‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 95 sur 172 · DE LA BELLADONE · texte numérisé non relu

DE LA BELLADONE

faction de l’abdomen et la constipation ; il se déclara aussi des aphthes : on réitéra la potion purgative. Le soir, il y eut de la fièvre , de l’agitation avec assoupissement ; le malade se plaignit en outre de douleurs de dents : on réitéra la potion avec le vinaigre et l’oxymel : le calme se rétablit au point que, le 30, la constipation avait cessé, que l’appétit était revenu, et qu’enfin le malade entra en convalescence. Du 31 octobre au 4 novembre, guérison parfaite par la continuation des mêmes moyens (1).

Observation 2e. — Des enfants mangèrent, dans un jardin , du fruit de belladone. Bientôt après ils eurent une fièvre ardente, avec des convulsions et des battements de cœur très forts ; ils perdirent connaissance, et leur esprit fut complètement aliéné. Un d’entre eux, âgé de quatre ans, mourut le lendemain : l’estomac renfermait des grains de belladone écrasés et des pépins ; il offrait trois ulcères ; le cœur était livide , et le péricarde sans sérosité (2).

Observation 3e. — Voici les symptômes éprouvés par plus de cent cinquante militaires empoisonnés avec les baies de belladone qu’ils cueillirent à Pirna près de Dresde : « Dilatation et immobilité des pupilles, insensibilité presque absolue de l’œil à la présence des corps extérieurs, ou du moins vision confuse ; injection de la conjonctive par un sang bleuâtre , proéminence de l’œil, qui s’est montré chez plusieurs comme hébété, et chez d’autres ardent et furieux; sécheresse des lèvres, de la langue, du palais et de la gorge ; déglutition difficile ou même impossible ; nausées non suivies de vomissement; sentiment de faiblesse, lipothymie, syncope, difficulté ou impossibilité de se tenir debout, flexion fréquente du tronc en avant , mouvement continuel des mains et des doigts , délire gai avec sourire niais, aphonie, ou sons confus poussés péniblement ; probablement besoin faux d’aller à la selle, rétablissement insensible de la santé et de la raison, sans souvenir de l’état précédent. ( Journal de Sédillot , décembre 1813, page 364, observation de M. E. Gaultier de Claubry . )

Observation 4e. — Wcpfer rapporte l’observation d’un enfant de dix ans , qui éprouva des symptômes analogues à ceux qui font le sujet des observations précédentes , après avoir mangé des baies de belladone. ( Ouvrage cité , page 227. )

Observation 5e. — Un enfant mange quatre baies mûres de belladone; un autre en mange six. Une heure après, l’un et l’autre font des extravagances qui étonnent la mère ; leurs pupilles se dilatent, leur regard n’est plus le même; ils éprouvent un délire gai accompagné de fièvre. Le médecin appelé les trouve dans un état de grande agitation , parlant à tort et à travers , courant, sautant , riant sardoniquement , le visage pourpre et le pouls précipité. 11 administre à chacun d’eux 3 centigrammes de tartre émétique et 4 grammes de sel de Glauber dans 130 grammes d’eau ;

(!) Journal général dt Médecine, tom. xxiv, p. 221.

(2) Histoire de l’Académie des sciences, apn. 1703, article Botanique,

ils évacuent abondamment pendant sept ou huit heures, et les accidents disparaissent (1).

Observation 6e. — Mappi dit que le vin de belladone occasionna une gangrène universelle qui fut suivie de la mort. ( Plant, alsat., p. 36. )

Observation 7e. — Deux garçons éprouvèrent les accidents suivants pour avoir mangé des baies de belladone : agitation extrême, mouvements continus des mains et des doigts, carpbologie très prononcée, introduction fréquente des doigts dans les narines, délire violent, mais d’un caractère gai; vision presque abolie , hallucinations continuelles, dilatation extrême et immobilité des pupilles, yeux alternativement fixes et très mobiles, mouvements spasmodiques des muscles de la face, grincements de dents, pandiculations, voix faible et enrouée, léger gonflement au côté gauche du cou et sentiment de brûlure le long de l’œsophage chez l’aîné. Chez les deux malades, aversion très prononcée pour tout liquide, et mouvements spasmodiques du pharynx, lorsqu’on les forçait à boire, enfin érections fréquentes et émissions involontaires d’urine. Cet ensemble de symptômes offrait une grande analogie avec la manie sans fièvre; en effet , le pouls était à Vi tal normal ainsi que la respiration. On fit vomir, puis on eut recours à des lotions avec du vinaigre le long de la colonne vertébrale et sur la tête ; on administra aussi toutes les deux heures des lavements avec de l’eau vinaigrée. Au bout de quelques jours, les malades étaient convalescents. ( Koestler , Medizinische jalirbücher des krankheiten oeslerreichischen slaales , 1830, 2e cahier. )

Je ne saurais admettre , avec M. Koestler, que probablement les baies de belladone agissent à la manière des narcotiques simplement, tandis que les feuilles et la racine de cette plante y joignent une propriété âcre et excitante ; car les exemples d’empoisonnement par ces baies dans lesquels il s’est manifesté de la fièvre , de la gêne de la respiration , etc. , ne sont pas rares chez l’homme.

Observation 8e. — On lit dans la Gazette de Santé du 15 novembre 1823, 1" que deux enfants de cinq et de six ans mangèrent chacun deux baies mûres de belladone , et ne furent point incommodés ; 2° qu’un idiot âgé de vingt et un ans ne périt point pour avoir avalé plus de trente de ces fruits, mais qu’il ne tarda pas à s’endormir; le lendemain, il se réveilla à neuf heures du matin : il était alors affecté d’étourdissement ; la vue était trouble ; il voyait devant lui des flocons neigeux ; les pupilles se dilatèrent beaucoup, tandis que le pouls se resserrait peu à peu; il eut une forte évacuation alvine ; on prescrivit du lait chaud qui détermina des vomissements abondants , après lesquels le malade était revenu à son état normal. On lui fit prendre encore un peu d’eau et de vinaigre , et trois jours après on ne remarqua plus qu’un léger élargissement des pupilles. — Ces deux observations sont loin de prouver l’in-

(1) Gazette de Santé, 11 thermidor an 13, p. 308.

DE LA DATURINE.

nocuité des baies de belladone, comme on l’a pensé : en effet, la première a pour objet deux enfants qui ne mangèrent qu’une petite quantité de poison après un repas copieux; dans le second , il s’agit d’un idiot, sujet peu impressionnable , et qui néanmoins éprouva la plupart des accidents de l’empoisonnement.

Les faits précédemment exposés permettent de conclure, 1° que la belladone et son extrait jouissent de propriétés vénéneuses très énergiques; 2° qu’ils exercent une action locale peu intense ; mais qu’ils sont absorbés, portés dans le torrent de la circulation, et qp’ils agissent sur le système nerveux et particulièrement sur le cerveau (1); 3° qu’ils déterminent des symptômes communs à quelques autres poisons, qui sont insuffisants pour caractériser cet empoisonnement, malgré ce qui a été avancé par plusieurs auteurs ; h° que les extraits du commerce varient singulièrement par rapport à leur énergie, suivant la manière dont ils ont été préparés , et que les plus actifs sont ceux qui ont été obtenus en faisant évaporer, à une très douce chaleur, le suc de la plante fraîche ; 5° que leur action est beaucoup plus intense lorsqu’ils ont été injectés dans les veines que lorsqu’ils ont été appliqués sur le tissu cellulaire , et , à plus forte raison , que dans le cas où ils ont été introduits dans l’estomac ; 6° que ces préparations paraissent agir sur l’homme comme sur les chiens.

Tout porte à croire que c’est surtout à l 'atropine que la belladone doit ses propriétés vénéneuses.

Le docteur Runge a proposé un nouveau moyen pour découvrir l’empoisonnement déterminé par la belladone. (Vov. Jusquiame , pag. 266 de ce tome.)

Traitement. (Voyez p. 345.)

DE LA DATURINE.

Les graines de datura stramonium contiennent , d’après Geiger et Hesse, un alcali auquel ils ont donné le nom de daturine , et qui est sous forme de prismes incolores, très brillants et groupés, inodores , d’une saveur d’abord amère , puis âcre comme celle du tabac. Distillée , la daturine se volatilise en partie ; mais il s’en décompose

(1) D’après M. Flourens, l’extrait aqueux de belladone, à une dose déterminée, n’agirait sur aucune autre partie du cerveau que sur les tubercules quadrijumeaux, et n’affecterait que le sens de la vue, c’est-à-dire les fonctions de ces tubercules. Si la dose était plus forte , l’action s’étendrait sur les lobes cérébraux : toujours est-il que, d’après cet auteur, cette action laisserait après elle une effusion sanguine qui en circonscrirait les limites et l’étendue. ((Voyez Morphine, p. 193 de ce volume.)

une portion notable qui donne de l’ammoniaque. Elle ne se volatilise pas dans l’eau chaude. Elle se dissout dans 280 parties d’eau froide et dans 72 parties d’eau bouillante; elle est moins altérable par ce liquide aéré que l’atropine et l’hyosciamine. L’alcool la dissout très bien; elle est moins soluble dans l’éther. La solution aqueuse bleuit le papier rouge. Les sels qu’elle forme avec les acides donnent de très beaux cristaux , qui sont en général inaltérables à l’air, et facilement solubles. Elle est très vénéneuse, et détermine, lorsqu’on la porte sur l’œil, une forte dilatation de la pupille, qui persiste pendant plusieurs jours. ( Journal de 'pharmacie, février 1834.)

Page 1