BU CHLORE
Action sur l’économie animale.
Expérience r*. — On a injecté 10 à 12 centimètres cubes de chlore gazeux, à la température de 9” II., dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille. Les effets de celle injection ont été bornés à quelques plaintes. Au bout de cinq minutes, nouvelle injection de 15 à 20 centimètres cubes du même gaz : au bout d’une minute, l’animal a poussé des plaintes, des cris de souffrance; la respiration est devenue difficile et rare , et il es( mort trois minutes après la dernière injection. A l’ouverture du corps, qui fut faite quatre minutes après la mort, on trouva le sang entièrement liquide et semblable au sang veineux dans l’oreillette et le ventricule pulmonaires, qui ne contenaient ni gaz ni caillots.
Expérience uc. — A huit heures quarante-cinq minutes, on a injecté dans la plèvre droite d’un chien, du poids de G kilogrammes, 60 centimètres cubes de chlore gazeux, à la température de 13“ IL Immédiatement après, agitation violente, éjection d’urine; l’animal tombe sur le côté, se roidit un instant, et crie comme dans une extrême souffrance. Peu de temps après , il marche ; mais il continuait à se plaindre. A midi, il ne se plaignait plus; il était le plus souvent couché. A quatre heures quinze minutes, tremblements des membres; nulle plainte. Le lendemain, il était triste , et restait couché. Le troisième jour, on le fit périr. Les deux plèvres étaient recouvertes de fausses membranes , et contenaient chacune environ 100 grammes de sérosité rougeâtre ; par le refroidissement il s’est formé dans le cœur des concrétions d’apparence gélatineuse, comme celles qu’on observe à la suite des maladies inflammatoires, et qui sont très analogues à la couenne pleurétique.
On sait, par un très grand nombre d’expériences, que les animaux ne tardent pas à périr lorsqu’on les plonge dans le chlore gazeux. Nysten dit à cet égard : « Ce gaz n’est pas absorbé quand on le respire pur; il ne paraît agir qu’en irritant localement les bronches, et son action est si énergique que l'animal meurt avant de pouvoir être asphyxié par le sang noir. Ce qui prouve encore qu’il n’agit qu’en irritant , c’est que , quand on le respire étendu dans l’air et en trop petite quantité pour porter «atteinte à la vie des poumons, il borne son action à déterminer une toux plus ou moins vive, et quelquefois, comme l’a remarqué Fourcroy, une phlegmasic delà membrane muqueuse des bronches. » ( Recherches de Physiologie et de Chimie , pag. 1 kh , ann. 1811.
du cnr.onE.
Le docteur Williams Wallace, clans un mémoire sur le traitement des maladies du foie par le chlore , a étudié l’action de ce gaz sur l’homme et a obtenu les résultats suivants. (Voy. Arc h. gcnc. de Med. , tom. V, pag. 118, ann. 182 k. )
La peau exposée dans un appareil convenable a 1 action du chlore suffisamiTient mêlé à de l’air et à de la vapeur d eau , sous une température de 110° F. (é3°c.), éprouve au bout de dix à douze minutes, dans diverses parties de son étendue, des sensations analogues a celles que produiraient des piqûres ou des morsures de très petits insectes. Ces sensations vont en augmentant de nombre , mais non de force , et enfin elles font naître le désir de frapper avec la paume de la main les parties ainsi tourmentées. Cette sensation de démangeaison n’est plus incommode quand on est sorti du bain , mais elle est généralement suivie d’un sentiment de prurit ou d’ardeur qui cesse cependant avant que le malade soit habillé. L’auteur assure que la peau conserve d’autant plus long-temps cette sensation qu’on a été soumis à un plus grand nombre de fumigations. — Un autre effet immédiat du chlore est la sueur, qui commence généralement en même temps que le prurit, et qui quelquefois est très copieuse. Il croit cpie cette transpiration est plus abondante que celle qui serait provoquée par le même degré de chaleur, seule ou unie à la vapeur d’eau. 11 suait lui-même plus abondamment quede coutume la nuit qui suivait le bain de chlore. C’est à celte propriété qu’il attribue la plus grande partie des effets avantageux du remède. Enfin l’effet le plus évident de ce bain est une éruption de très petites pustules sur toutes les parties du corps , mais plus particulièrement au dos, aux lombes, à la poitrine, sur l’abdomen et sur les bras. L’apparition de cette éruption est toujours d’un bon augure. Rarement l’auteur a vu ces pustules suppurer. Pendant l’application locale du chlore gazeux, la peau prend une couleur rouge, et si l’application continue il en résulte une forte douleur qui , ainsi que la rougeur, va toujours en augmentant; la peau se soulève et se gonfle, et prend un aspect analogue à celui des téguments de la face atteinte d’érysipèle, puis elle devient le siège d’un malaise, tel qu’il existerait si les parties avaient été contuses. Ces sensations durent quelques jours comme si la peau était profondément affectée. Enfin survient le prurit , précurseur de la desquammalion de l’épiderme. Il résulte de tout cela que les effets immédiats de l'application du chlore gazeux, sont une exaltation de la sensibilité de la peau accompagnée de sensations particulières, de sécrétions augmentées , de congestions sanguines dans les capillaires , finalement d’une augmentation de température, ce qui autorise à conclure que les fonctions et les propriétés
DLS POISONS IRRITANTS.
vitales de la peau sont excitées d’une manière très active, excitation qui persiste quelque temps après l’opération.
Le docteur Wallace croit que le chlore exerce sur les membranes muqueuses une action analogue à celle qu’il produit sur la peau. La personne soumise à l'influence de ce remède montre une altération dans la quantité et la qualité des sécrétions opérées par ces membranes, mais plus particulièrement dans celles des organes biliaires , salivaires, urinaires et génitaux , etc..
L’auteur ne sait s’il doit attribuer seulement à la chaleur ou au chlore l’augmentation d’activité qui se manifeste dans la circulation et dans la respiration ; il ignore également quelle est l’action spéciale de ce gaz sur le cerveau et sur le système nerveux.
Le docteur Christison rapporte qu’un fabricant de produits chimiques de Belfort lui a dit que les ouvriers exposés à l’action du chlore gazeux sont obligés de prendre du carhonatedechauxpour neutraliser les produits acides qui se développent dans leurs estomacs , qu’ils ne deviennent jamais gras, quoique la durée de leur Aie ne soit pas abrégée ( Tr cotise on poisons, 697, 1'' édit.) D’un autre côté, nous avons vu souvent , à l’époque où l’on employait fréquemment des fumigations de chlore contre la phthisie , un accroissement notable dans les forces digestives, la constipation, la décoloration des matières fécales , etc.
Expérience me. — A neuf heures , oie a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste 50 grammes de dissolution de chlore moyennement concentrée, et on a lié l’œsophage. Dix minutes après, l’animal a commencé à faire des efforts violents pour vomir. A midi, il était très abattu, et se plaignait considérablement. Il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge noir dans toute son étendue ; les autres organes paraissaient sains.
Expérience ivc. — On a répété la même expérience avec 6Zi grammes de la dissolution précédente que l’on a préalablement affaiblie avec 120 grammes d’eau. L’an. mal est mort dans l’abattement quatre jouis après l’ingestion de la substance vénéneuse. La membrane muqueuse de l’estomac , peu rouge , offrait vers le grand cul-de-sac quelques petits ulcères bordés d’une auréole jaune ; l’intérieur du duodénum et d une pai tic du jéjunum était tapissé d’une couche jaune assez épaisse, provenant sans doute de la décomposition de la bile par l’acide chlorhydrique formé aux dépens du chlore et de l'hydrogène des tissus organiques.
Ces faits prouvent que le chlore liquide agit d’une manière analogue à celle des acides minéraux dont je parlerai bientôt.
Traitement de l’empoisonnement par le chlore.
Si les accidents ont été produits par du chlore gazeux, on s’attachera surtout à combattre, par des lotions émollientes, des gargaris-