THERMOMÉTRIE LOCALE
On peut noter une différence de 1° entre les deux yeux. Dans le dernier stade de Taffection au moment où la purulence s'établit, (bien que les symptômes observés soient souvent très graves), la température s'abaisse notablement et reste stationnaire.
S'appuyant sur un grand nombre d'observations, Gradenigo pense que l'augmentation de température que l'on note dans les inflammations oculaires ne dépend pas uniquement de l'hypérémie et d'un apport plus considérable de sang dans l'organe. C'est ainsi que dans les conjonctivites purulentes qui s'accompagnent d'une hypérémie considérable, la température de l'œil malade diffère à peine de quelques dixièmes de celle de l'œil sain, tandis que dans les formes exsudatives et dipthéritiques, dans lesquelles les vaisseaux comprimés par l'exsudat sont exsangues, la température de l'œil atteint s'élève très notablement et peut atteindre 40".
Dans les conjonctivites catarrhales chroniques, avec hypérémie de la conjonctive, du tarse, excoriation de la peau deS paupières, la température observée n'est pas en rapport avec le degré de l'hypérémie. De même dans les conjonctévites miasmatiques avec ardeur et sensation de cuisson, la température observée n'est pas en rapport avec l'hypérémie.
Dans la période aiguë des dacryocystites, l'élévation de température du côté malade égale celle que l'on note dans l'érysipèle et peut s'observer 11", à un degré moindre cependant, du côté de l'œil sain.
Dans les catarrhes chroniques du sac lacrymal l'augmentation de la température est peu notable.
Dans les ulcères de la cornée, sans douleur, ni photophobie il peut exister des élévations de température assez marquées. Dans un cas cité par Gradenigo, la réaction étant très modérée, l'œil malade avait 37"2, l'œil sain 30°.
Dans une autre observation d'ulcère de la cornée étendu avec kératocèle, injection conjonctivale vive, l'œil atteint avait 38°8, l'œil sain 3TQ.
Une nouvelle exploration pratiquée après l'ouverture du kératocèle, l'injection conjonctivale étant moindre et l'amélioration très-marquée donne pour l'œil sain 36°2 pour l'œil malade 37°3.
Dans ses observations de température dans les maladies de la cornée. Galezowski a obtenus les résultats suivants :
Madame P..., 23 ans. Kératite interstitielle gauche, 37û6,
Madame V..., 40 ans. Ulcère superflciel de la cornée gauche, 37°.
M. Pierre, 60 ans. Abcès moléculaire central de la cornée gauche avec hypopyon datant de trois mois, 38o.
Mademoiselle Bouteiller, 25 ans. Kératite interstitielle superficielle gauche, 38o2.
Madame Blémont, 68 ans. Dégénérescence grise de la cornée
Mademoiselle Tacite, 19 ans. Abcès périphérique de la cornée gauche : température oculaire, 3806 ; température générale, 37o8.
Mademoiselle Guillemette, 16 ans. Phlyctène de la cornée droite ; température oculaire, 38j ; température générale, 37o5.
M. Galezowski, de même que Gradenigo soutient que l'élévation de température est surtout marquée dans les affections des membranes externes, les lésions des membranes internes (iris, etc.) s'accompagnent de modifications thermiques beaucoup moins marquées.
Cette proposition est démontrée par les résultats contenus dans les deux tableaux suivants :
l^" Tableau therinométrique oculaire par le D' GalezoïosJii.
Conjonctivite aiguë catarrhale 3807 à 39°
Conjonctivite granuleuse » 3707 à 3709
Iritis séreuse . 3705
Iridochoroïdite plastique 37o6
Glaucome aigu 3608
2« Tableau de thermométrie oculaire par Despagnet, chef de clinique de
M. GalezowsJii.
M. Durosoir, 44 ans. Kérato-conjonctivite granuleuse
avant et après cautérisation 37oQ
M. Brunelay, 27 ans. Conjonctivite catarrhale aiguë
pour les deux yeux 3g^g
M. Guibault, 46 ans. Ulcère rongeant cornée gauche
après paracentèse 3-^09
Mlle Fettré, 30 ans. Kératite ponctuée gauche .' .* * 3608
Mme Chaffain, 30 ans. Conjonctivite granuleuse . '. '. ^q^s
TUERMOMÉTIUE LOCALE
« Si Ton compare ces deux tableaux entre eux, dit M Ga lezowsiii, on voit qu'il existe une certaine analogie et que la conjonctivite catarrhale amène une élévation de température plus grande que les autres affections oculaires. »
La thermoraétrie oculaire peut rendre de très grands services en permettant d'apprécier le moment, le degré de la réaction après les traumatismes.
Gradenigo a noté, à la suite des traumatismes oculaires accidentels ou opérations une augmentation de température, variant suivant la nature, la gravité de la blessure. Dans les cas heureux, cette réaction n'est pas intense. Lorsqu'au contraire la fièvre locale est très vive, il y a danger. L'exploration thermométrique peut fournir dans ces conditions de précieux renseignements en indiquant une thérapeutique plus ou moins énergique.
Ainsi que nous l'avons signalé en décrivant le thermomètre employé par Gradenigo, il n'y a aucun inconvénient à se servir de cet instrument, même dans les traumatismes graves de l'œil. Il suffit de baisser légèrement la paupière inférieure et de glisser l'instrument entre les deux faces de la conjonctive, pendant que l'on ordonne au malade de regarder en haut, afin d'éviter tout contact du réservoir du thermomètre avec le bulbe. Si le thermomètre indique un degré élevé, il faut examiner immédiatement et attentivement l'œil blessé.
Dans une observation de corps étranger (fer) de la cornée, avec réaction vive, la température de l'œil sain était de 3Q°9 celle de l'œil malade 37°4.
L'instillation d'atropine dans un œil élève la température de l'organe. Dansplusieurs observations citées par Gradenigo, ^a température de l'œil dans lequel on pratique une instillation d'atropine ou d'ésérine, s'élève rapidement (au bout d'une 1/2 heure environ) de 2, 4 et 5 dixièmes,
Le glaucome, donne lieu à une élévaiion de température locale. Il serait intéressant d'étudier soigneusement la température locale de l'ail dans cette affection, en raison des indications pronostiques et thérapeutiques que cette étude pourrait fournir.
En résumé, les recherches des auteurs que nous venons de
DANS LES MALADIES DES YEUX Vdïi
Citer nous démontrent l'utilité de la therraoraétrie locale en
opthalmologie. .
Les variations de la température peuvent donner des indications pronostiques précieuses, et nous recommandons surtout l'usage du thermomètre à la suite des traumatismes de l'œil.