Du roman de 2a Bataille d'Àrlechans
4. Je n'oserais affirmer qu'ici le texte soit pur : peutréire la conjonction et a-t-elle été omise. La critique des textes est chez nous une chose bien négligée.
QUANTITÉ 8YLLABIQUE. 301
Le mot Piémont est également de deux syllabes :
Or a passé le pays de Piémont, j. marot. Que tes conquêtes ne rasent Tout le Piémont, et n'écrasent, etc. malh.
Turin? Mais celte ville
Est, je pense, en Piémont, hol.
Ien. — !• Dans mien, tien, rien, bien, chien, Vi n'appartient pas à la racine : c'est une lettre surabondante, que nous avons déjà remarquée dans ciel. Dieu, etc. Cet i avait donc peu de valeur dans la prononciation , et même il n'était pas généralement adopté ; car il est encore des provinces où l'on dit ren, hen, au lieu de rien, bien. Le très-ancien texte de lu Chanson de Roland écrit chen, au lieu de chien,
2" Mais quand l'étymologie latine avait un t faisant syllabe (particulièrement dans les adjectifs en ianus), il était de rigueur que Vi ressortit en français. Cette règle a, depuis, souffert de rares exceptions : quelques mots, d'un emploi très -fréquent , ont été raccourcis par la prononciation. Chrétien {christianus) faisait primitivement trois syllabes :
Payens ont tort, et cresHens ont droit, (roland.) Qu'exaucement doinst à crestientél (garin.) La sainte cité orestienne. benoist.
Et des crestiem fist mainte granV trahison, (nou.} Onques bouche de crn/ten Ne dit si bien comme ils disoient, huon de iiért. A qui creslienté est subjète et soumise, (jubinal.) Et tous les crestiens déconGt et mata. Baudouin. De sainte foi chrestienne Nous fut la foi ancienne, alain cHARTiKn. Comment donc aux cristiénés Viennent-ils faire tant de ruses? martin lefranc. Tré&^hrestien vertueux roi de France, j. harot.
Le nom de Chrestien de Troyes est toujours trisyllabe , soit dans ce poète , soit dans ceux qui le citent :
Commence Chrestien son livre, ghrbstibn.
Jean Le Maire parait être le premier qui ait fait la sy* nérèse :
Ils Mnt partout nommés rois irén^hrétiens,,. Par quoi ne peut aux très-vrais chrétieiu plaire... Contre sa foi très-sainte et lié6<hréêiermê.
Cl. Marot Fimita, et depuis lors la quantité de ce mot n'a plus varié :
Le bon chrétien au ciel ira grand erre. MAaoT.
D*ètre chrétien et plaideur tout ensemble. lo. Feront à votre honneur une fl^te chrétienne, du bellay. Oubliez*voQ9 déjà que vous êtes chrétien? goan. Bt je ne vis jamais un plus hideux chrétien» mol. Delà foi des chr^iens les mystères terribles, boil.
3* Ancien. Ce mot a, pendant longtemps, été de trois syllabes :
Il est écrit en Vaticienne geste, (rolano.) Ainsi l'ont as écrits leà anciens trouvé, (rou.) Rott connut bien qu'en la cité Aneiemie d'antiquité, bettoist.
Que c'est un moustier ancien, (jcbi^ial.) Ainsi nous dit Justiniens, Qui fit nos livres anciens, (roman db la bosb.) N'est plaie, tant soit ancienne, rutebeuf. Femme je suis, pauvrette et ancienfie. villon.
Au XVI" siècle, cette quantité se maintint. Ce n'est qu^au milieu du xvii' que les poètes oommencèrent à hésiter. Ex. :
Alors Tubal, le bon père ancien, crétin.
Que les Anglois, anciens ennemis, j. marot.
Les anciens n'ont pas de souvenance, mabot.
J'estimerois ma prison ancienne, saint-gelais. Et toujours rafraîchir mon ancienne plaie, bonsard. Les vices et vertus du poëme arcien. du bellay.
En rechantant votre amour ancienne, jodelle. Dis-moi comme sa race autrefois ancienne, régnier. J'ai bu tout ce détail d'un ancien valet, corn. Caillou noble sans doute et de race ancienne, segrais. Yantoit de sa maison les titres anciens, benserade. Nous devons l'apologue à V ancienne Grèce, la fo.nt.
De s'éloigner des routes anciennes. Ronss. Ceux-là des anciens adorent l'excellence, du resnel.
QUANTITÉ SYLLàBIQUE. 303
Sibilet fait une loi de cette diérèse , et De Lacroix la recommande encore, s'appuyant sur un exemple de Boisrobert :
Si ces illustres anciens.
Ces grands et fameux cttoyens...
A la fin du XTur siècle , nous voyons encore , dans une comédie d'un assez mauvais poète, Palmézeaux de Cubières : Quand j'étais à Paris chez mon ancien maitre.
Cependant cette quantité n'a pas toujours régné sans partage. J. Le Maire , qui avait déjà pratiqué la synérèse dans chrétien, traita de même le mot ancien, sans toutefois pouvoir faire accepter son autorité :
Il fait beau voir un ancien prélre en armes .. Qui furent Grées, tous anciens adversaires... Dont le nom bruit par mémoires anciennes.
Voici d'autres exemples :
Assise dessus pierre ancienne, rabelais.
Juges» anciens, qui les bons parrochiena, etc. id. Qui composoit si bien l'ancienne oisiveté, mol.
Ce successeur des comiques anciens, la cHAL^sli;E. Rends à mon cœur ses anciens droits, bonmer de layens.
Nous avons cité la remarque de Voltaire, qui, dans le doute, interdit l'usage du mot ancien. Aujourd'hui ce mot semble être uniquement de deux syllabes :
Au dire du proverbe ancien, L'amitié ne remonte guère, bébamobe.
D'anciens Gaulois^ pauvres esclaves, id.
4» Le nom de ville Valenciennes a la quantité douteuse. Nous voyons la diérèse dans les vers suivants :
Picardes de Valencienties. villon. Bt dans Vàlencienne est entré comme un foudre, boil.
Et y au contraire, la synérèse dans ceux-ci :
Quand Marmion jadis de Valenciennes, ta mairb. Nous n'irons plus à Vàlencienne, ' Car l'empereur s'en est allé ' .
!• D'une chanson faite en ]62h
Valenciennes forl pauvre et nue*.
De ces deux quantités , c'est la première qui est la seule légitime. Valenciennes vient du latin Valentianœ^ : ce mot doit suivre la règle des adjectifs en ien venant de ianus.
De même, Parisien ne peut faire l'ombre de doute. Béranger a donc eu tort, même dans une chanson, de ne donner à ce mot que trois syllabes :
Voyez ce mari parisien.
Amiens est de deux syllabes :
Dreît chevauchèrent vers Amiens, bbnoist. Né à Amiens, qui fut bon harpéor'. gobblin. Il m'avait fait venir d'Amiens pour être suisse, bac.
Mais anciennement ce mot était aussi de trois syllabes, quantité conforme à Tétymologie (Ambiani) : De si qu'à Amiens les menèrent fuiant. (bou.) Sienne, nom de ville , fait et ne doit faire que deux syllabes :
Je hais du fol Siennais le sens mal arrêté, du bbllat. û*" Gardien, ainsi que je l'ai dit, a été fait communément de trois syllabes :
Gardien suis du pèlerin, guillkvillë.
Et toi, Barbu, fidèle gardien, bonsabd.
De la vertu des gens d'étude Vous êtes l'ange gardien, matnard.
Oh 1 oh 1 dit-il , je me reproche î.e sang de cette gent : voilà ses gardiens, la font. Et sur les lierbes fleuries Leurs gardiens innocens Au son du hautbois dansaiis. vergikr.
Suis-je donc gardien, pour employer ce style, etc. mol.
« L'oreille trouve plus doux, lisons-nous dans De Licroix, de faire gardien de deux syllabes que de trois. C'est l'opinion de M. d'Âucour et de M. Richelet. » Cette quantité parait aujourd'hui préférable :