‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 103 sur 107 · EMPOISONNEMENT PAR LES VAPEURS ARSENICALES · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT PAR LES VAPEURS ARSENICALES

On sait que M. Raspail , en attaquant l’expertise que nous avions faite à Tulle, mit en avant l’objection suivante : La respiration pulmonaire, dans certaines usines, est capable d introduire dans le corps des quantités appréciables d'émanations arsenicales. Les minerais de fer du Limousin ne sont certes pas exempts d arsenic , et Laffarge était maître de forges , s’occupant activement d expériences propt es à donner une grande extension d son exploitation. A cette objec-

tion, qui n’appartient pas h W. Raspail, puisque M. Paillet l’avait présentée dans sa défense, je répondis qu’il n’était pas difficile de montrer qu’elle était sans valeur; en effet Laffarge quitta le Glandier le 50 novembre et il mourut le li janvier suivant; il était donc •esté éloigné de son usine pendant cinquante-cinq jours Alors même qu en partant du Glandier, disais-je, ses organes auraient contenu quelques atomes d’arseni ■ , qui y auraient pénétré sous forme de vapeur, on ne serait pas fondé à admettre que ces organes eussent conservé cet arsenic pendant deux mois environ, lorsqu’on sait, âne pas en douter, par les expériences faites sur les animaux, qu’il suffit de quelques jours pour que l’économie animale sc débarrasse de la portion de ce poison qui aurait été absorbée. D’ailleurs, pour quiconque connaît le travail du fer et les conditions dans lesquelles s’opère la réduction des minerais, cette objection n’aura aucune portée. (Réponse aux écrits de M. Raspail dans l’affaire de Tulle. Paris, décembre 1840 , pag. 39.)

On verra par le travail récent et intéressant de M. Ciiatin sur l'inspiration des vapeurs arsenicales , combien ma réponse était juste. Qu’il me soit permis de transcrire tout entière la note que je dois à l’obligeance de M. Chatin.

« Les résultats des expériences que je viens de faire sur l’arsenic peuvent être rapportés aux r/Jéts toxiques , aux voies d’absorption, à l’élimination de ce composé , et leurs conséquehces se traduire en applications à la médecine légale , à la thérapeutique et à l’hygiène, o

« 1° Effets toxiques. — Ils varient dans une espèce animale donnée , suivant les âges, les sexes, la force des individus, l’état de l’estomac , la température extérieure , et certaines constitutions organiques difficiles b apprécier dans leur essence. Les animaux qui n’oiit point encore pris toute leur croissance , les femelles , ceux d’une taille plus petite, meurent les premiers; une quantité donnée de poison les tue plus vite b -f- 20" qu’a 11'', mais nulle cause n’a autant d’influence que l’état de plénitude ou de vacuité du tube alimentaire; les animaux b jeun périssent de beaucoup avant les autres. Toutefois, cette dernière influence ne se fait bien sentir que dans les empoisonnements par les voies respiratoires et l’estomac , et nullement quand on opère par le mode sous-cutané. »

« L’action toxique ne varie pas moins suivant les espèces animales; de mes expérimentations sur les chiens , les chats, les lapins, les poules et les pigeons, ainsi que des faits déjà connus , j’ai déduit la loi suivante : Les effets vénéneux de l’arsenic chez les animaux pris dans les mêmes conditions d'âge , etc. , sont en raison composée de la perfection du système respiratoire et cérébro-spinal. »

Page 1