PLACE DE L’ÉCOLE-DE-MÉDECINE , I
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PRÉFACE
Depuis la publication de la troisième édition de cet ouvrage , j’ai cru devoir étudier sous un point de vue nouveau îa partie médico-légale de l’intoxication produite par les principaux poisons, ali n de donner aux experts les moyens de les déceler dans le cas où il serait impossible d’en constater la présence dans les selles, dans les matières vomies, ou dans celles que l’on trouve dans le canal digestif après la mort. On voit déjà qu’il s’agit de la recherche de cette portion de la substance toxique qui a été absorbée et portée dans nos tissus et dans V urine . Les discussions animées et souvent ridicules qui ont été soulevées à l’occasion. de mon nouveau travail n’ont abouti, en définitive, qu’à lui faire prendre racine beaucoup plus tôt que je n’osais l’espérer. Aujourd'hui l’expert qui, en matière d’empoisonnement, négligerait de soumettre à l'analyse le sang, le foie et l’urine d’un cadavre, dans tous les cas où il n’aurait point trouvé le toxique dans les selles, dans les matières vomies et dans le canal digestif, serait au-dessous de sa mission et pourrait encourir de graves reproches.
J’ai en même temps apporté de grands changements aux procédés indiqués jusqu'à ce jour pour découvrir les substances vénéneuses qui auraient été mêlées ou combinées avec des matières organiques ou qui auraient été décomposées par elles. Ce travail , poursuivi sans relâche depuis plusieurs années, en ouvrant un nouveau champ à la médecine légale, m’a encore permis de simplifier la plupart des procédés dont je parle, et de donner aux opérations analytiques un degré de précision et de certitude qu’elles n’avaient pas jusqu’alors: ainsi, pour ne citer qu’un lait, je suis parvenu, à I aide d'un meme procédé , la carbonisation par l’acide azotique , à constater facilement dans les organes et dans les
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matières solides la présence du cuivre, du plomb, de l’étain , du bismuth , de l’argent , de l’or, etc.
Dans les nombreuses expériences que j’ai tentées , j’ai suivi une marche qui me paraît irréprochable et qui n’avait encore été adoptée par personne. Constamment, dans une première série d’essais, j’ai mélangé de très petites quantités de la substance vénéneuse que j’étudiais avec des proportions considérables de matières alimentaires, telles que le lait, le bouillon , le café , le vin , etc. ; puis j’ai agi sur une quantité au moins aussi forte de la même matière alimentaire, sans addition de la substance vénéneuse. J’ai ensuite expérimenté comparativement sur les matières trouvées dans le canal digestif, ainsi que sur ce canal, sur les viscères et sur l’urine d’animaux que j'avais empoisonnés avec des doses variables d’un toxique , et sur les mêmes parties d’animaux de même espèce que je tuais quelques heures après leur avoir fait prendre des aliments, et qui n'avaient avalé aucun poison. Ce moyen , trop souvent négligé par les expérimentateurs, pouvait seul me permettre d’arriver à des résultats certains, et me fournir les moyens de relever une
foule d’erreurs graves débitées par ceux qui n’avaient pas suivi la même voie.
Je me suis bien gardé d’imiter les auteurs qui ont cru devoir consigner tout au long dans leurs ouvrages des rapports faits en justice sur des affaires déjà jugées. Ces rapports, présentés apparemment aux lecteurs comme des modèles à suivre plus tard, ne peuvent être d’aucune utilité et induisent souvent en erreur: ils sont inutiles , car, dès que 1 on a décrit le procédé le plus convenable pour découvrir la matière vénéneuse dont on parle, l’expert n’a pas besoin qu’on lui dise que c’est par le même procédé que l’on a opéré dans 1 affaire A, 11, C ou D; je dis, en outre, que de pareils rapports induisent souvent en erreur, et on le concevra si l’on songe aux progrès qu’a pu faire la science sur les points qui font l’objet de ces rapports; ainsi, pour ne citer que quelques exemples, n est-ce pas engager un expert a mal opérer que de lui tracer, comme l’a fait M. Devenue , la marche qu’il a suivie dans plusieurs expertises relatives à
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l'empoisonnement par l’acide sulfurique et celle que nous avons adoptée dans l’affaire Mercier, de Dijon? Evidemment, pour ce qui concerne l’acide sulfurique, les moyens employés, et à l’aide desquels on a conclu à l’existence de cet acide, sont loin de prouver qu’il yen eût réellement (voy. Acide sulfurique, p. 112 de ce vol.); et quant à l’affaire Mercier, de Dijon, quoiqu’on ne puisse élever aucun doute sur la présence de l’arsenic dans le foie du cadavre soumis à nos investigations, il n’en est pas moins certain que , depuis l’époque où nous finies cette expertise (mai 1840) , bien des perfectionnements ont été introduits dans la recherche de l’acide arsénieux, soit pour obtenir une plus grande quantité d’arsenic et pour mieux le condenser, soit pour détruire plus complètement la matière organique.
La partie physiologique de l’empoisonnement devait également subir des modifications importantes dès qu’il est démontré que les poisons, après avoir été absorbés, existent matériellement dans les organes et notamment dans le foie, et qu’ils se retrouvent , au bout d’un certain temps, dans l’urine, liquide excrémentitiel avec lequel ils sont expulsés.
Je dirai enfin que je n’ai rien négligé pour éclairer la thérapeutique de l’empoisonnement. Convaincu par des expériences nombreuses que les animaux empoisonnés se débarrassent, surtout par la sécrétion urinaire, de la portion du toxique absorbé, j’ai vu ces animaux guérir facilement toutes les fois que l’on parvenait à les faire uriner abondamment par le moyen de diurétiques administrés en temps opportun, et que l’on avait eu soin d’expulser des premières voies l’excédant du poison. Justice a été faite de la médication tonique et excitante, si maladroitement prônée dans ces derniers temps par les sectaires de l’école Rasorienne dans l'empoisonnement par l’arsenic. Je me suis également occupé des avantages et des inconvénients que pouvaient offrir certains antidotes proposés dans ces derniers temps.
TABLE DES MATIERES