GÉNÉRALITÉS
femme empoisonnée par l’acide azotique, et dont la mort n’arriva que vingt-quatre heures après avoir pris le poison. Les accidents qui la précédèrent dénotaient déjà la gangrène d’une portion du canal digestif. L’autopsie fit voir, dans le fond du grand cul-de-sac de l’estomac, trois ouvertures voisines les unes des autres, de la grandeur d’un écu de trois francs, à bords fort amincis , usés ou plutôt dissous : il était fort épais et très rétréci dans le reste de son étendue. L’orifice pylorique offrait plusieurs taches gangréneuses; le duodénum était frappé de gangrène à ses deux courbures et dans toute l’épaisseur de ses parois (1).
2° La membrane muqueuse se détache facilement de la musculeuse, de manière que celle-ci et la séreuse restent parfaitement isolées. Hebenstreit et Mahon regardaient ce signe comme une des preuves infaillibles de l’empoisonnement. Le dernier de ces auteurs dit à ce sujet : « Je crois même, avec Hebenstreit , que le plus infaillible des signes du poison est la séparation du velouté de l’estomac; en effet , si l’on suppose un expert appelé pour examiner le cadavre d’un homme mort après un vomissement de sang , accompagné d’autres symptômes sus pects, il est clair que si ce vomissement vient de cause intérieure ou naturelle, on ne trouvera dans l’estomac d’autres vestiges de lésion que des vaisseaux dilatés ou rompus, des inflammations , des points gangréneux , etc. ; mais si l’on trouve l’intérieur de ce viscère comme écorché , qu’on reconnaisse des fragments du velouté parmi les matières contenues , il paraît assez naturel de conclure qu’une pareille séparation n’a pu avoir lieu que par l’application de quelque substance corrosive ou brûlante sur la surface interne de l’estomac. Il n’est guère possible de supposer que la seule putréfaction puisse opérer sur ce velouté les mêmes effets qu’elle produit sur l’épiderme des cadavres : car les rugosités ou les plis de cette membrane intérieure du ventricule ne permettent pas cette séparation subite; et d’ailleurs, l’ouverture très fréquente de l’estomac des cadavres ne m’a jamais présenté de séparation du velouté produite par la putréfaction, lors même que cette putréfaction était très avancée dans toutes ses parties. Ces observations, constatées par celles d’ Hebenstreit, me paraissent autoriser des experts à considérer ce signe comme le plus positif, quoique d’ailleurs on puisse concevoir que , dans le reflux de certaines matières atrabilaires , ceux qui sont attaqués depuis long-temps de la maladie noire soient quelquefois dans le cas de présenter des effets analogues. Si ce cas très rare avait lieu , on aurait à justifier l’existence de cette atrabile, soit par les vestiges qu’on trouverait dans l’estomac, soit
(1) Dnserlation inaugurale intitulée : Fssni sur l’ empoisonnement par l'acide nitrique, ol)S. XIV, p. 87.
DES POISONS IRRITANTS
par les considérations prises du tempérament du sujet et de ses maladies antécédentes (1). »
3° Assez souvent les poumons sont le siège d’une altération marquée; ils sont plus ou moins enflammés; leur couleur est rouge ou violette ; leur tissu , serré , plus dense , moins crépitant que dans l’état ordinaire , contient une certaine quantité de sang ou de sérosité sanguinolente. Ces phénomènes peuvent tenir aux efforts répétés et infructueux de vomissement ; je pense cependant qu’ils sont souvent le résultat i d’une action spéciale de la substance vénéneuse sur les poumons.
4° Les ventricules et les oreillettes du cœur sont plus ou moins distendus par du sang différemment coloré, suivant l’époque à laquelle on ouvre les cadavres. Dans une multitude de circonstances , ce fluide se trouve coagulé une ou deux heures après la mort , et presque constamment il est dans cet état au bout de quinze ou dix-huit heures. Ce fait d’anatomie pathologique, dont je garantis l’exactitude, est loin de confirmer l’opinion des auteurs qui ont avancé que , dans l’èmpoisonnement par les substances végétales, le sang restait fluide pendant long-temps. A la vérité , ils ont principalement voulu parler des substances narcotiques ; mais nous verrons , en faisant l’histoire de ces poisons , que leur assertion est tout-à-fait dénuée de fondement.
Dans certaines circonstances , les ventricules du cœur, ou plutôt la membrane qui les revêt à l’intérieur, les colonnes charnues, les oreillettes ou les pelotons graisseux contenus dans ses cavités , sont plus ou moins enflammés, scarifiés ou ulcérés : le sublimé corrosif et l’acide arsénieux déterminent assez souvent cette lésion.
5° Quelquefois la membrane interne de la vessie urinaire est injectée , enflammée , etc. On n’observe guère cette lésion que dans les cas d’empoisonnement par les cantharides.
6° Le cerveau et les méninges n’offrent point de lésion notable ; cependant on remarque quelquefois un engorgement des vaisseaux veineux qui rampent à la surface externe de cet organe.
7° Quelquefois la puissance corrosive de ces poisons s’étend sur la peau, qui se recouvre détachés noires, comme gangréneuses. Morgagni parle d'une femme empoisonnée avec de l’arsenic, qui offrit après sa mort la face postérieure du corps entièrement noire de la tête aux pieds ; les poumons étaient gangrenés , l’estomac et le duodénum rongés (2).
Les caractères dont je viens de faire mention manquent quelquefois
(1) Mahon, Médecine légale , tom. ii , p. 280.
(2) De Cousis ei Sedibus Morbor ., epist. lix, art. m, p. 24.
ALITES. 51
dans l’ empoisonnement par les corrosifs, et le cadavre ne présente aucune altération. Lorsque je traiterai , dans la dernière section de cet ouvrage , des devoirs du médecin qui a été consulté par Je magistrat , je ferai connaître la conduite qu’il doit tenir dans ces cas presque toujours épineux.
Action générale des poisons irritants sur l’économie animale.
Les détails dans lesquels j’entrerai en décrivant les symptômes produits par chacun des poisons de cette classe , démontreront jusqu’à l’évidence combien leur mode d’action est loin d’être identique : en effet , quelques unes de ces substances vénéneuses irritent fortement les tissus avec lesquels on les met en contact ; il en est d’autres dont l’absorption est extrêmement facile , qui se bornent à produire une légère irritation, et qui ne détruisent la vie que parce qu’elles ont été transportées dans le torrent de la circulation ; enfin un certain nombre d’entre elles occasionnent la mort en irritant fortement les tissus sur lesquels on les applique, et en agissant sur des organes plus ou moins éloignés , après avoir été absorbées. Ces considérations suffisent pour prouver qu’il faut examiner le mode d’action de chacun de ces poisons, si l’on 11e veut pas s’exposer à commettre des erreurs graves.
Traitement général de l’empoisonnement par les irritants.
Parmi les poisons de cette classe , il en est un certain nombre dont on doit chercher à combattre les effets par des contre-poisons que l’expérience a démontré être très efficaces, en se conformant toutefois aux préceptes établis en parlant du traitement de l’empoisonnement considéré d’une manière générale. ( Voyez pag. 16 et les articles Acides et Alcalis concentrés, Sublimé corrosif, Vert-de-gris , Tartre stibié , Sels d'argent , d'étain, de plomb, de baryte.)
Si le temps qui s’est écoulé depuis l’empoisonnement ne permet plus d’espérer des avantages marqués de l’emploi des contre-poisons, ou ([ne la substance vénéneuse avalée soit du nombre de celles dont on 11e connaît pas encore le contre-poison, il faudra recourir aux médicaments qui peuvent calmer, diminuer, et même faire disparaître les symptômes de l'empoisonnement : ainsi , après avoir favorisé le vomissement à l’aide (l’abondantes boissons mucilagineuses tièdes, et même au moyen de l’eau froide, 011 pratiquera des saignées générales, on appliquera des sangsues, etc. (1). Dans le cas où les vomissements
(1) Les anciens auteurs avaient déjà remarqué l’avantage qu’il y a à faire
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seraient très violents, on ferait prendre quelques gouttes de laudanum de Sydenham. On appréciera ensuite la nature des phénomènes nerveux développés , et on les combattra par des moyens appropriés qui devront varier suivant le genre de lésion.
BU PHOSPHORE
Aclion sur l’économie animale.
Le phosphore, dissous dans l’huile d’olives et injecté dans les veines , produit la mort dans un espace de temps très court : introduit dans l’estomac , il détermine des accidents extrêmement variables suivant la dose et l’état de division dans lequel il a été administré et qui occasionnent souvent la mort. Quel est le mode d’action de cette substance vénéneuse ?
Expérience i. — M. Magendie a fait voir que lorsqu’on injecte de riniile pliosphorée dans la plèvre d’un chien , au bout de quelques minutes l’animal exhale à chaque expiration une vapeur blanche assez abondante. Le phénomène est beaucoup plus sensible lorsqu’on injecte
vomir dans le cas d’empoisonnement, Dioscoride, dans son livre des Puisons , recommande l’eau, l’huile et le beurre comme vomitifs. Voici comment Matthiole rapporte le passage de cet auteur : « Quod si qui forsan obmutesc entes, »aut lemulenii, aut nolentes alioqui venenum à se egeri , nullam nobis ejus cognintionem prœbant , tum prolinùs accedendurn ad ea quce communiter epotis quint buscunque venenis opilulari consueverunt. Aiqui nullum mcigis in omnia valens » auxilium dari polest , quàm utproximo loco virus foras exhauriatur , priusquàm » invalescat. Quare sine mord calidum oleum ex aquâ, aut seorsùm ut vomilure ncogantur , dari convertit. Aut si oleum nalura loci negat , butyrum cum aquâ » calidd, aut malvd,, aut Uni semine , aut trago , urlica , fœno grœco, aut lialicœ » decoclo , vicern ejus exhibebit. Hœc enirn non modo vomilionibus exigent vi illà » sud laxatrice, aut nauseam ciente ; sed alvimi quoque subducenl, et corponnn » inanilione ita adversabunlur, ut acrimonias venenorum hebetenl .» {Pétri Andrew Mattiuoli. Venetiis, 155S, lib. vi, p. 711.)
Ambroise Paré dit : « Et où quelqu’un aurait soupçon d’avoir pris quelque » poison par la bouche, ne faut dormir en tel cas, car la force du venin est «quelquefois si grande et si forte ennemie de nature, qu’elle exécute son » pouvoir; que souvent elle monstre tel eflet en nos corps que faictle feual- » lumé en paille seiche; car souvent advient que ceux qui sont empoisonnez » deuant que pouvoir avoir secours des médecins et chirurgiens meurent, «Donc subit il se doit faire vomir en prenant de l’huvle et eau chaude : en lieu « de l’huyle ou fera fondre du beurre, et le prendre avec eau chaude ou décoe- « lion de graine de lin, ou fenu grec, ou quelque bouillon gras , car telles cho- « ses font jeter le venin hors par le vomissement: joinct qu’elles laschenl le « ventre, et par telles évacuations le venin est vidé hors, et son acrimonie « amortie. « ( OEurres d'Ambroise Paré, onzième édition , des Venins, 1 i v.xx i, cbap. vu , pag. 4S5. )
DU PHOSPHORE
celte préparation dans la veine jugulaire : on ira point encore terminé l’injection, que déjà l’animal rend par les narines des Ilots de vapeurs blanches, et il ne tarde pas à expirer (1). /
Expérience ii. — J’injectai h grammes d’huile phosphorée dans la veine jugulaire d’un chien très fort : sur-le-champ l’animal exhala par la bouche et les narines des vapeurs abondantes; sa respiration devint haletante et excessivement difficile, et il mourut dans cet état au bout de vingt minutes, après avoir rejeté une très grande quantité de sérosité sanguinolente. La mort ne fut précédée d’aucun symptôme nerveux remarquable. On l’ouvrit immédiatement après : le sang contenu dans le ventricule gauche, du cœur était fluide et noir comme celui qui remplissait le ventricule droit. Les poumons offraient plusieurs plaques livides, d’un tissu serré et moins crépitant qu’il ne l’est dans l’état naturel ; dans le reste de leur étendue, ils étaient roses. L’estomac ne présentait aucune altération.
Expérience iii. — On a détaché et percé d’un trou l’œsophage d'un petit chien; on a introduit dans son estomac quatorze petits cylindres de phosphore pesant 7 grammes et demi, et on a lié l’œsophage audessous de l’ouverture, afin d’empêcher le vomissement : l’animal n’avait point mangé depuis trente heures. Il n’a éprouvé aucune envie de vomir; il n'a poussé aucun cri plaintif, et il est tombé dans un état d’abattement assez considérable : il est mort vingt et une heures après l’opération. La membrane muqueuse de l’estomac était fortement enflammée, et recouverte d’une matière filante et floconneuse, que l’on pouvait détacher avec la plus grande facilité; la tunique musculeuse était d’un rouge vif dans une partie de son étendue. L’estomac contenait une petite quantité d’un fluide verdâtre, épais; la membrane muqueuse qui tapisse le duodénum, le jéjunum et la première moitié de l’iléon, était d’un rouge pourpre, et enduite d’un fluide très épais, noir comme de l’encre. On ne voyait point de phosphore dans les parties du canal digestif dont je viens de parler. La dernière moitié de l’iléon offrait dix nodosités placées à une distance variable les unes des autres; ces nodosités étaient formées par dix cylindres de phosphore rougeâtre, pesant 5 grammes 2 décigrammes, qui étaient recouverts d’humidité , et répandaient une fumée assez abondante lorsqu'on ouvrait l’intestin qui les contenait. La membrane muqueuse, correspondant à l’endroit où ils étaient placés, était beaucoup moins rouge que celle qu’ils avaient déjà franchie. On remarquait , vers la dernière portion du colon , trois autres nodosités formées par trois petits [cylindres de phosphore, pesant 1 gramme l\ décigrammes, et la membrane muqueuse de cet intestin était encore moins rouge que celle qui tapisse la fin de l'iléon. Dans l’intérieur du rectum, on voyait le quatorzième cylindre de phosphore enveloppé dans une petite quantité de matières fécales , et ne pesant que 3 décigrammes ; la tunique interne de
(l) Expériences pour servir à l'histoire de la transpiration pulmonaire ; Mémoire lu à l’Institut de France, en 1811, p. 19.
DES POISONS IRRITANTS
cet intestin était dans l’état naturel. On voit donc qu’après la mort de l’animal on 11e retrouva que 6 grammes 9 décigrammes de phosphore.
Expérience ive. — On fit avaler à un chien de moyenne taille lx grammes de phosphore coupé en huit petits morceaux : l’animal avait très bien mangé deux heures auparavant. Au bout de quatre heures, il n’avait rien éprouvé de remarquable ; il n’avait point eu la moindre envie de vomir. Le lendemain, il refusa des aliments; il était un peu abattu. Il mourut le troisième jour sans avoir été agité de mouvements convulsifs. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge pourpre dans toute son étendue; celle qui tapisse le duodénum et le jéjunum était également très rouge ; il li’y avait point d’altération marquée dans les autres intestins. On remarquait dans le colon et le rectum les petits cylindres de phosphore colorés en rouge et d’un volume moindre que celui qu’ils avaient avant leur ingestion.
Expérience vc. — A. onze heures et demie , on a introduit dans l’estomac d’un chien fort, quoique de petite taille, 1 gramme 30 centigrammes de phosphore dissous dans 12 grammes d’huile d’olives. Au bout d’une minute, il a exhalé par la bouche et par les narines une vapeur abondante , ayant l’odeur de phosphore ; il a poussé des cris excessivement plaintifs ; il semblait être en proie aux plus vives douleurs ; il s’est couché sur le côté, où il est resté comme immobile , sans donner le moindre signe de convulsion. Trois quarts d’heure après l’introduction de la substance vénéneuse, il a vomi des matières jaunâtres, fumantes, ayant une odeur alliacée; il a continué à se plaindre, et il est mort à quatre heures. Six minutes avant d’expirer, il s’est débattu avec force; tousses muscles étaient agités de mouvements convulsifs, et il faisait des contorsions horribles. L’estomac était vide et percé de trois trous dans la moitié correspondante au cardia ; deux de ces trous étaient larges comme une pièce d’un franc ; l’autre , plus grand et circulaire , avait près de 3 centimètres de diamètre. La membrane muqueuse des portions de l’estomac qui n’avaient point été trouées , était réduite en une bouillie filante ; la tunique musculeuse offrait de larges ulcérations. Les poumons étaient rouges, gorgés de sang, nullement crépitants.
Expérience vic. — On a fait avaler à un jeune chien caniche 3 centigrammes de phosphore fondu dans 32 grammes d’eau à la température de h 8°. Au moment de la déglutition , il s'est exhalé de la gueule une forte odeur d’ail. L’animal a mangé et bu pendant deux jours , et il est mort le troisième jour au milieu des convulsions. On voyait au cardia et au pylore quelques taches noires. L’encéphale et les autres organes étaient sains.
Expérience vne. — On a fait prendre à un chien âgé de trois ans 7 centigrammes de phosphore fondu dans de l’eau à ù8'“. Sur-le-champ l’animal a exhalé une odeur fortement alliacée. Il était abattu , inquiet et triste; mais il 11’a point refusé la nourriture pendant quatre jours. Il est mort le cinquième dans d’affreux mouvements spasmodiques. O11 l’a ouvert sur-le-champ : ses membres étaient très roides; il y avait plusieurs
DU PHOSPHORE
ecchymoses dans le tissu cellulaire graisseux qui avoisine la base des ventricules du cœur, la surface des oreillettes et de la portion des artères pulmonaire et aorte contenue dans le péricarde. En ouvrant l’estomac , on sent une odeur d’ail; les intestins exhalent une odeur analogue, mais moins pénétrante; la tunique muqueuse du canal digestif, surtout celle de l’estomac , est contractée et comme plissée ; elle se sépare facilement, quoique épaissie par un enduit muqueux fort adhérent. Les intestins grêles contiennent une grande quantité d’une matière noirâtre. La vessie, très rouge à l’intérieur, renferme environ 125 grammes d’urine. Le cerveau est rénitent ; ses veines sont remplies d’un sang noir; les méninges sont injectées ; la pie-mère est ecchymosée (1).
Expérience viii*. — Un canard , ayant bu de l’eau qui était restée dans une marmite de cuivre, dans laquelle on avait préalablement gardé du phosphore, ne cessa qu’à la mort de couvrir ses femelles (Pelletier).
Observation irc. — Ed. P., âgé de vingt-huit ans, avale, le 27 avril 182Zi, 3 centigrammes de phosphore fondu dans de l’eau très chaude. N’éprouvant aucun effet, il en prend trois jours après, dans le même véhicule et en une seule dose, 8 à 10 centigrammes : il déjeune immédiatement après, et ne ressent rien d’extraordinaire; mais vers les cinq heures du soir, étant à table, il éprouve des douleurs atroces dans l’abdomen aussitôt après avoir pris quelques aliments; il a des vomissements pénibles et continuels, et des déjections alvines abondantes. Le lendemain, le ventre, au lieu d’être relâché, était dans un état de constriction extrême ; l’emploi d'injections émollientes n’avait procuré aucun soulagement ni produit d’excrétion. ( Quelques bouillons, eau sucrée ou rougie.) Le 2 mai , Ed. n’avait cessé de vaquer à ses affaires ; il parcourut ce jour-là, à pied, l’espace de deux myriamètres. Le docteur Worbe vit le malade le Zi mai à sept heures du matin. L’abdomen était très tendu, la région épigastrique excessivement douloureuse ; il n’y avait aucune trace de priapisme. Le malade était dans le plus grand abattement; il ne pouvait se coucher que sur le dos ; il n’articulait qu’avec peine et lenteur le récit de ses souffrances; les traits de la face conservaient leur régularité; ils avaient une sorte de fixité qui donnait à la physionomie un air singulier de tristesse, de langueur et comme d’égarement ; la langue et la bouche étaient dans l'état normal ; les lèvres et la peau offraient une nuance livide; la conjonctive était assez fortement colorée en jaune; les yeux, mornes, s’ouvraient dillicilement , et ne pouvaient supporter long-temps le contact de la lumière; les pupilles, peu sensibles à l’action de cet agent, n’étaient ni dilatées ni contractées ; la respiration et la circulation paraissaient dans 1 état naturel : toutefois le pouls était un peu dur ; l'urine n'offrait rien de remarquable : depuis le premier jour, i! n’y avait plus de déjections alvines. ( Sangsues à l'épigastre , bain général, fomentations , cataplasmes et lavements émollients, eau de gomme. ) Les sangsues ne fu¬
it Ces deux expériences et 1 observation tlc sont extraites d’un Mémoire lu « la Société médicale d’Émulation, en 1825, par le docteur Worbe.
reiit appliquées qu’à midi. A dix heures du soir, Ed. ne reconnaissait plus personne; il s’agitait convulsivement; il arrachait avec violence tout ce qu’on plaçait sur l’abdomen ; il portait automatiquement les mains vers la région épigastrique ; le ventre était contracté , et l’on excitait des cris plaintifs et des mouvements désordonnés lorsqu’on le touchait ; la bouche était fortement serrée ; les paupières ne s’ouvraient qu’avec peine ; le malade poussait par intervalle des sanglots effrayants. Le 5, à sept heures du matin , Ed. était dans la même situation. On appliqua , d’après l’avis du docteur Bézian , quinze sangsues à chaque coude-pied , qui procurèrent une grande perte de sang. Le ventre était météorisé. Le docteur Flourens proposa d’appliquer encore quelques sangsues autour de la tête, ce qui fut exécuté : cependant l’état du malade empirait à chaque instant. A l’écoulement involontaire de l’urine se joignaient d’abondantes évacuations alvines, qui étaient immédiatement suivies d’une extrême flaccidité des parois de l'abdomen ; la respiration était lente et facile ; les battements du cœur étaient réguliers et profonds. A dix heures du soir , le pouls n’était plus sensible à l’artère radiale : alors toute la surface du corps , d’une couleur jaune assez intense , était couverte d’une sueur glaciale qui était plus abondante au front ; déjà les extrémités étaient froides ; tout annonçait une mort prochaine , et en effet Ed. succomba le 6 mai à trois heures du matin.
Le sujet était blond, de la taille de 1 mètre 70 centimètres, bien musclé et d’un bel embonpoint. La mort n’avait point altéré sa physionomie; les membres n’offraient point la rigidité ordinaire ; la peau était jaune ; les veines sous-cutanées du ventre et de la partie supérieure de la cuisse étaient saillantes et ramifiées; le scrotum était bleuâtre. Il y avait dans la poitrine une assez grande quantité de sérosité noirâtre; les poumons étaient gorgés de sang ; le cœur, mou , affaissé sur lui-même , ne contenait que très peu de sang. La membrane muqueuse de l’estomac était la seule enflammée; les autres tuniques, ainsi que le duodénum, étaient pâles et flasques; le tissu cellulaire sous-muqueux de ces viscères était * distendu par des gaz ; on voyait aux orifices cardiaque et pylorique des taches noires ou plutôt ardoisées, qui étaient de véritables ecchymoses; les intestins étaient ballonnés, et renfermaient à peine un peu de fluide. La vessie était dans l’état naturel et contenait à peu près 120 grammes d’urine. 11 fut impossible d’ouvrir le crâne.
Observation 2e. — Un pharmacien prit en un jour d’abord 5 centigrammes et ensuite 10 centigrammes de phosphore sans éprouver d’accidents. Le lendemain , il en avala 15 centigrammes d’un coup dans du sirop ; dans la soirée, il sentit un malaise général , un sentiment de constriction dans l’abdomen qui dura trois jours, et alors il fut pris de vomissements violents et continuels, dans lesquels il rendait une matière qui avait l’odeur d’ail. Le dix-septième jour, il eut aussi des convulsions, du délire cl des contractions dans la main gauche, que la mort suivit promptement. ( Julia-Eontenelie, Revue médicale , 1829 , t. ni, Zi29. )
Observation o(‘. — Lu jeune homme, faible et impotent , prit , sur la
DU PHOSPHORE
recommandation d’un charlatan, du phosphore dans du pain et du beurre; il éprouva une douleur violente dans l’estomac et des vomissements continuels ; il rendait de petits fragments de phosphore à l’aide des lavements qu’on lui administrait. La mort survint au bout de quatre heures.
Nécropsie. - Il s’échappa beaucoup de sang fluide à la première incision que l’on lit à la peau du ventre. L’épiploon et la tunique séreuse de l’estomac et des intestins étaient rouges; la membrane muqueuse de l’estomac et du duodénum était enflammée, et en apparence gangrenée ; les gros intestins étaient réduits au volume du petit doigt ; les ganglions mésentériques étaient engorgés, et la rate enflammée. ( Flaehsland, JSIedi zinisch , Chirurgische Zeilung , 1826, t. iv, 183.)
Observation Zi*. — -Un homme de quarante-neuf ans avait un affaiblissement général du système musculaire, avec tremblement des membres, produit par des émanations saturnines, il avait été traité pendant longtemps par la strychnine et par le chlorhydrate de morphine. 11 était sans fièvre. On prescrit une potion contenant Zi grammes d’éther phosphoré , qui représentait 12 milligrammes de phosphore ; pendant sept jours, la potion est continuée, et la dose du phosphore portée à 25 milligrammes , en même temps qu’une pommade phosphorée est ordonnée ; amélioration. Le huitième jour, prescription de 5 centigrammes de phosphore en dissolution dans de l’huile et mêlé à une potion émulsive. Saveur désagréable , et sensation acre et brûlante dans la gorge. Le lendemain , on continue l’usage de la potion ; mais elle avait été exposée au soleil, et répandait des vapeurs abondantes d’acide hypophosphorique. A la troisième cuillerée , chaleur brûlante le long de l’œsophage et de l’épigastre; vomissements de mucosités blanchâtres ; abdomen douloureux à la pression; pouls petit, fréquent; refroidissement des extrémités. Le surlendemain, augmentation des vomissements; pouls à peine sensible. Dans la journée, cessation des battements du pouls; douleurs générales des membres, facultés intellectuelles un peu obtuses; affaiblissement de plus en plus considérable; mort dans les vingt-quatre heures. (Martin Solon , Dict. de Med. et de Chir. pratiques , art. Phosphore. )
M. Devergie prétend que le phosphore n’a agi ici avec autant d’intensité que parce qu’il a été transformé en acide hypophosphorique pendant son exposition au soleil; on ne saurait admettre une pareille explication , car l’acide hypophosphorique résultant de l’action de l’oxygène de l’air sur cinq centigrammes de phosphore est en trop petite proportion et se trouve trop étendu dans la potion pour pouvoir déterminer, je ne dirai pas la mort, mais même des accidents légers.
Observation 5e. — VI. Dolis, en montant du phosphore dans des tubes, aspira le liquide sflns ménagement. Le voile du palais fut cautérisé.
Observation 6e. — Pelletier père. , ayant laissé par mégardc dans sa poche du phosphore enveloppé dans du papier, eut la cuisse tellement
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brûlée, qu’il tarda six mois à se rétablir, quoiqu’il eût été promptement secouru.
On a de la peine à concevoir que M. Dcvergie ait adopté sans critique l’observation rapportée par Lebelstein-Lebel , d’un épileptique qui succomba, dit-il, pour avoir pris six ou sept milligrammes (1 8 de grain) de phosphore solide. C’était le cas de dire : Post hoc; ergo non projeter hoc.
Observation 7e. — Le docteur Bouttatz prit dans la journée et en plusieurs doses environ 5 centigrammes de phosphore dissous dans l’éther. Chaque dose se composait de 2 h gouttes d’une dissolution composée de 40 centigrammes de phosphore et de 32 grammes d’éther ; il en prenait une toutes les deux heures. La première occasionna quelques nausées. La seconde éveilla singulièrement l’appétit ; le pouls devint plus fréquent et la chaleur plus intense. Le soir, les forces , la sécrétion de l’urine et l’ardeur vénérienne, étaient augmentées, mais sans aucun inconvénient pour l’expérimentateur.
Observation 8e. — Alphonse Leroy prit 15 centigrammes de phosphore, et fut très incommodé pendant deux heures. Son urine était très rouge ; il but fréquemment de petites doses d’eau très froide , et le malaise disparut. Le lendemain, ses forces musculaires étaient doublées, et il éprouvait une irritation vénérienne insupportable.
Symptômes et lésions de tissu produils par le phosphore.
Les symptômes et les lésions de tissu auxquels le phosphore donne naissance varient suivant la dose et l’état de division dans lequel il se trouve lorsqu’il est ingéré : 1° S’il est solide, en petits cylindres, et que l’estomac soit rempli d’aliments , les symptômes ne se déclareront ({ue quelques heures après qu’il aura été avalé, et ils seront en tout semblables à ceux qui caractérisent l’inflammation de l’estomac et des intestins. 2° Si le phosphore a été auparavant dissous dans un véhicule, quel que soit l’état dans lequel se trouve l’estomac , et que la dose soit de 1 à 10 centigrammes , il excitera puissamment le système nerveux, et surtout les organes génito-urinaires; le pouls sera plus fort et plus fréquent ; la chaleur sera augmentée , ainsi que les forces musculaires; la sueur et l’urine seront plus abondantes , et les désirs vénériens notablement éveillés. Si la dose est plus forte , et quelquefois même à la dose de quelques centigrammes, les souffrances les pins cruelles, les vomissements les plus opiniâtres et les symptômes nerveux les plus alarmants se manifesteront et annonceront une mort prochaine.
S’il est appliqué à l’extérieur, il enflammera les tissus et produira des brûlures profondes.
DU PHOSPHORE
Les lésions cadavériques consisteront on des traces d’inflammation plus ou moins intense du canal digestif; les chairs et les organes gastriques pourront exhaler l’odeur de phosphore et être lumineux dans l’obscurité.
Conclusion. — Il résulte des faits qui précèdent : 1° que le phosphore dissous dans l’huile et injecté dans les veines traverse les poumons, absorbe l’oxygène de l’air et passe à l’état d’acide hypophosphorique ; probablement il se forme aussi de l’acide phosphorique. Le passage de ces acides à travers les vaisseaux délicats des poumons détermine une inflammation presque instantanée de leur tissu , inflammation qui, en s’opposant à ce que les poumons continuent leur action, donne bientôt lieu à l’asphyxie et à la mort; 2° qu’étant introduit dans l’estomac à la dose de quelques centigrammes , après avoir été dissous dans un véhicule , il est absorbé et excite le système nerveux et les organes génito-urinaires ; 3° que sous cette forme, et à plus forte dose, il peut déterminer la mort , soit par suite de f absorption dont je parle , soit parce qu’il développe une vive inflammation des tissus du canal digestif, soit enfin par l’action combinée de ces deux causes; quoi qu’il en soit , l’inflammation gastro-intestinale doit surtout être attribuée à la transformation du phosphore en acide phosphorique , au moyen de l’air contenu dans le canal digestif ; 4° que lorsqu’on introduit le phosphore en cylindres dans l’estomac, il se produit de l’acide hypophosphorique qui enflamme les portions des membranes avec lesquelles il est en contact : or, comme le phosphore marche progressivement de l’estomac au rectum , on conçoit que l’inflammation doit être plus forte dans les endroits où il s’est, formé la plus grande quantité possible d’acide hypophosphorique , ceux , par exemple , que le phosphore a déjà franchis; 5° que la combustion est d’autant plus lente que l’estomac contient une plus grande quantité d’aliments, le phosphore se trouvant alors enveloppé , et par conséquent plus à l’abri du contact de l’air (exp. ive) (1) ; 6° qu’il n’est pas exact, comme le suppose 31. Üevergie , que le phosphore exerce beaucoup plus d’action quand il a été transformé en acide hypophosphorique parle contact de l’air, puisqu’on peut faire prendre à des animaux, sans déterminer d’accidents notables, des quantités de cet acide au moins deux fois plus
(t) U arrive meme assez souvent que le phosphore n’a point encore agi sur les tissus de l’estomac plusieurs heures après son ingestion. J’ai donné à un animal une très grande quantité d’aliments; immédiatement après je lui ai fait prendre 8 grammes de phosphore coupés en vingt petits cylindres : au bout de huit heures, il n’éprouvait aucune incommodité. Ou l’a ouvert, et on a vu que le phosphore se trouvait enveloppé dans les aliments : les tissus de l’estomac n’offraient pas la plus légère trace d’altération.
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fortes que les doses de phosphore susceptibles de les tuer, pourvu que ce corps aitété dissous dans une huile ; 7° que la mort ne tarde pas à survenir lorsque le phosphore avalé a été préalablement fondu dans l’eaujchaude : dans ce cas, la combustion est des plus rapides, et l’animal succombe au milieu des mouvements convulsifs les plus horribles. Il est certain que le produit de cette combustion est de l’acide phosphorique.
M. Giulio, professeur de médecine à Turin, dans un travail physiologique sur le phosphore, avait tiié les conclusions suivantes : 1° que le phosphore introduit dans l’estomac et dans les intestins des animaux y subit une combustion et y développe les phénomènes propres à cette combustion ; 2° que l’irritation brûlante causée par le calorique dégagé pendant cette combustion , ainsi que l’impression caustique des vapeurs phosphoreuses, produit une phlogose dans l’œsophage et dans les intestins proportionnelle à la quantité de phosphore avalé, dissous, brûlé; 3° que l’inflammation de ces parties, qui suffit pour expliquer la mort de l’animal , n’est pas nécessaire pour la produire. L’impression cuisante faite sur les nerfs de l’estomac et des intestins peut suffire pour expliquer les effets meurtriers du phosphore : de là les tremblements du corps , l’anéantissement des forces , les convulsions effroyables qui , dans ces expériences , se sont constamment manifestés dans les animaux soumis à l’action du phosphore pris intérieurement à dose suffisante (1) ; 4° que la mort des grenouilles, causée par la simple vapeur phosphoreuse et par le seul contact des parties intérieures de la bouche avec le phosphore ; que la prompte destruction de l’irritabilité de leurs muscles, présentent une preuve irrécusable que le phosphore , dans un certain état , jouit d’une force délétère et anéantit la vitalité en détruisant la force nerveuse ; 5° que l’eau , qui ne dissout point le phosphore , produit des accidents légers , graves ou mortels , en raison de sa quantité et du nombre des parcelles de phosphore qu’elle tient en suspension (2).
Traitement de l’empoisonnement par le phosphore.
Lorsque le phosphore a été pris à l’état solide , l’indication la plus pressante est d’administrer 2 ou 3 grains d’émétique ( tartrate de potasse antimonié ) : par ce moyen , le médecin parviendra facilement à
(1) J’ai fait voir que ces symptômes nerveux ne se manifestent que dans le cas où le phosphore a subi un grand degré de division.
(?) Ces expériences ont été faites sur de jeunes coqs et sur des grenouilles. (Alibert, Nouveaux Eléments de Thérapeutique , 3e édit., tom. i, p. 174.)
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faire rejeter le poison avant qu’il ait eu le temps d’agir, ou du moins avant qu’il ait produit aucune action marquée. S’il a été ingéré dans un grand état de division, il n’est point douteux qu’il ne soit très avantageux de faire prendre sur-le-champ au malade d’abondantes boissons d’eau contenant de la magnésie en suspension ; car 1° ces boissons rempliront l’estomac de liquide , en chasseront l’air atmosphérique, et le phosphore 11e pourra plus brûler avec la même rapidité ; 2U elles favoriseront le vomissement en distendant considérablement l’estomac , sans ajouter à l’irritation que la substance vénéneuse aurait déjà pu produire ; 3° elles satureront les acides hypophosphorique ou phosphorique formés , et les empêcheront , par conséquent , de corroder les tissus avec lesquels ils sont en contact.
Si , malgré le traitement que je viens de conseiller, l’inflammation des premières voies se manifestait, ou que le malade fût en proie à des symptômes nerveux alarmants , il faudrait recourir sans délai aux antiphlogistiques les plus puissants.
Recherches médico-légales.
Phosphore solide. — Le phosphore est un corps solide , incolore ou .presque incolore , demi-transparent , légèrement brillant , flexible et mou ; on le coupe facilement avec un couteau , et il présente une cassure vitreuse un peu lamelleuse ; quelquefois il est d’un blanc jaunâtre et moins transparent ; on trouve aussi dans les laboratoires et dans les pharmacies du phosphore d’un blanc opaque ou d’un rouge vif et également opaque ; celui-ci a été exposé à la lumière solaire, l’autre a été conservé dans l’eau aérée. Il a une odeur d’ail très sensible, et analogue à celle que répand l’acide arsénieux mis sur les charbons ardents; il paraît insipide lorsqu’il est pur; son poids spécifique est de 1,770. Si on le met au fond d’une fiole contenant de l’eau et qu’on élève la température, il ('litre en fusion à d3°c. , et il est transparent comme une huile blanche; si on le laisse refroidir très lentement, il conserve sa transparence, et reste sans couleur; si, au lieu de le faire chaulîer dans de l’eau , 011 le fait fondre au contact de l’air, il absorbe l’oxygène, s’enflamme, dégage beaucoup de calorique et de lumière, et donne naissance non pas à de l’acide hypophosphorique, comme le dit >1 . l)evergie, mais bien à de l’acide phosphorique solide qui paraît sous forme de vapeurs blanches épaisses et à de l’oxyde rouge de phosphore. Mis ('u contact avec l’air à la température ordinaire, le phosphore s’entoure bientôt d’une vapeur ou fumée blanche , remarquable par la lumière verdâtre qu’elle offre dans l’obscurité; il jaunit, passe ensuite au rouge, et finit par disparaître en se transformant en acide hypo-
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phosphorique. L’acide azotique du commerce le transforme en acide phosphorique en lui cédant une portion de l’oxygène qu’il contient. Les huiles le dissolvent pourvu qu’on élève un tant soit peu la température. ‘La dissolution faite avec l’huile d’olives se trouble considérablement par le refroidissement , et acquiert une couleur jaunâtre. L’alcool et l’éther peuvent également le dissoudre. Il n’est pas soluble dans l’eau.
L’eau sucrée, l’infusion chargée de thé, l’infusion alcoolique de noix de galle , l’albumine, la gélatine , le lait , la bile , etc. , ne le dissolvent pas non plus à la température ordinaire.
Eau dans laquelle a séjourné du phosphore. — Le phosphorene se dissout point dans l’eau ; d’où il suit qu’il n’existe point de solution aqueuse phosphorée comme l’a dit M. Devergie ; le liquide dont il s’agit tient en dissolution de l’acide phosphoreux et de l’hydrogène phosphoré produits par la décomposition de l’eau. Il exhale l’odeur du phosphore, répand des vapeurs lumineuses dans l’obscurité, et se comporte avec l’azotate d’argent comme je vais le dire en parlant de l’alcool et de l’éther phosphorés.
Alcool et éther phosphorés. — Ces liquides offrent une odeur de phosphore et d’alcool ou d’éther ; lorsqu’on les enflamme , ils brûlent h peu près comme s’ils étaient purs , et il se forme vers la fin de la combustion de l’acide phosphorique qui peut se dégager en partie sous forme de vapeurs blanches, mais qui se trouve toujours en assez grande quantité dans la capsule où l’on a fait l’expérience pour rougir fortement l’eau de tournesol ; il peut arriver aussi, lorsque le phosphore est très abondant et qu’il n’a pas été entièrement converti en acide , qu’il y ait un résidu d’oxyde de phosphore rougeâtre. L’eau versée dans l’alcool ou dans l’éther phosphorés en précipite sur-le-champ une poudre blanche. Si on met une petite quantité de ces liquides dans un verre rempli d’eau froide, et placé dans un lieu obscur, on aperçoit à la surface du mélange des ondes lumineuses et brillantes. Lorsqu’on expose ces liquides h l’air, ils répandent des vapeurs blanches, lumineuses dans l’obscurité ; l’alcool , et surtout l’éther, ne tardent pas à se vaporiser en entier, et il reste du phosphore pulvérulent. L’azotate d’argent est précipité par ces dissolutions d’abord en blanc jaunâtre , qui passe au roux clair, qui se fonce de plus en plus et finit par devenir noir (phosphure d’argent) ; si le phosphore est assez abondant, le précipité noir paraît de suite.
Acide acétique phosphoré. — Son odeur est à la fois acétique et phosphorée ; s’il est chargé de phosphore , il répand des vapeurs blanches à l’air ; l’azotate d’argent agit sur lui, comme sur l’alcool et l’éther phosphorés.
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Huile et pommade phosphorées. — Elles exhalent une odeur de phosphore et répandent des vapeurs blanches à l’air, si la dose de phosphore est assez considérable ; l’azotate d’argent se comporte avec elles comme avec l’alcool et l’éther phosphorés ; si on les fait bouillir pendant quelques minutes avec de l’alcool , il se forme de l’alcool phosphoré. Leur consistance et leur aspect peuvent encore servir à les faire reconnaître.
Phosphore dans le canal digestif et dans les matières des vomissements . — On examine attentivement s’il n’existe pas des morceaux de phosphore solide et rougeâtre; en cas d’affirmative, on les lave avec de l’eau distillée, on les pèse et on les conserve sous l’eau dans un petit tube. — Les matières vomies ou celles qui sont contenues dans le canal digestif sont passées à travers un linge fin ; on recherche le phosphore dans la portion liquide , comme il a été dit en parlant de l’eau , de l’alcool et de l’éther phosphorés. — On reconnaîtra le phosphore dans les portions solides aux caractères suivants : 1° elles pourront exhaler une odeur de phosphore ; 2° elles pourront répandre des vapeurs à l’air ; 3° triturées avec de l’azotate d’argent dissous , elles passeront d’abord au roux , puis au brun et au noir ; si la pâte ne renfermait qu’un millième de son poids de phosphore , il faudrait attendre plusieurs heures avant qu’elle devînt rousse; 4° étendues et éparpillées sur une plaque de fer préalablement chauffée , elles se décomposeront, le phosphore brûlera avec une flamme jaune en produisant une fumée blanche d’acide phosphorique et l’on apercevra çà et là des points lumineux au milieu du mélange. On peut constater ce phénomène sur une pâte alimentaire qui ne renferme qu’un millième de son poids de phosphore.
Ces caractères plus que suffisants pour déceler le phosphore dans le cas dont je parle , doivent être préférés à celui qui a été indiqué par plusieurs auteurs, et qui consiste à exprimer sous l’eau chaude la pâte phosphorée renfermée dans un nouet fait avec une peau de chamois. On éprouve, en effet, trop de difficulté à faire passer à travers la peau quelques atomes de phosphore, parce que celui-ci se trouve fortement retenu par la pâte. Dans une expérience de ce genre faite avec un mélange d'une partie de phosphore pulvérisé et de neuf parties de pain mouillé, mélange très riche en phosphore, j’ai à peine pu faire passer à travers la peau une ou deux petites particules de phosphore.
Phosphore transformé en acides hypophosphorique ou phosphorique. S’il n’existait plus de phosphore dans le canal digestif , parce qu’il aurait été transformé en acides phosphorique ou hypophosphorique , il faudrait constater la présence de ces acides.
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