BE X/IF
L’if ( taxus baccata ) est une plante sur les propriétés de laquelle on a émis des opinions diverses, liai, Berldcxj , Matthiole , Bauchin, Jules-César, etc. , affirment qu’elle est vénéneuse. Lobel , Camérarius, Haller, Bulliard, etc., pensent différemment. « J’ai avalé plusieurs fois, dit Bulliard , des baies d’if, à l’exemple des enfants, qui donnent à ce fruit le nom de moniaux ; je me suis tenu longtemps, et dans les grandes chaleurs, dans des lieux plantés d’ifs nouvellement taillés; je n’en ai jamais éprouvé la moindre incommodité. » (Ouvrage cité, p. 157.)
M. Grognier, professeur à l’École royale vétérinaire de Lyon , a fait des expériences que je crois devoir rapporter.
Expérience irc. — Vers le commencement de l’automne de 181G, on prit 240 grammes de fruit d’if ( taxus baccata ) dont on avait ôté les pépins ; on les fit bouillir dans un litre d’eau jusqu'à réduction de moitié ; la décoction fut donnée à un chien barbet qui était à jeun : sa santé n’éprouva aucune altération.
Expérience iic. — Huit hectogrammes de pépins d’if , mêlés à une quantité double d’avoine, ont été présentés à un cheval également à jeun : il les a mangés avec difficulté , et il n’a donné aucun signe d’empoisonnement.
Expérience iiic. — Le suc extrait des feuilles de ce végétal a été donné à la dose de 50 grammes, et ensuite de 1 hectogramme, à un chien barbet de moyenne taille, âgé d’environ quatre ans, et il n’a déterminé d’autres effets que le vomissement. Un autre chien plus petit a succombé après avoir pris 40 grammes de la même substance.
Expérience ive. — Quatre hectogrammes de feuilles fraîches d’if ont été mis en décoction dans un litre et demi d’eau jusqu’à réduction de
(1) Le beau mémoire de M. Dunal est terminé par le paragraphe suivant : «Les faits que nous avons rapportés sont en opposition avec l’opinion générale qui est que tous les solanum sont des poisons. Les causes de cette opinion sont, 1° qu’on a quelquefois confondu des plantes très différentes , en attribuant aux unes les propriétés des autres; 2° qu’on n’a pas considéré que les propriétés des plantes devaient être examinées d’organe à organe; 3° qu’on a cru, sans examen, aux préceptes trop généraux de Linnée : Pluniœ quœ genere convenium eliam virtute conveniunt ; quœ ordinè naturali comineniur eliam virluie propriùs accédant. »
moitié. Les deux tiers du liquide obtenu ont été donnés à un chien de moyenne taille et le restant à un petit chien : l’un et l’autre ont eu les pattes et la gueule liées pour empêcher le vomissement. Aucun signe d’empoisonnement ne s’est manifesté. Le lendemain, on a augmenté de 1 hectogramme la dose de l’if; on l’a traité de la même manière : les résultats n’ont pas été différents. Nous nous sommes assuré que les poules ne recherchaient pas les fruits d’if, comme on l’a prétendu. ( Gazette de Santé, 1er novembre 1817. )
Expérience ve. — J’ai injecté dans la veine jugulaire d’un gros chien robuste 2 grammes 20 centigrammes d’extrait aqueux préparé avec les feuilles de cette plante et dissous dans 16 grammes d’eau. Deux minutes après , l’animal a éprouvé des vertiges ; sa tête paraissait lourde ; ses extrémités postérieures commençaient à fléchir. Cinq minutes après , il était assoupi et sur le point de tomber lorsqu’il a été réveillé subitement. Ces symptômes ont diminué , et le lendemain l’animal paraissait rétabli. On a recommencé la même expérience sur un chien de moyenne taille, moins fort que le précédent ; il a éprouvé des symptômes analogues et il est mort dans la nuit : on n’a pu découvrir aucune altération cadavérique.
Je crois, d’après ces différents résultats, que l’if doit être rangé parmi les narcotiques , et que les opinions diverses des auteurs à ce sujet dépendent de ce que l’on a examiné des ifs de divers âges et exposés dans des lieux différents. Il paraît cependant que toutes les parties de cette plante ne sont pas vénéneuses.