DE L ACIDE TARTRIQUE
opérée; la peau s’était réchauffée, et le pouls était devenu vif et plein. Mais la douleur du gosier s’était en môme temps étendue jusqu’à l’abdomen , qui se montrait alors douloureux à la pression. En conséquence, des sangsues furent appliquées, puis des fomentations chaudes furent faites sur le ventre ; le traitement antiphlogistique fut continué, et, dès le lendemain, l’amélioration qui résulta de cette médication fut évidente. Le sel d’Epsom fut prescrit pour s'opposer à la constipation , et, au bout de quelques jours, la malade eut pleinement recouvré la santé. ( The London med. gaz. Voy. Gazette des Hôpitaux du 19 fév. 1842. )
Observation 2e. — Madame Spilzcr allaitait son enfant âgé de trois ou quatre mois, quand un engorgement douloureux survint aux seins, et la contraignit de prendre une nourrice. Elle devait se purger en prenant deux jours de suite 16 grammes de bitartrate de potasse soluble chaque fois; mais au lieu de crème de tartre, on lui donna du sel d'oseille. Aussitôt après avoir avalé un de ces paquets , elle fut prise des plus violentes douleurs, et s’écria : « Je suis empoisonnée! » On lui lit boire une grande quantité d’eau chaude pour provoquer des vomissements; mais elle ne vomit point, et sa posiiion s’aggrava si rapidement, qu’elle expira au milieu d’horribles convulsions, moins de quinze minutes après l’ingestion du poison.
Ouverture du cadavre. — Les surfaces baignées par le liquide vénéneux parurent plus rudes au toucher que dans l’état naturel; elles n’étaient que médiocrement enflammées. Les tissus n’étaient point altérés dans leur structure; mais ils avaient contracté une telle union avec la matière acide, que plusieurs lavages et des macérations prolongées dans l’eau distillée ne purent les en débarrasser : c’était une sorte de combinaison. Les liquides étaient très acides; on en isola de l’acide oxalique , de la potasse et de l’acide borique ; ce dernier faisait partie du borax qui avait été ajouté pour rendre soluble la prétendue crème de tartre. On s’assura aussi, par la proportion d’acide oxalique obtenu , que le sel était du bi-oxalate et non de l’oxalalc de potasse. (Alger, Observation communiquée par M. Tripier en décembre 18/il.)
Observation 3e. — M. Magonti rapporte qu’une jeune femme prit 12 grammes de sel d’oseille dans l’espace de quarante-huit heures, qu’elle éprouva des vomissements, et que le troisième jour, elle devint presque folle, et succomba. ( Journal de chim. mêd., année 1839, page 56/r)
EE Ii’ ACIDE TARTRIQUE.
L’acide tartrique cristallise en aiguilles fines, ou en prismes hexaèdres irréguliers , ou en lames carrées un peu rhomboïdales , à bords obliques; sa saveur est très acide et piquante; il rougit fortement Yinfusum de tournesol. Exposé à l’action du calorique dans une petite fiole, loin de se volatiliser comme l’acide oxal que, il se décompose à la manière des substances végétales, noircit, se boursoufle, exhale une
DES POISONS IRRITANTS
vapeur aigre , piquante , brûle avec une flamme bleue , et laisse une grande quantité de charbon spongieux. lise dissout très facilement dans l’eau ; sa dissolution précipite l’eau de chaux et ne trouble point celle du sulfate calcaire ; le précipité , composé de tartrate de chaux , se dissout aisément dans l’acide azotique et dans un excès d’acide tartrique , caractère qui ne permet point de confondre ce dernier acide avec l’acide oxalique. Uni à la potasse , la soude et l’ammoniaque , il se comporte comme l’acide oxalique , et forme des tartrates neutres solubles , ou des surtartrates moins solubles (tartrates acidulés ) , suivant la quantité d’acide employée.
Observation. — Hud$pn , âgé de trente-sept ans , avala étant ivre , en une seule fois , 125 grammes de crème de tartre ; puis ne cessant pas de faire usage de ce sel, il continua pendant la journée à en mettre des fragments dans sa bouche, afin , disait-il , de se rafraîchir l’estomac, il rentra le soir extrêmement fatigué et pouvant à peine se traîner; le surlendemain , vers midi, on apprit qu’il avait eu de nombreuses garderobes pendant la nuit , et qu’il avait éprouvé des vomissements répétés et presque continuels. 11 se plaignit de douleurs dans la région ombilicale et d’une soif très vive. La langue était brune et sèche, et le pouls faible ; il avait de vives douleurs dans la région des reins; les cuisses et les jambes étaient paralysées ; les matières des vomissements étaient d’un vert foncé, et les matières fécales avaient la couleur du marc de café. L’administration d’un opiat lui procura d’abord un léger soulagement ; mais les accidents reparurent, et le malade succomba le quatrième jour.
A l’ouverture du cadavre on reconnut que le corps n’offrait ni taches ni ecchymoses. L’estomac, distendu par des gaz, contenait environ 100 grammes d’un liquide brun qui paraissait devoir cette couleur à la bile. Il existait près du pylore plusieurs taches rouges ; l’extrémité cardiaque était très enflammée ; la membrane muqueuse offrait plusieurs taches d’un rouge très foncé , qu’on aurait pu croire produites par la rupture de quelque ramuscule sanguin. La tunique muqueuse du duodénum était rouge , mais moins que celle du cardia. La même coloration s’apercevait dans les petits intestins et dans le colon. La membrane muqueuse du rectum présentait de nombreuses petites taches sur un fond blanc. Les intestins contenaient un mucus épais et brunâtre ; mais on ne voyait pas de traces de matières fécales. ( Journal de chimie médicale , année 1838, pag. 72.)