‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 231 sur 243 · I. Histoire de la poésie française, p. H · texte numérisé non relu

I. Histoire de la poésie française, p. H

4"" Anciennement le huitain pouvait aussi se terminer par quatres rimes plates. Cette distribution se voit plusieurs fois dans Thibaut, et dans le Recueil de chants français de M. Le Roux de Lincy. J'en ai trouvé un exemple dans Rabelais , et un autre, plus récent encore, dans le recueil de Sercy. Je transcris ce dernier :

L*ainour, quoi que le commun die, N'a rien qu'on ne doive estimer : Ce n*est pas une maladie, C'est une vertu que d'aimer.

Ce feu n'est point illégitime ; Il se peut allumer sans crime , Et ne doit être condamné Que quand on le voit profané.

5* n y avait une autre stance assez fréquente au xv* siècle. Les deux premiers vers seulement étaient en rimes croisées ; les six autres étaient en rimes plates :

Les miens enfans qui dedans ma clotture

Avez été conçus et élevés,

Les uns extraits de noble géniture,

Les autres non, néantmoins par nature

D'Eve et d'Adam tous origine avez :

Dont m'est avis que par raison devez

Vous entr'aimer d'une amour fraternelle.

Guerre entre amis trop plus qu'autre est mortelle, i. màbot.

Crétin l'a employée plusieurs foîs^

&* Les anciens poètes offrent assez souvent des huitains sur deux rimes croisées. On en trouve dans Thibaut, dans Rutebeuf, etc. Voici le premier couplet du Lai de ta dame de

Fayel :

Chanterai par mon corage, Que je veuil reconforter ; Car avec mon grant damage Ne veuil morir n'afoler, Quant de la terre sauvage Ne voi nului retorner,

1. Je Tai trouvée aussi dans im poCme composé vers )e milieu du xvi* siècle, et intitulé : VOultré d*amout, par Amour morte.

Où cil ert qui m'assoage'

Le cuer, quant j*en oi parler*.

J'arrive aux huitains où il entre de petits mètres. V Vers de dix syllabes et vers de six :

Nos bons ayeux, qui cet art démenoient, Pour en parler, Pétrarque n'apprenoient, Ains franchement leur dame entretenoient.

Sans fard ou couverture; Mais aussitôt qu'Amour s'est fait savant, Lui, qui éloit François auparavant, Est devenu flatteur et décevant,

DMtalique nature, du bellay.

2" Vers de dix syllabes et vers de quatre :

Pour froidure, ne pour hiver félon.

Ne laisserai Que ne fasse d*amors une chanson ;

Et si dirai Que qui aime, repente s'en s'il puet : Chacun le dit, mais mentir leur estuet. Qui bien aime, il ne s'en puet partir, Tant que Tâme li soit du corps partie. Thibaut.

3*^ Vers de huit syllabes et vers de six :

Voici le père au double front , Le bon Janus, qui renouvelle Le cours de l'an, qui en un rond Amène la saison nouvelle.

Renouvelons aussi

Toute vieille pensée.

Et tuons le souci

De fortune insensée, du bellat.

4** Vers de sept et vers de trois :

Amour, qui les cœurs assemble, Me montre maint bel exemple,

Page 1