L'honneur
3. Voltaire : « La grande exactitude de la prose veut de te taire; mais it faut renoncer â faire dos vers, si cette petite licence n*est pas -permise. •
4. Voltaire : « Il faut, pour l'exactitude, et de détromper; mais cette licence est trè»-«xcusal)lc en poésie. Il n*est pas permis de la prendre dans la prose. >
Ce que Voltaire accorde ici deux fois à Corneille, il le refuse ailleurs îi un a<hersaire :
D'imaginer sans cesse une sotlise rare,
Et , pour se disiinguer , tâcher d'être bizarre.
« La langue, dit-Il, aurait voulu de tâcher d\Ure hisarre, et la phrase ne pourrait pas se finir régulièrement d'une autre nitinière; mais le vers n'y aurait pas été, et l'auteur a mieux aimé qu^ le vers Tût contre la langue. •
5. « L'exactitude grammaticale veut qu'on répMe la préposition. Je crois cette licence autorisée en poésie , quaiiil ello ne rend la construction ni dure ni obscure. » (La Harpe. ^
Touchant à tes lauriers, craindroit de les flétrir, boil. Je condamnai les dieux, et, sans plus rien ouïr, Fis vœu sur leurs autels de leur désobéir, bac. Je frémissois, Doris, et d'un vainqueur sauvage Craignais ' de rencontrer l'effroyable visage... Un oracle effrayant m'attache à mon erreur; Et, quand je veux chercher le sang qui m'a fait naître, Me dit que sans périr je ne puis me connoilre. id.
S"* On trouve dans les poètes des ellipses encore plus hardies : .
S'il pardonne, il est mou; s'il se venge, barbare;
S'il donne, il est prodigue; et s'il épargne, avare, botrou.
Ma cour fut ta prison, mes faveurs* tes liens, corn.
Son devoir m'a trahi, mon malheur' et son père...
L'amour n'est qu'un plaisir, et l'honneur un devoir*...
Il fut votre tuteur, et vous son assassin...
II passe pour tyran quiconque s'y fait mattro ;
Qui le sert, pour esclave, et qui l'aime, pour traître, id.
11 y a dans Racine un exemple célèbre d'ellipse :
Je t'aimois inconstant, qu'aurois-jc fait fidèle? Au lieu de : si lu avais été fidèle.
En voici encore une du même poëte :
Amis, partageons- nous. Qu'Ismaël en sa garde Prenne tout le côté que l'orient regarde ;
I. c Despurislcs ont prétendu quMl fallait j> eraignois; 'ûs ignorent les heureuses lil)ertës de la poésie. Ce qui est négligence en prose est souvent une beauté en vers. > (Voltaire. )
î. Voltaire : « On sous^ntend furent. Ce n'est point une licence, c'est un trope en usage dans toutes les langues. >
3. Voltaire : « Voilà où il est beau de s'élever au-dessus des règles de la grammaire. L*exacUtude demanderait : son devoir, et son père, et mon malheur m'ont trahi; mais la passion rend ce désordre de paroles trèsbeau. »
4. Remarque de Scudérj- : « 11 fallait dire : L'amour n'est qu'un plaisir, Vhonneur est un devoir. » Voltaire justifie Corneille : « 11 y a peul-^tre un léger défaut de grammaire; mais la force , l^ vérité, la clarté de sens font disparaître ce défaut. »
Vous, la €àté d« l'Ouree; et vous ûb L'Oooidwir; Vous, le midi.
Voltaire a dit :
Peuple roi que je sers,
Commandez à César, César à l'univers.
Un auteur du seizième siècle, Jean de La Taille^ a employé Tellipse d'une manière assez heureuse :
Jeûner, s'il faut manger; s'il faut s'asseoir, aller; S'il faut parler, se taire; et si dormir, veiller.
9* Quand le mot ni devrait être répété en prose, les poëtes peuvent l'omettre la première fois. Cette ellipse a un peu vieilli , et n'est guère admise que dans le genre familier. Ex. :
Tu n'as crédit ni rang qu'autant qu'elle t'en donne. coMf. Je n^suisTun ni l'autre, cl suis plus en effet... Ei ne me permettant soupirs, sanglots ni pleurs. u>. Tu ne gardes pour moi respect ni complaisance '. bac. Moi ? parbleu ! je ne suis de taille ni d'humeur A pouvoir d'une belle essuyer la froideur, mol. Et qui ne connoissoit lavent ni le carême, la font.
Vous n'avez eu foi, piélé ni sens, rouss.
Aussi notre Uranie
N'est, grâce au ciel, triste ni rembrunie. ii>.
Je ne connais roi^ prince ni princesse, volt.
Bemarque. Nous pourrions^jouter un grand nombre d'anciennes façons de parler qui se sont conservées, à tiim de licences poétiques, pendant U seizième siècle et une partie du dix-septième *. Comme elles sont tombées en désuétude, nous meuilionnerons seulement le^ principales.