‹ Traité de zoologie (volume 2)Chapitre 158 sur 271 · ORDRE TURBELLARIA*. TURBELLARIÉS · texte numérisé non relu

ORDRE TURBELLARIA*. TURBELLARIÉS

Vers plats non parasites, ovales ou foliacés, à peau molle revêtue de cils vibratiles, sans crochets, ni ventouses, pourvus d'un ganglion cérébroïde, dune bouche et d'un tube digestif, mais dépourvus d'anus.

Les Turbellariés se rapprochent par la forme de leur corps des Trématodes, avec lesquels ils présentent dans leur organisation intérieure de grandes ressem-

1 Voyez Dugès, Recherches sur l'organisation et les mœurs des Planarie'es. Ann. se. nat., lre série, vol. XV, 1828. — le!., Aperçus de quelques nouvelles observations sur les PI, maires. Ibid., vol. XXI, 1830.— A. S. Œrstedt, Enlwurf einer syslemalischen Eintheilung und speciellen

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blances. Leur genre de vie libre dans l'eau douce ou salée, sous les pierres, dans la boue ou même dans la terre humide, explique pourquoi ils ne possèdent ni ventouses, ni organes de fixation d'aucune sorte, et sont au contraire recouverts d'un revêtement ciliaire vibratile continu1. Les téguments sont formés d'une couche simple de cellules, ou bien d'une couche finement granulée, parsemée de noyaux, qui a pour base une membrane stratifiée et qui porte sur toute sa surface, sur une couche spéciale homogène comparable à une cuticule, des cils vibratiles. On rencontre fréquemment dans les téguments des corpuscules en baguettes ou fusiformes qui, de même que les nèmatocystes des Cœlentérés, naissent dans des cellules et que, par suite de leur situation particulière dans le voisinage des ganglions et sur le trajet des troncs nerveux, on peut considérer comme des organes tactiles. Ona trouvé aussi parfois, à côté de ces groupes de baguettes, des nèmatocystes à filaments protractiles (Stenostomum Sieboldii Grf.), ou même sans qu'il existe des baguettes. Les téguments renferment encore souvent différents pigments, parmi lesquels les pigments verts, composés de vésicules d'une matière colorante identique à la chlorophylle, par exemple dans le Vortex viridis, sont particulièrement remarquables ; ils renferment aussi des glandes muqueuses piriformes. Au-dessous de la membrane stratifiée se trouve le derme proprement dit, composé, outre une substance conjonctive formée de cellules rondes et ramifiées, de l'enveloppe musculo-cutanée très développée. Constituée par une couche de fibres circulaires et longitudinales traversée par de nombreux faisceaux dorso-ventraux, cette dernière exerce une puissante influence sur la locomotion du corps par ses mouvements ondulatoires, par ses contrac-

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1 Gral'l a observé un cercle de crochets abdominaux chez la Turbella Klostermanni ainsi que des papilles chez le Monocetis protactilis et le Vortex pictus et les a considérés comme des organes de lixalion. On rencontre aussi quelquefois des fossettes analogues à des venlouses à l'extrémité antérieure des Dendrocœles.

TURBELLARIES. 495

tions énergiques dans la direction longitudinale et transversale. Le plus souvent il n'existe pas de cavité viscérale entre les parois du corps et le tube digestif; dans de nombreux cas cependant elle est représentée par un système de lacunes tout autour du canal digestif.

Le système nerveux est formé, comme chez les Tréma to (tes, de deux ganglions situés dans la partie antérieure du corps, réunis par une commissure transversale, plus ou moins longue, qui envoient dans plusieurs directions des filaments nerveux, parmi lesquels deux troncs latéraux, dirigés en arriére, se font remarquer par leur grosseur (fig. 476). Il peut aussi exister entre ces deux troncs de fines anastomoses transversales à intervalles égaux. Chez beaucoup de Pendrocœles la commissure est située sur la face ventrale, et sur le dos il reste un sillon entre les deux niasses ganglionnaires, dans lequel est logée une poebe stomacale (Leptoplana). Dans quelques genres de Planariées, on a démontré l'existence d'une double commissure annulaire (Polycelis, Sphyrocephalus), et observé sur l'es troncs latéraux des renflements ganglionnaires, d'où partent en rayonnant des nerfs (Sphyrocephalus, Pohjcladus). Parmi les organes des sens, des taches oculaires foncées sont assez répandues chez les Turbellariés; elles sont disposées par paires sur les ganglions cérébraux, ou reçoivent de ceux-ci des nerfs particuliers. Plus fréquemment il existe des taches oculaires plus grosses, mais d'ordinaire seulement au nombre de deux, dans lesquelles un corps réfractant la lumière, un cône cristallinien, est enfoui dans la masse de pigment. Les sacs à otolithes semblent plus rares; on les rencontre par exemple parmi les Rhabdocœles, chez les Monocelis, où il en existe un seul placé sur le cerveau. La peau est certainement le siège d'une sensibilité tactile très développée, et les organes qui l'exercent sont de gros poils ou des soies raides, qui font saillie parmi les cils. Dans quelques cas rares on trouve des fossettes ciliées sur les parties latérales de l'extrémité antérieure et que l'on pourrait aussi considérer comme des organes des sens (Voy. les Némertines).

La bouche et l'appareil digestif ne font jamais défaut, la première se porte parfois loin du bord antérieur jusqu'au milieu de la face ventrale et parfois même au delà. Cependant, suivant Metschnikoff et Ulianin, dans quelques cas, l'estomac peut manquer (Convoluta, Schizoprora) et, de môme que chez les Infusoires, être représenté par un parenchyme interne mou. La bouebe conduit dans un pharynx, le plus souvent musculeux, qui souvent est protractile comme une trompe. Fréquemment aussi, des tubes glanduleux, ou glandes salivaires, débouchent dans le pharynx. Le canal digestif, souvent cilié sur sa face interne, tantôt est bifurqué et alors simple ou ramifié (Dendrocœles), tantôt constitue un cœoum (Rhabdo-

Fig-. 176. —Tube digestif et système nerveux du Mesostomum Ehrenbergii. — G, les deux ganglions cérébraux avec les deux taches oculaires; St, les doux troncs nerveux latéraux; 1), tube digestif avec la bouche et le pharynx (d'après Graff;.

Tl'RBELLARIÉS.

cœîes). L'anus fait toujours défaut. Quelquefois il existe dans la partie antérieure du corps, au-dessus du tube digestif, un tube plus ou moins long, sinueux, la trompe, qui s'ouvre en avant de la bouche et qui peut se renverser au dehors (Prostomum).

Le système aquifère se compose de deux troncs latéraux transparents et de nombreuses branches, dont les origines sont des espèces de pavillons en entonnoir ciliés et clos, qui portent de distance en distance des touffes de poils, qui font saillie dans leur intérieur (fig. 477). D'ordinaire les troncs principaux présentent plusieurs orifices.

La reproduction a rarement lieu asexuellemenl par scissiparité, comme par exemple chez les Derostomes (Cateuula) et les Microstomes( fig. 478); d'ordinaire elle est sexuelle. A l'exception des Microstomes, tous les Turbellariés sont hermaphrodites. Du reste il existe des passages entre les formes hermaphrodites et les formes à sexes séparés, car suivant Metschnikoff, chez le Prostomum lineare, tan-

Fig. 477. — Appareil excréteur dans la région antérieure du corps de la Gunrla segmentala (schémaj. — vm, branche intestinale antérieure et médiane ; wz, cellules ciliées de l'appareil excréteur; g, cerveau; ao, orifices de l'appareil excréteur; gst, grands canaux de l'appareil excréteur ; ov, oviducte ; /*, testicules ; ht, troncs nerveux longitudinaux; hst, canalicules ramifiés de l'appareil excréteur (d'après A. Lang).

ig. 478. — Microslomiun lineare (d'après Graff). —

Chaîne dindividus tôt les Organes ma produits par scissi parité. 0, 0', bou ches.

lieu.

les sont développés, tandis que les organes femelles sont Chez YAcmostomum dioecum

atrophiés, tantôt c'est le contraire qui a les sexes sont répartis sur des individus différents. Dans les formes hermaphrodites, les organes sexuels mâles sont composés de testicules, qui constituent le plus souvent des tubes pairs, situés de chaque coté du corps, d'une vésicule séminale, et d'un organe copulateur pouvant se renverser au dehors et muni de crochets; les organes sexuels femelles sont formés d'un germigène, de vitellogènes, d'un réceptacle séminal, d'un vagin et d'un utérus (fig. 479). L'organe copulateur et le vagin s'ouvrent souvent au dehors par un orifice commun situé sur la partie ventrale. Cependant les vitellogènes et le geimigène peuvent être réunis comme dans le Macrostomum, car le même organe

RHABDOCŒLES.

produit des œufs à sou extrémité et plus bas sécrète de la substance vitelline. Quand, après l'accouplement, les œufs primordiaux et la masse vitelline sont arrivés dans l'utérus et que la fécondation a eu lieu, alors se forme autour de l'œuf grossi une coque dure, le plus souvent rouge-brun. Dans ce cas les œufs pondus ont une coque résistante, cependant parmi les Rhabdocœles, les Schizostoihum et quelques Mésostomes (M. Ehrènbergii) ont des œufs transparents entourés d'enveloppes minces et incolores, qui se développent dans l'intérieur du corps de la mère. D'après Schneider, la production des œufs à membranes minces, ou œufs d'été, précède la formation des œufs à coque résistante ou œufs d'hiver, et les premiers proviennent normalement d'animaux qui se fécondent eux-mêmes.

Dans des cas rares, l'appareil génital hermaphrodite présente une segmentation qui rappelle celle des Cestodes (Alaurina composita), et l'on doit d'autant mieux considérer ces segments comme des individus d'ordre inférieur, comparables à des Proglottis d'une colonie animale, que chez les Dewstumes (Catenula) il existe des chaînes d'individus rubanées semblables à des Ténias.

Les Turbellariés d'eau douce et aussi beaucoup de formes marines présentent un développement simple et direct, et pendant le jeune âge sont difficiles à distinguer des Infusoires. D'autres Dendrocœles marines présentent des phases larvaires, caractérisées par la présence d'appendices ciliés digités.

Fig. 479. — Appareil génital du ilesostomum Ehrènbergii (d'après Graff et Schneider). — S, œsophage; Go, orifice génital; Ov, ovaire; Ul, utérus renfermant des œufs d'hiver; Do, vitellogènes; Dg, vitelloducte; 2', testicule; Vd, canal déférent; P, pénis; Rs, réceptacle séminal.

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