cuisse droite, et on trouve : Au bout de 2 minutes

On cesse l'électrisation

Au bout de 10 minutes

D'après l'auteur, l'électricité, comme l'application des aimants, élève la température de du côté hypothermique, et elle l'abaisse du côté hyperthermique de 0»2; aussitôt l'électrisation, la différence de température entre les deux membres, qui était de 1°, n'est plus que de 0°2 ; le côté hypothermique s'est échauffé de 0«2(de32<'2 à 32M); le côté hyperthermique s'est refroidi de 0«6 (de 33''2 à 3206).

L'électrisation, comme les aimants, détermine donc le transfert de Thémi hypothermie.

Action des injeclions de morphine.

Celles-ci, pratiquées en même temps sur le côté hypothermique et sur le côté hyperthermique, ont plusieurs fois élevé la température du côté refroidi et amené à 0"! une différence de température qui était, avant les injections, de 0 6 à 0°8.

Action des applications d'or.

Sept pièces de 20 francs appliquées sur le membre refroidi ont élevé la température, en dix minutes, de 0°7 du côté hypothermique, et dans le même temps de 0°o seulement du côté sain.

Henrot a constaté l'existence de l'hémihypothermie dans Vhùmichorèe, sans trouble de sensibilité et en dehors de toute manifestation hystérique.

Sous l'influence des aimants, la chaleur augmente du côté

478 TROUBLES HEMITHERMIQUES DANS

malade, tandis qu'elle s'abaisse du côté opposé. La différence s'est élevée dans un cas à Vô.

D'après cet auteur, les aimants déterminent une augmentation de chaleur du côté où ils sont appliqués et une soustraction de calorique du côté opposé

L'application des aimants peut amener un double transfert de l'hémithermie.

S'appuyant sur ses observations cliniques et quelques nécropsies, Henrot admet l'existence dans Taxe cérébrospinal d'un centre régulateur de la chaleur animale pour la face et pour les membres.

Des troubles hémitherviiqui s dans rhémichoré",, chez les aliénés, dans Vhijslérie. — Dans Vhémichorée, sans trouble de sensibilité et en dehors de toute manifestation hystérique, il existe des troubles thermiques du côté affecté.

Gassot ', le premier, a démontré, dans l'intéressante observation suivante, que la température s'élève notablement du côté affecté et que, lorsque l'hémichorée se montre ensuite du côté opposé à celui primitivement atteint, l'hypothermie l'accompagne.

Observation. — Hémichorée droite, puis gauche. Hémihijper thermie.

P..., Marie, blanchisseuse, âgée de 15 ans, entre le 14 octobre 1872, salle Sainte-Marthe, n° 12, à Beaujon (Service de M. Gubler).

Elle est atteinte d'une hémichorée droite qu'on ne peut rapporter qu'à une anémie profonde.

Pas d'antécédents rhumatismaux.

L'affection date de deux mois environ, elle a commencé par le bras droit; successivement la jambe, le tronc et la tête ont ete envahis.

Nous prenons quelques mensurations thermiques et nous trouvons en faveur du côté affecté un excès oscillant entre 0o3

et 0o8. , 1 . .

Sous l'influence du traitement, les phénomènes s amendent et tout écartde température disparaît entre les deux côtes du corps.

Puis le côté gauche est atteint à son tour; nos mensurations nous donnent alors en faveur de cc côté un excès variant entre Qol et 0o5.

Gassot. Des tcmpéralures locales. Thèse de Paris, 1873.

l'hémichorbe, l'aliénation mentale, l'hystérie 479

nans une de ses observations, Henrot a constaté que la température du côté où siégeait l'hômichorée était plus élevée de 1" à 1°2 que celle du côté opposé. (Voir pages 477, 478).

Au bout de 20 minutes d'application de barres aimantées, la dififérence de température, qui était avant l'expérience de 1°2 en faveur du côté droit (33° et 31°8), est de r5 (33" et

Sous l'influence de l'application des aimants, Henrot constate, dans plusieurs explorations une augmentation de température du côté malade, où l'aimant est appliqué et une diminution du côté opposé.

Il observe en outre, sous l'influence de l'application des aimants, un transfert de l'hémichorée, accompagné du transfert thermique qui, dans son observation, s'est produit une première fois de droite à gauche, puis de gauche à droite quand les aimants ont été déplacés. « Les troubles hémithermiques, dit Henrot, suivent les troubles hémichoréiques ; nous avons donc obtenu un double transfert : celui de l'hémichorée et celui de Thémithermie, »

En 1879, Ripping ^ signale des différences de température des deux moitiés du corps chez les aliénés. Ces troubles vaso-moteurs, accompagnés de salivation, d'inégalité pupillaire, de paralysie faciale ou de transpiration d'un côté démontrerait, d'après cet auteur, l'existence de centres chermiques dans l'écorce cérébrale.

Se fondant sur une autopsie, Ripping localise le centre thermique cortical dans la partie postérieure et profonde de la corne d'Ammon.

Dans l'hystérie, les différences de températures entre les deux côtés du corps sont presque toujours très notables.

La température d'un côté peut être en moyenne de 1% 2° plus élevée que celle du côté opposé. Des variations importantes s'observent aux différentes périodes de la maladie,

1. Henrot. Notes de Clinique médicale. De l'hémichorée. Pag. 31 -3 S Reims, 1880.

2. Ripping. Sur l' inégalité de la température périphérique des deux côtés du corps chez les aliénés et sur la localisation du centre thermique dans la couche corticale. Anal, in Ann. méd., psych., 6° série tome 1 1789, p. 487. ' '

TROUBLES IIÉMITIIERMIQUES DANS

suivant le régime, le traitement, etc. (Armaingaud') (voir p. 474).

La courbe suivante indique bien les différences de la température locale comparée du côté droit et du côté gauche.

Hyslérle.

Température locale comparée do côté droit et du côté aauche. / WunderhchJ

Des troubles thermiques dans la paralysie agitante, infantile, l'atrophie musculaire. — Dans la parahjsie agitante, d'après Grasset 2, la température périphérique est élevée.

Sur une malade atteinte de cette affection cet auteur a obtenu les résultats suivants :

lo La temi)érature de l'aisselle ne présente rien de particulier, elle oscille autour de 37° {36°9 à 37°9).

1. AuMAiNGADD. — Suv uue névvose vaso-molrice se rattachant à l'ôtat hyslériqac. PdiVis, 187G. ., . ^ , . ■ ,

2 Grasset et Apolinatuo. Noie sur Vdat de la température pà tphérique dans un cas de paralysie agitante et sur l'influence des contractions musculaires sur ta température ptiriphénque. Progrès médtcal, 1878, p. 2IG.

l'atrophie musculaire progressive

2o Température dans la main. — On note successivement : 30°2, SloS; 32», 32°2, 3205, 33°, 33°2. On applique le thermomètre avec de la ouate et une bande, on note alors : 34"2; 34°8 ; 35» ; 35H, 35»8, :^5"9; 36», 3602; 3603; 36°4; 36»5; 36°7; 36o8; 36°8; 36o9; 36»9; 37°; 37»; 37°1, 37»1. La température reste constante à 37»1.

Expérience de comparaison sur l'auteur. — On obtient successivement (de minute en minute) : 31»4; 32»6; 33°4; 34"; 34»6; 35°2;35»5; 35»8; 36°, 36»2, 36°3, 36»4. La température se maintient là.

3» Température de l'avant-bras. — On obtient après deux minutes : 33o6; 4 min. : 34»9;6 min. : 35»6; 8 min. : 36»3; 10 min. : 36»6; 13 min. : 36°8; 17 min. : 37»1 ; 21 min. : 37»2; 24 min. : 37»2.

Sur Vauteur cl dans les mêmes conditions sur Varanl-hras .•29»4, 3l»6, 32»4, 33»1, 33»2, 33»4, 33»4, 33»5, 33°6.

Le thermomètre reste fixe à 33»6.

Dans la -paralysie infantile, Heine a vu la température des membres atrophiés tomber à 25° et même à 20°.

Dans Valrophie musculaire progressive, dit Jaccoud, les parties où la dégénérescence est en voie de développement sont souvent refroidies ; la sensation du froid accusée par le malade n'est pas un phénomène purement subjectif: et le médecin peut constater une différence de 5° à 6» entre les deux mains.

Redard.

Page 1