ORDRE
OSTR1COD1'. OSTRACODES
Petits Entomostracés d'ordinaire comprimés latéralement avec une carapace bivalve entourant complètement le corps, sept paires d'appendices seulement servant d'antennes, de mâchoires, de pieds pour nager et ramper, des palpes mandibulaires en forme de pattes et un abdomen court.
Le corps de ces pelits Crustacés est entièrement renfermé dans une carapace conehiforme bivalve, chitinisée, on durcie souvent par des dépôts de calcaire, et qui a beaucoup de ressemblance avec la coquille des Lamellibranches. Les deux moitiés de la carapace, qui ne sont pas toujours complètement symétriques, sont accolées sur la ligne médiane et réunies par un ligament élastique. Un muscle adducteur double, dont les insertions laissent, sur chaque valve des impressions, a une action opposée à celle du ligament. Le tendon commun des deux chefs du muscle est placé, chez les Cyprides et les Cythérides. sensiblement au milieu du corps et est très caractéristique pour la disposition des organes internes. Aux deux extrémités et le long du côté ventral les bords des valves sont libres. Ils
1 Outre les ouvrages de 0. Fr. Millier, Jurine, Dana, Milne Edwards, Baird, Lilljeborg, Reuss, Bosquet, Jones, Baird, voyez: II. Strauss-Dùrkheim, Mémoire sut 1rs Cypris de la classe des Crustacés. Mém. du Muséum d'hist. nat., vol. VII, 1821. — W. Zenker, Monographie der Ostracoden. Arcliiv fur Naturg., vol. XX, 1854. — S. Fischer, i cher dus Gcnus Cypris und dessen bei Petersburg vorkommenden Artcn. Mém. prés. Acad. St.-I'étersbourg, vol. Vil, 1854. — Id., Beitrag zur Kenntniss der Ostracoden. Abh. des koniprl. bayr. Acad. der YVïss., Miinchen, vol. VII, 1855. —G. 0. Sars, Ovcrsigl at Norges marine Osiracéder. Vid. Selsk. Forh., 1865. — C. Claus, Ueber die Organisa/ion der Cypridinen. Zeitschr. fur wiss. Zool. vol. XV. — Id., Beitriige zur Kenntniss der Oslracnrtcii. EntivickelungsgeschiÇbte von Cypris. Marburg, 1808. — Id., Neue Beobachtungen abc/- Cypridinen. Zeitschr. t. wiss. Zool., vol. XXIII, 1868. — Id., Die Familie der Balocypriden. Schriften zool. Inlialts. Wien, 1874. — G. S. Brady, A Monography of t/te récent British Oslracoda. Transact. of the Lin. Soc, vol. XVI. — Fr. Miiller, Bemerfcungen ûber Cypridina. Jen. Zeitschr. , vol. V, L869. — W. Millier, Beitrag un- Kenntniss der Fortpflanzung und der Geschlechtsverhâltnisse der Ostracoden nebst llesc/trcibuug ciner neuen Species der Gattung Cypris. Zeitschr. fur die ges. Naturwiss., vol. LUI.
TRAITÉ DE ZOOLOGIE. — 2e ÉDIT. 41
OSTMCODES.
présentent le plus souvent des particularités, parfois ils sont épaissis et munis de soies, ou pourvus de dents, qui s'engrènent les unes dans les autres. Si les valves viennent à s'ouvrir, plusieurs paires de membres font saillie au dehors et font mouvoir l'animal.
Le corps ne présente pas de segmentation nette (fig. 565). On y distingue une partie antérieure formée de la tête et du thorax et un abdomen très grêle, dirigé en bas, qui est composé de deux moitiés latérales, allongées en forme de pied et alors le pins souvent entièrement séparées, ou lamelleuses, et alors soudées dans toute leur étendue ; à leur base sont situées, comme dans le postabdomen des Estbérides et des Gladocères, deux soies dorsales (Cypridina). La portion terminale correspondant aux anneaux de la queue est armée au bord postérieur d'épines et de crochets et concourt à la locomotion par des mouvements d'avant en arrière, en même temps qu'elle peut servir d'arme défensive. Rarement les deux moitiés restent rudimentaires et semblables aux articles
Ge M
F Mx" SM }lx Md Ob
Fig. 563. — Femelle de Cypris non encore arrivée à maturité sexuelle et dont la valve droite a été enlevée. — A', A", antennes de la première et de la seconde paire; Ob, lèvre supérieure; Md, mandibule ave le palpe pédiforme; G, ganglion cérâbroïde avec l'œil impair; SM, muscle du test; Mx', Ma?, mâchoires de la première et de la seconde paire ; F', F", première et deuxième paires de pattes ; Fit, queue tfurca);M. estomac; I), intestin; L, appendice hépatique; Ge, rudiment des organes génitaux.
de la queue des Copépodes; dans ce cas le corps peut présenter immédiatement en avant un anaeau nettement distinct (Cythere viridis Zenk.).
Sur la région antérieure du corps sont situées deux paires de membres «pie l'on considère généralement comme des antennes, à cause de leur position en avant de la bouche, bien que par leurs fonctions elles soient bien certainement des pattes destinées à la marche ou à la natation. Cependant, la paire antérieure porte, au moins chez les Cyprinides et les Halocyprides, des filaments olfactifs et correspond par conséquent physiologiquement à la première paire d'antennes des autres Crustacés. Entre ces antennes et un peu au-dessus, on trouve un appendice frontal court, ou bien conique et allongé, par exemple chez les Cypridina et les Conchoecia. Les antennes de la deuxième paire sont chez les Cyprides et les Cythérides transformées en pattes, et se terminent par des soies à crochet, à l'aide desquelles ces animaux se fixent sur les corps étrangers. Dans les Cyprinides et les Halocyprides, exclusivement marins, cette paire de pattes est biramèe (fig. 564).
Autour de la bouche, au-dessous et sur les côtés d'une lèvre supérieure très développée, se trouvent deux mandibules puissantes avec un bord large et denté.
OSTRA.CODES.
ig. 564. — Cypridina mediterranea m.ilo. — //, cœur; SM, muscle du test; 0, œil; 0 ', œil impair; G. cerveau; Stz, organe frontal; T, testicule; P, organe copulateur ; l'a, queue (furca).
A leur base s'élève un palpe, allongé Inarticulé, qui, chez les Cypridinides, Fonctionne connue une patte mandibulaire, tandis que la branche masticatrice n'est plus qu'un appendice grêle. Ce n'est qu'exceptionnellement (Paradoxostoma) que les mandibules deviennent des stylets et sont renfermées dans une sorte de trompe formée par la lèvre supérieure et la lèvre inférieure.
Aux mandibules font suite les mâchoires inférieures ( mâchoires de la première paire), partout remarquables par le développement prépondérant de la portion principale et la réduction correspondante du palpe. Dans les Cyprides et les Cytherides, l'article basilaire de la mâchoire inférieure porte une grosse lamelle pectinée, munie de soies, que l'on regarde ordinairement comme un appendice branchial, bien qu'elle ne favorise qu'indirectement la respiration par ses oscillations et qu'elle ne fonctionne pas elle-même comme branchie. Celte lamelle branchiale se retrouve sur les deux paires de membres suivantes (cinquième et sixième paires), qui sont conformées tantôt comme des mâchoires, tantôt comme des pattes; chez les Cyprides, elles sont très réduites et n'existent que sur la paire antérieure; chez les Cypridines, elles y sont, au contraire, très développées. L'antérieure de ces paires d'appendices (mâchoires de la deuxième paire ou mieux pattes-mâchoires) sert principalement de mâchoires chez les Cyprides, mais porte, outre l'appendice branchial rudimentaire, un palpe court, dirigé en arrière et ordinairement composé de deux articles, qui, chez quelques genres ainsi que chez les Halocyprides, devient une courte patte à trois ou même quatre articles. Et effectivement, dans le premier de ces groupes, primitivement cette paire de membres servait de pattes, et l'on doit regarder le peu de développement du palpe comme un phénomène de métamorphose régressive. Chez les Cytherides, elle ne sert exclusivement que de patte et représente la première des trois paires de pattes. Chez les Cypridinides, elle s'est entièrement transformée en mâchoire, et possède une lamelle branchiale énormément développée (fig. 565), qui a complètement disparu chez les Cytherides et chez quelques genres de Cyprides. La paire de membres suivante (sixième paire) présente la conformation d'une mâchoire inférieure seulement chez les Cypridines; dans tous les autres cas, elle devient une patte allongée et multiarticulée. De même la septième paire, rudimentaire chez les Halocyprides, conserve partout la conformation de pattes; cbez les Cytherides, semblable à la paire précédente ; chez les Cyprides, recourbée vers le haut et munie d'une griffe courte et de
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soies terminales. Elle a probablement les mêmes usages que le long appendice filiforme, situé à la place de la septième paire presque sur le dos des Cypridines. n r Les Ostracodes pos-
sèdentun ganglion cérébral bilobé et une chaîne ventrale avec des paires de ganglions très rapprochés qui peuvent se fusionner en une niasse commune. Les organes des sens sont représentés, outre les filaments olfactifs déjà mentionnés, par un œil médian composé, formé de deux moitiés quelquefois séparées (Cyprides, Cythérides), ou par un petit œil impair et deux gros yeux latéraux composés et mobiles (Cypridinides). 11 existe en outre chez les Halocyprides marines et les Cypridines un appendice frontal, qui doit aussi être considéré comme un organe sensoriel. La bouche, fréquemment armée de côtes dentées (Cypris), conduit dans un étroit œsophage, auquel font suite un gésier et un large estomac avec deux tubes hépatiques qui pénètrent dans les lamelles de la carapace. L'anus débouche à la base de l'abdomen. Les Cythérides présentent une glande spéciale (glande à venin?), dont le conduit excréteur s'ouvre dans un appendice styliformé des antennes postérieures. Les organes circulatoires manquent chez les Cyprides et les Cythérides. Chez les Cypridina, les Conchoecia et les Halocypris, on trouve un cœur en forme de poche sur le dos, au point où la coquille adhère à l'animal. Le sang, qui contient peu de globules, y pénètre par deux fentes latérales et en ressort par une grosse ouverture antérieure. La respiration est exercée par l'ensemble de l'enveloppe cutanée, autour de laquelle les oscillations des appendices branchiaux foliacés entretiennent un courant constant. Chez beaucoup de Cypridinides (Asterope), ou trouve cependant dans le voisinage de la dernière paire d'appendices, presque sur le dos et de chaque côté, une double rangée de tubes branchiaux, dans lesquels la circulation du sang est active.
Les sexes sont séparés et se distinguent par des différences de structure- assez marquées. Les mâles présentent sur différents membres, sur la deuxième antenne (Cypridina, Conchoecia) ou sur les pattes-mâchoires {Cypris), des appareils spéciaux destinés à retenir la femelle, ou même offrent une paire de membres entièrement transformée. 11 faut ajouter en outre un organe d'accouplement très
fig. 565. — Cypridina mediterranea femelle. — A' et A", première et deuxième paires d'antennes; M/If, patte mandibulaire; Mx\ Hz", première et deuxième paires de mâchoires ;Fu, queue (furca); H, cœur; M, estomac; SM, muscle du test.
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considérable et 1res compliqué, que l'on peut considérer comme une paire de membres transformés. L'appareil génital mâle, qui se compose de plusieurs tubes testiculaires allongés ou arrondis, d'une vésicule séminale el d'un organe d'accouplement, est remarquable chez les Cypris par la présence de glandes muqueuses paires, ainsi que par la grosseur el la forme des spermatozoïdes (Zenker). Les femelles des Cypris possèdent deux tubes ovariens qui pénètrenl dans la carapace, deux réceptacles séminaux et deux orifices sexuels à la hase de l'abdomen. Quelques Cythérides son!, dit-on, vivipares (fig. 566). Les autres Ostracodes pondent des œufs, qu'ils déposent sur les plantes aquatiques (Cypris), ou qu'ils porleni jusqu'au moment de l'éclosion, comme les Gypridinides, (Mitre les valves.
Le développement libre est, chez les Cyprides, une métamorphose compliquée, que Clans a fait connaître d'une manière complète pour les Cypris. On ohserve chez ces animaux neuf phases évolutives distinctes non seulement par la forme différente du test, mais aussi par le nombre et la structure des rncmhres, et qui sont, séparées par le changement de la membrane chitinisée cl de la carapace. Les larves de Cypris, $M ^
au sortir de l'œuf, , \ '.„ .-0 M ^
possèdent, comme ' ,^ .. S-, '
la l'orme Nauplius, ,■ '^^wk'"\
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paires de membres, Qerf ^-fl- / '/ • >//.}'
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et déjà enveloppées Fig- 566. — Organes génitaux et canal digestif Fig. 567. — Première phase
d'un Cypris femelle (d'après W. Zenker). larvaire de Cypris, « Phase
par Ulie mince — Oe, œsophage; P V, gésier; V, estomac; de Nauplius avec trois paires
Carapace bivalve "• intestin: /.. foie; Ov, ovaire; R, récep- d'appendices. » — A', A" et
.„ . . tucle séminal; Vu, vulve; Fu, queue (furcn); Mf, première, deuxième et
(llg. Oo7). Le tube s M, muscle du test troisième paires d'appendices;
digestif PSI présent, *• estomac; D, intestin; SM,
° l . muscle du test.
ainsi qu un œil
simple, pourvu de deux corps réfringents. Les trois paires de membres sont simples et disposées pour ramper ou pour nager; les deux membres antérieurs sont semblables aux futures antennes, les postérieurs terminés par des soies recourbées el possédant déjà l'ébauche du lobe masticateur. Chez les Ostracodcs aussi par conséquent, la troisième paire de membres remplit primitivement les fonctions de pattes. C'est seulement dans la deuxième période du développement que les mandibules revêtent leur conformation définitive, en même temps que se montre l'ébauche des mâchoires et de la paire de pattes antérieure, qui sert d'organe de fixation. Les pattes-mâchoires (mâchoires de la deuxième paire) apparaissent seulement dans la quatrième phase et sous la même forme que les mâchoires avec leur extrémité pointue fournée en arrière. A cet âge, les mâchoires possèdent déjà plusieurs appendices et les lamelles branchiales. Dans la cinquième phase, les articles de la queue commencent à se montrer, les pattes-mâchoires sont transformées en pattes, destinées à ramper, multiarticulées. Les pattes-mâchoires, de même que les mandibules, remplissent primitivement les fonctions de pattes. Par conséquent, des sept paires de membres, la moyenne seule, les