OF OXFORD
PREFACE
Le prodigieux développement de Pinsiruction primaire, les examens de toute espèce qu'elle comporte maintenant et dont quelques-uns sont des baccalauréats au petit pied, Tavènement de l'instruction secondaire des filles, ont créé le besoin d'une pédagogie et d'une littérature renouvelées.
Aucun des ouvrages composés en vue de l'enseignement supérieur ou du programme de nos lycées ne peut répondre aux nécessités des examens multipliés, aux exigences des établissements d'Auteuil, de Sèvres, de Saint-Cloud, de toutes les Ecoles normales d'institutrices ou d'instituteurs. Nous entrons dans un nouveau monde : il nous faut
PREFACE
du neuf à tout prix. Aussi, de tous côtés, chez les éditeurs spéciaux, s'est-on mis à l'œuvre avec une activité vaillante. On croirait assister au spectacle que décrit le premier chant de l'Enéide. Une ville s'élève :
« Instant ardentes. » Et voici cette jeune cité de la Science qui déjà se construit et de jour en jour se dresse sur un sol trop longtemps stérile et nu. Parmi ces études dont on ne laisse plus le monopole aux lycées et collèges, mais qu'il faut adapter et proportionner à l'enseignement primaire, comme à l'instruction secondaire des filles, la poétique joue un rôle important. Or, nous n'avons pas de poétique à la fois savante et familière, à la portée des candidats aux examens en question. Le traité de versification de M. Quicherat, les deux ouvrages des excellents poètes Théodore de Banville et Ferdinand de Gramont, les travaux de M. Becq de Fouquières, la récente métrique de M. Aubertin, dépassent le niveau des intelligences juvéniles auxquelles s'adresse le nouvel enseignement.
Il existait une lacune. M. Mainard, notre habile et cher élève, vient de la combler en écrivant, pour la maison Lemerre, si connue
PREFACE
au point de vue artistique et classique, le traité rapide et complet que j'ai le plaisir de présenter et de recommander au public.
Pour mener à bien ce travail, M. Mainard réunissait toutes les conditions requises ; aux fines connaissances d'un humaniste il joignait Texpérience pratique d'un professeur des collèges Monge et Chaptal et de notre École normale d'Auteuil. Il avait surtout l'amour profond de la poésie, cet enthousiasme d'artiste, cette foi de lettré sans laquelle on ne surprend jamais le secret du génie et la tradition littéraire d'une nation.
« Aimer, c'est la moitié de croire, » a dit le plus grand de nos poètes modernes. C'est aussi la moitié de comprendre.
M. Mainard a prouvé, dans sa poétique, qu'il comprenait toutes les ressources de notre versification parce qu'il aimait d'un amour filial la lignée des grands poètes qui, de siècle en siècle, ont glorifié la France. Il doit à ce culte passionné la plénitude de la saine doctrine, la profonde entente de cette vérité primordiale : « Il n'existe point de poésie digne de ce nom sans art, c'est-à-dire sans un accord parfait, entre la pensée et
PREFACE
Texpression, de Tidée et de la forme, b Vérité tant de fois méconnue même par ceux qui se croient investis du bon goût.
Contre Terreur du vulgaire et le parti pris des mauvais écrivains, M. Mainard sait et proclame que le sentiment poétique ne produit que des ébauches, que Tart seul édifie des strophes, des chants, des poèmes, des chefs-d'œuvre. Il vous dira avec preuves à Tappui, que notre versification n'est indigente et notre métrique ingrate que pour lesrimeurs maladroits, et que, selon la parole de Sainte-Beuve, la langue poétique française dispose d'un « clavier immense »
pour ceux qui sont experts à s'en servir. Il vous fera saisir la variété de rythmes que, depuis le xiv* siècle, possède la France, et apprécier le merveilleux instrument qui lui est propre, la Rime, dont l'exactitude et même la richesse sont indispensables à la musique du vers. En un mot, il nous présente de la façon la plus aisée et la plus attrayante une théorie de notre versification que je ne crains pas d^appeler traditionnelle. Car la doctrine de la forme parfaite imposée à l'idée et au sentiment appartient à Du Bellay et à Vauquelin de la Fresnaye avant
PREFACE
d*étre développée par Boileau, reprise par André Chénier, et soutenue aujourd'hui par les préceptes et les exemples de Victor Hugo et des meilleurs poètes contemporains. Sous des apparences diverses, il n*y a qu'une manière de faire les bons vers. Remercions M. Mainard qui vient l'enseigner aux nouveaux venus, et non les moins bien venus, de notre république universitaire.
Emmanuel des Essarts,
Professeur à la Faculté des lettres de Clermont.