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FORMATION DES RACES ET DES VARIÉTÉS

artificielles, au contraire, sont créées par l'homme et comprennent exclusivement les animaux domestiques.

Malheureusement, l'origine des races naturelles et des races domestiques est enveloppée d’une obscurité profonde, et il est bien difficile que la science arrive jamais à la percer complètement. Pour certaines variétés, que l'on regarde * comme des races, on ne. sait si elles ont été produites par des déviations d'une seule espèce ou si elles proviennent de plusieurs espèces différentes. Cependant il est à peu près sûrement démontré que les nombreuses variétés du Porc et du Taureau, que les races des Chiens et des Chats, sont issues d'espèces différentes (Rütimeyer).

Certaines variétés que l'on fait dériver, avec plus ou moins de certitude, d’une seule et même espèce, peuvent être très différentes entre elles et s'éloigner par des caractères plus importants que ceux qui séparent les espèces sauvages ; par exemple, les races domestiques de Pigeons, dont l'origine commune a été rapportée avec beaucoup de vraisemblance, par Darwin, au Pigeon de roche (Columba livia), paraissent susceptibles de variations si étendues, que leurs variétés, connues sous les noms de Pigeon culbutant, de Pigeon-paon, de Pigeon grosse-gorge, etc., ont même été considérées par les ornithologistes comme de vraies espèces et ont été distribuées par eux dans des genres différents.

Très souvent, même à l’état sauvage, les variétés ne peuvent se distinguer des

espèces par l'ensemble de leurs caractères. D'habitude, on considère que ce qui a le plus de valeur dans un caractère, c’est la constance de son apparition, et l'on reconnait la variété à ce signe, que les caractères qui la distinguent sont plus variables que dans l'espèce. Si l’on parvient à réunir des formes intermédiaires, on les regarde comme les variétés extrêmes d’une même espèce, tandis qu’au contraire on en fait de véritables espèces, si les transitions font défaut, quand bien même les différences qu'elles présentent sont moins considérables, pourvu seulement qu'elles soient constantes. On comprend comment, dans de pareilles conditions, en l'absence d'un critérium positif, l'appréciation individuelle et le tact de l'observateur décident si l’on a affaire à une espèce ou à une variété et comment les naturalistes sont si loin d’être d'accord dans la pratique. C’est ce que Darwin et Hooker ont longuement et judicieusement mis en évidence. C’est ainsi, pour prendre un exemple entre mille, que Nägeli estime à trois cents le nombre des espèces de Hieracium croissant en Allemagne; Fries en énumère cent six; Koch, -inquante-deux; d’autres botanistes en admettent à peine vingt. M. Nägeli prétend même qu'il n'y a pis un genre composé de plus de quatre espèces sur lesquels tous les botanistes soient d'accord, et que l’on pourrait citer une foule d'exemples où, depuis Linné, les mêmes espèces ont été à plusieurs reprises séparées et réunies".

Nous sommes donc ramenés, pour trouver un critérium qui permette de séparer les espèces des variétés, au caractère le plus important de la notion d'espèce, qui, ibest vrai, n'est presque jamais pris en considération dans la pratique, la descendance commune et le croisement fécond. Mais, de ce côté encore, des difficultés insur-

4 C. Nägeli, Entstehung und Begriff der Naturhistorischen Art. München, 186%.

montables s'opposent à ce que l’on puisse formuler d’une manière précise l'idée d'espèce. |

C'est un fait connu de tout le monde que des animaux d'espèces différentes s’accouplent entre eux et produisent des hybrides, par exemple le Cheval et l'Ane, le Loup et le Chien, le Renard et le Chien. On a même observé des croisements féconds entre les espèces éloignées, qni n’appartenaient point au même genre, telles que le Bélier et la Ghèvre, la Chèvre et le Bouquetin. Mais ces produits sont en général inféconds; ils constituent des formes intermédiaires éphémères; et même, dans le cas où ils conservent la faculté de se reproduire, ce que l'on a observé plus fréquemment chez les hybrides femelles, ils font bientôt retour au type paternel ou maternel. Ce

IL y a cependant des exceptions à la stérilité habituelle des hybrides, que l'on à

peut invoquer comme preuves contre la notion de l'espèce admise dans l’école. On connaît un exemple de quatre générations d'hybrides du Chien et de la Louve. Is. Geoffroy Saint-Hilaire a obtenu trois générations d'hybrides du Chacaletdu Chien; et Flourens quatre. Les essais de croisement de la Hase et du Lapin, faits sur une grande échelle, à Angoulême, par M. Roux, on montré que leur produit, le Léporide, est parfaitement fécond. Il paraît en être de même des produits du Phasianus colchicus et du Ph. torquatus, du Cervulus vaginalis el du C. Reevesi, ainsi que de ceux de l’Anser cinereus et de l’A. cygnoides, que l’on élève dans l’Inde;*et auxquels on peut ajouter ceux du Bouc et de la Brebis au Chili. Des observations faites avec soin sur l'hybridation des plantes, et en particulier celles de W. Herbert, ont montré que plusieurs hybrides sont aussi féconds entre eux que les espèces souches pures. Même à l’état sauvage, on observe des formes provenant du croisement d'espèces différentes, qui ont été plus d’une fois regardées comme de véritables espèces et décrites comme telles (Tetrao medius, hybride du T. urogallus et du T. tetrix, Abramidopsis Leuckartii, Bliccopsis abramorutilus, etc., sont aussi des hybrides d’après de Siebold). À l’état sauvage, la stérilité des hybrides ne peut pas non plus être posée comme une loi, car on a reconnu que beaucoup d'espèces de plantes sauvages sont le résultat de croisements entre des espèces voisines (Külreuter, Gärtner, Nägeli — Cirsium, Cytisus, Rubus). Aussi paraît-il d'autant plus vraisemblable que des animaux appartenant à des espèces originairement différentes, soumis par l'homme à la domestication, puissent, après acclimatement et transformation progressive, produire des formes intermédiaires persistantes. Déjà Pallas avait exprimé l'opinion.que des espèces voisines, quiaucommencement nes’accouplent pas entre elles ou ne donnentque deshybrides : inféconds, en produisent de féconds après une domestication prolongée. Eteffec- :

tivement les recherches des zoologistes ont fait voir qu’il est très probable que | quelques-uns de nos animaux domestiques descendent par voie de sélection à inconsciente, opérée dans les temps préhistoriques, d'espèces différentes. M. Rüti- » meyer, en particulier, a cherché à démontrer ce mode d'origine pour le Bœuf « (Bos taurus), qu'il fait dériver d'au moins deux formes ancestrales (Bos primigenius et B. brachyceros). On peut de même considérer comme certain que le À

Cochon, le Chat domestique et les nombreuses races de Chiens proviennent de. Li plusieurs espèces sauvages.

Quoi qu'il en soit, on “doit accorder une grande importance aux exemples, ",

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