‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 45 sur 85 · CINQUIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME OBJECTION

L individu que I on soupçonne être mort empoisonné, et des viscères duquel on retire de V arsenic , pouvait avoir été soumis pendant la vie à Lutage (Lune médication arsenicale , en sorte que

DE l'acide arsénieux. 443

lf arsenic recueilli par l’analyse ne proviendrait pas d’un empoisonnement.

On sait que les composés d’arsenic sont employés en médecine, et qu’ils agissent alors à la fois sur les tissus qu’ils touchent et par suite de leur absorption. Il ne serait donc pas impossible que l’expert chargé de faire une recherche médico-légale découvrît ce poison dans les viscères d’un individu qui aurait pu succomber à une autre maladie que l’empoisonnement par l’acide arsénieux.

Il faudrait, dans les cas de ce genre, s’enquérir minutieusement de tout ce qui a précédé la mort : à quelle dose , pendant combien de temps et à quelle époque l’individu a-t-il pris de l’arsenic comme médicament ; la maladie à laquelle il a succombé est-elle survenue tout-à-coup et lorsqu’il jouissait en apparence d’une bonne santé; par quels symptômes a-t-elle été caractérisée , quelle a été sa marche et sa durée? On ne devrait pas négliger non plus d’explorer attentivement le canal digestif, et surtout l’estomac , que l’on pourrait trouver enflammé , ecchymosé , ramolli ou durci et comme tanné , meme perforé.

Nul doute que la mort ne dût être attribuée à un empoisonnement récent et aigu , quand même l’individu aurait fait usage de petites doses d’un composé arsenical médicamenteux quelques semaines auparavant, s’il avait éprouvé les symptômes que détermine une assez forte dose d’arsenic , si l’invasion de la maladie avait été brusque et sa marche rapide , que l’on eût pu constater après la mort des lésions cadavériques analogues à celles que développent les préparations arsenicales , et que la quantité de poison trouvé par l’analyse fût assez notable.

Je ne balancerais pas encore à affirmer qu’il y a eu empoisonnement récent et aigu alors qu’un composé arsenical aurait été pris, comme médicament , quelques semaines auparavant , si l’on obtenait une proportion notable d’arsenic en traitant les divers organes comme je l’ai dit, quand même pendant la maladie, que je suppose de courte durée, on n’aurait observé que quelques uns des symptômes occasionnés par l’arsenic, et qu’il aurait été impossible de constater après la mort les lésions de tissu que produit le plus ordinairement l’acide arsénieux : on sait en effet que certains malades ont péri par ce poison sans avoir éprouvé ni douleurs ni évacuations, et sans que le canal digestif fût le siège d’une altération manifeste.

Il n’en serait pas de même si , dans cette dernière espèce , la quantité d’arsenic fournie par l’analyse n’était pas considérable ; je me bornerais alors à établir des présomptions d’ empoisonnement.

Si le composé arsenical médicamen teux avait été administré peu de

DES POISONS IRRITANTS

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jours avant la mort, que la maladie eût été de courte durée , qu’elle eût présenté les caractères d’un empoisonnement par l’arsenic , que l’estomac et les intestins fussent profondément altérés , et la quantité d’arsenic obtenue considérable, j’affirmerais encore qu’il y a eu empoisonnement.

Je serais au contraire très réservé dans mes conclusions, si, dans cette dernière espèce, le canal digestif était sain et la proportion d’arsenic recueillie par l’analyse excessivement minime ; je me bornerais alors à faire naître quelques doutes dans l’esprit des jurés.

Ma circonspection serait encore plus grande si, dans le cas dont je viens de parler, la maladie avait duré plusieurs jours et qu’elle n’eût offert qu’un petit nombre des symptômes que l’on remarque le plus souvent dans le genre d’empoisonnement qui m’occupe.

Enfin j’avouerais l’insuffisance de l’art pour résoudre le problème , si la maladie datait déjà de plusieurs semaines , que pendant toute sa durée le malade, soumis à Vusage d'une médication arsenicale , eût éprouvé quelques uns des symptômes de l’empoisonnement, qu’après la mort on n’eût découvert aucune lésion appréciable du canal digestif, et que l’on n’eût pu retirer des organes que des atomes d’arsenic. On conçoit en effet que l’empoisonnement lent qui serait le résultat de petites doses d’une préparation arsenicale souvent réitérée et long-temps continuée , se confonde nécessairement avec les effets que produirait la médication arsenicale à laquelle un individu aurait été soumis pendant plusieurs semaines.

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