‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 89 sur 107 · DU SULFATE DE BI-OXYDE DE CUIVRE · texte numérisé non relu

DU SULFATE DE BI-OXYDE DE CUIVRE

Action sur l’économie animale.

Expérience. A neuf heures du malin, j’appliquai 50 centigrammes de sulfate de cuivre sur une plaie faite au cou d’un chat très fort. A une heure , l’animal était dans un grand état de langueur; à trois heures, il ne pouvait plus se tenir sur ses pattes : il mourut le lendemain, à sept heures du matin. A l’ouverture du cadavre , on trouva les viscères de l’abdomen dans l’état naturel , excepté la portion cardiaque de l’estomac, qui offrait une tache inflammatoire ; la vessie urinaire était distendue ; le cerveau n’olfrait aucune altération.

M. Campbell, auteur de cette expérience, conclut que le sulfate dé cuivre agit en altérant la texture des parties sur lesquelles il est appliqué.

M. Smith, dans la dissertation inaugurale déjà citée, s’exprime ainsi en parlant de ce poison : « Appbqué à l’extérieur, à des doses beaucoup plus fortes que celles qu’on est dans le cas d’employer, le sulfate de cuivre borne son action à la partie qu’il cautérise. Il paraît que la force astringente et caustique dont il est doué s’oppose à son absorption. »

On voit, en rapprochant les travaux de ces deux physiologistes, qu’ils s’accordent à regarder le sulfate de cuivre comme un poison irritant , dont l’action se borne aux parties qu’il touche : j’ai à cet égard une opinion contraire appuyée sur les expériences suivantes.

Expérience T°. — A midi , j’appliquai 55 centigrammes de sulfate de cuivre sur une plaie faite au cou d’un petit chien faible. Deux jours après, l’animal, qui avait constamment refusé les aliments, était plongé dans un grand étal d’abattement : il mourut dans la nuit du deuxième au troisième jour. Ouverture du cadavre. Le lissu cellulaire sous-cutané correspondant à la plaie était enflammé, légèrement infiltré et recouvert d’une couche verdâtre. La membrane muqueuse de l’estomac, surtout

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vers le cardia , était rougeâtre. L’intérieur du rectum , dans l’étendue de quatre travers de doigt , olïrait une multitude de rides d’un rouge noir ; le reste du canal digestif ne présentait aucune altération ; les poumons étaient injectés et tachetés de plaques rouges.

Expérience ii'. — Cinquante centigrammes de sulfate de cuivre furent appliqués, le 3 octobre , à midi , sur le tissu cellulaire de la partie inférieure du cou d’un chien robuste et de moyenne taille : l’animal mourut dans la nuit du 6 au 7 , sans avoir éprouvé d’autres symptômes que de l'abattement , de l’inappétence et des déjections alvines. Ouverture du cadavre. La plaie offrait le môme aspect que dans l’expérience précédente ; l’estomac contenait une assez grande quantité d’un fluide brunâtre, filant ; sa membrane muqueuse, de couleur naturelle , présentait au pylore une tache noire du volume de la tète d’une épingle ; l’intérieur du rectum était d’un rouge noir, sans la moindre trace d’ulcération ; le reste du canal digestif paraissait sain ; les poumons étaient gorgés de sang et comme marbrés par des plaques noirâtres; le cœur renfermait du sang coagulé ; on voyait sur une des colonnes charnues du ventricule gauche une tache d’un rouge assez vif, peu étendue et peu profonde (1).

Expérience nr. — On applique sur le tissu cellulaire sous-cutané du col d’un chien robuste et de moyenne taille Zt grammes de sulfate de cuivre cristallisé et réduit en poudre fine ; ou réunit les bords de la plaie à l’aide de quelques points de suture. L’animal meurt au bout de vingtcinq heures et n'est ouvert que le surlendemain. La couche musculaire qui est immédiatement au-dessous de celle qui était en contact avec le sel est bleue comme si ce sel eût été appliqué sur elle.

Le foie, la rate, les reins, les poumons et le cœur, soumis ensemble à l’action de l’eau bouillante pendant six heures , ont fourni un décoclum d’où l’on a extrait du cuivre par le procédé de la carbonisation déjà décrit ; on en a également retiré de ces viscères épuisés par l’eau bouillante , desséchés et carbonisés de même.

L'urine contenue dans la vessie (environ 36 grammes) s’est comportée avec les agents précités de manière à ce qu’il inc soit seulement permis d’élever quelques probabilités en faveur de l’existence dans ce liquide d’une proportion infiniment petite d’un sel cuivreux.

Expérience iv°. — On appliqua 1 gramme 60 centigrammes de sulfate de cuivre sur la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste. L’animal n’éprouva que de l’abattement et mourut quarante heures après l’application du poison. Ouverture du cadavre. Tous les organes paraissaient être dans [l’état naturel, excepté l’estomac, dont la membrane interne était d’un rouge vif dans toute son étendue , et offrait <;à et là des taches brunâtres; il y avait en outre dans ce viscère une assez grande quantité d’un fluide jaunâtre , comme bilieux.

Expérience v'. — On lie l’œsophage d’un petit chien robuste auquel l’on venait de faire prendre 60 centigrammes de sulfate de cuivre dissous

(1) J’ai remarqué la même altération du cœur sur un autre chien placé dans les mêmes circonstances que celui dont je parle.

dans 100 grammes d’eau. L’animal meurt au Lotit de douze heures, et n'est ouvert que cinquante-trois heures après la mort. La membrane muqueuse de l’estomac est fortement enflammée, et l’on n’aperçoit à l’extérieur de ce viscère ni sur les autres organes abdominaux aucune coloration verte qui puisse faire penser que le sulfate de cuivre a transsudé ; du reste la majeure partie de la dissolution cuivreuse est encore dans l’estomac. On fait bouillir dans l’eau distillée pendant six heures le foie, la rate, les poumons et le cœur, et l’on soumet le décoctum, ainsi que les viscères qui ont subi cette ébullition , à la carbonisation par l’acide azotique et aux autres traitements si souvent indiqués, et l’on ne tarde pas à en retirer du cuivre, soit à l’aide d’une lame de fer, soit par le moyen du gaz acide sulfhydrique.

Expérience vic. — On introduit dans l’estomac d’un petit chien 2 grammes 50 centigrammes de sulfate de cuivre dissous dans 100 grammes d’eau , et on lie 1’œsopliage. L’animal succombe au bout d’une heure cinq minutes , et est ouvert à l’instant même. On enlève immédiatement le foie, la rate, les reins, les poumons et le cœur, sans percer le canal digestif. Celui-ci n’offre aucune coloration bleue à l’extérieur ; la membrane muqueuse de l’estomac est d’un rouge vif.

Soumis à l’action de l’eau bouillante pendant six heures , les cinq viscères précités donnent un décoctum qui, étant filtré, desséché, carbonisé par l’acide azotique concentré, etc., fournit une proportion notable de cuivre.

Je dois conclure de ces faits que le sulfate de puivre est absorbé , et qu’il porte son action d’abord sur la membrane muqueuse de l’estomac, puis sur celle du gros intestin , si l’animal résiste pendant quelques jours aux effets meurtriers du poison.

Recherches médico-légales.

Ce sel , connu aussi sous les noms de vitriol bleu , de couperose bleue et de vitriol de Chypre, a une saveur âcre, métallique, styptique et presque caustique ; il cristallise en rhomboïdes ou en prismes à quatre faces. Chauffé dans un creuset, il perd son eau de cristallisation, se boursoufle et blanchit, ce qui prouve que la couleur bleue qu’il offre ordinairement dépend de son union avec l’eau. 11 se dissout très bien dans l’eau : sa dissolution est d’une couleur bleuâtre. La potasse, la soude et l’ammoniaque, l’acide sulfhydrique, les- sulfures , le cyanure jaune de potassium et de fer, etc. , se comportent avec elle comme avec l’acétate de cuivre; il n’en est pas de même de l’eau de baryte : cet alcali la précipite abondamment , et le précipité , d’une couleur blanche-bleuâtre, est formé de sulfate de baryte blanc et de bi-oxvde de cuivre bleu : en effet, lorsqu’on le traite par l’acide azotique pur, il disparaît en partie ; tout l’oxyde est dissous dans l’a-

rDU SULFATE DE RI-OXYDE DE CUIVRE, cille, qui sc colore en bleu , et il reste du sulfate de baryte (1 uu très beau blanc. Le sulfate de cuivre n’est point décomposé par l’acide sulfurique.

Si le sulfate de cuivre faisait partie de la matière des vomissements, ou de celle que l’on aurait trouvée dans le canal digestif après la moi t, il faudrait agir comme je l’ai dit à l’occasion de 1 acétate de cuivie et du vert-de-gris; il en serait de môme dans le cas où l’on chercherait à démontrer la présence de ce sel dans le foie , la rate , les reins ou le canal digestif, après qu’il aurait été absorbé.

Sulfate de cuivre dans le pain.— Dès l’année 1816, des boulangers belges ajoutèrent une certaine quantité de sulfate de cuivre à la farine, dans le but d’obtenir du pain d’une plus belle apparence. En 1829, les bourgmestres et les échevius de la ville de Bruges me firent l’honneur de me consulter pour savoir comment il fallait s’y prendre pour découvrir des atomes de sulfate de cuivre dans du pain. Les pharmaciens belges qui s’étaient occupés de ce problème n étaient point parvenus h découvrir le sel cuivreux, parce qu ils s étaient bornés à calciner la masse jusqu’à la carbonisation. Je répondis qu il était aisé de constater la présence de ce sel en poussant l’opération jusqu’à l’incinération. ( Archives générales de médecine , lom. xix“.) Depuis, MM. Barruel, Chevallier, Gaultier de Claubrv, et surtout M. Kuhlmann, s’occupèrent de ce sujet. Ce dernier nous a appris que les boulangers mettaient pour chaque pain, plein la tête d’une pipe de dissolution de sulfate de bi-oxyde de cuivre ; dans quelques cas il a trouvé un petit cristal de ce sel dans un morceau de pain. En France les boulangers ont également altéré la farine par le sulfate de cuivre. M. Thiculen a vu en outre que dans certaines circonstances le pain pouvait contenir une certaine quantité de cuivre, sans qu’il y eut eu fraude : ainsi des accidents se sont manifestés chez plusieurs habitants de La Rochelle qui avaient fait usage de pain préparé avec du blé dont la mouture avait eu lieu avec des pièces de cuivre qui par suite de l’usure cédaient à la farine quelqûes parcelles de cuivre ; ce métal s’oxydait pendant la fermentation de la pâte et donnait naissance à des taches vertes de forme étoilée, au centre desquelles on voyait le plus souvent une parcelle de cuivre métallique ; il a suffi pour faire cesser ces accidents de remplacer la pièce de cuivre par une autre qui n’était pas usée. ( Journal de Pharmacie , août 1838.)

Caractères du pain mélangé de sulfate de cuivre. — S’il ne contient que des atomes de ce sel , il offre sa couleur ordinaire, et ne se colore pas par le cyanure jaune de potassium , ni par l’ammoniaque; sa dissolution aqueuse faite dans l’eau distillée bouillante ne donne aucune des réactions des sels de cuivre. Il n’en est pas de même si la

proportion de sulfate de cuivre est plus forte; alors le pain présente une teinte bleue, et le cyanure jaune de potassium et de fer le colore en brun marron si le pain n’est pas bis. Dans l’un et l’autre cas, il suffit d 'incinérer le pain dans un creuset pour obtenir une cendre bleue, fjui étant traitée par l’acide sulfurique faible donnera du sulfate de bi-oxyde de cuivre facile à reconnaître (voy. p. 650). Mais comme l’incinération dont il s’agit exige plusieurs heures, même lorsqu on n opère que sur 100 ou 150 grammes de matière, il est préférable de recourir au procédé suivant. Ou carbonise le pain par l’acide azotique concentré mélangé d’un quinzième de son poids de chloiate de potasse cristallisé (voy. p. à89), et l’on traite le charbon par l’acide azotique étendu de son volume d’eau ; après dix ou douze minutes d’ébullition et lorsque la liqueur est déjà refroidie, on ajoute de l’eau , on filtre et on fait évaporer jusqu’à siccité ; il est aisé de prouver à l’aide de l’acide sulfhydrique gazeux que le produit de l’évaporation est un sel cuivreux.

J’ai souvent carbonisé par le procédé que j’indique 1 ou 2 kilogrammes de pain ordinaire non additionné d’un composé cuivreux, et je n’ai jamais pu découvrir la moindre trace de cuivre en soumettant les charbons à l’action de l’acide azotique affaibli, en évaporant les dissolutions jusqu’à siccité et en traitant par l’acide sulfhydrique gazeux les produits de ces évaporations dissous dans l’eau.

Sulfate de cuivre dans un cas d’ exhumation juridique. — Le 12 mars 1826 , on a exposé à l’air, dans un bocal à large ouverture , des intestins plongés dans une dissolution de 12 grammes de sulfate de bioxyde de cuivre dans 2 litres d’eau. Le 18 juin suivant , le mélange exhalait une odeur des plus fétides; la liqueur filtrée était d’un vert bleuâtre sale , et précipitait en brun marron par le cyanure jaune de potassium et de fer, et en noir par les sulfures solubles; elle bleuissait par l’ammoniaque. Voulant savoir jusqu’à quel point la dissolution conservait tout le sulfate de cuivre qui y avait été mis, on en a étendu une portion de quinze fois son volume d’eau , et l’on s’est assuré qu’alors les réactifs cidessus mentionnés agissaient à peine sur elle, tandis qu’une partie delà même dissolution, qui avait été mise à part le 12 mars, avant de la mêler avec les intestins, précipitait instantanément par ces réactifs, même lorsqu’elle était étendue de 200 volumes d’eau. 11 devenait alors indispensable de rechercher si les matières solides ne contiendraient pas l’oxyde de cuivre qui paraissait avoir été séparé de la dissolution. Ces matières, ayant été parfaitement lavées pour leur enlever tout le sulfate de cuivre avec lequel elles auraient pu être mêlées, furent desséchées et calcinées; le charbon résultant , indépendamment de ce qu’il offrait çà et là des points rougeâtres de cuivre métallique, étant traité par l’acide azotique à chaud, fournit de l’azolale de cuivre parfaitement reconnaissable.

DE L’AZOTATE DE Itl-OXYDE I)E CUIVRE.

Sulfate de cuivre très étendu d’eau. — Le 18 juillet 1820. on introduisit dans un bocal à large ouverture, contenant une portion d’un canal intestinal , 30 centigrammes de sulfate de bi-oxyde de cuivre dissous dans 1 litre et demi d’eau. Le 2 août suivant, le mélange exhalait une odeur très fétide ; la liqueur était presque incolore , et ne contenait plus de sel cuivreux , puisqu’elle ne changeait pas même de couleur par l’addition du cyanure jaune de potassium et de fer, de l’ammoniaque, ni de 1 acide sulfhydrique. Les intestins, lavés, desséchés et calcinés, fournissaient un charbon qui, étant traité par l’acide azotique , donnait de l’azotate de cuivre.

Ces expériences prouvent , 1° que, lorsqu’il est mélangé avec les matières animales, le sulfate de bi-oxyde de cuivre dissous se précipite de manière à ce qu’il n’en reste plus dans la liqueur au bout d’un certain temps; 2° qu’à la vérité cette précipitation n’est pas tellement rapide qu’on ne puisse pas trouver une portion de sel en dissolution , même au bout de plusieurs mois, si l’on a agi sur quelques décigrammes de sulfate de bi-oxyde ; 3° que dans tous les cas où il ne serait plus possible de découvrir le sel cuivreux dans la liqueur , il faudrait dessécher les matières solides et les carboniser pour avoir le cuivre métallique , tandis qu’une autre portion de charbon serait traitée par l’acide azotique pour obtenir de l’azotate de cuivre.

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