AMPHIBIES
BDFO. — Les crapauds sur lesquels il circulait anciennement tant de fables, Bitfo viridis (Laur.), Bufo cinereus (L.) et d'autres espèces, renferment dans les glandes à venin mamelonnées (Verrues j Glandes granuleuses)^ situées sur le dos du corps et aux extrémités, un liquide jaunâtre, visqueux, lactescent, toxique aussi pour les tritons, et conservant longtemps sa virulence lorsqu'il est desséché. Un fait confirmé maintenant à plusieurs reprises, même pour ce qui regarde les espèces tropicales, c'est que les crapauds sont en état de le lancer à une certaine distance. Les glandes muqueuses ne sécrètent point de venin (1). Un principe actif alcalin, -la phrynine ou la bufidine, est très toxique en injection sous-cutanée pour les animaux à sang chaud et à sang froid et l'est moins administré par l'estomac. Administrée en injection sous-cutanée, elle provoque au lieu d'injection : abcès et même gangrène. A doses élevées, elle agit comme la digitaline et paralyse rapidement les muscles volontaires (2). On a isolé dernièrement de la peau des crapauds deux substances la BUFONINE (G^^H^O*) cristalline, et la bufotaline (C^^H^^O^^^ amorphe, toutes les deux peu solubles dans l'eau et agissant à la manière de la digitale, mais la première beaucoup plus que la dernière. Le venin des crapauds augmente la diurèse comme la
(1) ScHULTZE, Arch. f. mikr, Anat,, Bd XXXIV. p. H
(2) FoRNARA, Joum, de thér., 4877, p. 882 et 929.
dig^itale : les anciens traitements par les crapauds en font foi. Le venin du crapaud contiendrait en outre : MÉTHYLCARBYiâA-
MINE et ACIDE MËTHTLGARBTIiAMINE-GARBONIQUE {OCide ÎSO-
cyanacétique) (!)•
L'inoculation du virus dans une plaie amène la mort des chiens dans l'espace d'une heure. Us sont atteints de : vomissements, marche titubante et convulsions. Les lézards, eux aussi, meurent en convulsions. Mais il faut ajouter que, chez les chèvres et les poules, l'inoculation du virus dans les plaies ne produit aucun effet. Les effets locaux du virus se manifesteraient aussi sur la peau intacte. Un garçon qui lançait une pierre après des crapauds et la reprenait sans cesse, aurait été atteint de tuméfaction de la main et d'autres parties du corps. Le venin peut ag^ir aussi comme vésicant. 11 produit du côté des yeux : conjonctivite, kératite et anesthésie locale (2) (les processus inflammatoires sont accompagnés de douleurs) ; du coté de l'estomac : sensation de brûlure et vomistsements.
Le Bombinator igneus (Merr.) {Crapaud flamboyant) sécréterait un liquide venimeux ressemblant au venin du crapaud. 11 s'y trouverait la phrynolysine, possédant une action hémolytique.
Hyla venulosa (Daud.) [Rainette beuglante]. Cet animal sécrète sur la peau un mucus à odeur désagréable, et laisse écouler par les oreilles un suc blanchâtre qui produit à la peau : douleurs et coloration en noir.
Phyllobates melanorhinus (Berth.). Ce crapaud serait employé par les Indiens-Choco pour la préparation du poison des flèches, et son venin paralyserait les terminaisons nerveuses périphériques.
[VuLPiAN a signalé le premier, dans le venin du crapaud, l'existence d'un alcaloïde ag'issant à la manière d'un poison musculaire et produisant Parrèt du
(1) Calmels, C. R. de VAr, d. Se, 1884, t. XCVIÏI, p. 536
(2) Staderini, Bol. n. Anad, d. Fisiocr, di Siena, IV, fasc. VII, 4888.
cœur, chez les grenouilles comme chez les animaux à sang chaud. Le venin du grand Crapaud agua de TAmérique tropicale est encore plus énerg-ique et va jusqu'à provoquer des convulsions. Ces venins de crapauds, ainsi que celui du triton, diffèrent du venin de la Salamandre par leur action marquée sur le cœur (1)].
SALAMANDRA MACULATA (Laur.). — La Salamandre terrestre ou maculée (elle est noire avec des taches jaunes) est venimeuse. Le venin est représenté par la sécrétion laiteuse ou crémeuse, acide, à odeur rappelant celle du musc, des g'iandes à venin ou glandes granuleuses (et non des glandes muqueuses) qui fournit une émulsion avec l'eau. La partie active de cette sécrétion est constituée, d'après des recherches déjà anciennes, par Talcaloïde 8ALAMANDRINE (2) dont les solutions aqueuses se décomposent si elles sont exposées à la dessiccation lente à Tair, mais qui, à l'état sec, peut demeurer efficace pendant plusieurs mois. On a émis la supposition que la salamandrine qui provoque des convulsions serait de I'amylgarbyl aminé. Récemment, on a réussi à obtenir, en traitant la totalité de la salamandre, une substance basique amorphe et incapable de fournir des sels cristallins. Les centres automatiques de la moelle sont d'abord excités puis paralysés par cet alcaloïde, et l'excitabilité réflexe disparait après une augmentation passagère. Le venin de la salamandre terrestre fut employé une fois sans succès dans une tentative d'homicide (3). Son administration, ou même sa seule application sur la langue amènerait la mort des animaux en Tespace de trois à vingt-neuf minutes. 11 manifeste plus rapidement son effet sur la grenouille lorsqu'il est administré par voie stomacale qu'en injection sous-cutanée. Il produit sur les muqueuses : inflammation et rougeur. La dose léthale de chlorhydrate de salamandrine est, pour le chien, de Ogr.002 environ en injection sous-cutanée et de Ogr.008 à Ogr.Ol par voie stomacale. Les injections préventives souvent répétées procurent une cer-
(4) VuLPiAN, Etude physiologique des venins du crapaud, du triton et de la Salamandre terrestre, Mém. de la Soc. deBiol., 1856, p. 122.
(2) Zalesky, Med.-chem. Unters',, 1866, Heft 1, p. 85.
(3) J.-N. Laurentius, Spécimen med. exhib, synopsin reptil, etc., VVien, 1768, p. 15ti.
taine accoutumance. Mais le chlorhydrate de salamandrine, à la dose de Ogr.005 à Ogr.Ol, en injection sous-cutanée, tue la salamandre elle-même (1).
Les phénomènes morbides consécutifs à l'absorption du venin, sont identiques chez les animaux à sang chaud et à sang froid (2). On voit survenir : agitation, tremblements, convulsions épileptiformes ou tétaniformes, localisées d'abord à des membres isolés, mais devenant plus tard générales, de une à deux minutes de durée, se renouvelant à des intervalles rapprochés et accompagnées d'élévation de la température (jusqu'à 40*^) (3). Les convulsions s'exacerbent chez les chiens chaque fois qu'éclatent les vomissements. Il existe en outre : salivation, mydriase, battements cardiaques irréguliers, respiration faible, haletante, s'arrêtant pendant les convulsions et cessant complètement avant l'arrêt définitif du cœur, ainsi que diminution de l'excitabilité réflexe ou même abolition complète.
On trouve à Vautopsie des animaux : congestions viscérales et méningées et ecchymoses*
TRITON CRISTATUS. — L'appareil glandulaire delà Salamandre aquatique est composé d'acini isolés dont chacun possède un canal excréteur s'ouvrant à la peau (4). Le venin est surtout sécrété à la partie supérieure de la queue et à la nuque, on peut l'obtenir en passant la main sur la peau du dos, et il se présente sous forme d'un liquide lactescent, acide, à odeur pénétrante. Trois cents tritons fournissent environ 40 gr. de suc. Le venin y est contenu dans des globules microscopiques (Granulations) entourés d'une enveloppe albumineuse. Us éclatent à l'addition de l'eau et renfermeraient un composé glycérine mixte (Psetidolècithine) se dédoublant en di-oléine et en un nouvel acide. La pseudolécithine contiendrait de I'agide éthtlgarbtIiAJEINE- CARBONIQUE {acide a^isocyanopropionique). La sécrétion traitée
(1) PeisAux, C R. de rAc. d. Se, séance du 2 sept. 1889.
(2) Gratiolet et Cloez, C. R. de VAc. d. Se. 1851, t. XXXII, p. 592, et l. XXXIV. p. 729; — VuLPiAN, Mém. de la Soc. de BioL, 1856, p. 122 ; — Dutartre, Sem, méd,, 1889, p. 109
(3) Phisalix et Langlois, C. R. de l'Ac. d. Se, 188Ô, 16 sept.
(4) Caparelli, Arch, ital. d, BioL, 1883, t. IV, p. 72.
par le procédé OttoStas fournit un extrait élhéré acide, non azoté, toxique.
Le liquide sécrété est toxique pour les animaux à sang* chaud et à sang froid. Les chiens en meurent dans l'espace de trois à dix-huit heures ; et, injecté dans la cavité abdominale, il amènerait la mort du triton lui-même. Porté sur la conjonctive, il provoque : rougeur et larmoiement, sur la muqueuse nasale : augmentation de l'écoulement de mucus et éternuement. Les phénomènes d'intoxication générale consistent, chez les animaux, en : affaiblissement de l'énergie cardiaque jusqu'à l'arrêt en systole, ralentissement de la respiration et paralysie des nerfs moteurs. La mort a lieu sans convulsions. Le venin détruit les globules sanguins rouges.
[Les içlandes à venin de la [salamandre terrestre {Salamandra maculata) ont été récemment Tobjet de recherches approfondies qui ont précisé les données relatives à leur formation, leur structure, leur localisation et è l'action phjsiolog'ique du venin qu'elles sécrètent (1). Les g-landes à venin ont la même orig'ine mésodermique et Tacinus achève son complet développement dans le derme avant la formation du canal excréteur. Elles sont de deux espèces et situées dans la couche conjonctive inférieure du derme, couche qui en représente la partie la plus épaisse. Ces g'iandes sont entourées d'un assez grand nombre de cellules spéciales, appelées clasmatocytes par Ranvier, infiltrant le réseau vasculaire qui entoure la membrane propre.
Les glandes granuleuses apparaissent les premières. Elles sont visibles à l'oeil nu sur la rég-ion médiane du dos où leur ensemble forme une double lig^ne pointillée sombre, tranchant nettement sur le fond de couleur grise du tégument. Le dos, la queue et les flancs en sont seuls pourvus chez l'embryon. Le nombre de glandes à venin granuleux augmente au fur et à mesure que la jeune salamandre grandit. Chez l'animal adulte, elles sont réparties un peu partout, sauf à la face interne des membres, sur la partie du ventre comprise entre les racines des membres, sur la région moyenne du menton. On trouve au contraire dans ces régions de nombreuses glandes à venin muqueux parmi lesquelles sont disséminées quelques rares glandules à venin granuleux. La sécrétion du venin est continue, mais son excrétion est intermittente et doit être provoquée par une excitation. Chez les animaux jeunes, le venin granuleux est encore inactif, bien que la structure de la glande soit aussi dévelop-
{\) M"^Phisalix-Picot, Recherches embryologiques, histologiques et physiologiques sur les glandes à venin de la Salamandre terrestre. Thèse de la Faculté de médecine de Paris, 1900.
Toxicologie. 62
pée que chez l'adulte. C'est une g-lande acineuse simple, à canal excréteur fin et court et à acinus globuleux. La membrane propre de cette glande est musculaire, contractile et fermée, à Tétat de repos, par un sphincter.
En plus de cette membrane propre, l'acinus comprend du protoplasma et des noyaux libres ou entourés de sctcs à venin. Ces derniers sont irrégulièrement répartis sur la membrane où ils forment des masses ovoïdes, volumineuses, appelées cellules géantes par Leydig. Lorsque les fibres lisses de la membrane sont excitées, soit directement par une action chimique ou mécanique, soit indirectement sous Tinfluence du système nerveux, elles entrent en contraction, compriment le venin qui, pressé du fond vers l'orifice, écarte les fibres du muscle orbiculaire, force ainsi le sphincter et s'échappe au dehors. Le venin normal forme, au niveau de l'orifice externe, une gouttelette d'aspect crémeux qui se coagule rapidement au contact de l'air. L'excrétion est involontaire et résulte d'une action réflexe. La formation du venin, quoique continue, est très lente. Après des excitations répétées et suffisantes pour vider complètement la glande, le venin devient plus fluide, opalescent et moins actif ; et il faut un certain temps pour que des granulations de nouvelle formation viennent lui restituer son activité première.
Les glandes muqueuses n'apparaissentqu'à la fin de la vie larvaire, alors que la plupart des glandes granuleuses qui les ont précédées sont déjà munies de granulations. Ces glandes muqueuses se rencontrent presque exclusivement au ventre, au menton et sur la face interne des membres, tandis que dans les autres points du tégument, elles occupent les places laissées libres par les glandes granuleuses. Le tissu glandulaire est formé par : une membrane propre, un épithélium cylindrique (très différent de celui des glandes granuleuses) occupant la partie profonde et déversant sa sécrétion dans la lumière de la glande, enfin le venin muqueux produit de la sécrétion des cellules que l'on peut apercevoir remplissant la lumière de la glande avec l'aspect d'un fluide nuageux. Le volume des glandes muqueuses est inférieur à celui des glandes granuleuses. L'excrétion du contenu de ces glandes est intermittente, comme pour les glandes granuleuses et pour les mêmes raisons. Normalement, la peau delà Salamandre est sèche et apparaît comme vernie ; il faut que l'excrétion des glandes muqueuses soit provoquée par un phénomène intercurrent pour que cet aspect change et que la sécrétion muqueuse apparaisse. Le développement des deux espèces de glandes à venin est complet k la même période de la vie de l'animal, c'est-à-dire au début de l'existence terrestre ; l'évolution des glandes muqueuses est donc plus rapide, et le venin muqueux possède d'emblée ses propriétés nocives alors que le venin granuleux des salamandres très jeunes est encore inactif. Les glandes à venin muqueux excrètent avec une facilité extraordinaire et sous l'influence des excitations les plus légères.
On peut démontrer l'existence d'une véritable dissociation fonctionnelle entre les glandes à venin muqueux et les glandes à venin granuleux au moyen de l'influence exercée sur ces deux sécrétions par les centres nerveux. Les
lobes optiques peuvent être considérés comme un centre excito-sécrétoire' des g'iandes à venin muqueux, mais la présence des hémisphères cérébraux est indispensable, et après leur ablation l'excitation de la peau ne produit plus aucune excrétion. La section du bulbe arrête ég^alement la sécrétion muqueuse. L'excitation des nerfs, soit intacts, soit après section, ne donne lieu à aucun phénomène secrétoire ; ainsi l'excitation du sciatique sur un point quelconque de son trajet, sa section suivie de l'excitation consécutive de chaque bout, central et périphérique, ne provoque ni sécrétion directe ni sécrétion réflexe. Ce résultat, en apparence paradoxal, ne peut s'interpréter que par l'existence, dans les nerfs mixtes, de filets frénateurs dont la mise en activité vient contrebalancer l'action des filets excitateurs. L'existence de ces deux groupes de filets nerveux est bien mise en évidence par l'influence qu'exerce sur la sécrétion et l'excrétion, d'une part l'atropine, d'autre part la pilocarpine, qui agissent sur la sécrétion muqueuse de la Salamandre comme sur la sécrétion sudorale des mammifères. Les excitations exercées sur la peau, qu'elles soient d'ordre mécanique, physique ou chimique, provoquent la sécrétion muqueuse.
Le venin muqueux constitue un liquide incolore, inodore, fllant, savonneux et qui lubrifie la Salamandre à la moindre alerte. Sa saveur est faible et fade. Sa réaction est fortement alcaline. Il ne se coagule pas après son issue de la glande et il nerenferme jamais de granulations. Il estsolubledansl'eau etinsolu^ ble dans l'alcool, contrairement au venin granuleux, ce qui permet de les séparer de leur mélange. L'ébullition le trou ble légèrement, mais cependant il conserve ses propriétés toxiques. Il résiste à la chaleur, même en liqueur alcaline et reste adhérent aux albuminoîdes, à la manière d'une diastase, quand on précipite ces derniers par l'alcool. L'acide phosphomolybdique ne le précipite pas. Les réactifs histo-chimiques le transforment en une masse homogène et nuageuse qui se colore identiquement comme le protoplasma de l'épithélium cylindrique des glandes muqueuses. Le principe actif n'est donc ni un alcaloïde ni un albuminoYde. Ses propriétés toxiques se révèlent dès l'apparition du venin muqueux dans la glande. C'est exclusivement à lui qu'il faut rapporter l'action venimeuse que l'on peut observer avec la peau des larves Agées et des jeunes Salamandres nouvellement transformées chez lesquelles le venin granuleux est encore inactif. Ce venin muqueux est beaucoup moins toxique pour les mammifères que le venin granuleux.
Contrairement à ce qui se produit pour le venin muqueux, les glandes à venin granuleux excrètent très difficilement leur contenu. Un courant électrique capable de tétaniser les muscles, appliqué en n'importe quel point du corps, ne provoque pas l'issue de cevenin. Les glandes sont sous la dépendancede centres excito-sécrétoires situés dans les lobes optiques et dans la moelle, centres qui peuvent être excités soit directement, soit par voie réflexe. L'épuisement se produit vite ; etil faut augmenter progressivement l'intensité de l'excitation pour obtenir un résultat positif. L'excitation des lobes optiques par le contact du venin granuleux lui-même provoque non seulement la sécrétion des glandes
mais encore des accidents convulsifs comme ceux que Ton observe lorsque ce venin est injecté dans les veines. L'excitation du bout phériphérique d'un nerf sectionné détermine la sécrétion de toutes les g'iandes granuleuses innervées par ce nerf; et l'excitation du bout central donne lieu à une sécrétion réflexe. L'atropine, qui tarit d'une façon si remarquable la sécrétion muqueuse, inhibe également la sécrétion des glandes granuleuses directement ou indirectement excitées. La pilocarpine ne stimule pas, à beaucoup près, la sécrétion, comme elle le fait pour les glandes muqueuses. La viscosité du produit de la sécrétion doit jouer dans cette circonstance un rôle important, de même que l'action exercée sur les terminaisons nerveuses des glandes à venin : c'est ainsi que la strychnine, tout en excitant les centres, paralyse ces terminaisons nerveuses.
Le venin granuleux constitue un liquide de couleur et de consistance crémeuses, pouvant devenir fluide et opalescent après excitation prolongée de la glande ou expulsion totale de son contenu. Il possède une odeur aromatique rappelant celle du salol. Sa réaction est fortement acide, sa saveur extrêmement amère et nauséeuse. Au contact de l'air, il se colore en brun et se coagule rapidement. Il forme comme un précipité floconneux blanc quand on l'exprime directement dans l'eau. 11 renferme du calcium qui joue peut-être, au point de vue de sa coagulation, le mémcrôle que celuix|ui lui a été reconnu relativement à la coagulation du sang. L'examen microscopique permet de reconnaître dans ce fluide la présence d'un nombre plus ou moins considérable de granulations sphériques dont les diamètres sont très inégaux et qui fixent les colorants avec une électivité et une intensité remarquables. L'addition, sous le microscope, d'une goutte de solution aqueuse à 5 p. 100 d'acides chlorhydrique ou azotique fait disparaître les granulations que l'on voit bientôt remplacées par des aiguilles cristallines groupées en faisceaux et qui ne sont autre chose que des sels des alcaloïdes du venin.
Relativement à ces alcaloïdes, la Samandariney isolée en 1866 par Zaleskt, paraît analogue sinon même identique à la Salamandrine obtenue en 1889 par C. Phisalix. En 1892, Arnaud isola un alcaloïde différent du précédent auquel fut donné le nom de SaLamandridine : et enfin, en 1899, Edwin Faust décrivit sous les noms de Samandarine et Samandaridine deux alcaloïdes qui correspondent probablement aux précédents (1). Zalbsky attribue à la Samandarine la formule C®^H*®Az*0*^. C'est un alcaloïde fixe, peu altérable lorsqu'il est conservé à l'abri de l'humidité, soluble dans l'eau et l'alcool, indécomposable k l'ébuliition.ll a été séparé du précipité qu'il forme avec l'acide phospho-raoljbdique. La Samandarine aurait pour formule G*^H*®Az*0 et la Samandaridine C*^H^*AzO. La Samandaridine (SaLamandridine) existerait dans le venin en quantité fortement prépondérante. Le sulfate de la dernière base serait moins
(1) Edwin Faust, Beitrâge zur Kenotoiss des Samandarins, Arch. f, eacperimeni. Path. und Pharmak., Bd XLI,1898.— UeberdasSamandarin,y&irftfm, Bd XUU, 1899.
soluble dans l'eau et dans l'alcool que le sulfate de Samandarine et serait dépourvu d'action sur le plan de la lumière polarisée. Quant à leur action physiolog'ique, elle serait sensiblement la mêmeja Samandaridine étant seulement moins énerg'iquement toxique, ce qui confirme les observations de C. PmsALix. Ces alcaloïdes seraient des dérivés quinoléiques. D'après les essais de M^^Phi- SALix-PiGOT, leur formation paraît résulter de l'action exercée par l'eau sur le venin. On ne voit, en effet, des cristaux d'alcaloïdes apparaître dans l'extrait alcoolique que si l'on fait réagir de l'eau sur cet extrait. Le chloroforme dissout, aussi bien que l'alcool fort, le ou les principes immédiats susceptibles de fournir ultérieurement les alcaloïdes, par hydratation et dédoublements. Cette propriété permet môme la séparation des principes immédiats toxiques des deux venins. Lorsqu'on immerg'e dans du chloroforme des peaux fraîches de Salamandre, il s'établit une plasmolyse lente et graduée qui expulse ou fait exsuder, parmi les principes immédiats de la peau et des glandes, ceux qui sont insolubles dans le chloroforme. Le liquide aqueux fortement alcalin qui surnage alors le chloroforme présente tous les caractères, chimiques et physiologiques, du venin muqueux, tandis que le venin granuleux est resté dissous dans le chloroforme avec les corps gras. Ces principes immédiats, susceptibles de donner naissance aux alcaloïdes, sont donc très solubles dans l'alcool et le chloroforme ; ils le sont un peu moins dans l'éther et le sulfure de carbone.
Le venin en nature de la Salamandre produit les mêmes manifestations toxiques que les alcaloïdes qu*on peut en retirer. Les seules différences, tant pour le venin en nature que pour les divers alcaloïdes, portent sur la dose nécessaire pour produire les symptômes d'intoxication et sur la durée de la survie, mais non sur la succession et sur la nature de ces symptômes.
Le venin granuleux possède des propriétés irritantes très accusées. Son injection par la voie veineuse, chez des chiens qui sont très sensibles à son action, détermine, à la dose de 1 milligr.5 pour un chien de 40 kilos : agitation, inquiétude, salivation, larmoiement, vomissements, tremblements, dyspnée ; pas de modifications pupillaires ni de troubles moteurs évidents. L*augmentation de la dose fait apparaître, en plus de l'exagération des symptômes précités, des contractions fibrillaires dans la face, suivies presque aussitôt de véritables convulsions localisées d'abord dans les muscles de la face et des yeux (nystagmus), puis les convulsions gagnent les muscles du tronc et des membres. Ces convulsions présentent la forme tonico-clonique : la phase tonique, durant de trois à quatre secondes, est suivie d'une phase clonique persistant plus longtemps et d'intensité très variable. L'attaque peut être unique, ou multiple avec intervalles de cal m e^ ou bien subintrante. La période convulsive peut durer quarante à cinquante minutes sans amener la mort : les accidents s'affaiblissent insensiblement et se terminent par de la somnolence, puis Tanimal revient à son état normal. Il n'y a pas de troubles consécutifs. Le chloral agît comme antagoniste.
D'après Edwin Faust, les animaux intoxiqués parla Samandarine {Sald-
mandriné) ne guériraient pa& lorsque les convulsions ont commencé à se montrer, et la mort arriverait d'une manière constante. L'empoisonnement rcs- S3mblerait à la rag'e avec laquelle il offrirait beaucoup de ressemblance comme symptomatologie. Ces assertions montrent qu'il existe des différences, au moins quantitatives, entre les propriétés physiologiques des différents principes signalés comme principes actifs du venin, et ces différences d'ordre physiologique entraînent nécessairement des différences correspondantes d'ordre chimique. La question n'est d'ailleurs pas définitivement élucidée, et il est évident, d'autre part, que l'on ne peut, au point de vue de la description des propriétés physiologiques, substituer à l'action du venin en nature celle de l'un quelconque des principes actifs que l'on a pu en retirer.
En ce qui concerne son action sur le système nerveux, la Salamandrine agirait d'abord sur la cellule corticale, puis sur la cellule bulbo-protubérantielle, et en dernier lieu sur les cellules de la moelle. Sous l'influence des convulsions, la température s'élève notablement : la curarisation ou la section de la moelle empêche cette ascension thermique. La mort arrive p^r asphyxie, en raison de la contracture des muscles respiratoires. Bien qu'il ne se produise pas d*actioo directe sur le cœur, la tension sanguine augmente considérablement et on observe plus tard une accélération du rythme. Ces manifestations rapprochent étroitement l'action de la Salamandrine de celle de la strychnine, et cette opinion se trouve confirmée par l'antagonisme des plus marqués exercé par le chloral sur les manifestations toxiques.
A l'autopsie, chez les chiens morts après de fortes convulsions, on trouve de la congestion des principaux viscères, des taches hémorrhagiques dans l'épaisseur du diaphragme et du myocarde ; de l'emphysème sous-pleural, des taches ecchymotiques, des hémorrhagies étendues des poumons. Les méninges cérébrales et médullaires sont congestionnées et présentent parfois un piqueté hémorrhagique, notamment sur la pie-mère du quatrième ventricule et sur tout le trajet du canal de l'épendyme.
Le hérisson résiste au venin de la Salamandre comme à ceux de vipère et de -crapaud. Il faut employer des doses relativement énormes pour déterminer des accidents mortels. Chez cet animal, les phénomènes tétaniques font k peu près complètement défaut et sont remplacés par des phénomènes hallucinatoires affectant des formes variées. Quant à la Salamandre, elle possède, vis-à-vis de son propre venin, une immunité relative considérable due à la présence dans son sang de substances toxiques très analogues à celles du venin et dont l'apparition dans le sang est corrélative du développement des glandes. C'est un remarquable exemple de sécrétion interne.
RBPTILES — SAURIENS 983