‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 15 sur 85 · DE L IODE · texte numérisé non relu

DE L IODE

paraît agir do la même manière sur l’homme que sur les chiens ; 10° qu’il ne faut tenir aucun compte des assertions de M. Magendie, concernant ['innocuité de l’iode.

Traitement de l'empoisonnement par l’iode.

On provoquera le vomissement à l’aide de l’eau tiède donnée en abondance, puis on administrera une légère décoction d’amidon; des lavements amidonnés seront également indiqués; enfin, on combattra par les antiphlogistiques et les calmants les symptômes de gastroentérite qui pourraient se manifester.

Recherches médico-légales.

L’iode est solide, en petites lames d’une couleur bleuâtre, d’un éclat métallique, d’une faible ténacité, ayant l’aspect de la plombagine (carbure de fer), ou cristallisé en octaèdres ou en dodécaèdres; il jaunit sur-le-champ le papier blanc ou la peau sur lesquels ou le place ; son odeur est analogue à celle du sulfide de chlore liquide ; son poids spécifique est de /i,9d6. Si on le chauffe, iJ se vaporise en répandant des vapeurs violettes, très belles, qui se condensent par le refroidissement et donnent les lames cristallines dont j’ai parlé. Il communique à l’eau une légère teinte jaune d’ambre , et ne sc dissout qu’en très petite quantité. 11 est plus soluble dans l’alcool , avec lequel il forme la teinture d'iode.

Si l’iode ne sc volatilisait pas en entier étant chauffé, ou qu’il ne se dissokît pas complètement dans l’alcool, c’est qu’il serait mélangé de charbon, de fer, de sulfure de plomb ou de bi-oxyde de manganèse, etc. , substances avec lesquelles on l’a quelquefois falsifié. Il faudrait pour reconnaître ces fraudes, après avoir dissous tout l’iode dans l’alcool , constater les caractères de chacune des substances indiquées.

Eau iodée. — Liquide jaune tirant plus ou moins sur le rouge clair, odorant comme l’iode, colorant en violet l’amidon dissous ou délavé dans l’eau , perdant celui-ci sous forme de vapeur violette , et se décolorant lorsqu'on le chauffe, se décolorant aussi par la potasse ou par le sulfide de carbone liquide (liqueur de Lampadius . Versez deux ou trois gouttes de celui-ci dans un tube contenant de l’eau iodée, et agitez; le sulfide occupera bientôt le fond du tube, et sera d’un violet clair; décantez le liquide incolore surnageant , et mettez le sulfide restant dans une capsule; par la simple exposition à l’air, le sulfide se volatilisera en quelques minutes, en laissant de l'iode.

Alcool iodé ou Teinture (diode, — l iquida 1 t:ü -roi genir \ d une

DES POISONS IRRITANTS

odeur à la ibis alcoolique et indurée, décomposable par l’eau, qui en sépare l’iode, à moins qu’il ne soit trop étendu , se comportant avec la chaleur, ia potasse et l’amidon, comme l'eau iodée.

Médicaments solides contenant de l'iode (pilules, pastilles, etc.). — Ils peuvent répandre l’odeur cl’iode ; macérés pendant quelque temps avec de l’alcool concentré , iis peuvent céder à celui-ci une partie ou la totalité de l’iode, et la dissolution alcoolique colorera l'amidon en violet. Si l’alcool ne dissolvait pas de l’iode, il faudrait recourir au procédé dont je vais parler.

Iode mêlé au vin, au café, à un sirop, à des liquides alimentaires 9 ou bien faisant partie des matières vomies ou de celles que Von trouve dans le canal digestif après la mort. ~ On filtre ces liquides. S’il y a de l’iode à l’état solide, il reste sur le filtre, et on le reconnaît aux caractères précédemment indiqués. Si l’iode est en dissolution, il pourra déjà s’être transformé en acide iodique et surtout en acide iodhydrique , que l’amidon seul ne décèlerait pas. Après avoir agité ces liquides av ec de l’eau amidonée, on versera par petites parties une assez grande quantité d’acide azotique concentré, qui décomposera l’acide iodhydrique et fera naître un précipité d’iodure d’amidone violet plus ou moins foncé ou bleu ; ce précipité ne tardera pas à se ramasser, si l’on a employé assez d’acide azotique ; on le lavera à plusieurs reprises pour le débarrasser des liquides colorés au milieu desquels il s’est formé et de l’excès d’acide azotique. Pour s’assurer que ce précipité contient de l’iode, 1° on en délaiera une certaine quantité dans de l’eau, après l’avoir laissé égoutter sur un filtre, et on le chauffera à 80° ou 90u centigr. dans un tube : s’il contient de l’iode, le liquide se décolorera, et redeviendra bleu ou violet à mesure qu’il se refroidira ; s’il n’en était pas ainsi , il suffirait d’ajouter quelques gouttes d’une dissolution de potasse au liquide refroidi pour faire naître cette coloration; 2° on en agitera une autre portion dans un tube de verre, avec de l’eau, un peu de sulfide de carbone et de l’acide azotique concentré ; bientôt après, on v erra au fond du tube le sulfide de carbone coloré en rose ou en violet.

Si ces caractères ne sont pas suffisamment tranchés , on chauffera une autre portion du liquide suspect dans une cornue de verre, à laquelle on aura adapté un tube qui viendra se reluire dans une éprouvette entourée de glace et de sel, et dans laquelle on aura mis de l’eau amidonée ; après quelques minutes d’ébullition, on apercev ra des vapeurs violettes dans la cornue, et une coloration bleue de l’amidon, qui pourrait ne pas se manifester si l’éprouvette n’était pas refroidie; quelquefois même l’iode cristallisera dans un point quelconque de la cornue. Que si la proportion d’iode contenu dans la liqueur suspecte

DE l/iom RE DE POTASSIUM.

était beaucoup trop faible peur donner ers résultats, il faudrait suspendre l’opération après quinze ou virgt minutes d’ebulliticn , et la continuer après avoir ajouté au liquide de la cornue quelques grammes de chlore liquide. Pour peu qu’il y eût de l’iode, l’amidon serait coloré en \iolet. Je dirai toutefois que si les résultats de cette opération sont plus probants pour mettre hors de doute l’existence de l’iode que ceux qui ont été fournis par l’acide azotique, ce dernier agent est plus sensible que le chlore pour déceler des atomes de ce poison.

S'il s’agissait de reconnaître l’iode mêlé au lait et dissous, on commencerait par coaguler celui-ci à l’aide de l’acide azotique , on filtrerait pour séparer les caillots, et l’on agirait sur le liquide filtré, comme il vient d’être dit.

I.c procédé donné par >1. Devergie pour reconnaître l’iode mêlé à ces divers liquides, et qui n’est en définitive que celui de M. O’Sliaugnessey, doit être rejeté, parce qu’il est trop compliqué et moins sensible que celui que je conseille ; il est d’ailleurs insuffisant, puisqu’il ne fournit point la preuve de l’existence de l’iode. Qui pourrait se contenter, en effet , après avoir traité des matières suspectes par des agents nombreux, cl 'une simple coloration violette , et 11’est-il pas indispensable de prouver, comme je propose de le faire, que le précipité violet est réellement de l’iodure d’amidonc ?

Si l’on voulait retirer l’iode des viscères dans lesquels il a été porté par voie d’absorption ou des tissus du canal digestif, il faudrait faire bouillir et s divers organes, pendant deux heures environ, avec de l’eau distillée et 1 gramme de potasse à l’alcool ; le solution filtré et plus ou moins coloré , traité par l’acide azotique concentré et en assez forte proportion , se comporterait avec l’amiclon, comme je viens de le dire.

Taches d'iode sur la peau ou sur d’autres tissus organiques. — filles sont jaunes ou d’un jaune rougeâtre, et s'effacent au bout d’un certain temps par le contact de l’air ; l’amidon les colore en bleu et la potasse les fait disparaître , caractères plus que suffisants pour les distinguer des taches de hile qui persistent et ne présentent aucune des propriétés indiquées avec l’amidon et la potasse, ainsi que des taches d’acide azotique que l’amidon ne colore pas et auxquelles la potasse communique une couleur d’acajou.

DS I:’ INDURE BS POTASSIUM.

Action sur l’économie animale.

Expériences. — Lorsqu’on injecte 20 centigrammes de ce sel dissous dans l'eau dans la >eine jugulaire externe d’un chien , l’animal jette d’a-

DES POISONS IRRITANTS

bord un faible cri. Il est pris aussitôt de contractions violentes dans tous les muscles, avec déjection d'urine et de matières fécales. Quelques secondes après, il tombe sans mouvement, rend une petite quantité de salive écumeuse , et la langue , qui est pendante hors de la gueule, laisse apercevoir à sa surface un mouvement oscillatoire de ses fibres qui dure quelques secondes ; la vie cesse aussitôt.

A la dose de l\ à 8 grammes introduit dans l'estomac des chiens , il dé-, termine quelques vomissements, suivis bientôt de l'évacuation d’une partie ou de la totalité du poison; les vomissements s’arrêtent , et les chiens tombent dans un état d’affaissement qui va croissant de jour en jour jusqu’au moment de la mort; ils succombent dans le collapsus le plus complet.

Comme plusieurs autres poissons , Piodure de potassium développe entre les membranes muqueuse et musculeuse un état emphysémateux partiel qui soulève la tunique interne de l’estomac, et produit dans ies endroits moins malades une quantité considérable de tumeurs arrondies, à base large, d’une couleur légèrement rosée, crépitantes, contenant dans leur intérieur un liquide incolore enveloppé d'air et analogue , pour l'aspect et la consistance , au poumon d’un jeune enfant. Les autres altérations que détermine Piodure de potassium sont des ecchymoses nombreuses et fort larges , et des ulcérations qui, comme celles que produit l’iode, seraient aussi environnées d’une auréole jaune, si Piodure était fortement ioduré.

Appliqué sur des plaies ou sur le tissu cellulaire sous-cutané des chiens, Piodure de potassium n’exerce aucune action nuisible à la dose de U grammes. {Mémoire sur V empoisonnement par Vhydriodate dénotasse , par M. Alphonse Devcrgie.)

Observations. — Une jeune personne éprouva un malaise général, des nausées et une chaleur brûlante avec ardeur à l’estomac, peu de temps après avoir pris 6 grammes d'une dissolution d’iodure ioduré de potassium. Une heure après, elle vomit, et ressentit une douleur de tête ; il y avait de l'agitation et des vertiges. Ces accidents cédèrent aux boissons aqueuses et gommeuses tièdes et à des antispasmodiques. (Octave Dessaignes, J. de chim. médicale, iv, 65.)

Le docteur K ramer , après avoir pris de Piodure de potassium comme médicament, a trouvé de Piodc dans son urine. Désirant connaître jusqu’à quelle époque il serait possible de reconnaître la présence de ce corps, après avoir cessé de prendre de Piodure , il s’est livré à des recherches curieuses, dont voici les principaux résultats. Quarantehuit heures après la dernière dose, l’iode fut découvert en opérant sur AO centimètres cubes d’urine, et il y était en proportion considérable. Soixante-douze heures après, il y en avait encore sensiblement dans l\lx centimètres cubes d’urine. Quatre-vingt-seize heures après, eu opérant sur 50 centimètres, on en aperçut des traces. Cent vingt heures après , on eut déjà beaucoup de peine à en déceler la présence , quoique l’exj érience fût faite sur 1/jO centimètres d’urine. Cent quarante-quatre

de l’iodure de potassium. 73

heures après, on n’en découvrit plus en opérant sur 385 centimètres cubes de liquide.

Conclusions. — 1° L’iodurc de potassium est absorbé, et peut être décelé dans le sang, dans burine et dans les viscères des animaux qui en ont pris. 2° Il agit sur l’économie animale à peu près comme l’iode.

Traitement de l'empoisonnement par l’iodure de potassium.

Il est le même que celui de l’empoisonnement par l’iode. (V. p. 69.)

U iodure de potassium pur est solide, cristallisé en cubes, d’une saveur acre, piquante, déliquescents et très solubles dans l’eau. Cette dissolution, incolore, jaunit et devient même rougeâtre par son exposition à l’air, qui transforme le sel en iodure ioeluré; quelques gouttes de chlore liquide en séparent l’iode, et si l’on ajoute de l’amiclon , il se produit de l’iodure d’amidone bleu ; il ne faudrait pas employer un excès de chlore, carie mélange se décolorerait; les acides azotique et sulfurique concentrés, employés en assez forte proportion, précipitent également l’iode. Le chlorure de platine, le protoazotate et le bichlorure de mercure, et les sels de plomb dissous en précipitent des indurés; celui de platine est rouge amarante, le proto-iodure de mercure est jaune verdâtre, le bi-iodure est .rouge carmin, et l’iodurede plomb jaune serin. Le réactif le plus sensible pour déceler les atomes de ce sel, est sans contredit le mélange d’amidon , d’une goutte de chlore et d’une goutte d’acide azotique : c’est lui qu’il faut employer pour découvrir ce sel dissous dans une grande quantité d’eau. Les motifs qui me font préférer ce mélange au sel de platine sont : 1° que celui-ci se comporte de manière à ne pas pouvoir permettre de conclure qu’il existe de l’iodure de potassium , quand il y en a h peine des atomes; en effet, la liqueur ne se trouble pas dans ce cas et devient tout au plus d’un jaune rougeâtre, à peu près comme cela arriverait si on versait le sel de platine dans de l’eau contenant quelques traces d’un sulfure soluble et qui ne renfermerait pas de l’iodure de potassium; 2" qu’il décèle souvent des proportions infiniment minimes de cet iodure clans certains mélanges, alors que le sel de platine ne les colore aucunement en jaune ni en rouge; je citerai pour exemple quelques échantillons de sel gris du commerce (chlorure de sodium), le sang , etc. Pour démontrer la présence . de la potasse clans P iodure de potassium, on emploierait les acides chloriqueet tartrique ( V. Potasse) ; quant au .chlorure de platine, il ne faudrait en faire

DES POISONS IRRITANTS

usage qu’après avoir décomposé î’iodure par du chlore, et avoir éliminé i’icde, soit en filtrant, soit en chauffant la liqueur; il suffirait alors de concentrer celle-ci par l’évaporation.

j L’iodure de potassium du commerce, alors même qu’il contiendrait une grande quantité de chlorure de potassium , ou de sodium , ou de carbonate de potasse , se comporterait de la même manière avec les réactifs propres à déceler l’iode.

L’iodure ioduré de potassium est jaune ou rougeâtre ; il colore l’amidon en bleu ou en violet , sans addition de chlore ni d’acide , et il fournit avec les réactifs précités les mêmes précipités que l’iodure de potassium.

loclure de potassium dissous dans l’alcool , dans un sirop ou dans tout autre liquide, ou bien faisant partie des liquides vernis ou de ceux que l'on trouve dans le canal digestif apres la mort , ou de l’urine. Si ces liquides sont peu colorés , on y démontre la présence de l’iodure , comme il vient d’être dit. S’ils sont notablement colorés , même après avoir été filtrés, on s’attache à prouver qu’ils renferment de l’iode, en ayant recours aux procédés dont j 'ai parlé à l’occasion de l’iode; ainsi, d’une part, on les traite par une forte proportion d’acide azotique et par l’amidon; et, d’un autre côté, on les chauffe dans une cornue avec du chlore pour obtenir des vapeurs \ iolettcs, de l’iode cristallisé et un précipité bleu ou violet dans l’éprouvette refroidie qui contient l’amidon. (Voy. pag. 70.) ïl suffit pour affirmer qu’il y a de l’iode d’avoir obtenu le précipité bleu ou violet, pourvu que l’on ait constaté, par les caractères que j’ai énoncés à la pag. 70, que ce précipité est véritablement de f iodure d’amidone.

lodure de potassium mélangé avec du sang, avec des madères solides alimentaires ou médicamenteuses , ou bien contenu dans les viscères des animaux empoison nés. On fait bouillir ces matières avec de l’eau distillée pendant une ou deux heures ; on filtre. Les liqueurs, quelque colorées qu’elles soient , sont partagées en deux parties ; l’une d’elles est traitée par l’acide azotique et l’amidon , l’autre est chauffée avec du chlore liquide dans un appareil distillatoire , comme il vient d’être dit.

Si la dissolution aqueuse ne fournissait point d’iode , il faudrait chauffer avec du chlore liquide , dans un appareil analogue , les matières solides épuisées par l’eau distillée bouillante.

Ce procédé simple et exact doit être préféré à ceux, beaucoup trop compliqués, qui ont été conseillés par MM. Chrisfison , O’Shauguessey et Devergie.

Dt; BROME.

Page 1