DÉFINITIONS DE L'ESPÈCE
Le plus grand nombre des naturalistes s’accordaient jusque dans ces derniers temps, il est vrai, à regarder l'espèce comme une unité créée isolément, inva-
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114 | L0OLOGIE GÉNÉRALE. F riable et se perpétuant par la reproduction avec les mêmes caractères. On se M contentait de l’idée fondamentale contenue dans la définition linnéenne : « Tot : : numeramus species quot ab initio creavit infinitum Ens. » Cette définition À s'accordait avec un dogme alors tout-puissant dans le domaine des sciences L
géologiques, d'après lequel les périodes qui se succèdent dans la formation du globe cachent des faunes et des flores complètement indépendantes les unes des autres, créées de toutes pièces, et séparées par de violents cataclysmes qui anéantissaient chaque fois le monde organique tout entier. Aucune forme vivante, croyait-on, ne pouvait survivre à une de ces grandes révolutions terrestres qui séparaient deux périodes consécutives; chaque espèce animale ou végétale était arrivée à la vie par un acte créateur particulier, avec des caractères déterminés qu'elle conservait invariablement jusqu'à son extinction. Ces opinions trouvaient encore une confirmation dans les différences que les restes fossiles des Vertébrés (Linné), aussi bien que des Mollusques (Lamarck), offrent avec les représentants actuellement vivants de ces groupes.
Mais comme les animaux ou les végétaux, issus les nns des autres, présentent des différences plus ou moins considérables, on dut ‘aire intervenir dans la notion de l'espèce, non plus l'identité absolue, mais la ressemblance dans les caractères les plus essentiels. L'espèce est alors, par conséquent, comme Pa définie Cuvier, « la collection de tous les êtres organisés descendus l'un de l’autre ou de parents communs et de ceux qui leur ressemblent autant qu'ils se ressemblent entre eux. »
Cependant tous les faits naturels ne peuvent pas rentrer dans cette définition, qui repose sur l'hypothèse, que les caractères les plus essentiels des êtres organisés se perpétuent d'une manière invariable à travers le temps. Les difficultés inextricables que l’on rencontre dans la pratique pour la détermination des espèces, et qui prouvent qu'il n'y a entre elles et les variétés aucune limite” bien tranchée, montrent combien elle est insuffisante. H