‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 148 sur 172 · SIS · texte numérisé non relu

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d'un rouge vif éclatant , mêlé par places , surtout en arrière , de teintes un peu plus foncées; sérosité rougeâtre, environ un demi-litre, dans la cavité gauche des plèvres, quelques cuillerées à droite; plèvres saines.

5° Oreillette droite du cœur remplie d’un sang très liquide, et contcnont un petit caillot rougeâtre ; sang liquide avec un caillot fibrineux dans le ventricule droit; sang liquide et plusieurs caillots noirs dans l’oreillette gauche; ventricule artériel presque vide; sang liquide noirâtre, mêlé de caillots, dans l’aorte et les grosses veines, t 6° Foie brunâtre , gorgé de sang; rate et reins à l’état normal ; vessie remplie d’urine; estomac presque vide, renfermant une assez faible quantité de liquide jaunâtre et de matière grumeleuse, débris d’aliments; arborisation noirâtre; un peu de sérosité dans le péritoine; aspect des viscères n’offrant rien de particulier.

7“ Air des poumons, sang et tube digestif entier recueillis et conservés comme dans les cas précédents.

Observation 6e. — La petite fdle, âgée de cinq ans, très lymphatique, d’une santé chétive, était malade depuis le 30 décembre; le 31, elle a des vertiges , des nausées et des vomissements; on la couche dans l’après-midi, elle ne prend aucun aliment. On l’a trouvée dans le grand lit , couchée sur le dos , dans l’altitude du sommeil. La physionomie avait une expression tranquille; rien n’indiquait un état convulsif antérieur, la congestion cérébrale était peu marquée , mais l’épanchement dans le rachis était considérable. Il y avait des signes positifs d’un empoisonnement lent; pas de trace de vomissements , vacuité du tube digestif, à l’exception de quelques matières dans le cæcum. On reconnut au tronc quelques vestiges de chaleur, les membres étaient froids et complètement roides. Faut il en conclure que la vie s’était éteinte chez elle plus tardivement que chez les autres? Cela paraît vraisemblable et s’explique peut-être par sa situation plus rapprochée de la porte , par où pouvait pénétrer de l’air pur; il faut remarquer cependant que cette chaleur était très faible, et que le corps de la petite fille, couché dans un lit et couvert, était dans des conditions moins favorables au refroidissement. On peut présumer que sa mort datait de trois ou quatre heures au moins.

Autopsie. — Vêtements : deux gilets, un bonnet , une chemise.

1° Face et tronc pâles ; teinte verdâtre à l’abdomen ; plusieurs plaques rosées â la partie antérieure et interne des cuisses, et aux grandes lèvres; injection du derme et du tissu cellulaire correspondant; plaque bleuâtre à la partie postérieure du bras gauche; lividités cadavériques assez prononcées en arrière ; toile glaireuse sur les deux yeux ; matière blanchâtre coagulée autour de la bouche; expression calme de la physionomie; forte rigidité , surtout aux extrémités inférieures; pouces fléchis en dedans , recouverts par les doigts.

2° Téguments du crâne pâles ; dure-mère assez injectée ; pic-fnère très rouge; consistance naturelle, sablure légère du cerveau ; peu de séiosité sous l’arachnoïde , quelques gouttes dans les ventricules ; cervelet plus injecté que le cerveau.

3° Aucune trace de contusion au rachis; épanchement de sang coagulé , deux cuillerées environ , entre la dure-mère et le canal osseu.v, depuis la septième vertèbre cerv icale jusqu’à la onzième dorsale ; réseau veineux rachidien, sinus vertébraux, surtout les sinus longitudinaux antérieurs, bleuâtres , gorges de sang ; méninges et moelle spinales à l’état naturel.

h" Rougeur légère du voile du palais , intense de l'épiglotte et de la base de la langue; écume blanchâtre avec stries rosées, visqueuse, à fines bulles, remplissant le larynx, la trachée, les bronches; rougeur marquée de toute la membrane muqueuse aérienne ; poumons grisrougeâtres à l’extérieur, volumineux, crépitants, gorgés de sang et d’écume; tissu incisé, présentant, dans toute son étendue, une teinte d'un rouge vif éclatant.

5“ Oreillette droite du cœur remplie de sang coagulé; quantité moins considérable dans le ventricule droit , moindre encore dans l’oreillette gauche; vacuité presque complète du ventricule artériel , sang demiliquide dans l’aorte et les grosses veines ; sang et caillots d 'un rouge noirâtre; quelques caillots décolorés.

G" Foie rougeâtre très injecté; rate et reins à l’état normal; vessie remplie d’urine; estomac sain, légères arborisatinos, une ou deux cuillerées d’un liquide jaunâtre , sans trace d’aliments.

7" Ont été recueillis et placés dans des vases cachetés et scellés, 1° du sang ; 2° l’air des poumons ; 3“ la totalté du tube digestif. Le tube digestif a été conservé pour chaque cadavre, avec les matières qu’il contenait, afin d’être en mesure de résoudre la question d’une manière toutà-fait péremptoire, si plus tard un soupçon d’empoisonnement venait à s’élever.

Observations 7e, 8e et 9e. — Les deux femmes et la jeune fille de la rue de l’Esprit ont présenté des phénomènes identiques, des nausées, de l’inappétence, de la céphalalgie, des étourdissements, un affaiblissement profond; depuis près d’un mois elles éprouvaient ces accidents à différents degrés ; ils persistaient aussi long-temps qu’elles restaient dans la salle où pénétrait le gaz, ils augmentaient le soir lorsque le dégagement se faisait avec plus d’abondance. Une servante les avait récemment quittées atteinte de phénomènes semblables. Il est à remarquer qu’elles ne se plaignaient point de toux ni de gêne de la respiration. La femme Loison, plus gravement frappée, tomba un soir évanouie, et il fallut des soins prolongés pour la rappeler à la vie. M. le docteur Kuntz, appelé au moment de l’accident , fit transporter les malades dans une autre partie de la maison, et prescrivit de la limonade, des lavements purgatifs avec le sel d’Epsom , de l’eau de Seidsclnitz, puis des boissons amères. Le rétablissement fut prompt chez la sœur et la jeune fille ; la première cependant eut une rechute dans les premiers jours de février. La femme resta indisposée pendant plusieurs jours , se. plaignant surtout d’un accablement profond et d’anorexie. Le mari, âgé de soixante-six ans, et qui sortait plus fréquemment de la salle, ne fut nullement influencé par le gaz.

Observation 10e. — Le 13 avril 1830, entre onze heures et minuit, une forte odeur de gaz de l’éclairage (ce gaz avait élé préparé avec de la houille ) se répand dans les magasins d’un marchand de nouveautés, rue de Bussy, à Paris ; on y fait peu d'attention , seulement on laisse ouverte pendant quelque temps une porte du rez-de-chaussée et une fenêtre du deuxième étage. Vers deux heures et demie du matin, B., garçon de magasin , qui couche au rez-de-chaussée , se réveille étourdi et suffoqué par une forte odeur de gaz; il entend AL, commis, au premier, qui pousse des cris plaintifs; il l’appelle sans recevoir de réponse ; il monte près de lui et le trouve sans connaissance , ayant de l’écume à la bouche , vomissant, atteint de mouvements convulsifs et d’une roideur telle qu’il ne peut se soutenir. B. monte au deuxième étage, criant au secours; A., commis , qui y couche , peut seul se lever et descendre , mais bientôt il tombe évanoui. B., qui avait été le moins influencé par le gaz, aide à ouvrir plusieurs fenêtres, puis ses forces l’abandonnent; il se traîne avec peine jusqu’à une chambre du quatrième étage. A sa voix, F., commis, qui couchait au second, s’était réveillé; il exécute des mouvements désordonnés pour sortir de son lit, sans y réussir; il se met à pleurer, retombe sur son oreiller et perd connaissance. L., commis, n’entend rien; il ne sort de son évanouissement qu’après avoir été stimulé par plusieurs personnes. Le docteur Moulin, appelé immédiatement, trouve M. sans connaissance, offrant tous les caractères d’une forte congestion cérébrale, ayant de l’écume à la bouche, la respiration stertoreuse, la face fortement injectée , les pupilles dilatées. Cinq piqûres de saignée au bras donnent très peu de sang; vingt-cinq sangsues de chaque côté du cou se remplissent, et en même temps les saignées fournissent davantage. Lin moment la connaissance revient ; M. se plaint d’avoir été éveillé trop tôt: ce sont ses seules paroles. La respiration est toujours très difficile ; il y a encore des vomissements entre cinq et sept heures du matin. A huit heures, le malade succombe. A., F., L. et B., saignés largement, reprennent peu à peu l’usage de leurs sens. A dix heures du matin, ils ne conservent plus qu’une tendance à l’assoupissement et une grande lassitude. Des lavements purgatifs, des pédivules sinapisés, des tisanes et des potions anodines et calmantes amènent une amélioration prononcée ; deux jours après l’accident, la guérison est complète.

Ouverture du cadavre de M. —La face est pâle, non tuméfiée, les lèvres décolorées et minces ; la surface du corps est aussi généralement pâle, quelques points seulement présentent des teintes plus ou moins violacées. La surface du cerveau est le siège d’une congestion sanguine très intense, la substance cérébrale est très piquetée, les ventricules sont presque vides. La membrane muqueuse qui revêt la base de la langue, l’épiglotte et les cartilages du larynx, est blanche ; la trachée est injectée à partir des bronches. On trouve dans la cavité du larynx, dans la trachée-artère et dans le commencementdes bronches, une quantité notable d’une écume rouge sale ; un haricot de volume ordinaire est placé dans la bronche droite. Blafard, dans son tiers antérieur, légèrement violet

dans les deux tiers postérieurs, peu injecté et peu crépitant, le poumon gauche contraste avec le droit, qui est violacé en dehors, rouge, gorgé de sang à l’intérieur, surtout dans son lobe inférieur, et laisse suinter beaucoup d’écume. Le cœur est peu gorgé de sang; il y en a plus dans le ventricule droit que dans le gauche. Le sang est coagulé , dense , très consistant. La surface des intestins est rougeâtre. L’estomac renferme des haricots et un liquide analogue à celui qui formait l’écume de la trachée. Le foie est d’un vert ardoisé; son tissu, plus dense qu’à l’état ordinaire, a l’aspect de la terre glaise ; un peu de sang s’écoule par le canal de l’urètre. Rien dans l’aspect du cadavre n’indique que des convulsions aient accompagné les derniers moments de la vie. (Devergie.)

Observation 11e. — Angélique F., âgée de dix-sept ans, se coucha après avoir éteint la chandelle qu’elle avait conservée allumée, pendant quelques instants , après la fermeture des conduits du gaz de l’éclairage préparé avec la houille. Il paraît qu’une fuite eut lieu, car lorsqu’on vint le lendemain matin pour ouvrir la boutique, on fut frappé de l’odeur pénétrante et caractéristique du gaz qu’elle renfermait; il fallut en laisser quelque temps la porte ouverte avant de pouvoir y pénétrer, et l’on trouva la jeune F. morte dans son lit; le cadavre était déjà froid. 11 fut ouvert quarante heures environ après l’invasion des accidents. Le sang, très fluide, présentait une belle couleur d’un rouge pourpre; le ventricule droit du cœur renfermait un très petit caillot fibrineux; le foie était d’un rouge brun , sans changement appréciable dans l’aspect et la consistance du tissu. Les muscles avaient une teinte plutôt rouge que brune. La putréfaction était très peu avancée. (Ollivier d’Angers.)

Symptômes et lésions de tissu déterminés par le gaz de l’éclairage.

Les détails dans lesquels je viens d’entrer en rapportant les expériences et les observations qui précèdent me dispensent de faire une longue énumération des symptômes et des altérations cadavériques ; je me bornerai à dire, pour les premiers, que dès le début on voit apparaître des accidents qui sont dans une indépendance complète de toute gêne de la respiration. Des nausées, de la céphalalgie, des étourdissements , de l’inappétence , un affaiblissement considérable , tels sont toujours les prodromes parmi lesquels ne figurent ni la dyspnée ni la toux. Quand la maladie éclate avec toute sa violence, l’appareil cérébro-spinal, qui a reçu les premières atteintes, présente encore les phénomènes prédominants. A la céphalalgie, aux vertiges, succède un trouble profond de la sensibilité, de la motilité et des facultés intellectuelles ; le système nerveux est le théâtre principal des symptômes : ainsi il y a perte totale de connaissance , prostration profonde des forces , paralysie ou convulsions. La respiration s’exécute long-temps sans trouble notable ; sa lésion n’est vraiment grave

que dans les derniers moments; alors il y a suspension de la circulalation et tous les phénomènes de l’asphyxie.

Quant aux altérations cadavériques , s’il est vrai que l’un des signes les plus importants de l’asphyxie manque, c’est-à-dire que le sang est en général coagulé au lieu d’être liquide , il est également certain que l’on constate presque toujours une coloration toute spéciale du tissu du poumon , l’abondance et la nature de l’écume des voies aériennes, la vivacité de l’injection de la membrane muqueuse qui les tapisse, l’intensité de la congestion cérébrale, l’engorgement du système veineux vertébral et l’épanchement de sang coagulé dans le rachis.

Les lésions du canal digestif des cadavres ouverts par le professeur Tourdes, un mois après avoir conservé ces viscères dans l’alcool, peuvent être réduites aux suivantes : 1" Marie-Louise Beringer. Teinte rougeâtre de l’estomac cl du tiers supérieur des intestins grêles; couleur grisâtre du reste du canal digestif; membrane muqueuse saine ; matières fécales demi-liquides dans le cæcum ; vacuité presque complète du colon ; très peu de liquide jaunâtre dans les intestins grêles. 2° Louis-Charles Iieringer. Teinte rose avec nuances opalines de l’estomac et du tiers supérieur des intestins grêles; teinte grisâtre de leurs deux tiers inférieurs ; couleur rosée du colon ; une petite quantité de matières jaunâtres et un lombric dans les intestins grêles ; matières fécales dans le rectum. 3" François-Joseph Beringer. Couleur rouge uniforme très vive , sans lésion de tissu de la totalité du tube intestinal; un lombric; très peu de matières brunâtres. k° Anastnasie Lehmann. Teinte générale d’un rose pâle, mêlée de nuances grisâtres; membrane muqueuse intacte; plusieurs lombrics; matières jaunâtres à la fin de l’iléum, colon presque vide. 5° Beringer père. Rougeur à la grande courbure de l’estomac; teinte grisâtre des intestins; matière jaunâtre assez abondante dans l’iléum; matières fécales dans le colon; tunique muqueuse saine. ( Tourdes , p. 3t.)

Conclusions. 1" Le gaz de l’éclairage est délétère par lui-même.

2° Son action toxique doit être attribuée au gaz hydrogène bicarboné , aux carbures d’hydrogène qu’il tient en suspension , et surtout au gaz oxyde de carbone.

3° Il peut donner la mort, même lorsqu’il se trouve dans une proportion inférieure à un onzième.

l\° Il agit d’abord sur le système nerveux, puis sur l’appareil respiratoire. Ces différents organes sont le siège d’une congestion active , portée à un haut degré d’intensité. On observe en outra, en général, une coagulation toute particulière du sang. {Ibid., p. 83.)

Traitement de l’empoisonnement.

Le traitement des accidents déterminés par le gaz de l’éclairage diffère sous certains rapports de celui que réclament les asphyxies; il repose sur deux indications fondamentales : combattre les congestions cérébrale, rachidienne et pulmonaire ; remédier à l’asphyxie. La lésion du sang ne fournit point d’indication appréciable La soustraction de la cause , seule ou jointe à l’usage de boissons théiformes et légèrement stimulantes , quelquefois à un laxatif, suffit presque toujours pour dissiper l’état prodromal ; rarement des moyens plus actifs deviennent nécessaires. Lorsque les signes des congestions viscérales se sont manifestés, les émissions sanguines générales et locales constituent la base du traitement. On aura recours en même temps à des révulsifs énergiques sur la peau et le tube intestinal. L’état d’asphyxie se traite comme s’il était amené par toute autre cause ; on emploiera , pour ranimer la chaleur éteinte et rappeler la respiration , les moyens généralement recommandés dans les circonstances de cette nature ; mais dès que les phénomènes de l’asphyxie proprement dite auront disparu, le médecin n’oubliera pas qu’il existe des congestions cérébrale et rachidienne extrêmement intenses, contre lesquelles il doit diriger tous ses efforts. Il sera soutenu, dans ses soins persévérants, par cette idée consolante que la guérison est possible malgré les apparences les plus graves. L’événement de Strasbourg n’offre malheureusement qu’un seul exemple de succès après des symptômes d’une grande violence; mais il est assez remarquable pour ne laisser aucun doute sur la puissance d’un traitement actif et bien dirigé ( Tourdes, p. SU.)

S>E JLA VAPEUR BU CHARBON SE BOIS , BU CHARBON B£ TERRE, BU COAK.E ET BU BOIS CARBONISÉ.

Action sur l’économie animale.

Observation lro. — Le 31 mars 1837, est entrée à la Charité, dans le service dont j’étais chargé, une fille âgée de vingt ans, nommée Marie- Joséphine, demeurant rue Saint-Nicaise , 1.

Cette jeune fille est d’une constitution forte: cheveux noirs, sourcils noirs, yeux noirs, pommettes légèrement colorées.

Les détails de l’empoisonnement sont les suivants :

Après avoir fait quelques préparatifs nécessaires, cette demoiselle a pris â onze heures du matin une tasse ordinaire de café au lait et un pain à café. Elle a fait quelques courses, et il était près d’une heure lorsqu'elle a allumé le charbon. Elle avait préalablement fermé la porte à

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clef. Une large couverture fortement ouatée avait été placée devant la cheminée de manière à intercepter complètement le renouvellement de l’air. Les fenêtres, bien jointes , n’avaient pas nécessité de calfeutrage. Sur les deux heures, une personne ayant des soupçons sur son dessein est arrivée , a fait ouvrir la porte , et , sur les déclarations rassurantes de la demoiselle, est sortie deux minutes environ après avoir pénétré dans la chambre; la porte n’avait pas été largement ouverte. Un premier fourneau de charbon fut brûlé. Elle en alluma un second. Chacun d’eux pouvait contenir environ un sixième de boisseau de gros charbon. Dans l’intervalle , la jeune personne s’était occupée à écrire plusieurs lettres ; elle n’avait encore rien ressenti avant la combustion du deuxième fourneau. Une demi-heure après celle-ci, elle a éprouvé un léger mal de tête. Elle n’a nullement souffert. Ses yeux se sont troublés environ dix minutes après les premiers accidents; elle a quitté la plume, et est allée s’asseoir sur un fauteuil , dans la crainte de tomber sur le fourneau, dont elle n’était d’abord éloignée que d’environ 66 centimètres, et d’éveiller l’attention par l’apparition du feu qui aurait pu prendre à sa robe. Elle se trouvait alors éloignée du fourneau d’environ la longueur d’un lit (ce sont les propres termes de la malade). Elle avait d'abord imbibé son mouchoir de quelques gouttes de vinaigre, l’avait appliqué devant son nez , et s’était évanouie en perdant toute sensibilité et fermant les yeux , qu’on a trouvés ouverts quand on a enfoncé la porte.

Des vomissements n'ont eu lien que dans le moment où elle élail sans connaissance et à son insu. Les matières projetées étaient jaunes , en grande quantité et tout-à-fait liquides.

La chambre dans laquelle se passait la scène est petite et le plafond en est bas.

La personne qui lui a porté des secours a enfoncé la porte. On a secoué la malade , et celle-ci a entendu assez distinctement dire qu’il était trois heures.

Le fourneau contenait encore des charbons embrasés quand la porte a été enfoncée.

Couchée sur le lit, la malade , dont les joues étaient fortement colorées en bleu noirâtre, a éprouvé de fortes convulsions ; les arcades dentaires étaient fortement pressées l’une contre l’autre, Les bords latéraux de la langue présentaient évidemment l’empreinte de quelques morsures. Difficilement on a pu lui desserrer les dents pour introduire quelques liquides dans la bouche.

Pour la faire revenir à la vie , on a projeté de l’eau froide sur son corps, en même temps qu’on lui pratiquait une saignée du bras. Le sang à été long à venir, mais il a pu en sortir ensuite une grande quantité ( 8 palettes environ ). Quelques instants après, on lui a fait prendre une potion, et on lui a posé des sinapismes aux mollets. Alors la vue lui est revenue , mais excessivement troublée.

Dans la soirée, la malade a été portée à l’hôpital. ( Devergic , ouvrage cité. )

Observation 2e. — Au n° 105 de la salle Henri IV, est couché le nommé Lecordier, âgé de vingt-deux ans , garçon de cuisine à l’hôpital Saint- Louis.

Ce jeune homme , couchant avec deux autres personnes dans une pe-' tite chambre mal aérée et chauffée par un poêle dans lequel brûlait du charbon de terre, a l’imprudence d’intercepter le cours de la fumée, qui ainsi se répandit dans la chambre. Ces trois hommes sont endormis. Ils éprouvent des phénomènes morbides variés. Le jeune homme dont je parle se réveille ; il a des vertiges, des étourdissements, une pesanteur de tète horrible ; plusieurs fois clans la nuit il vomit. Le matin il veut se lever, mais il lui est impossible. Il arrive dans l’état suivant :

Quelques nausées, langue un peu rouge à la pointe. Un vomissement quelques instants après son entrée. Ventre indolent; pas de diarrhée ; abattement général ; laisser-aller; un peu de brisure dans les membres. Ce dont se plaint le malade , c’est dê la douleur de tête ; il dit qu’il a des battements dans les tempes , un bandeau très douloureux à la région frontale; la tête est chaude, les paupières appesanties, habituellement closes ; la lumière lui fait mal à voir. Des cataplasmes sinapisés sont promenés sur les membres inférieurs; des compresses imbibées d’eau fraîche sont maintenues constamment appliquées sur le front; vingt sangsues aux apophyses mastoïdes.

Le lendemain la tête est moins lourde, la face moins rouge. Un lavement avec 62 grammes de sel de Glauber. Le surlendemain il est bien, et retourne quatre jours après son accident à ses travaux. (Le docteur Baron bis , Ibid. )

Observation 3e. — Fleury, âgée de vingt-cinq ans, couturière, entra à l’Hôtel-Dieu le 9 avril 1838.

Cette femme ayant déjà tenté de s’empoisonner deux fois , par suite de chagrins de famille , à ce que l’on présume , demeurait depuis cinq jours dans une petite chambre, au quatrième étage, d’une maison rue de la Tacherie. Cette chambre a environ 3 mètres de longueur, un peu plus de 2 mètres de largeur et environ 2 mètres de hauteur. Une fenêtre de 1 mètre de largeur et de 1 mètre 99 centimètres de hauteur, se trouve sur l’une des faces les plus larges, mais non au milieu de celte face , peu distante d’tine porte à un seul battant située sur l’une des faces les plus étroites.

Le lit se trouve contre le mur opposé à la porte. 11 n’y a ni cheminée ni poêle. Chaque matin on voyait cette femme aller à son ouvrage ; le soir elle rentrait de bonne heure et se couchait. Le 8 avril, elle éprouva un chagrin vif, que l’on suppose relatif à l’amour; elle rentra toute triste au milieu de la journée et ne reparut plus jusqu’au lendemain 9 avril, où elle descendit pour acheter un boisseau de charbon , vers cinq heures du matin. Elle remonta ensuite dans sa chambre , où elle s’enferma. Entre sept et huit heures et demie, son voisin entendit , à travers la cloison qui le séparait de sa chambre , des gémissements. Aussitôt il court avertir quelques personnes de la maison. On ouvre au moyen d’une double clef ; on

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trouve une chambre pleine de fumée , un tas de charbon allumé au milieu de la chambre ; la malade étendue sur son lit, faisant entendre quelques plaintes mal articulées , n’entendant pas les paroles qu’on lui adressait , ne faisant aucune réponse aux questions , ne paraissant avoir aucune conscience des objets environnants. Un .rideau était tiré devant la fenêtre , une serviette avait été disposée sur la porte pour intercepter le passage de l’air. On transporte aussitôt la femme hors de la chambre , on la dépose devant une fenêtre , puis après quelques instants on la porte dans une autre chambre sur un lit , où vers neuf heures un médecin lui pratique une saignée. Entre midi et une heure elle semble reprendre connaissance; elle répond quelques mots aux personnes qui l’interrogent; elle dit qu’elle ne veut rien prendre, que déjà elle a voulu se détruire deux fois, et qu’elle veut mourir. Plus tard, elle dit qu’elle a trop souffert , qu’elle ne recommencera pas; elle se plaint d’avoir les membres brisés, de souffrir au creux de l’estomac. Elle eut un petit vomissement de matières bilieuses. Vers trois heures on la porte à l’hôpital.

A son entrée , tendance à l’assoupissement ; face colorée ; céphalalgie très grande ; douleur dans les membres ; peine à soulever les paupières. Vingt sangsues derrière les oreilles ; elles tirent peu de sang.

Etat actuel , le 10 avril :

Céphalalgie très forte ; pesanteur de tête ; face rouge , membres brisés ; pupilles larges un peu moins que la moitié de la cornée transparente ; bouche pâteuse , amère ; légère sensibilité abdominale par la pression. Constipation depuis sept à huit jours. Chaleur élevée , halitueuse ; sensation de froid aux pieds. Quatre-vingt-douze pulsations régulières; légère oppression ; mouvements faciles ; respiration normale en arrière, des deux côtés, bien de remarquable dans les battements du cœur ; mémoire nulle sur tout ce qui s’est passé entre cinq heures du matin et une heure de l’après-midi. Elle a dormi celte nuit. (Limonade citronnée, trois pots; lavement purgatif; diète. ) Le 11, la céphalalgie est plus forte r tendance au sommeil; un peu de douleur épigastrique; quatre-vingt-douze pulsations; chaleur douce; sens intacts. ( Ventouses scarifiées derrière les oreilles; lavement de séné.) Pas de selles hier. Le 12, le mal de tête est beaucoup moindre; sommeil ; pouls calme; chaleur douce. Le 13, elle s’est levée hier une partie du jour. Ce matin un peu de douleur de tète. Elle a un peu moins dormi qu’à l’ordinaire. (Quart d’aliments. ) Le 1 1\, peu de céphalalgie ; bon appétit ; chaleur douce ; pouls très calme ; soixante-dix-huit pulsations; bon sommeil. ( Demie d’aliments. ) Le 15 , la céphalalgie est passée, la gaieté est revenue. Elle sort le lendemain. ( Le docteur Baron fils , Ibid. )

Observation Zie. — La femme F., qui avait déjà menacé à plusieurs reprises de se détruire, réalise son projet le 21 mars 1837. Après avoir fait souper son fils aîné âgé de cinq ans , elle le couche ; elle allaitait alors un garçon de six mois ; elle le fait téter , et lorsqu’il est endormi elle le place près de son frère , dans le même lit , remplit deux réchauds de charbon

qu’elle allume et qu’elle met au milieu de la chambre, sort ensuite après avoir soigneusement fermé sa porte , et va se jeter dans le canal de la Villettc, d’où on la retira noyée le surlendemain. MM. Ollivier d’Angers et West constatèrent que, chez les deux enfants, la digestion avait etc arretée presqu’à son début par la mort qui les avait frappés ; chez l’aîné , l’estomac était rempli d’aliments non digérés et parfaitement reconnaissables. L’estomac du plus jeune était distendu par une grande quantité de lait non coagulé , sans aucune odeur acide, qui offrait encore tous les caractères que ce liquide présente au moment de son ingestion. Chez cet enfant, tout le sang qui s’écoula des vaisseaux avait une coul ur rouge; les muscles étaient rosés. Chez son frère, le sang était noir. (Annales d’hygiène , tom. xx, pag. 117. )

Observation 5*. — Madame Gossard , âgée de cinquante et un ans, succomba à l’action du charbon. Elle était placée dans son lit, couchée sur le côté droit et courbée en avant. Elle paraissait plutôt plongée dans le sommeil que morte. La maison était habitée par un grand nombre de locataires; trois occupaient des pièces contiguës au logement de cette femme; pas une plainte, pas un gémissement n’avaient été entendus. ( Marye, De l'asphyxie par la vapeur du charbon, p. 1Z|. Paris, 1837.)

Observation 6e. — Madame Gosselin, âgée de trente-six ans, meurt deux heures et demie après avoir été soumise à l’action de la vapeur du charbon. Examinée une demi-heure après sa mort, on remarque qu’il existe une rigidité cadavérique des plus prononcées, une pâleur très marquée de la face, des extrémités supérieures cl du tronc, tandis que les cuisses e: les jambes étaient marbrées de rose. La physionomie donne l’idée d’un sommeil paisible , et, ce qu’il est important de remarquer, c’est que les voisins ont entendu très distinctement faire les préparatifs, et qu’il n’est venu aux oreilles d’aucun locataire ni plaintes ni gémissements. (Ibid., pag. 17.)

Observation 7e. — Une jeune femme d’une vingtaine d’années , qui avait essayé de se suicider avec la vapeur du charbon , offrait , lorsqu’elle fut vue par le docteur Marye , une pâleur excessive de la face, et ne donnait d’autre signe de vie qu’une respiration insensible , qui paraissait même embarrassée. Le pouls était lourd et les battements du cœur à peine perceptibles. On la plaça sur un lit , et on ouvrit immédiatement la veine, d’où il sortit un peu de sang rouge coagulable, qui cinq minutes après la saignée n’offrit plus qu’un caillot très consistant. Pendant la sortie du sang, la tète fut recouverte de compresses épaisses trempées continuellement dans de l’eau de puits très froide. Peu après, la malade se relève sur son séant , mais il y a aberration des facultés intellectuelles. Au bout d’une demi-heure, elle reconnut tout le monde, mais elle est très impressionnable et a une tendance très marquée vers le sommeil. Le lendemain elle est en pleine convalescence, et ne conserve qu’une grande susceptibilité du système nerveux. Elle affirme n’avoir éprouvé aucune souffrance ; je me sentais m’en aller sans souffrir, dit-elle; seulement , je ressentais dans ks membres des crispations. Cependant

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un des locataires du voisinage avait entendu pousser quelques gémissements faibles , analogues à ceux d’une personne qui respirerait avec difficulté. (Ibid., pag. 25.)

Observation 8e. — Terrade a vu un homme qui avait été empoisonné par la vapeur du charbon , en laquetant des bouteilles dans sa cave , et qu’il a rappelé à la vie. Cet individu lui a assuré qu’il avait senti ses forces diminuer par gradation, que le plaisir qu’il a éprouvé l’avait en quelque sorte forcé de rester exposé à l’action des gaz délétères résultant de la combustion du charbon, qu’enfin il s 'était endormi. ( Instructions sur les moyens à employer pour rappeler à la vie les personnes asphyxiées , par Favre. Bruxelles. 1806. )

Observation 9e. — Un homme , âgé de trente ans, est trouvé mort empoisonné par le charbon , le 27 mars 1830. Le lendemain , jour de l’ouverture du cadavre, la rigidité cadavérique, qui a complètement disparu dans les membres et le tronc , se conserve encore dans les doigts; aucune trace de violence extérieure ne se remarque sur le corps.

La face paraît bouffie; elle offre l’aspect d’un individu qui fait effort pour aller à la selle; les yeux sont saillants ef fortement injectés; les veines superficielles de la face et du col font saillie sous la peau; les oreilles sont colorées en rouge comme dans l’érysipèle; une quantité notable de sang fluide mêlé à des bulles d’air s’écoule par les narines et la bouche ; la face dorsale des mains présente une couleur rose ; les ongles sont violacés, les doigts sont très rosés, et cette couleur suit la direction des tendons des muscles ; le pénis est gonflé et de couleur violette ; des plaques rosées se remarquent sur la surface interne de la cuisse droite et sur la face externe de la jambe droite ; vers les genoux, ces plaques sont beaucoup moins prononcées que celles que l’on observe chez beaucoup d’autres individus morts empoisonnés par le charbon ; le cou, les parties latérales de la poitrine , la face interne des bras et des avant-bras ainsi qne la cuisse gauche , offrent une teinte violacée.

Ouverture. — Les veines superficielles du col et de la tête sont distendues par des gaz, quelques unes d’entre elles contiennent du sang non fluide ; les muscles de ces parties offrent une teinte rouge plus foncée que dans l’état ordinaire ; la bouche et l’arrière-bouche sont remplies d’un sang noir qui s’échappe au-dehors mêlé à quelques bulles d’air; la langue n’est point serrée entre les arcades dentaires, sa base est d’un rouge brun; le larynx, la trachée-artère et les bronches, contiennent aussi un peu de sang mêlé à de la sérosité ; leurs parois sont colorées en rouge foncé , résultat d’une exsudation sanguine; les artères carotides ne contiennent pas de sang ; une certaine quantité de sérosité sanguinolente existe dans le péricarde; le cœur est flasque, ses parois peu épaisses, ses cavités droites gorgées de sang, ainsi que les veines caves inférieure et supérieure ; quand on presse sur l’abdomen , il sort de la veine cave inférieure du sang noir fluide.

Les poumons sont très développés , crépitants; le poumon gauche est libre dans la cavité thoracique ; le droit a conservé quelques adhérences ;

la couleur de ce poumon est d’un gris marbré , surtout vers sa partie supérieure ; celle du poumon gauche est d’un rouge brun ; exprimés et incisés , ces organes laissent échapper beaucoup de sang noir dont ils sont gorgés; les cavités des plèvres contiennent chacune une assez grande quantité de sérosi:é sanguinolente. L’estomac est distendu par des gaz ; sa couleur extérieure est rouge ; cette couleur est peu marquée à la membrane muqueuse de cet organe, dans lequel il n’existe pas de traces d’aliments ; les intestins sont distendus par des gaz. Le foie, de volume ordinaire, a pris une teinte verdâtre ; son parenchyme ressemble à celui de la rate, tant il est gorgé de sang; le volume de la rate est au moins triplé ; le rein droit est placé derrière l’estomac , le gauche occupe le liane de ce côté ; la vessie est vide.

Une petite quantité de sang existe dans la cavité crânienne ; les vaisseaux de la surface du cerveau sont fortement injectés et forment des arborisations remarquables; tout le cerveau est faiblement piqueté. Pas de sérosité dans les ventricules ; le cervelet partage aussi l’injection du cerveau. ( Devergie , ouvrage cité. )

Symptômes de l’empoisonnement par la vapeur du charbon.

Les symptômes indiqués par les observateurs qui ont été à même de voir des individus exposés à l’action de la vapeur du charbon , présentent des différences telles qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’en donner une description générale ; on peut établir toutefois que les malades éprouvent presque toujours une grande pesanteur de tête , des bourdonnements et des tintements d’oreilles souvent intolérables, le trouble et l’affaiblissement de la vue et des autres sens, une grande propension au sommeil, la diminution des forces musculaires, le coma, la chute. La respiration , difficile et lente, est quelquefois stertoreuse et finit par s’éteindre. Les battements du cœur, d’aborcl précipités, se ralentissent et deviennent plus forts; souvent aussi, d’après M. Marye , ils deviennent imperceptibles, tandis que le pouls est distinct au toucher, et si l’on ouvre la veine , on voit le sang jaillir à une certaine distance; ce liquide est rouge et tellement coagulable qu’il suffit de quelques minutes pour qu’il se prenne en un caillot consistant; bientôt après la circulation s’éteint. Si quelques malades poussent des plaintes et des gémissements qui attestent des souffrances plus ou moins vives, beaucoup d’autres ne ressentent, d’après ce médecin, qu’une extase qui persiste bien certainement jusqu’à la perte complète des facultés intellectuelles. La rougeur violacée de la face et de plusieurs parties du corps ainsi que la flaccidité des membres, signalées par les auteurs, ne s’observent que rarement, puisque dans les nombreuses observations qu’il a recueillies, M. Marye a constamment vu une décoloration générale (sauf cependant quelques

DE LA VAPEUR DU CHARBON

taches ronges fort limitées aux oreilles et à la face) ainsi qu’une pâleur remarquable d’une couleur mate plus prononcée sur les régions inférieures, sans altération des traits de la face , et une couleur tétanique apparaissant immédiatement et disparaissant quelquefois trois ou quatre heures après la mort pour reparaître plusieurs heures après. Il s’en faut de beaucoup aussi que les malades éprouvent toujours des nausées et des vomissements, ainsi qu’il résulte de cinq observations rapportées par M. Marye ou par M. Ollivier d’Angers. L’urine et les matières fécales sont quelquefois rendues involontairement.

Lésions de tissu déterminées par la vapeur du charbon.

Voici comment M. Marye décrit l’état du cadavre d’un asphyxié pendant les trois ou quatre heures qui suivent la mort.

Habitude du corps. — Presque généralement, pâleur de toute la superficie ; cependant il est des cadavres sur lesquels on aperçoit une marbrure des cuisses. Dans beaucoup de cas, contrairement à ce qui a été dit, les cadavres perdent rapidement la chaleur, en quelques minutes, surtout lorsqu’une ventilation un peu vive et prolongée a été employée pour assainir le logement. On sait, au reste, que la conservation de la chaleur s’observe assez fréquemment dans d’autres genres de mort que celui qui m’occupe pour que l’on soit obligé d’éloigner l’heure de l’inhumation. Rigidité tétanique , qui permet d’enlever l’individu d’une seule pièce , comme un monceau de bois. Ces caractères sont communs avec ceux de l’apoplexie foudroyante.

Face. — Décoloration delà face; malgré cette décoloration, il n’est pas rare de trouver quelquefois deux ou trois petites plaques roses, sur ie col ou sur les joues. Bouche fermée, lèvres légèrement pâles, paupières abaissées; le globe de l’œil souvent vitré, les pupilles rarement dilatées. L’ensemble de la face n’exprime qu’une mort calme pour l’individu qui vient de succomber.

Evacuations. — Nulle évacuation ne se remarque; on n’aperçoit aucune matière rejetée par la bouche ou par l’anus.

Les extrémités se font voir dans les mêmes positions que celles qu’elles ont prises avant la mort , c’est-à-dire que si le malade avait le bras élevé avant de mourir, vous trouvez ce membre dans celle position après la mort, et telle force que vous déployiez, vous ne pouvez le ramener complètement auprès du tronc.

Les mains et les pieds sont pâles; jamais les doigts et les ongles de la main ne sont violacés. ( Ibid. , p. kh et 55. )

M. Marye dit aussi avoir trouvé le sang rouge et coagulable dans les ouvertures de corps faites peu de temps après la mort.

M. Ollivier d’Angers a vu le sang vermeil quatre fois ; dans l’un de ces cas la femme avait promptement succombé, puisqu’elle était rentrée chez elle à huit heures et qu’elle fut trouvée morte une heure après; le charbon n’avait pas été entièrement consumé. ( Annales d’Hygiène, juillet 1838, p. 114.) Aussi M. Ollivier conclut-il , avec raison, que dans V empoisonnement par le charbon, la couleur noire du sang ne peut plus être considérée comme un phénomène cadavérique constant et caractéristique de ce genre de mort.

M. Lhéritier, cherchant à mettre d’accord les observateurs qui ont écrit sur la matière , a cru devoir admettre que l’état des cadavres varie suivant que l’empoisonnement a été prompt ou lent et que l’ouverture des corps a été faite peu de temps ou long-temps .après la mort. La rigidité cadavérique , dit- il , est très prononcée quand la mort arrive au milieu de mouvements convulsifs très forts ; la peau , les membranes muqueuses de la bouche, du nez et de la langue sont pâles au lieu d’être fortement colorées , lorsque l’ouverture du corps a été faite immédiatement après la mort. Dans quelques cas seulement elles sont cyanosées. Il en est de même pour les membranes séreuses ou muqueuses des grandes cavités, ainsi que pour les autres parties de la peau. Le sang contenu dans le cœur et dans le système vasculaire est d’un rose vif ou rouge cerise.

Si l’empoisonnement, au contraire, s’établit lentement , le sang est d’un rouge foncé, violacé ou lie de vin. Il en est de même aussi quand l’ouverture du cadavre n’a été faite que lorsque déjà il s’est écoulé un certain laps de temps depuis la mort ( Médecine pratique , par Fossone. ) De nouvelles observations peuvent seules nous fixer à cet égard.

A l’occasion de la couleur de la face, je dirai queM. Maryea été trop exclusif en établissant <• que la coloration violacée de la face ne s’ob- » ser xejamais dans l’empoisonnement par le charbon, et que ceux qui » l’ont vue, l’ont confondue avec un premier degré de putréfaction , » commun avec toutes les autres causes de mort (p. 28). » En effet, M. Ollivier d’Angers, tout en accordant que la face des cadavres est, en général, pâle et décolorée, dit avoir plusieurs fois, et notamment dans deux circonstances qu’il cite, vu des individus morts empoisonnés par la vapeur du charbon, chez lesquels la face avait une coloration violacée très prononcée, sans gonflement ni bouffissure et alors que les cadavres n’étaient pas pourris. ( Annales d’ Hygiène, t. xx, p. 123.)

Conclusion. — Il résulte de ce qui précède, que ni les symptômes ni les lésions de tissu , pris séparément ou dans leur ensemble , ne suffisent pour déterminer si un individu a succombé à un empoisonnement par la vapeur du charbon, puisque non seulement ils ne sont

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pas toujours les mêmes, mais encore et surtout parce qu’on peut les observer dans quelques autres maladies.

Déjà M. Marye avait établi que l'engorgement des vaisseaux veineux, le développement des poumons, leur couleur d'un brun noirâtre, leur parenchyme rouge laissant écouler sous le scalpel un sang liquide très noir et très épais , ne sont pas des caractères propres spécialement à cet empoisonnement , car on en constate l’existence sur des cadavres d individus ayant succombé à un autre genre de mort que cet empoisonnement. {Ibid., p. 6.) A cette occasion M. Devergie dit qu’il ne saurait trop s’élever contre cette assertion :« Nous concevons » cette proposition à une époque où nos travaux sur les morts subites » n’étaient pas encore publiés, et où l’on ignorait le rôle puissant que » peut jouer la congestion pulmonaire dans l’extinction de la vie. Il » est évident que cet état est commun à toutes les morts par as- » phyxie , mais il est beaucoup plus prononcé encore dans l’asphyxie » par le charbon. »

Je répondrai à mon tour à M. Devergie qu’il ne paraît pas avoir compris l’assertion qu’il combat, car M. Marye ne dit pas que cet état ne soit pas commun à toutes les morts par asphyxie ; il établit seulement , ce qui est vrai, qu’on l’observe aussi dans certains genres de mort qui ne reconnaissent point l’asphyxie pour cause, et il cite notamment trois exemples où l’on a constaté l’état dont il s’agit chez des individus qui n’avaient succombé ni à l’asphyxie ni à l’empoisonnement par la vapeur du charbon. ( Voy. pages 35 à AO du Mémoire cité. )

Traitement de l'empoisonnement par la vapeur du charbon.

On commencera par exposer le malade tout nu au grand air, sans craindre le froid; il sera couché sur le dos, la tète et la poitrine un peu plus élevées que le reste du corps, pour faciliter la respiration. On se gardera bien de le placer dans un lit chaud et de lui administrer des fumigations de tabac par l’anus. On projettera avec force à la surface du corps, et notamment au visage et à la poitrine, de l’eau tiède et même de l’eau froide , si la température n’est pas trop basse ; on ne cessera ces affusions que lorsque la respiration commencera à se rétablir. On frottera également le corps , et surtout la poitrine , avec des linges trempés dans de l’eau vinaigrée, dans de 1 eau-devie camphrée, l’eau de Cologne, ou tout autre liquide spiritueux. Au bout d’une ou de deux minutes , on essuiera les parties mouillées avec des serviettes chaudes , et deux ou trois minutes après, on recommencera les frictions. Ce moyen doit être employé avec persévérance. On irritera la plante des pieds, la paume des mains et tout le

trajet de l’épine dorsale , avec une brosse de crin ou de la flanelle sèche; on promènera sous le nez des allumettes bien soufrées que l’on allumera , afin d’irriter la membrane pituitaire , ou bien on fera flairer de l’alcali volatil ou de l’eau de la reine de Hongrie (1). On pourra encore stimuler les fosses nasales en remuant doucement dans les narines un petit rouleau de papier ou la barbe d’une plume. On insufflera de l’air dans les poumons à l’aide du tube laryngien. On administrera un lavement d’eau froide mêlée avec un tiers de vinaigre ; quelques minutes après, on eu donnera un autre préparé avec de l’eau froide , 60 ou 80 grammes de chlorure de sodium et 30 grammes de sulfate de magnésie. Si , malgré l’emploi de ces moyens , le malade continue à être plongé dans un grand étal d’assoupissement , qu’il conserve de la chaleur, que la peau soit rouge par plaques, les lèvres gonflées et les yeux saillants, on le saignera au pied et même encore à la veine jugulaire. La saignée peut être suivie d’excellents résultats, alors même que les phénomènes de congestion sont beaucoup moins prononcés. Elle est toujours préférable à l’émétique, dont on a quelquefois fait usage en pareil cas, et qui a été plutôt nuisible qu’utile; c’est tout au plus si l’on devrait recourir à l’émétique dans le cas où le malade, après avoir repris connaissance, éprouverait des nausées , une pesanteur d’estomac, car même alors il vaudrait encore mieux faire usage de lavements purgatifs. On évitera de faire prendre des liquides au malade avant que la déglutition soit rétablie, car on s’exposerait à faire pénétrer une partie de ces liquides dans la trachée-artère, et à ajouter à l’empoisonnement une véritable asphyxie. Lorsque le malade sera entièrement rappelé à la vie, on le couchera dans un lit chaud , placé dans un appartement dont les fenêtres soient ouvertes , et on aura soin d’écarter les personnes inutiles. Alors on lui fera prendre quelques cuillerées d’un vin généreux , tel que celui de ftlalaga, d’Alicante, de Rota, de Madère ou de Xérès, ou bien on lui donnera du vin chaud sucré ou quelques cuillerées d’une potion antispasmodique.

Le galvanisme a été quelquefois employé avec succès dans le traitement qui m’occupe.

Observation lr0. — Une jeune fille était exposée à l’action de la vapeur du charbon depuisquatre heures du matin ; elle fut secourue à huit heures seulement. Pendant deux heures, les moyens les plus énergiques furent employés sans résultat. Alors on résolut de tenter l’emploi du galvanisme. On plaça un des pôles d’une pile composée de vingt-quatre éléments dans

(I) On se gardera bien de laisser pendant long-temps sous le nez le flacon contenant de l’alcali volatil concentré (voyez t. iep, p. -258).

DE IA VAPEUR DU CHARBON, le pharynx et deux autres pôles dans le rectum. Quatorze minutes après, quelques mouvements se manifestèrent dans le tube digestif, et la malade ne tarda pas à revenir à la vie. (Lhériïter, Méd. pratique , par Fossonc.)

Le fait suivant milite en faveur de l’emploi des affusions d’eau tiède.

Observation 2e. — Dans l’hiver de 1802, un infirmier de l’hôpital Marrai , de Narbonne , ne se présenta pas à la visite du matin. M. Darbon, médecin , qui faisait alors le service dans cet hôpital , demanda aux autres infirmiers ce qu’était devenu leur camarade. Sur la réponse qu’on lui fit de ne l’avoir pas vu de la matinée, il donna l’ordre d’aller voir s’il était dans sa chambre. On trouva la porte fermée en dedans; il la fit enfoncer, et l’on découvrit l’infirmier étendu sur son lit, ayant à ses côtés un réchaud où paraissait avoir brûlé du charbon de bois pendant la nuit.

Il fit transporter cet homme hors de sa chambre; son corps était froid , sans roideur, ne donnant aucun signe de vie ; la respiration et la circulation avaient totalement cessé.

Il lui fit administrer tous les soins qu’on donne aux personnes empoisonnées par le charbon ; mais ces soins furent continués jusqu’à deux heures de l’après-midi sans aucun résultat avantageux. A lors M. Darbon se souvint d’un procédé qu’on lui avait dit avoir réussi en pareil cas. Il le mit en usage : il fit étendre l’infirmier sur une planche un peu déclive, la tête en haut, et le corps en supination ; il lui fit jeter de l’eau chaude à une température d’environ ô0" sur toute la surface antérieure du corps, tantôt sur la face , tantôt sur le thorax et l’abdomen. On projetait cette eau avec beaucoup de force, en se servant d’une casserole à longue queue, comme si on avait voulu en frapper quelqu’un à tour de bras.

L’on continua cette manœuvre pendant deux heures; peuàpeu la chaleur se rétablit dans le corps de l'infirmier, soit sous l’influence du calorique, soit sous celle des forces vitales qui se ranimaient, de sorte que, vers les quaire heures de l’après-midi, le malade donna signe de vie; alors on lui administra des cordiaux ; on le fit coucher dans un lit chaud, on l’entoura bien de couvertures, et on vit ses forces se ranimer de telle sorte que trois ou quatre jours après cet accident il avait repris ses fonctions.

Mais une chose remarquable que lui occasionna cet empoisonnement, c’est que cet homme, qui auparavant était gai, vif et facétieux, conserva depuis un caractère triste, morne et soucieux. (Devergie, Ibid.)

Il faut administrer les secours dont je viens de parler avec la plus grande promptitude , et les continuer pendant long-temps , lors même que l’individu paraît être mort ; on ne doit les cesser que lorsque langidité cadavérique est survenue, et l’on aura soin de ne pas confondre celle-ci avec la rigidité convulsive , que l’on observe si souvent dans

certains genres d’asphyxie. Il me suffira de mentionner un exemple rapporté par M. Bourgeois , dans lequel le malade ne reprit connaissance qu’après douze heures de traitement.

Composition et propriétés physiques et chimiques de la vapeur du charbon. — La vapeur du charbon contient de l’oxygène , de l’azote , de Y acide carbonique , du gaz oxyde de carbone, et du gaz hydrogène carboné.

Expérience ire. — M. Leblanc a fait périr un chien en vingt-cinq minutes dans une chambre où il avait allumé de la braise de boulanger; au moment de la mort de l’animal, une bougie placée dans la même pièce brûlait encore avec éclat ; ce n’est que dix minutes après la mort du chien que la bougie s’est éteinte, après avoir pâli de plus en plus. Le gaz retiré de la chambre en ce moment est composé de :

L’air recueilli dans cette même pièce une heure et demie après contenait encore 1 1/2 pour 100 d’acide carbonique et 0,002 d’oxyde de carbone. (. Recherches sur la composition de l’air confiné, par M. Leblanc, 18A2.)

Expérience ne. — A huit heures et demie du matin , j’ai introduit dans une chambre de la capacité de 2/i mètres 50 centimètres , pouvant être parfaitement fermée, quatre petits réchauds de charbon qui commençait à brûler, et j’y ai placé un chien de moyenne taille, qui venait de manger 600 grammes de tripes, après avoir jeûné pendant vingt-quatre heures. La porte de cette chambre était percée d’une ouverture par laquelle passait un tube de verre adapté à un grand flacon que j’avais disposé à l’extérieur, et dans lequel devait se rendre la vapeur du charbon lorsque l’expérience serait terminée; un carreau enchâssé dans cette porte permettait de voir ce qui se passait dans l’intérieur. La chambre a été ensuite close et comme lutée. A neuf heures moins un quart, l’animal est lourd, sommeille et urine abondamment, quoiqu’il n’ait pas bu. A neuf heures moins cinq minutes , la couche inférieure du charbon est incandescente, tandis que la moitié supérieure n’est pas encore complètement allumée. Le chien éprouve une première convulsion; ses pattes sont roides et écartées ; il est couché sur le ventre , et se plaint ; la respiration devient haletante, et la tète est fortement renversée en arrière. Trois minutes après , il r omit abondamment. A neuf heures , il continue à avoir des mouvements convulsifs, et fait de longues inspirations. Le charbon s’éteint un peu. Dix minutes après, la gueule est

Recherches médico-légales.

Hydrogène carboné = 0,04

Oxygène

Azote

Acide carbonique Oxyde de carbone

DE LA VAPEUR DU CHARBON

Manie ; la respiration se ralenlit. A neuf heures un quart , la respiration est comme convulsive. Cinq minutes après , l’animal est complètement immobile; les yeux sont ouverts et fixes, la gueule béante ; les pattes et la tète sont dans la position naturelle. A neuf heures vingt-deux minutes, l’animal succombe. A dix heures, on retire cinq mille deui ccnls centimètres cubes d'air. Le charbon n’est pas encore complètement éteint. Cet air contient :

Acide carbonique = 570 milligrammes.

Oxyde de carbone = 29

Hydrogène carboné — 2,G5

Voici comment j’ai déterminé les proportions de ces gaz : On commence par se procurer de l’air de la chambre; pour cela on dispose l’appareil représenté par la fig. lre, de manière à ce que le flacon 00 soit en dehors de la chambre, près de la porte, tandis que la poriion rs du tube rr‘ est dans l’intérieur de cette chambre. Le flacon 00 est rempli aux quatre cinquièmes d’eau ; le cinquième supérieur est plein d’huile. Dès que l’on ouvre le robinet N, l’eau coule lentement, et l’air de la chambre s’introduit dans le flacon par le tube rr r". Il s’agit maintenant d’analyser cet air (voy. fig. 2uj. A est un vase contenant de l’eau qui tombe goutte à goutte dans le vase B, à l’aide de l’entonnoir d, et qui en fait sortir le gaz bulle à bulle par le tube de dégagement b. La couche d’huile a empêche l’eau d’être en contact avec le gaz it. Le gaz traverse le tube en U, C, renfermant de la pierre ponce humectée d’acide sulfurique, et destinée à dessécher le gaz. D est un appareil à boules de Liébig, d’une dimension double de celui dont on se sert dans l’analyse organique , contenant une dissolution très concentrée de potasse caustique pour absorber tout l’acide carbonique contenu dans le gaz. E est un petit tube en U, renfermant dans la première branche de la potasse en dissolution sur de la pierre ponce, et dans la seconde branche de la potasse en morceaux, destinée à retenir la portion d’acide carbonique non absorbée en D, ainsi que l’eau qui aurait pu être entraînée par le gaz, après avoir traversé l’appareil de Liébig. F est un grand tube rempli de pierre ponce imprégnée d’acide sulfurique concentré pour dessécher encore le gaz. F' est un fube qui joint le tube m avec le tube F; m est un tube de verre infusible contenant de l’oxyde de cuivre, qui sera chauffé aune température rouge, et dont l’oxygène se portera sur l’oxyde de carbone et sur l’hydrogène carboné du gaz pour les transformer en acide carbonique et en eau. T est un tube en U contenant de la pierre ponce humectée d’acide sulfurique dans la première branche , et du chlorure de calcium fondu dans la seconde; ces deux colonnes sont séparées par un peu de verré pilé, et les matières qu’elles renferment sont destinées à dessécher le gaz, et à déterminer la proportion d’eau qui s’est formée par l’hydrogène de l’hydrogène carboné. 0, appareil à boules de Liébig ordinaire, pour absorber l’acide carbonique produit par le carbone du gaz oxyde de carbone et de l’hydrogène carboné. X, tube

en U, contenant dans la première branche de la pierre ponce imprégnée de potasse caustique , et dans l’autre de la potasse en fragments pour absorber l’acide carbonique qui aurait pu échapper, et l’eau qui aurait pu être entraînée par le gaz, après avoir traversé le tube de Liébig.

On connaît la quantité de gaz sur laquelle on opère par la quantité d’eau dépensée par le vase A.

L’appareil D, pesé avant et après l’expérience, donne la proportion d’acide carbonique contenu dans le gaz.

Le tube T, pesé avant et après l’expérience, fait connaître la quantité d’eau qui s’est formée par la combustion de l’hydrogène dans le tube m, contenant l’oxyde de cuivre.

Enfin , la différence de poids entre l’appareil O, avant et après l’expérience, indique la proportion d’acide carbonique qui s’esfr-formée dans le tube m, par suite de la combustion du carbone, du gaz oxyde de carbone et du gaz hydrogène carboné. Il est dès lors aisé de calculer, à l’aide de ces éléments, combien le gaz contient d’oxyde de carbone et d’hydrogène carboné.

Il résulte de ces expériences que si la vapeur du charbon offre des différences en ce qui concerne les proportions des divers gaz qu’elle renferme , suivant la nature des charbons , le degré plus ou moins avancé de lenr combustion, le moment où l’on examine la vapeur, etc. , ces gaz contiennent toujours une proportion notable d’acide carbonique, beaucoup moins de gaz oxyde de carbone, et une quantité excessivement faible de gaz hydrogène carboné.

Si le charbon avec lequel on opère n’était pas parfaitement allumé, il répandrait une odeur très prononcée qui paraît dépendre de quelques vapeurs de nature encore inconnue , et qui jusqu’ici ont échappé aux moyens analytiques.

Propriétés de la vapeur du charbon. — Gaz incolore , inodore, éteignant les corps en combustion , rougissant faiblement la teinture de tournesol, ne se dissolvant qu’en très petite partie dans l’eau, précipitant en blanc par l’eau de chaux , et ne s’enflammant pas par l’approche d’un corps enflammé. Si on l’agite avec de la potasse caustique dissoute , l’acide carbonique est absorbé, et le gaz restant éteint encore les corps en combustion , ne rougit plus la teinture de tournesol , ne se dissout plus dans l’eau , ne précipite plus l’eau de chaux , et ne s’enflamme pas plus par l’approche d’un corps allumé qu’avant d’avoir subi l’action de la potasse , ce qui dépend de la petite proportion d’oxyde de carbone et d’hydrogène carboné qu’il renferme par rapport à celles de l’oxygène et de l’azote.

Vapeur du charbon de terre. — Lorsque le charbon de terre a cessé de brûler avec flamme , il est réduit en quelque sorte à du coake ; celui-ci, s’il continue à brûler à une température rouge, donne

DE LA VAPEUR DU CHARBON

une vapeur dans laquelle se trouvent probablement les mêmes gaz que ceux qui se produisent pendant la combustion du charbon , quoique les proportions respectives de chacun de ces gaz puissent ne pas être les mêmes. Qu’importe ; la vapeur dont il s’agit n’en est pas moins délétère et susceptible d’occasionner la mort, après avoir développé les accidents que l’on observe dans l’empoisonnement par la vapeur du charbon.

Vapeur du bois carbonisé. — Lorsque des poutres ont été suffisamment chauffées par des tuyaux de fumée de calorifères placés trop près d’elles, par des fourneaux qui les avoisinent , etc., elles se décomposent et se carbonisent, alors même qu’elles sont enfermées dans un plancher et à l’abri du contact de l’air. Cette décomposition, qui s’opère, en général , fort lentement, donne lieu, entre autres produits , à un gaz composé d’acide carbonique , d’oxyde de carbone et d’hydrogène carboné, comme lorsqu’on chauffe le bois en vaisseaux clos. On conçoit dès lors les effets délétères produits par ce mélange , qui , en définitive , est composé comme la vapeur du charbon.

Expérience irt'. — J’ai brûlé dans une salle de 1G6 mètres 86 centimètres, 5 kilogrammes de charbon. Quatre chandelles placées à diverses hauteurs , depuis le niveau du sol jusqu’à 1 mètre 33 au-dessus , ont été allumées. Une mésange fut placée dans une cage, en haut de la pièce, à 2 mètres 33 au-dessus du sol. Dans les derniers temps de la combustion , la flamme des chandelles a semblé rougir un peu ; mais leur combustion s’est bien entretenue pendant toute la durée de l’expérience, qui a été de trois heures. Dans la dernière heure, l’oiseau, qui jusque là n’avait rien offert d’extraordinaire, a commencé à s’agiter, à ouvrir parfois largement le bec et à étendre les ailes, comme s’il eût cherché à respirer ; puis il a cessé de chanter, il est devenu presque immobile, et sa respiration était plus lente. Il a repris de la vivacité aussitôt qu’on a ouvert les fenêtres; mais il a succombé dans les vingt-quatre heures. ( Dtvergie. )

Expérience ii°. — Cette même expérience ayant été répétée sans chandelles et sans oiseaux, deux appareils à recueillir les gaz furent ouverts aussitôt après que la combustion du charbon fut terminée; nous avons mesuré l’acide carbonique, et nous avons vu que l’air recueilli en haut de la pièce contenait à peu près autant d’acide carbonique que. celui qui avait été pris près du sol ( 50 et 52 centimètres cubes de gaz ). L’air était vicié par un cinquantième d’acide carbonique. (Ibid. )

Expérience iiic. — Nous avons placé dans une salle deux appareils propres à recueillir des gaz, l’un dans la partie la plus élevée , l’autre dans la partie la plus basse: cette pièce avait 166 mètres 86 de capacité. Nous y avons fait brûler dans la soirée 8,500 grammes de charbon ; nous avons laissé refroidir la piuce pendant la nuit , et le lendemain à onze

heures du malin , nous avons vidé en même temps le flacon supérieur de chaque appareil ; nous avons introduit rapidement une dissolution de pelasse dans chaque flacon, que nous avons fermé immédiatement, et au bout de deux heures, nous avons mis la liqueur dans un appareil muni d’un tube à entonnoir, et d’un autre tube propre à conduire le gaz sous une éprouvette graduée ; nous avons versé de l’acide sulfurique par le tube droit, jusqu’à saturation de la potasse, et nous avons retiré 150 centimètres cubes d’acide carbonique de la liqueur du flacon placé dans la partie la plus déclive de la pièce, tandis que celle du flacon situé dans la partie la plus élevée ne nous a donné que 32 centimètres cubes de gaz. Un chat avait été mis sur le sol de celte pièce ; il poussa des plaintes pendant une heure et demie , et le lendemain malin il fut trouvé dans un état de rigidité cadavérique des plus prononcés. ( Ibid. )

Expérience ivc. — J’ai à plusieurs reprises cherché à vérifier ce fait, et j’ai constamment obtenu des résultats tout autres. J'ai toujours trouvé autant d’acide caibonique à la partie inférieure qu’à la partie supérieure de la pièce , ce qui est conforme aux principes de physique et à la loi de Dalton, ainsi conçue : Un fluide élastique ne peut rester sur un autre plus pesant sans s’y mêler. Dans mes essais, 93 parties d’air d’en haut m’ont fourni deux fois 2,5 d’acide carbonique , et 93 parties d’air d’en bas 2,52. Dans deux autres expériences , 67 parties d’air pris à la partie supérieure de la chambre non encore complètement refroidie , contenaient 3 parties d’acide carbonique , précisément autant qu’il y en avait dans l’air de la partie inférieure. Trente heures après la combustion du charbon , lorsque la chambre était parfaitement refroidie, la couche supérieure comme la couche inférieure renfermaient 1 1/2 d’acide carbonique pour 67 parties. Mes expériences ont été faites d’après la méthode de MM. Dumas et Boussingault ; l’air était recueilli à l’aide de deux longs tubes de verre placés 5 l’intérieur de la chambre, l’un en haut, l’autre en bas et communiquant à l’extérieur avec un flacon rempli d’eau ; au fur et à mesure que l’on faisait écouler ce liquide , l’air de la chambre venait le remplacer; aussitôt après, le gaz était porté dans une cloche graduée disposée sur la cuve à mercure et traité par la potasse caustique. (Voy. p. 593.)

Expérience V. — J’ai voulu savoir jusqu’à quel point la digestion est ralentie chez les animaux qui sont sous l’influence de la vapeur du charbon. Déjà M. Marye etM. Ollivier d’Angers avaient établi, d’après un petit nombre d’ouvertures de cadavres de personnes empoisonnées par cette vapeur, que la digestion est comme suspendue (voy. obs. à°, p. 583).

J’ai à plusieurs reprises introduit, dans une chambre où je faisais brûler du charbon, des chiens à jeun depuis quarante-huit heures, qui venaient de manger depuis 100 jusqu’à 600 grammes de viande bouillie, coupée en petits morceaux, et j’ai exactement noté le temps qu’ils ont vécu. En même temps, je donnais les mêmes proportions d’aliments à des chiens à peu près de même force et dans les mêmes conditions que les précédents, et je les laissais vivre autant que ceux-ci, puis je les pendais. Plus de dix fois ces expériences ne m’ont fourni aucun résultat satisfaisant,

DE IA VAPEUR DU CHARBON

parce que la vapeur du charbon tuait ces animaux en moins d’une heure, parce que la quantité d’aliments avalés était beaucoup trop considérable, là ou la vie s’était suffisamment prolongée, ou parce que les chiens empoisonnés vomissaient. Enfin je suis parvenu, en n’administrant que 100 grammes de viande et en n’introduisant dans la chambre qu’un petit réchaud rempli de charbons ardents, à faire vivre les chiens pendant deux heures et demie ou pendant trois heures, et alors j’ai pu me convaincre de l’exactitude de l’assertion émise par M. Marye et par M. Ollivier d’Angers ; constamment les vaisseaux chylifères des animaux qui avaient digéré à l’air étaient pleins de chyle et tellement injectés qu’on les voyait au loin, tandis que ceux des animaux soumis à la vapeur du charbon étaient à peu de chose près vides; toutefois , il n’existait pas une grande différence entre l’état de la viande chez ces différents animaux : dans l’un comme dans l’autre cas elle était ramollie au même degré et conservait encore sa structure fibreuse.

J’avais souvent placé trois chandelles allumées dans la chambre où devait brûler le charbon ; l’une était en bas, l’autre à .3 mètres du sol, touchant presque le plafond , et la troisième à 1 mètre 50 centimètres, c'està-dire au milieu de la hauteur. Dans quelques expériences, les trois chandelles étaient éteintes, demi-heure avant la mort des animaux; la supérieure avait cessé de brûler au bout de cinquante-cinq minutes, la moyenne au bout d’une heure et l’inférieure au bout d’une heure trente secondes ; les chiens ne périssaient pourtant qu’une heure et demie après avoir été soumis à l’action de la vapeur du charbon. Dans d’autres expériences , la mort des animaux ne survenait qu’au bout de deux heures , et les chandelles étaient encore allumées.

Expérience vi*. — J’ai tué deux chiens de moyenne taille , en les laissant pendant quelques heures dans une chambre bien close où je faisais brûler du charbon. A l’instant même où ces animaux sont morts, j’ai pendu deux autres chiens à peu près de même force et j’ai abandonné les quatre animaux à eux-mêmes , dans un des pavillons de la Faculté, afin de savoir lesquels d’entre eux seraient plus tôt pourris. Dès le troisième jour, j’ai pu m’apercevoir que la putréfaction marchait avec beaucoup plus de rapidité chez les animaux qui avaient été pendus que chez les autres. Au deuxième jour, l’abdomen des chiens qui avaient été pendus était ballonné et d’un vert foncé; l’épiderme se détachait avec la plus grande facilité ; les muscles étaient d’un rouge violacé; les gros troncs veineux contenaient à peine du sang noir et fluide. L’abdomen des chiens tués par la vapeur du charbon n’était ni ballonné ni vert , et l’épiderme ne se détachait pas encore. Les muscles étaient d’un rouge vil, et les gros troncs veineux renfermaient une assez grande quantité de sang noir presque entièrement coagulé.

La même expérience, répétée avec deux autres chiens qui n’ont été ouverts qu’au bout de vingt jours , a fourni les mêmes résultats; la putréfaction était à son comble chez le chien qui avait été pendu, tandis que l’autre était à peine altéré ; l’abdomen , les muscles , le sang , etc.,

offraient encore des différences plus tranchées que dans les animaux que l’on avait ouverts au dixième jour.

Expérience viic. Le corps du sieur Devar..., qui avait succombé à l’action de la vapeur du charbon, fut reçu à la Morgue le 7 avril dernier : je l’ai conservé à l’air libre dans une salle humide, exposé à toutes les variations atmosphériques de sécheresse , d’humidité, de chaleur et de froid, au milieu de corps beaucoup plus putréfiés, et j’ai été frappé de la lenteur avec laquelle la putréfaction est survenue; le corps, au lieu de se colorer en vert au bout de quelques jours , puis de prendre une teinte brune, de se ramollir, de suivre, en un mot, toutes les phases de la putréfaction humide, n’a commencé à prendre une teinte verte au cou et sur les côtés de la poitrine que vers le huitième ou le dixième jour. Au trente-cinquième, cette teinte n’avait pas encore envahi la totalité de la surface des membres inférieurs ; il nous a même semblé que du vingtième au vingt -cinquième jour elle a perdu de son intensité dans les points où elle s’était développée; mais certainement elle n’a jamais acquis la teinte foncée des autres cadavres. Le corps, au lieu de se ramollir, a semblé au contraire se dessécher; il ne s’est pas développé de gaz sous la peau ; il ne s’est pas écoulé de sanie putride mêlée de gaz par la bouche et le nez ; les yeux ont été envahis et vidés par les mouches et les vers, et les paupières sont restées intactes : ce n’est qu’au trente-troisième jour que la peau de la partie postérieure des cuisses a commencé à devenir brune et à laisser suinter du sang altéré. La peau de l’abdomen et celle de la poitrine se sont conservées intactes , elles se sont seulement colorées en vert , mais c’était plutôt un vert très clair, très peu intense, que cette coloration d’un vert noirâtre que l’on observe dans les cas de putréfaction ordinaire ; le sujet, sans être gras, n’était pourtant pas maigre. En résumé, il nous a été démomré que la putréfaction n’avait pas, à beaucoup près, marché avec la rapidité qu’elle affecte dans les autres genres de mort. (Devergie, ouvrage cité.)

Expérience viiic. — Le 16 mai suivant, on a apporté à la Morgue les corps d’un homme et d’une femme qui s’étaient empoisonnés par le charbon un mois auparavant : ils offraient le même genre d’altération putride, c’est-à-dire une tendance à la dessiccation , qui se dessinait surtout d’une manière très marquée à la face, aux mains et aux avant-bras; on ne voyait pas cette tendance à la fonte putride que l’on remarque ordinairement ; pas d’état emphysémateux (gazeux) du tissu cellulaire ; la peau était jaunâtre, verdâtre dans quelques points; mais il n’y avait aucun ramollissement, aucune destruction des parties. Dans ces deux faits, la mort par la vapeur du charbon a évidemment retardé l’apparition des phénomènes de la putréfaction. (Ibid.)

Expérience ixc. — Pour savoir combien une quantité déterminée de charbon fournirait de cendres, j’ai fait brûler des proportions données de charbon, et j’ai pesé les produits cendrés que j’avais obtenus. (Voyez

DE LA VAPEUR DU CHARBON

Observations lr% 2e et 3e. —A. J’ai vu, dit M. D’Arcet, dans la maison du Mont-de-Piété de la rue des Pelits-Augustins, un homme de ma connaissance traîner et dépérir, quoique encore jeune et d’une bonne constitution. Je l’engageai souvent à faire examiner son logement, et même à le quitter ; il me pria, à la fin, de chercher la cause du malaise qu’il éprouvait lorsqu’il restait chez lui. Je trouvai que son appartement était souvent rempli de produits gazeux provenant de la combustion du charbon. La cheminée de son salon, dans laquelle il faisait rarement du feu, était commune à une cuisine de l’étage supérieur. La cheminée de sa chambre à coucher faisait continuellement appel, en hiver, à cause du feu qu’on y faisait , et en été, par suite, pendant la nuit, de l’élévation de la température dans cette petite chambre à coucher; l’acide carbonique descendant par la cheminée du salon , pénétrait dans la chambre à coucher, et en rendait le séjour malsain. La cause du mal étant connue, on y remédia facilement en établissant une bonne cheminée , à courant d’air chaud , dans la chambre à coucher, en mettant une trappe à la cheminée du salon , et en plaçant en outre des bourrelets à la porte qui séparait le salon de la chambre à coucher. (D’Arcet, Annales d’hygiène et de médecine légale, tome xvi, p. 30.)

B. M. Anglès, étant préfet de police, me pria un jour, à six heures du matin , d’aller examiner, au coin du boulevard et de la rue de Bondy, un appartement dans lequel deux dames de sa connaissance avaient été empoisonnées pendant la nuit.

Je reconnus facilement la présence de l’acide carbonique. Cherchant par où ce gaz avait pu pénétrer dans la chambre à coucher des deux dames , je trouvai qu’il était entré par le poêle de la salle à mang°r, où l’on n’avait pas fait de feu depuis long-temps; qu’il avait traversé le salon et avait pénétré dans la chambre à coucher, par suite de l’appel de la cheminée de cette chambre.

Le propriétaire, questionné, me dit que la cheminée où donnait le tuyau du poêle dépendait du logement d’un dentiste qui occupait le premier étage. J’allai sonner à la porte de ce dentiste ; il vint lui-même m’ouvrir; il avait des pincettes à la main , et avait passé la nuit à cuire des dents artificielles dans un fourneau à coupelle chauffé au charbon de bois , et avait ainsi donné lieu à l’empoisonnement des deux dames qui logeaient au-dessus de lui. (Ibid.)

C. A l’époque où M. Vauquelin demeurait à l’École des Mines, son ménage était tenu par les deux sœurs de Fourcroy : ces dames, qui avaient chien, chat et serins, allant passer deux jours à la campagne avec M. Vauquelin, donnèrent amplement à manger et à boire à ces animaux , et les enfermèrent dans l’antichambre. Au retour, M. Vauquelin trouva l’antichambre remplie de fumée et les animaux morts : la fumée avait pénétré dans l’appartement par le tuyau du poêle, et venait d’une cheminée de l’étage supérieur ; elle était ou tombée par suite de son refroidissement , ou avait été amenée dans l’appartement par suite de l’appel de l’une des cheminées de M. Vauquelin, dont le

tuyau avait pu être échauffé , soit sur le toit , par le soleil , soit par son adossement à un cheminée voisine où l’on aurait fait du feu. {Ibid.)

Observation ùc. — M. ***, qui avait occupé une position élevée dans l’ancien gouvernement, et qui l’avait perdue à la suite des événements de 1830 , conçut, par suite de cette perte, un vif et profond chagrin qui le conduisit au suicide. Il plaça dans sa chambre une quantité donnée de chai bon, et se mit dans son lit. 11 eut soin d’alimenter le foyer; mais après quelques heures, voyant que ce moyen ne produisait sur lui qu’une très légère indisposition, il abandonna ce projet. Peu de jours après cette tentative, il alla voir des personnes avec lesquelles il était lié, et raconta cet événement comme le fait d’un de ses amis, et il soutint que la vapeur du charbon n’était pas un moyen infaillible. Un pharmacien de mes amis, qui se trouvait présent, et qui était de la connaissance de Al. ***, lui demanda quelques clétails ; alors M. *** lui expliqua que son ami s’était placé dans son lit, et qu’il avait dù se développer dans la chambre assez de gaz pour produire l'empoisonnement , car une bougie allumée s’était éteinte. Ce pharmacien lui répondit que le gaz acide carbonique, beaucoup plus pesantque l’air, occupe toujours la couche inférieure ; que la lumière, placée plus bas que le niveau du lit, avait bien pu se trouver dans l’atmosphère de la vapeur du charbon et s’éteindre , et que le gaz acide carbonique n’ayant pas dépassé celte limite, c’était à cette circonstance que cet ami avait dù son salut. On changea de conversation , et, de la soirée, il ne fut plus question de ce sujet. Deux jours écoulés, on trouva M. *** mort dans sa chambre, assis devant son lit; une bougie encore allumée était placée sur sa table de nuit. Il avait mis en pratique les fatales connnaissances qu’il s’était procurées. (Marye, ouvrage cité , p. Z|2.)

Observations 5e, 6% 7e et 8e. — Au mois de janvier 1835, M. C,... , marchand de nouveautés , se couche après avoir fermé le tuyau du poêle de sa chambre ; ce poêle avait été chauffé avec un mélange de bois et de coake ; la chambre, située à l’entresol , immédiatement au-dessus du magasin , communiquait avec ce dernier par une ouverture de plus de 60 centimclri s carrés , à laquelle aboutissait l’escalier tournant par où l’on montait du magasin à la chambre à coucher ; le lendemain matin, on frappe à la porte du magasin ; à l’aide d’une échelle , on pénètre dans la chambre parla croisée, qu’on trouve incomplètement fermée dans sa partie inférieure. M. G... était couché dans l’attitude d’un homme qui dort profondément; le corps était déjà froid; le poêle était rempli en partie de coake et de charbon incomplètement consumés; on constata après la mort tous les caractères de l’empoisonnement par la vapeur du charbon. (Ollivier d’Angers.)

La femme Gosselin , dont j’ai parlé à la page 58/i , fut trouvée dans une chambre large de 3 mètres sur 3 de long, et éclairée, sur une petite cour, par une assez grande croisée mal close, et en haut de laquelle il y avait une vitre de moins ; pour fermer cette ouverture, on avait placé un morceau de calicot que le vent faisait voltiger à chaque instant.

DE LA VAPEUR DU CHARRON

Mademoiselle P... conçut l’idée du suicide sous l’influence de chagrins assez vifs et d’un état maladif. Elle éprouva tous les effets de la vapeur du charbon , quoique la cheminée et la croisée de la chambre étroite où elle fut trouvée ne fussent pas hermétiquement fermées. (Marte , pag. 23.)

Quatorze personnes éprouvèrent les effets de l’empoisonnement par la vapeur du charbon dans une chambre à coucher; des poutres carbonisées existaient dans l’épaisseur des murs; au fur et à mesure qu’une personne venait porter secours à celles qui étaient malades, elle était prise des memes accidents, et cependant la porte était continuellement ouverte pour l’administration des soins. (Devergie, ouvrage cité.)

Observation 9e. — Une famille habitait le logement du premier de la maison rue de La Harpe , n° 90. Dans une arrière-boutique placée immédiatement au-dessous, se trouvait un fourneau d’un traiteur fort achalandé. Depuis long temps, les habitants du premier étage se plaignaient d’une odeur de fumée dans leur appartement, et principalement dans leur salon. Un soir, un domestique, marchant pieds nus sur le parquet , sentit un point du plancher beaucoup plus chaud que le reste , sans toutefois que la couleur ou l’apparence du parquet fussent changées. On appelle les pompiers, le parquet est ouvert, et l’on trouve une très grosse poulie presque complètement carbonisée dans l’étendue de 60 centimètres environ. Ce point correspondait au fourneau du traiteur. ( Ibid.)

Observation 10e. — Dans une petite ville de l’Odemvald, plusieurs personnes qui habitaient ensemble une même maison éprouvaient depuis quelques jours de la céphalalgie et un malaise général. Les symptômes s’aggravèrent de jour en jour, au point que le 8 janvier (1829) la dame Sk... fut obligée de garder le lit; et comme la maladie paraissait faire des progrès rapides, on fit appeler un médecin (on n’indique pas le traitement qui fut prescrit). Vers minuit, le malaise, et surtout la céphalalgie de madame Sk... s’étaient accrus au point qu’une parente de la malade, madame L... , qui couchait dans le même appartement, crut devoir lui donner des soins et appeler de nouveau le médecin. Avant que ce dernier fût arrivé, madame Sk... avait presque entièrement perdu l’usage de scs sens , et pendant que madame L... était occupée à la ranimer, elle tomba elle-même sans connaissance au pied du lit de la malade. Madame Sk... étant revenue à elle, aida une servante, qui venait d’accourir, à relever madame L... et à la mettre au lit. On appela aussitôt M. L... , qui trouva, en arrivant, sa femme, ainsi que sa cousine Sk... , étendues sans connaissance, et bientôt après en proie à des convulsions violentes, auxquelles vint se joindre une roideur presque totale du corps chez madame Sk... Sur ces entrefaites, arriva le docteur H... , et pendant que M. L... veut l’informer de ce qui vient de se passer, il tombe sans connaissance ; la même chose arrive à la servante quelques instants après. Deux domestiques étant accourus, on s’empresse, sur la demande du docteur IL.., d’appeler un second médecin, et d’avertir plusieurs parents de M. L... — M. N,.. , de qui M. Berthol tient cette observation, étant arrivé dans

la maison où cette scène se passait, trouva quatre personnes couchées sur des lits , sans connaissance. M. L... paraissait plongé dans un profond sommeil ; madame L... dans un état d’absence complète et en proie à des convulsions et à des spasmes tétaniques. L’infirmier seul était encore sur pied , mais il se plaignit d’un violent mal de tête et d’un malaise inexprimable, prodrome d’une lipothymie commençante. M. L... se réveilla peu à peu vers neuf heures du matin; un torrent de larmes qui s’échappa spontanément trahit le trouble de son système nerveux, mais enfin il recouvra l’usage de ses sens au point qu’il put quitter son lit, quoiqu’il fût encore dans un état de prostration considérable. Les dames L... et Sk... passèrent le reste de la journée dans leur lit , dans un état de somnolence presque continuelle.

Le second médecin étant arrivé, on se borna, après une consultation, à prescrire l’application de sinapismes, l’inhalation de vapeurs spiritueuses et aromatiques, et du thé de camomille pour boisson. Comme toutes les personnes de la maison étaient malades, M. N... se chargea de les veiller pendant la nuit suivante, assisté de deux infirmières et de mademoiselle No. .. , la nièce de M. L.. . , qui venait d’arriver.

Pendant que l’on s’occupait à préparer ce qui était nécessaire pour les malades, mademoiselle No... tomba subitement en syncope; elle fut aussitôt ranimée, au moyen d’aspersions d’eau de Cologne faites par l’une des infirmières qui, elle-même, peu d’instants après, tomba sans connaissance , et fut de même ranimée par l’eau de Cologne. Mais peu de temps après, elle éprouva un nouvel accès de lipothymie, accompagné de contractions spasmodiques très violentes. Ces convulsions se répétèrent fréquemment , malgré le traitement mis en usage, jusqu’à dix heures et demie du soir, époque à laquelle cette femme paraissait s’endormir profondément. Les dames L... et Sk... , ainsi que la servante, furent dans un état d’agitation continuelle ; M. L... paraissait plongé dans un sommeil profond. L’agitation de madame Sk... allant toujours en augmentant , la seconde servante lui appliqua des sinapismes, suivant les ordonnances du médecin; au même instant, celte femme, ainsi que M. N... , furent pris d’un mai de tète des plus violents, qui céda pour le moment à l’usage du thé de camomille. M. N... s’était assis sur un fauteuil dans un état de prostration complète, lorsque la première infirmière, qui avait été affectée dès le commencement de la nuit , fut de nouveau prise de convulsions très violentes. M. N... se leva brusquement pour lui porter secours, il appela la seconde infirmière , la seule dont la santé se fût maintenue jusqu’alors; ce ne fut qu’après avoir été appelée à plusieurs reprises qu’elle se leva en sursaut pour donner à M. N... le flacon d’eau de Cologne, et aussitôt elle perdit connaissance et tomba au pied du lit des malades.

M. N... fit alors tous ses efforts pour ranimer les deux infirmières; il ne réussit qu’au bout de dix minutes ; et après leur avoir versé de l’eau de Cologne dans les narines, elles revinrent à elles fort heureusement au moment où M. N... cessait de pouvoir résister à une céphalalgie

DE LA VAPEUR DU CHARBON

atroce, et à un sentiment de constriction à la poitrine, accompagné d’angoisses inexprimables. 11 sortit avec précipitation de la chambre des malades, pour éveiller tous les domestiques et pour envoyer de suite chercher le médecin. — M. N... étant rentré dans l’appartement des malades, s’aperçut que madame L... avait eu des vomissements , et qu’elle était en partie penchée hors de son lit. Des sinapismes lui furent aussitôt appliqués. Cependant la céphalalgie et l’oppression augmentèrent chez M. N... ; bientôt il éprouva des nausées; et au moment où il s’approcha de la croisée, il vomit avec des efforts violents, trois ou quatre fois, de petites quantités de matières ; après ces vomissements, la respiration devint un peu plus libre, mais la céphalalgie persista.

Comme les spasmes de l’infirmière continuèrent avec une grande intensité , et que le médecin qu’on avait appelé tardait à venir, on fil chercher en toute hâte un troisième médecin, le docteur B... , qui prescrivit pour celte malade l’application d’un vésicatoire à la nuque; cette application fut suivie d’un peu de calme. M. N... (l’auteur de cette relation), après avoir éprouvé un grand frisson et une anxiété inexprimable , perdit lui-même connaissance ; il revint à lui au moment où l’on cria que le feu était dans la maison.

Cet accident fut découvert par un domestique, qui, ayant par hasard appliqué la main contre la muraille , sentit qu’elle était extrêmement chaude. On fit aussitôt venir des ouvriers, et l’on découvrit qu’un des murs et le plafond de la cuisine étaient en incandescence. On trouva de plus réduite en charbon toute la charpente d’un coin, communiquant à la fois avec l’appartement des malades, avec une chambre voisine et avec la cuisine. Le feu fut éteint en moins d’une heure. Les malades ayant été transportés dans un autre appartement , leur état s’améliora rapidement, et ils ne tardèrent pas à être complètement rétablis. C’est ainsi que fut découverte la véritable cause de tous ces accidents.

Déjà, dans la matinée du lundi, plusieurs des malades avaient remarqué une odeur désagréable dans les appartements dont il s’agit, comme si on y avait brûlé du bois de sapin. Depuis plusieurs jours , la porte de la chambre à coucher ne pouvait plus être fermée (une poutre voisine avait été trouvée carbonisée). La combustion s’était continuée pendant au moins huit jours ; quatorze personnes en tout ont plus ou moins souffert des efi'ets de cette combustion. Chez madame Sk... (qui était couchée le plus. près de la muraille incandescente), les accidents en étaient arrivés au point que le pouls avait cessé de battre pendant assez longtemps , et que ses mains et une partie de ses bras étaient déjà devenus froids.

En continuant les fouilles, on finit par découvrir encore un grand nombre de poutres qui , quoique recouvertes d’une couche de terre glaise, étaient complètement carbonisées. On ne trouva nulle part la moindre trace de fentes ou de fissures dans les murailles. (Ann. de la méd. politique de Ilenke, ann. 1830.)

Questions médico-légales relatives à l’empoisonnement par la vapeur du charbon.

Avant de faire connaître ces questions , il importe de donner un sommaire des deux affaires médico-légales qui les ont motivées , et qui concernent , l’une le nommé Amouroux, et l’autre la fille Ferrand.

Amouroux. — Voici ce que l’instruction apprend à l’égard de ces deux individus. Le samedi 13 février 1836, les époux Amouroux dînent vers six heures du soir; la femme mange plus que son mari ; du feu était allumé dans le poêle. A sept heures environ, Amouroux remplit de charbon un fourneau qui pouvait contenir un quart de boisseau ; il retire du poêle la majeure partie de la braise qu’il renfermait, allume le charbon du fourneau, et place ce dernier entre lui et sa femme au voisinage du lit , et de manière à respirer tous deux la vapeur qui s’en exhalait. La femme Amouroux n’a pas tardé à dormir, car, vers sept heures et demie ou huit heures moins un quart, elle avait la respiration un peu râleuse. A onze heures et demie ou minuit moins un quart, Amouroux, qui jusqu’alors n’avait éprouvé qu’un peu d’altération , soulève le bras de sa femme pour savoir si elle vivait encore : le bras retombe, il s’aperçoit qu’elle venait de mourir; le membre soulevé était encore chaud. — A ce moment, il boit beaucoup d’eau. A minuit, il remplit le fourneau de charbon, et reste éveillé toute la nuit , exposé qu’il était à la vapeur méphitique de cette substance. — Le lendemain malin , il renouvelle le charbon dans le fourneau; l’effet de sa vapeur ayant été nul pour lui jusqu’alors , il achète lui-même un boisseau de charbon , et en consume de nouveau un plein réchaud. Le soir, il brûle dans une terrine le reste du charbon acheté le matin ; le lundi , nouveau boisseau de charbon consumé inutilement; il en est de même le mardi; le mercredi , il achète en sus d’un boisseau de charbon un panier de braise; il superpose la braise et le charbon par couches dans la terrine , de manière à leur faire prendre feu en masse ; il n’a éprouvé pendant ces cinq jours et cinq nuits passés auprès du corps de sa femme, sans prendre de nourriture , qu’une soif assez vive qu’il a satisfaite. Cependant il s’exposait à la vapeur du charbon ; il avait le plus souvent deux fourneaux allumés auprès de lui , et placés tellement près, qu’il s’est fait plusieurs brûlures aux jambes et sur plusieurs autres parties du corps. Des fumerons se trouvaient-ils dans le charbon, il les laissait brûler, et respirait en vain la vapeur et la fumée qu’ils exhalaient. Tels sont les résultats des documents fournis à l’instruction

DE I.A VAPEUR DU CHARBON. 605

par le sieur Araouroux. L’accusation supposait , au contraire , que toutes ces circonstances d’empoisonnement étaient fausses et imaginées par Amouroux ; que ce dernier avait étranglé sa femme , et qu’il avait conservé le corps de sa victime pendant quatre jours et demi dans sa chambre.

Ferrand. — Le sieur Lion vivait en concubinage avec la fille Ferrand ; la chambre de celle-ci était sur le même carré et au même étage que celle qui était occupée par Lion et sa femme, rue du Roi-de- Sicile , n" 17. Le 25 février, vers onze heures et demie du soir, la fille Ferrand rentra chez elle avec Lion, qui était dans un état d’ivresse assez prononcé. D’après la version de cette fille , à peine la porte est-elle fermée sur eux, que Lion s’empare d’un couteau, et, déclarant qu’il veut se détruire , il cherche à s’en frapper ; la fille Ferrand se précipite alors sur lui , et , après un débat de quelques instants , elle saisit le couteau , l’arrache des mains de Lion , et le jette à l’extrémité de la chambre, du côté de la porte; violemment émue par cette scène, elle tombe presque aussitôt à la renverse, évanouie , et ne recouvre ses sens que vers six heures et demie à sept heures du matin ; elle se retrouve alors étendue sur le carreau , entre sa commode et le lit , la tête tournée du côté de la porte.

Que se passa-t-il pendant son évanouissement ? Elle l’ignore complètement, dit-elle; mais quand elle fut revenue de cet état de syncope, et qu’elle put se lever, elle fut horriblement effrayée, en voyant Lion couché tout habillé sur son lit , la face appliquée sur la couverture, et souillée par le sang qui s’écoulait de la bouche et du nez ; il était mort. Elle vit alors au pied du lit, du côté de la croisée, deux fourneaux et deux terrines remplis de cendres et de débris de charbon , qui lui firent comprendre quelle avait été la cause de la mort de Lion.

Quant h elle , elle se sentait étourdie , et lorsqu’elle entendit qu’on lui demandait d’ouvrir sa porte , et que , sur son refus , on menaçait de la faire enfoncer, elle chercha à se pendre à une corde attachée à un clou près de la porte ; mais la corde cassa , et la fille Ferrand était tombée à terre lorsqu’on pénétra dans sa chambre.

A ces détails, fournis par la fille Ferrand, nous ajouterons que, vers une heure et demie après minuit , la femme Lion , dont la chambre n’est séparée que par une cloison de celle de la fille Ferrand, entendit des plaintes, des gémissements assez lorts, et quelle crut que cette dernière était malade : elle ne soupçonnait pas que son mari , qui n’était pas rentré dans la soirée , fût dans la chambre de la fille Ferrand. Les plaintes devinrent de plus en plus sourdes , et cessèrent de se faire entendre, (Devergie, Ibid.) -

A l’occasion de ces deux affaires, les juges d’instruction posèrent aux experts une série de questions dont la solution embrasse , à peu de chose près, tout ce qui se rapporte à la partie médico-légale de l’empoisonnement par la vapeur du charbon. Je vais successivement examiner chacune de ces questions, et en donner la solution , d’après les résultats des expériences et des observations consignés à la page 595 et suivantes.

1° La disposition des localités habitées par les époux Amouroux était-elle compatible avec la supposition d'asphyxie par le charbon émise par le sieur Amouroux , à l’occasion de la mort de sa femme ?

Solution. — Les observations 5e, 6e, 7e et 8e (voy. p. 600) prouvent qu’il n’est pas nécessaire que toutes les ouvertures d’une pièce soient fermées pour que l’on ressente les funestes effets de la vapeur du charbon. Or, dans l’espèce , les portes et les fenêtres de la chambre fermaient parfaitement ; à la vérité , l’air pouvait avoir é lé faiblement renouvelé, parce que la cheminée n’était fermée que par un devant de cheminée, et que d’un autre côté le poêle, auparavant allumé, avait été vidé de la braise qu’il renfermait, et qu’il était encore chaud; mais il n’en résulte pas moins de la disposition des localités, qu’elles étaient dans des conditions favorables pour permettre à l’empoisonnement d’atteindre ses dernières limites.

2° Si, dans V espèce, la femme Amouroux a pu périr asphyxiée par le charbon , sans que son mari ait ressenti les effets de sa vapeur délétère?

Solution. — On ne saurait admettre que la femme Amouroux ait succombé en trois heures pour avoir vécu dans une atmosphère délétère, sans que son mari soit également mort, et cela d’autant mieux que celui-ci prétend avoir brûlé, du samedi soir au mercredi, 6 décalitres de charbon et \ panier de braise , et cela dans une grande terrine et dans un large fourneau à la fois.

3° L’état complet de putréfaction qu'a offert le corps de la femme Amouroux après quatre jours et demi de décès , est-il compatible avec la supposition d’asphyxie , ou au contraire ne tend-il pas plutôt à éloigner cette supposition?

Solution. — Les expériences que j’ai tentées, ainsi que celles que j’ai rapportées à la page 598, ne laissent aucun doute sur la conservation des cadavres de ceux qui ont péri empoisonnés par la vapeur du charbon : aussi ne faut-il pas hésiter à répondre que puisque le corps de la femme Amouroux était dans un état complet de putréfaction quatre jours et demi après la mort, cette femme n’avait point succombé à l’action délétère de la vapeur du charbon; et l’on sait en effet que l’accusation, supposant fausses toutes les assertions du sieur

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Amouroux , lequel voulait faire croire que sa femme était morte empoisonnée par le charbon, adoptait au contraire que cet homme avait étranglé sa femme.

Quelle peut être la cause de la conservation des chairs à la suite de l’empoisonnement dont je parle? Tout porte à croire que la vapeur du charbon est absorbée, mêlée au sang et portée dans tous nos tissus, qu’elle préserve de la putréfaction , ainsi que cela a lieu pour les viandes que l’on place dans une atmosphère de gaz acide carbonique et qui, d’après Hildebrand, se conservent intactes pendant plus de cinquante jours.

U" La coloration rosée de la peau, qui est un des principaux caractères de l’ asphyxie , n aurait-elle pas dû se retrouver, meme après quatre jours et demi de mort, et malgré la putréfaction du cadavre ?

Solution. — S’il est vrai que dans beaucoup de cas on observe la coloration rosée de certaines parties de la peau des malades ou des cadavres dont il s’agit , il est également certain qu’on ne la remarque pas toujours. M. Marye a cité quelques exemples de cadavres dont la peau offrait une décoloration générale (pag. 15, 20); il a également constaté cette pâleur générale chez des individus encore vivants :«Lcs «cuisses et les jambes, dit-il, qui sont chez certains asphyxiés » marbrées de rose , se trouvent décolorées comme toutes les autres » parties du corps chez la femme qui fait le sujet de la ke observa- » tion. » (Voy. p. 27.) Je pourrais encore invoquer l’autorité d’autres écrivains à l’appui de cette assertion. C’est donc à tort que M. Devergie, qui était chargé de répondre h cette question, après avoir dit que depuis huit ans il a toujours observé cette coloration , ajoute « que tous les auteurs qui ont écrit sur l’asphyxie, sanss’ex- » pliquer d’une manière tout-à-fait catégorique sur ce point, ont » cependant toujours raisonné dans ce sens. » (Ouvrage cité, t. ut , p. Uti.)

Maintenant, lorsque cette coloration existe, éprouve-t-elle quelques modifications à mesure que la putréfaction fait des progrès , et combien de temps persiste-t-elle? On ne saurait rien dire de positif à cet égard , faute de documents suffisants et parce que mille causes peuvent influer sur les changements que subissent ces colorations. Nous voyons en effet le corps du sieur Devar... (expér. 7e, p. 598) présenter une teinte rosée évidente sur plusieurs points, teinte qui devient d’un rouge vif après le douzième jour et qui persiste pendant trente-trois jours à la partie antérieure de la jambe et du pied droit , alors même que la coloration verte avait déjà envahi les membres et fait disparaître un bon nombre de plaques rouges; tandis que chez les

deux individus qui s’étaient empoisonnés ensemble depuis un mois (expér. 8e, p. 598) il ne restait que quelques traces incertaines de coloration rouge sur la peau de la fin de la jambe droite del 'homme. 11 y a mieux : cet effet, qui n’avait été sensible sur le corps du sieur Devar qu’après le douzième jour, a été remarqué depuis pen-

dant les fortes chaleurs de l’été, quatre jours , et même dans un cas, trois jours après la mort.

Faisant application de ces faits à l’espèce qui m’occupe, j’avoue que je n’aurais pas répondu avec M. Devergie « qu’il nous paraît sur- » prenant que l’on n’ait pas reconnu à la surface du corps des traces » d’une coloration rosée après quatre jours et demi de mort , si » réellement la femme Amouroux est morte asphyxiée. » Tl eût été plus convenable d’apprendre au magistrat que la coloration rosée de la peau n’est pas un des principaux caractères de cet empoisonnement, et de lui faire savoir que la science ne sera probablement pas de sitôt en mesure de déterminer, lorsque ces colorations existent, ce qu’elles deviennent réellement par la suite ni d’indiquer pendant combien de temps elles persistent.

5° Les individus du sexe féminin résistent-ils plus long-temps à la cause asphyxiante du charbon que les individus du sexe masculin?

Solution. — Les observations recueillies à ce sujet ne sont pas assez nombreuses pour que l’on puisse résoudre la question d’une manière définitive ; néanmoins il résulte de la comparaison du nombre des décès occasionnés par la vapeur du charbon pendant l’année 1835, que la mortalité n’a été que de 3/ù pour les femmes, tandis qu’elle a étédeû/5 pour les hommes; mais on ne saurait attacher à des rapports de cette nature plus d’importance qu’ils n’en méritent , tant qu’on n’aura pas apprécié une foule de circonstances dont om n’a tenu aucun compte jusqu’à présent : ainsi, par exemple, l’atmosphère au milieu de laquelle se trouvaient ces hommes et ces femmes était-elle viciée au même degré? les chambres où le charbon brûlait étaient-elles également closes dans l’un et l’autre cas? les individus étaient-ils bien portants ou malades, etc. ?

6° L’asphyxie est-elle plus facile lorsque les personnes se placent à la surface du plancher, ou cm contraire n’éprouve- t-elle pas plus d’obstacle lorsqu'elles sont situées à une certaine distance ?

Solution. — Dès que les gaz qui se produisent pendant la combustion du charbon se mêlent promptement; dès que l’on trouve les mêmes proportions d’acide carbonique , d’oxyde de carbone , d’hydrogène carboné, d’azote et d’oxygène, en bas, au milieu et en haut, et c’est ce qui résulte des expériences que j’ai faites à diverses épo-

DE LA VAPEUR DU CHARBON

ques de la combustion du charbon, il est évident que l’empoisonnement n’est pas plus facile à la surface du plancher que dans un lieu plus élevé. Il y a mieux : tout porte à croire que dans cet empoisonnement, on périrait plus vite à la partie supérieure de la chambre qu’en bas, puisque nous voyons constamment les chandelles et les bougies renfermées dans une chambre où le charbon brûle s’éteindre d’autant plus promptement qu’elles sont placées plus haut (voy. expér. 5e, pag. 597). Il m’est impossible de partager à cet égard l’opinion exprimée par M. Devergie dans une partie de la réponse qu’il adressa au juge d’instruction dans l’affaire Amouroux : « S’il pouvait se » former, dit-il , dans la partie la plus déclive de la pièce une couche » d’acide carbonique, ce ne serait qu’après la combustion totale du » charbon , et lorsqu’il y aurait eu équilibre dans la température » de toutes les couches atmosphériques de la pièce, etc. » (Ibid., p. 136.) Eu effet, j’ai démontré (voy. p. 596) qu’alors même que la chambre a été complètement refroidie , la proportion de l’acide carbonique est la même en bas qu’en haut.

7° Quellepeut être la quantité de charbon qu’il faudrait brûler pour asphyxier des individus de la force et de l’dge de.s époux Amouroux, en ayant égard à l’étendue de la pièce qu'ils occupaient ?

Solution. — On se tremperait étrangement si pour résoudre cette question on se bornait à déterminer quelle est la proportion de gaz acide carbonique nécessaire pour tuer un adulte , et quelle est la quantité de charbon qu’il faudrait brûler pour obtenir cette proportion de gaz acide carbonique ; car une atmosphère viciée par la vapeur du charbon n’est pas seulement viciée par du gaz acide carbonique, mais bien aussi par du gaz oxyde de carbone, du gaz hydrogène carboné et du gaz azote ; en outre elle contient moins d’oxygène. Aussi admettrons-nous qu’un animal qui à la rigueur pourrait vivre dans un mélange artificiel de 96 parties d’air et de A parties d’acide carbonique, périrait infailliblement dans une atmosphère où l’on aurait fait brûler du charbon , et qui pourtant ne renfermerait pas audelà de h pour 100 d’acide carbonique. M. Leblanc, après s’être assuré qu’un chien de forte taille, placé dans une chambre où il y avait de la braise de boulanger allumée , était tombé épuisé au bout de dix minutes , et qu’il était mort au bout de vingt-cinq minutes, a vu que l’air recueilli dans cette chambre était formé de 19,19 d’oxygène , de 75,62 d’azote, de A, 61 d’acide carbonique , de 0,5A de gaz oxyde de carbone et de 0, OA d’hydrogène carboné. (Mémoire cité, p. 17.)

Ce serait donc en brûlant du charbon dans l’air et en expérimentant directement sur l’atmosphère viciée par suite de la combustion, que l’on devrait tenter de résoudre ce problème. On peut affirmer que

toutes les fois que cette atmosphère contiendrait 3 pour 100 au plus de gaz acide carbonique , l’empoisonnement serait mortel.

Il s’agit maintenant de savoir s’il est possible de calculer la proportion de charbon qu’il a fallu brûler dans une chambre d’une capacité déterminée pour rendre délétère l’air qu’elle renferme. M. Devergie se prononce pour l’affirmative et s’exprime ainsi : « Soit donc que l’on » ait à déterminer la quantité de charbon qu’il a fallu brûler pour » Pendre délétère une capacité de 25 mètres cubes d’air, on dira : » puisqu’il faut que le quart de l’oxygène de la pièce soit converti » en acide carbonique , que 25 mètres cubes d’air contiennent 5 mè- » très cubes d’oxygène (négligeant une fraction) dont le quart est » 1 mètre 25/100 ; qu’il faut 5û grammes 70/100 de carbone pour » donner naissance à 1 mètre cube d’acide carbonique; que 5û gram- » mes 70/100 de carbone représentent 58 grammes environ dechar- » bon , à cause des sels et de l’eau qu’il contient ; qu’un décalitre de » charbon pèse, terme moyen, 3000 grammes, on arrivera à ce ré- » sultat, qu’il a suffi de brûler la cinquante et unième partie d’un «décalitre ou boisseau, en supposant que l’espace fût parfaitement » clos. » Et plus loin : « Remarquons que dans toutes ces opérations,

» on ne peut arriver qu’à des approximations : aussi doit-on toujours » se rapprocher de la détermination numérique la plus favorable à la » défense. » ( Médecine légale , t. ni, p. 102. )

On ne saurait sans danger admettre de pareils préceptes; et d’abord il n’est pas exact de dire qu’il faille , pour rendre délétère de l’air atmosphérique, que le quart de l’oxygène de cet air ait été transformé en acide carbonique par la combustion du charbon , car il suffit, pour tuer un adulte, que l’air n’ait perdu qu’un septième environ de son oxygène; d’où il suit que de l’air qui n’aurait perdu qu’un dixième ou un douzième de l’oxygène qu’il renferme, serait déjà un élément irrespirable et susceptible d’occasionner des accidents graves. Je dirai, en second lieu, que les chambres dans lesquelles les individus ont été empoisonnés, quelque bien fermées qu’elles fussent en apparence , étaient loin d’être parfaitement closes , en sorte que l’air extérieur a dû pénétrer dans la chambre, en expulsant une partie de celui qui auparavant occupait la totalité de la pièce et en se mêlant avec la portion restante : or, la conséquence de ce mélange a dû être de rendre l’air moins vicié, et par conséquent de prolonger la vie ; s’il en est ainsi , et cela n’est pas douteux , la quantité de charbon brûlée avant que les individus aient péri a dû être plus considérable que dans le câs où la mort serait arrivée plus promptement dans une pièce hermétiquement fermée. Enfin, le charbon que l’on aura fait brûler renfermera tantôt sur 100 parties, 75 parties de

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charbon et 25 parties de cendres , tantôt 96 ou 97 parties de charbon et h ou 3 de cendres, et dans d’autres circonstances, il pourra contenir 80, 85, 90, etc., parties de charbon. Or, comme cet élément est inconnu , toutes les fois qu’il ne reste pas dans la pièce une portion de charbon non brûlé avec lequel on puisse expérimenter , ce qui arrive presque toujours , il en résulte que l’on pourra croire avoir brûlé 2 kilogrammes de charbon, lorsqu’en réalité on n’en aura brûlé que les trois quarts ou les quatre cinquièmes ; car il n’est pas vrai, comme le ditM. Devergie , que5û grammes 70/100 de carbone représentent toujours 58 grammes environ de charbon ( à cause des sels et de l^eau qu’il contient).

A la vérité , les difficultés sont moins grandes lorsqu’on trouve dans la chambre une partie du même charbon qui n’a point été brûlé , car alors on peut l’incinérer et savoir combien il fournit de cendres par kilogramme ; ce fait une fois connu , on sait , d’après le poids des cendres contenues dans le fourneau , combien il a dû être brûlé de charbon ; mais encore ici il faut supposer qu’il n’y avait pas dans ce fourneau , avant de l’introduire dans la chambre , une certaine quantité de cendres, ce qu’il sera souvent difficile d’affirmer.

D’où je conclus qu’il est impossible de donner une solution tant soit peu satisfaisante du problème dont je m’occupe , et qu’il y a lieu de dire aux magistrats que l’on s’exposerait par trop à les induire en erreur en cherchant à le résoudre, même d’une manière approximative ; c’est assez faire sentir combien j’aurais été loin de répondre comme le fit M. Devergie au juge d’instruction qui, à l’occasion de l’affaire Amouroux, lui posa la question qui fait le sujet de ce paragraphe. Voici cette réponse : « L’on peut, sans s’éloigner » de la vérité , dire qu’il aurait fallu moitié moins de charbon , ou » deux livres seulement pour produire une quantité de gaz capable » d’amener l’asphyxie dans la chambre occupée par les époux Amou- » roux ! ! ! »

8° Quelle est la proportion de cendres que peut fournir une quantité donnée de charbon ?

Solution. — Elle est difficile sinon impossible ; en effet , la quantité de cendres variera suivant l’espèce de charbon , son degré d’humidité ou de sécheresse , etc. : ainsi , M. Berthier a trouvé que le plus ordinairement elle était de trois à quatre centièmes; toutefois , elle peut être beaucoup moindre ou beaucoup plus considérable : le charbon de bourdaine n’en a fourni que huit millièmes , tandis que le charbon d’acajou en a donné huit centièmes , celui de tilleul vingt centièmes , et celui d’écorce de chêne près de vingt-cinq centièmes. Dans les expériences que j’ai tentées, le charbon de mon laboratoire ,

non calcine , a laissé seize centièmes de cendres, tandis que du charbon pris dans un autre laboratoire n’en a donné que sept centièmes. Le charbon employé dans ma cuisine, et non calciné, a fourni seulement quatre centièmes, et le même charbon calciné, cinq centièmes. La braise de boulanger n’en a donné que deux centièmes et demi.

Appliquant ces données à l’espèce, je dirai qu’il me serait impossible d’accorder la moindre confiance à la phrase du rapport de M. Devergie, ainsi conçue : « Toutefois, quelques essais tentés par » nous à cet égard nous ont conduit aux résultats suivants : un » boisseau de charbon donne souvent un peu plus d’un litre de cen- » dres poreuses et légères ; en sorte que l’on aurait dû trouver, tant » dans le fourneau que dans la terrine dont s’est servi Amouroux , » près d'un demi-boisseau de cendres. » ( Mèd . Iég..t. IIP, p. 137.)

Évidemment, on ne parviendra à résoudre le problème dont il s’agit que lorsqu’il restera dans la chambre où l’on a été empoisonné, une partie du charbon employé, comme cela eut lieu dans l’affaire de la lille Ferrand, dont je vais parler. Pour tous les autres cas, il n’v a que vague et incertitude.

9° Pensez-vous que la fille Ferrand , qui , d’après ses dires , serait entrée vers onze heures et demie du soir, le 25 février, avec Lion , dans la chambre où l’on a trouvé le cadavre de celui-ci , qui s. ■ crait évanouie en entrant dans cette chambre, et ne serait revenue de son évanouissement que le lendemain vers sept heures du matin, ait pu rester pendant tout ce laps de temps exposée à l'influence de l’acide carbonique qui s’échappait des fourneaux et des terrines remplis de charbon allumé placés dans ladite chambre , et que vous avez vus, sans succomber à l'influence des gaz qui ont donné la mort audit Lion?

Solution. — Après avoir établi , en examinant la portion restante du charbon qui avait déterminé l’empoisonnement , quelle était la quantité de cendres que donnait 1 kilogramme de ce charbon, M. 01livier d’Angers calcula combien les 266 grammes de cendres trouvées dans les fourneaux et les terrines dont on s’était servi , représentaient de charbon , et il conclut qu’il -en avait été brûlé plus de 3 kilogrammes 375 grammes, quantité plus que suffisante pour introduire dans l’air de la chambre le quart en volume au moins de gaz acide carbonique. Évidemment , dit-il , cette atmosphère était beaucoup trop délétère pour que la fdle Ferrand eût pu la respirer pendant six heures sans mourir. Mais , dira-t-on , l’évanouissement que la fille Ferrand a éprouvé n’a-t-il pas pu la préserver de l’action délétère des gaz au milieu desquels elle est resté plongée? Mais comment croire à cet évanouissement prolongé , répondit judicieusement M. 01-

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livicr ? Qui ne sait que la position dans laquelle la fille Ferrand dit être restée est précisément la plus convenable pour faire cesser promptement une syncope ? Elle était étendue sur un carreau froid , la tête renversée sur le même plan que les pieds , et couchée sur le dos. En admettant qu’une syncope puisse durer ainsi six heures, la respiration n’en continue pas moins de s’effectuer ; quoique faible , elle est suffisante pour que l’inspiration de vapeurs délétères long-temps continuée soit suivie de la mort.

Mais l’empoisonnement incomplet occasionné par le charbon laisse l’individu qui l’a éprouvé dans un état de torpeur, d’anéantissement qui ne lui permet pas de se lever, de marcher ; une douleur de tète atroce avec faiblesse générale persiste souvent pendant plusieurs jours. La fdle Ferrand a bien paru un peu étourdie , son air était hébété quand on est entré dans sa chambre ; mais il est évident qu’elle avait tenté à l’instant même de se pendre, son cou portait l’empreinte caractéristique du lien auquel elle s’était suspendue, etce fait suffirait pour expliquer l’état dans lequel on la trouva. Celte tentative de suicide ne prouve-t-elle pas encore contre l’empoisonnement auquel elle aurait été exposée? Comment concilier la possibilité de sa part des préparatifs que nécessitait cette tentative de pendaison , avec l’affaissement, la prostration des forces qui suivent toujours l’inspiration , même passagère , des vapeurs du charbon ? Ainsi la fille Ferrand serait restée six heures dans une atmosphère qui avait tué Lion à ses côtés, et elle en eût ressenti des effets assez peu intenses pour pouvoir effectuer de nouveau le projet de se détruire ! Cette assertion est pour nous dénuée de toute probabilité. ( Annales d'hygiène et de médecine légale.)

10° L'air pur qui pouvait s' introduire dans la chambre par l'intervalle existant entrer le plancher et le bas de la porte de ladite chambre , pouvait-il suffire à l’entretien de la vie de la fdle Ferrand, au milieu de l’atmosphère chargée d'acide carbonique ou elle se trouvait , alors qu’elle était couchée sur le dos , la tête du côté de la porte ?

Solution. — La porte clôt très bien , et ne présente par conséquent aucune disposition qui ait pu favoriser le passage d’une quantité d air atmosphérique suffisante pour entretenir la vie chez la fille ferrand pendant que le sieur Lion succombait près d’elle. (Yov. lre et 2' question , p. 606.)

11° L’air qui pouvait pénétrer, soit par la fenêtre lorsqu elle était fermée, soit par la trappe existant au plafond, lorsqu elle était entrebâillée , pouvait-il suffire pour neutraliser leffit de la vapeur du charbon sur la fille Ferrand , sans produire le même

5lû

effet sur le sieur Lion , qui était couché sur un lit élevé du sol d'environ un mètre?

Solution. — Cela est impossible d’après ce qui a déjà été dit. (Voy. 2e question, p. 606.)

12° Si la fenêtre a été entr ouverte vers une heure du matin , quelle a dû être l'influence de l’entrée de l’air extérieur, tant sur la fille Ferrand que sur le sieur Lion , placés dans les positions susdites ?

Solution. — Comme je l’ai déjà établi, la fille Ferrand n’a pas pu rester six heures dans l’atmosphère empoisonnée sans périr ; tout porte à croire qu’elle est entrée précipitamment dans la chambre lorsqu’elle a entendu les plaintes et les gémissements de Lion , et que c’est elle qui a ouvert la croisée pour prévenir la mort de son amant , s’il en était temps encore. Quant à l’influence que l’ouverture de cette croisée peut avoir eue sur Lion , le temps écoulé depuis qu’il se trouvait exposé à la vapeur du charbon et sa mort , prouvent que l’empoisonnement était alors trop avancé pour que l’air extérieur pût exercer sur lui une influence salutaire et le rappeler à la vie.

13° D’après l’examen que vous avez fait du cadavre du sieur Lion , à quelle heure présumez-vous qu’on doive faire remonter le moment de sa mort, et pouvez ‘•vous indiquer à quel moment il eût été encore possible de lui donner efficacement des secours ?

Solution. — Nous ne procédâmes à l’examen et à l’ouverture du cadavre du sieur Lion que trois jours après la mort : les progrès de la putréfaction étaient déjà assez avancés, et nos recherches, lors même qu’elles eussent été faites à une époque plus rapprochée de la mort, n’auraient pu nous fournir aucune donnée susceptible de préciser le moment auquel Lion succomba. Quant à indiquer à quelle époque il eût été encore possible de lui donner efficacement des secours , les renseignements que nous avons recueillis et que nous avons relatés dans ce rapport nous portent à penser que l’empoisonnement était déjà très avancé chez Lion à minuit et demi, et qu’il eût fallu arriver près de lui vers minuit ou minuit un quart pour lui administrer des secours avec quelques chances de succès.

\k° Un appareil calorifère chauffé par du charbon de terre peut-il laisser échapper des gaz qui, respirés , produiraient l’asphyxie? Faut-il attribuer à cette cause ou à toute autre la mort du cocher de M. ***, ainsi que les accidents éprouvés par plusieurs domestiques de la même maison ?

Voici les faits qui motivèrent cette question , adressée par un juge d’instruction à M. Devergie. Le 3 décembre , à sept heures du matin , Régn... , cocher de M. le duc de Mont. .. , entre dans la chambre de

DE LA VAPEUR DU CHARBON

Dûmes..., située au deuxième étage; il y voit une fumée épaisse et sent une odeur de charbon qui lui porte à la tête. ( Rapport du commissaire de police.) Dûmes..., qui pour la première fois y avait passé la nuit, était sans connaissance; en vain on l’appelle... il ne donne pas signe de vie. Régn... entre alors dans la chambre d’un sieur Robert; il le trouve dans le même état que Dûmes... Il appelle du secours; des soins sont donnés à Robert, il revient à lui. En vain on administre les mêmes secours à Dûmes... , en vain un médecin met en usage les moyens propres à le rappeler à la vie. À deux heures après midi, un second médecin, trouvant le corps de Dûmes... encore chaud, ouvre l’artère temporale, mais sans résultat. Depuis quelques jours, Régn... éprouvait des maux de tête en s’éveillant, et sentait dans sa chambre l’odeur de la vapeur du charbon. Dans la même nuit, un autre cocher, nommé Cas... , s’était couché à minuit, il s’était éveillé à deux heures du matin dans un état complet de malaise , qui ne s’est dissipé qu’en prenant l’air à une fenêtre (déposition de Gas...). Le commissaire de police et les deux médecins, appelés le 5 décembre, constatent en entrant dans les chambres de Dûmes... et de Régn..., non seulement l’odeur très forte de la vapeur du charbon , mais encore la sortie de celte vapeur par les bouches de chaleur placées dans lesdites chambres. Au rez-de-chaussée existait un calorifère. Il avait été allumé pour la dernière fois le samedi 29 novembre, c’est-à-dire quatre jours avant les accidents qui se sont manifestés (déposition de Bi...) ; sa construction remontait au mois de mai 1833. Depuis fort longtemps , les personnes qui habitaient le corps de bâtiment qu’il était destiné à chauffer en étaient incommodées. Leurs plaintes donnèrent lieu à une réparation en février 1834. Elle n’eut aucun résultat, et ces personnes prirent le parti de fermer les bouches de chaleur destinées à chauffer leurs chambres. Il s’en exhalait une fumée d’une odeur particulière. C’était , dit Gas. . . , une exhalaison qui m’empoisonnait. Gas... couchait au premier.

Le soir même de l’événement de la mort de Dûmes. . . , le calorifère est démoli. Le 2 2 décembre, u il architecte-expert est commis pour constater quel était l’état des lieux , quel mode de construction avait été adopté pour le calorifère, et pour déterminer la cause des accidents survenus. Il résulte de son rapport que le calorifère établi au rez-de-chaussée, dans une sellerie , avait son tuyau de fumée posé au droit d’une cheminée, et ses tuyaux calorifères dans l’épaisseur (lu plancher bas de l’entresol , entre deux solives. Us sortaient tous ensuite par plusieurs embranchements dans la hauteur de l’entresol et d’une partie du premier pour conduire la chaleur dans diverses pièces. Lors de la démolition dudit calorifère et de tous ses accessoires, on a trouvé les

DES POISONS SEPTIQUES.

deux pièces de bois entre lesquelles passaient les tuyaux de la fumée et delà chaleur, consumées à un tel point qu’elles s'enflammaient au contact de l’.air. Il paraît résulter des renseignements qu’a recueillis l’architecte, que le placement du tuyau de la fumée trop près des solives lésa tellement échauffées qu’il y a mis le feu ; que le feu s’est étendu successivement dans toute la longueur des solives , et les a mises dans un état de carbonisation qui a produit dans l’entrevous, où étaient placés les tuyaux de chaleur, un gaz qui se sera introduit dans les tuyaux de chaleur mal joints , et se sera répandu ensuite dans les chambres où ces tuyaux aboutissaient sans aucune soupape de fermeture. Que l’on aurait dû placer les tuyaux de conduite de la chaleur en contre-bas du plafond des pièces du rez-de-chaussée , en les enveloppant d’une poterie en grès ou en terre cuite, au lieu de les mettre dans l’intérieur du plancher, entre les solives.

Solution. — M. Devergie , s’appuyant sur les observations 9e et 10e (vov . p. 601), et adoptant les explications si péremptoires de l’expert-architecte , a conclu que la mort de Dûmes..., et les accidents éprouvés par les autres domestiques , devaient être attribués à un empoisonnement, et qu’il y avait tout lieu de croire que cet empoisonnement avait été occasionné par la carbonisation des poutres placées dans le plancher de l’entresol. ( Voy. Vapeur du bois carbonisé , p. 595.)

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