DES VAPEURS MEÉRCURIELLES ET DU MERCURE EXTRÊMEMENT DEVISÉ
Le mercure, réduit à l’état de vapeur, doit être regardé comme un poison. Fernel , Swediaur, Fourcroy, etc., rapportent des observations qui prouvent combien les ouvriers employés aux mines de mercure, les doreurs, les étameurs de glaces, les constructeurs de baromètres, etc. sont sujets à des accidents graves. M. Mialhe explique l’action délétère de ces vapeurs par la facilité avec laquelle elles absorbent l’oxygène, puis se transforment en sublimé corrosif à la faveur des chlorures alcalins qu’elles trouvent dans l’économie animale (voy. p. 743).
Ossenvarion ©. — Un homme dorait depuis le matin jusqu’au soir dans une chambre assez vaste, mais basse, où il couchait, lui, sa femme etes enfants. Ayant pris assez peu de précautions contre les vapeurs mercüs rielles , il lui vint d’abord des chancres à la bouche en très-grande quan® tité; son haleine, à cette époque, était fétide ; il ne pouvait ni avaler ni parler sans des douleurs effroyables. De pareils accidents, guéris par là cessation de son ouvrage et les remèdes appropriés, reparurent trois où quatre fois de suite, seuls et sans aucun autre symptôme ; mais bientôt à ce mal se Joignit un tremblement universel très-violent, qui attaqua d’abord ses mains, puis tout son corps ; il fut obligé de rester dans un fauteuil sans pouvoir faire un pas. Son état était digne de pitié. Agité de mouvements convulsifs perpétuels, il ne pouvait ni parler ni porter ses mains à sa bouché sans se frapper Jui-même; on était obligé de le faire manger, et il n’avalait que par une déglutition convulsive qui cent fois manqua de le suffoquer. Dans cet état, il eut recours à un empirique, qui prescrivit plusieurs remèdes secrets, et qui fit frotter ses jambes d’une pommade. L'effet qu'ils produisirent fut singulier : son tremblement cessa un peu, ses jambeset ses cuisses s’enflèrent prodigieusement ; il y vint des cloches en grande quantité ; on Îles perça avec une aiguille; elles rendirent en abondance une eau trouble, séreuse, qu’on conserva dans des pots par ordre de l’empirique. Au bout d’un certain temps, il s’y fit un dépôt, dans lequel on apércevait manifestement des globules de mercure. Au bout de cinq ou six mois d'un pareil traitement, notre malade se sentit beaucoup mieux : son tremblement étant très-diminué et n’existant presque plus, il se crut guéri, etrse négligea. L'exercice le fortifia ; mais il lui restait une sensibilité singulière : le bruit d’un cheval ou d’une voiture quelconque le faisait tressaillir, au point qu'il aurait été bien des fois dans le cas d’être écrasé, s’il n’eût pris la précaution de marcher contre le mur et contre les boutiques. Ayant recommencé son travail, malgré les précautions qu'il prit, son tremblement augmenta et se fixa dans les mains. Une remarque singulière, c’est qu'ayant l'habitude de s’enivrer, dans cet état, il tenait son verre sans le renverser, ce qui ne lui arrivait pas lorsqu'il n'avait pas bu ; et il m’a dit avoir fait cette observation sur plusieurs de ses confrères qui étaient dans le même