‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 24 sur 107 · DES ACIDES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES ACIDES EN GÉNÉRAL

ils provoquent une abondante sécrétion de fluides qui les affaiblissent, et qu’ils sont saturés, en grande partie du moins, par la soude

libre de la bile. .

3° Si les acides sont étendus d’une certaine quantité d eau , us

peuvent encore agir à la manière des irritants énergiques, et donner lieu à une gastro-entérite des plus intenses. Ici l’absorption ne saurait être contestée : ainsi on a vu l’urine de quelques individus, qui avaient été empoisonnés par le bleu de composition, offrir une coulcui bleue, l’on a encore trouvé dans ce liquide les acides tartrique , citrique et oxalique que l’on avait fait prendre a 1 état solide avec des substances alimentaires. Dans ces différents cas , les acides dont je parle avaient été dilués ou étendus par les liquides aqueux qui avaient été ingérés comme médicaments, ou par ceux qui se trouvaient déjà dans le canal digestif , ou bien encore par ceux donl ils avaient provoqué la sécrétion.

4° Les acides beaucoup plus étendus, tels que les acides azotique, sulfurique, chlorhydrique, acétique et oxalique concentrés, mêlés à six ou sept fois leur poids d’eau , sont encore assez irritants pour développer une vive inflammation des tissus du canal digestif, et souvent même pour produire des perforations. Leur absorption est mise hors de doute par mes expériences , et l’on peut les retrouver facilement dans l’urine.

5° Appliqués à l’extérieur, les acides concentrés brûlent les tissus et occasionnent la mort, tantôt par l’inflammation d’une grande étendue de la peau et par la réaction du système nerveux qui en est la suite, tantôt par l’abondante suppuration qu’ils déterminent dans les parties circonscrites qu’ils ont profondément attaquées.

6° Injectés dans les veines, les acides concentrés, et même ceux qui sont passablement étendus d’eau , détruisent la vie en coagulant le sang et eu exerçant sur lui une véritable action chimique, d’autant plus prononcée que la quantité injectée est plus considérable.

Traitement de l’empoisonnement par les acides.

Les acides pouvant tous être saturés par la magnésie, et donner naissance à des sels qui n’exercent aucune action nuisible sur l’économie animale, ou qui sont tout au plus légèrement purgatifs, il est évident que cet oxyde métallique pourra être employé avec avantage pour empêcher les effets ultérieurs de la portion d’acide libre qui n’aurait pas encore agi : aussi prescrirai-je dans le traitement qui m’occupe, 1° de recourir d’abord à la magnésie, comme con-

tre-poison des acides ; 2° de combattre la gastro-entérite produite par l’acide qui a déjà exercé son action funeste.

Contre-poisons. — Les nombreuses expériences que j’ai tentées sur les chiens et plusieurs observations recueillies chez l'homme démontrent, 1° qu’en administrant de la magnésie délayée dans l’eau, ou un carbonate en dissolution affaiblie, aux individus qui viennent d’avaler un des acides dont je parle , on diminue les douleurs , et l’on peut même arrêter les accidents. Si le médicament n’est pris qu’au bout d’un certain temps, lorsque déjà l’acide a déterminé des effets funestes, son action est souvent insuffisante ; cependant il est encore utile d’y avoir recours, afin de neutraliser la portion du poison qui n’a pas agi, d’alléger les souffrances, et même de prolonger la vie.

Le docteur Ebers, de Breslau, a proposé de remplacer la magnésie par le carbonate de potasse, parce que, dit-il, l’action neutralisante de la magnésie est trop lente, qu’elle est d’une administration difficile, lorsque les efforts de déglutition sont très douloureux pour le malade, en raison de la grande quantité de véhicule qu’elle exige; qu’elle n’arrête pas dans quelques cas les progrès de la désorganisation , et qu’elle n’empêche pas le développement d’altérations consécutives graves. Il ajoute que l’action du carbonate de potasse est plus durable, plus énergique, et surtout plus générale que celle de la magnésie ; qu’elle n’est jamais assez \ iolcnle pour déterminer un nouvel empoisonnement, ni même une inflammation des tissus avec lesquels elle se trouve en contact. ( Rust’s Magazine, vol. 50, 3e cah. , 1837.) Tout en accordant que le carbonate de potasse dissous dans l’eau sature plus promptement les acides que la magnésie, parce que dans un temps donné il les touche par un plus grand nombre de points , je ne saurais partager la sécurité du docteur Ebers quant à son innocuité ; les faits sont en opposition avec cette opinion, ainsi que je le démontrerai en parlant du carbonate de potasse. Je ne reprocherai pas non plus à la magnésie de ne pouvoir être donnée que dans une grande quantité d’eau et de rendre la déglutition difficile, car rien n’est si facile que de faire avaler à la fois 1 ou 2 grammes de cet oxyde dans une cuillerée d'eau. On pourra néanmoins recourir avec avantage à une dissolution aqueuse affaiblie de carbonate de potasse, parce que , même dans cet état de dilution , elle agira efficacement sur l’acide sans exercer une action délétère.

La dissolution aqueuse de savon, sur laquelle Majault jeta beaucoup de défaveur, est utile et peut être administrée par tout le monde, sans le secours du pharmacien cl presque immédiatement après l’accident; son emploi n’est d’ailleurs accompagné d’aucun danger ; la rapidité avec laquelle elle est décomposée par les acides est telle , qu’elle no

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