‹ Traité de thermométrie médicaleChapitre 59 sur 312 · MALADIES MENTALES · texte numérisé non relu

MALADIES MENTALES

L'observation suivante démontre que, dans certains cas, la température peut considérablement s'abaisser.

Observation XIV. — Lypémanîe avec stupeur. — Abaissement de la température .

P . , . , âgée de 24 ans, entre à l'asile de Ville-Évrard le 20 juillet.

Au début, accès nerveux hystériformes, auxquels ont succédé de la prostration avec stupeur. L'état général est mauvais, conséquence du peu de nourriture que prend la malade, qui se borne au régime lacté.

Maigreur, décoloi^ation des téguments.

Mutisme absolu ; la malade marmotte quelques mots inintelligibles, etc.

Tempiji'ature a

xillaire.

Matin. ^

Soir.

23 juillet . . .

Moyenne. . . . 35°6 L'état général s'aggrave et la malade meurt le 29 juillet dans le marasme le plus complet. '

L'épilepsie, l'état de mal épileptique, se différencie de leclampsie(Dieudé') au moyen du thermomètre par ce fait que dans l'éclarapsie, la température est toujours très élevée dans l'épilepsie elle s'abaisse ou tout au naoins s'élève légèrement (Bourneville).

Clouston qui a fait des recherches sur 2.000 aliénés a vu que dans quelques cas. la température s'élevait et cela surtout chez les fous tuberculeux

éle>ttirs'd'ff/'"""f " '^^'^^-^ élévations de température, mais la manie aiguë l'épi-

^X^sîébriS^^^^^ ^'accompagnaient toujours^de'templ Cet aliéniste se trouve donc en désaccord avec Williams et

un grand nombre d'auteurs, lorsqu'il nous dit que la seule affection dans le cours de laquelle il a rencontré un abaissement de température, est la forme confirmée de la paralysie générale.

Pour Clouston, le signe caractéristique de toutes les maladies mentales, c'est que la différence entre les températures du matin et du soir est plus faible que chez les sujets sains Cela est dû principalement à une élévation de la température du soir et non à l'élévation de la température du matin.

Chez les individus atteints de paralysie générale, la moyenne de température du soir est plus élevée que la moyenne des températures du matin. ^

Dans tous les cas de folie, même d'idiotisme, la température

est beaucoup plus élevée le soir.

Cet observateur a vu aussi que dans les cas d'exaltation, au lieu d'un abaissement de températurè, on obtenait une ele-

''lîans les cas d'épilepsie, il a noté l'abaissement de température au début de l'attaque : quant à l'abaissement de température à la fin de l'attaque, il ne se produit que lorsque l'éDilentiaue se met à dormir.

Tomuela maladie fait des progrès, l'abaissement de la temnéiature porte surtout sur la température du matin. S so' les résultats auxquels est arrivé Clouston Sans détendre qu'ils ne sont pas l'expression de la vente, car nous nïvons pu nous livrer k des reclierehes sur ce sujet "ou avons cependant un reproche grave à adresser à cet âliénistè celui de prendre trop rapidement ses tempera- "et de ne pas laisser son thermomètre asse^ longtemps

%riatempérature —

,„;„„(« pour obtemr la te^^pe^ature ver

ne laisse son thermomètre en pla e ue ^^^^^

nutes; P»« nous ce temps est ^^j,,, „^té, si

que des e™''-"^™*;;,!,":" ,e température que dans

f > r trop g-, r, Ibre d'aliénistes ont signalé des la manie, un trop gra ^^^^^^^^ ^^^^^.^^^^

INFLUENCE DE l'ÉTAL MORAL 101

Dans l'idiotie, dans l'imbécillité on a aussi signalé des abaissements de température, d'autant plus grands que la maladie est plus avancée. Williams prétend même que suivant le degré de température observé, il peut dire à quelle catégorie de malades appartient un idiot.

Chez un idiot qui ne pouvait ni voir, ni entendre, m accomplir aucun des actes de la vie sociale, la température était 92" F.

Dans la paralysie générale, certains auteurs ne sont pas d'accord avec Ludwig Meyer qui prétend que dans ces cas on a le plus souvent une élévation de température.

KrafFt Ebbing, Williams et les auteurs cités plus haut ont vu, au contraire, des abaissements de température.

PendaTrt l'attaque d'épilepsie, la température reste élevée (Charcot et Bouchard) ; après l'attaque, l'on peut voir un abaissement de température allant jusqu'à 5°.

Avant l'attaque même, nous l'avons vu, d'après Clouston et Williams, il y aurait un abaissement de température. Ce fait est fort intéressant et demande à être vérifié ; on comprend en effet combien il serait important de prévoir une attaque, sachant surtout que Brown-Séquard a démontré que par des excitations périphériques pratiquées au début de l'attaque, on pouvait arrêter l'accès épileptique.

Le thermomètre nous rendra donc chez les aliénés de grands services, il pourra nous faire prévoir le début des maladies fébriles dont ne se plaignent pas souvent les malades de nos asiles ; il nous indiquera enfin, par le degré des abaissements de température observés, la gravité et les différentes phases de la maladie.

Influence de Véiat moral. — Les émotions vives, ainsi que l'a démontré M. le professeur VerneuiP, agissent sur l'encéphale à la manière d'une commotion ou d'un choc. C'est ainsi que la frayeur, la joie, la colère, produisent des modifications dans la température*.

La frayeur abaisse la température.

«Les impressions morales pénibles, dit G. Bernard, amènent

un abaissement de température mesurable, qui correspond

1. Verneuil. Art. Commotion du D?"ct. encyd. des sciences médicales.

à des troubles de la circulation capillaire et par suite de la nutrition, pouvant amener des lésions organiques intimes, quand elles sont intenses et prolongées.»

La joie, Tespérance, la colère et en général toutes les passions excitantes augmentent la température.

Ch. Martin \ qui s'est fait remarquer par sa patience dans les recherches thermométriques, a vu la température monter de 28°,4 R, à 30° dans un violent accès de colère, mais il la vit bientôt descendre à 27» sous l'empire de la frayeur et remonter ensuite à 29°.

Currie ^ a insisté sur l'influence qu'exerce l'état moral de l'homme sur la conservation de sa chaleur propre.

La température de la peau d'un homme sur lequel il fit des expériences baissa de 28°,4 à 25° sous l'influence du froid ; la seconde fois que le sujet, doué d'un caractère craintif, se soumit à l'expérience, sa chaleur, qui n'était que de27°,5, tomba à 22°,6.

Krimer attribue à la stupéfaction et à la peur de l'animal auquel il sciait le crâne, les abaissements de température qu'il observait dans toutes ses expériences.

Nous pensons aussi devoir attribuer une certaine part dans les abaissements de température que nous avons signalés chez tous les blessés atteints de traumatismes graves, à la terreur qu'inspire un champ de bataille, et aux passions déprimantes auxquelles sont le plus souvent en proie les combattants.

N'est-ce pas là peut-être l'explication de ce fait qui avait tant frappé Dupuytren; la fréquence beaucoup plus grande de la stupeur après les blessures chez les jeunes conscrits que chez les troupes aguerries ?

Nous pouvons dire enfin que pendant la dernière guerre civile, les accidents d'abaissement de température compliqués de stupeur nous ont paru beaucoup plus fréquents chez les soldats insurgés que chez les soldats de nos troupes régu-

\ . Ch. Mabtin. De Animalium calore, 1740.

2. CuRRiE. Philosoph. Trmisaet . , M92, p. 211 218, et Mcdkal Reports on the effccls of water cold and warm as a remcdy in fcver and other diseuses, etc. Londoii, .'j" édilion, 2 vol., j814.

Page 1