‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 28 sur 85 · DE LEAU DE JAVELLE · texte numérisé non relu

DE LEAU DE JAVELLE

une grande quantité de matière coagulée. La liqueur filtrée , évaporée et carbonisée dans une capsule de porcelaine, a laissé un charbon qui était fortement alcalin. En incinérant ce charbon dans un creuset d'argent , j'ai obtenu des cendres que j’ai fait bouillir avec de l’eau distillée ; le solulum bleuissait fortement le papier rouge de tournesol, ne précipitait pas par le chlorure de platine et donnait un précipité blanc avec de l’aci te pthorhyJrique silice : donc il <ontenait de la soude libre.

Le oie et la rate d’un chien à 1 état normal, traités de la même manière, n’ont point fourni de chlore, et l’acide phtorhydrique silice n’a point précipité de soude.

Ut ine. — 3 grammes d’urine de ce chien traitée par l’azotate d’argent ont donné onze centigrammes de chlorure d’argent, c’est-à-dire au moins huit fois autant qu’on en obtient de la môme proportion d’urine à l’état normal.

Expérience ir. — Dans une autre expérience faite dans les mêmes conditions, j’ai traité le foie et la rate par I eau froide; le solulum éva- -poré jusqu’à siccité et refroidi, a été agité pendant un quart d’heure avec de l’alcool concentré marquant IxL i degrés, et la liqueur a été filtrée et évaporée dans une capsule de porcelaine jusqu’à ce qu’elle fût carbonisée; le charbon blcuissa l le papier rouge de tournesol ; incinéré dans un creuset d’argent, il a laissé un résidu alcalin qui , étant tracé par beau hou.lian e, a fourni un solulum fortement alcalin , ne précipitant pas par le chlorure de platine , et donnant avec, l’acide phtorhydrique silicé un précipité blanc semblable à celui que l’on obtient avec la solide.

Je me suis assuré, en expérimentant de même sur un foie et une rate d’un chien a l’état normal, que la liqueur aqueuse provenant des cendres, quoique alcaline, ne se troublait pas par l’acide phtorhydrique silicé.

Procédé , — On filtrera les matières suspectes et on les mettra en contact pendant plusieurs heures avec une lame d’argent pur, dans un flacon bouché ; on retirera la lame , et si après l’avoir lavée avec de l’eau distillée, on voit qu’elle n’est pas colorée en brun, on l’exposera à la lumière solaire ; si elle se colore, on s’assurera par l’ammoniaque et par l’acide azotique qu’e le doit cette couleur à du chlorure d’argent ; la présence de ce sel sur la lame permettra d’affirmer qu’il existait du chlore libre dans la liqueur filtrée. Si la lame ne s’est point colorée , on se gardera bien de conclure que les matières suspectes ne contenaient point d’eau de Javel e, car le défaut d’action sur la lame pourrait tenir à ce qu’il n’existait dans le mélange qu’une très faible proportion d’eau de Javelle, ou bien à ce que celle-ci renfermait originairement très peu de chlore, ou bien enfin à ce que le chlore qui en faisait partie s’est combiné avec la matière organique, de manière à ne plus pouvoir être décelé par l’argent. Alors on introduira dans une cornue environ la moitié de la liqueur suspecte avec une lame d’argent et quelques grammes d’acide sulfurique concentré , et on chauffera jus-

DES POISONS IRRITANTS

qu’à 1 ébullition; si la lame est noircie par du chlorure d’argent et que la vapeur qui distillera binasse un papier blanc imprégné d’iodure de potassium et d’amidon préalablement placé dans le récipient , on sera certain qu’il y avait du chlore dans la liqueur; ce dernier caractère seul serait insuffisant pour prononcer, parce que certains acides qui auraient pu se volatiliser pendant la distillation, et notamment l’acide sulfurique, jouissent de la propriété de bleuir le papier imprégné d’amidon et d’iodure de potassium, il n’en est pas ainsi de l’autre caractère ; en effet l’application d’une couche de chlorure d’argent sur la lame de métal, dans les circonstances précitées , suppose nécessairement l’existence du chlore dans la liqueur.

On s’attachera ensuite à démontrer dans le mélange suspect la présence de la potasse ou de la soude qui pouvaient faire partie de l'eau de Javelle. Pour cela on agira sur la totalité de la liqueur, si, à l’aide de la lame d’argent seule et sans addition d’acide sulfurique, on est parvenu à reconnaître qu’elle contient du chlore; s’il n’en était pas ainsi , on n’opérerait que sur la moitié de la liqueur, sur celle qui n’aurait pas été décomposée par l’acide sulfurique. On évaporerait celle-ci jusqu’à siccité, pour la traiter ensuite par l’alcool à kh degrés, et lui faire subir les opérations qui ont été décrites à l’occasion de l’exp. 2 ", p. 239. La présence de la potasse ou de la soude à la fin de ces recherches permettrait d’établir l’existence d’un empoisonnement par l’eau de Javelle à base de potasse ou de soude , en apportant toutefois dans les conclusions la réserve que j’ai conseillé de mettre lorsque j’ai parlé de T empoisonnement par la potasse et par la soude (voy. p. 231 et 2 3 A).

U pourrait toutefois arriver que la quantité d’eau de Javelle renfermée dans les matières soumises à l’expertise fût tellement faible qu’il fut impossible de prouver que celles-ci continssent du chlore , et même de la potasse ou de la soude. En effet, lorsqu’il existe peu d’eau de Javelle , et que celle-ci ne renferme pas la quantité de chlore voulue, il se forme pendant l’évaporation des matières du chlorure de potassium et de l’hypoclilorate de potasse, et il n’y a pas un excès d’alcali; en sorte que l’alcool concentré ne dissout ni de la potasse ni de la soude quand on le fait agir sur le produit de l’évaporation. Alors l’embarras est extrême, et les experts se trouvent réduits à établir des conjectures d’après le commémoratif, les symptômes et les lésions de tissu. On se méprendrait étrangement en croyant que dans ces cas on pourrait décider la question d’après l’abondance des précipités que feraient naître le chlorure de platine ou l’acide phlorhydrique silicé dans le traitement aqueux de la matière desséchée et épuisée par l’alcool : l’expérience prouve qu’une pareille marche entraînerait souvent les experts dans des erreurs funestes.

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