‹ Traité de zoologieChapitre 80 sur 434 · Æ CID OR OT · texte numérisé non relu

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tropicale). Passage à la région Néarctique. : . Antilles. + 1. Californienne. “ie 2, Montagnes-Rocheuses. Passage à la région Néotropicale NI. Néarctique. . . « 3. D (Est des Etats- de nis) F 4. Canadienne. Passage à la région Poléarctique. | | rs

Les barrières de ces régions, vastes étendues de mer, hautes chaines de mon tagnes, déserts sablonneux, ne sont naturellement pas absolues pour toutes le espèces et permettent à tel ou tel groupe de passer d'une région dans l’autre Les obstacles à l'immigration et à l'émigration nous paraissent actuellemen insurmontables, mais étaient certainement dans les temps anciens, sous d'autre: conditions de répartition des mers et des continents, différents de ce qu’ils som aujourd’hui et plus faciles à franchir pour plus d’une forme vivante. Si l’on em ploie depuis longtemps le terme de centre de création pour désigner les distri plus ou moins fermés sur lesquels sont répandues les espèces, c’est que l’on $ pose l’apparition endémique de certains groupes d'espèces typiques et leur ex sion graduelle jusqu'aux limites du district, idée qui s’harmonise parfaitem avec la théorie de l’origine des espèces par variations successives!.

royaume Sud-américain tropical; 6. le royaume Africain tempéré; 7. le royaume antarcti 8. le royaume Australien.

1 Voyez l'excellent mémoire de Rütimeyer, Ueber die Herkunft unserer Thierwet, Bâle : Genève, 1867. Lips

Les mêmes lois se répètent dans la distribution des habitants des mers. Les barrières qui s'opposent à la dispersion des animaux terrestres, telles que les vastes mers entourant de nombreuses îles, sont très favorables à l'extension des espèces marines, tandis que, par contre, les grandes étendues deterre ferme leur opposent des obstacles insurmontables. Il est cependant un grand nombre d’animaux marins qui vivent dans les eaux peu profondes près des côtes, et dont la distribution concorde souvent par suite avec celle des animaux terrestres; on doit donc s'attendre à trouver de grandes différences dans ces populations des côtes opposées des grands continents. Par exemple, les habitants des mers des côtes orientales et occidentales de l'Amérique du Sud et de l'Amérique centrale différent tellement, qu'à l'exception d’un certain nombre de Poissons que l’on rencontre, suivant M. Günther, sur les rives opposées de l’isthme de Panama, il n'y à que peu d'espèces communes. Dans les îles orientales de l’océan Pacifique, la faune marine est entièrement distincte de celles des côtes d'Amérique. Si, d'autre part, nous continuons vers l’ouest des îles orientales des parties tropicales du Pacifique, jusqu’à ce qu'ayant traversé un hémisphère entier, nous atteignions les côtes d'Afrique, nous ne remarquons pas, sur toute cette vaste étendue, de faune marine bien définie et bien distincte. Beaucoup de Poissons

s'étendent du Pacifique à l'océan Indien, et il y a de nombreux Mollusques qui sont communs aux îles du Pacifique et aux côtes orientales de l'Afrique, deux régions situées presque sur les méridiens opposés. Ici donc les barrières ne sont pas infranchissables, car ces côtes et ces iles nombreuses peuvent servir de lieu de halte pour les émigrants. D’après l'habitat des animaux marins, on distingue les animaux côtiers qui vivent près des côtes, à des profondeurs différentes, et les animaux pélagiques, qui nagent à la surface des mers. La vie est aussi très riche et très variée dans les grandes profondeurs, comme l'ont prouvé surtout les expéditions américaines, anglaises, scandinaves et françaises. Elles ont montré que le fond des mers, que l’on croyait désert, est peuplé de nombreuses espèces d'animaux inférieurs, appartenant aux groupes les plus divers. Ce sont particulièrement, outre des animaux Sarcodaires, de l’ordre des Foraminifères (Globigérines), des Éponges silicieuses, des Coralliaires, des Échinodermes et des Crustacés; parmi ces derniers, des représentants des types inférieurs, mais d’une taille gigantesque et souvent aveugles. On y a retrouvé aussi actuellement vivants des types, tantôt identiques, tantôt plus ou moins analogues à ceux des terrains crétacés et jurassiques, fait des plus intéressants en ce qu'il nous montre la continuité de la vie animale dans ces dernières formations géologiques successives jusqu'à nos jours.

? Voy. Wyville Thompson, Les abtmes de la mer, traduct. de Ch. Lortet, Paris, 1875. Ainsi que les résultats de l'expédition du Challenger en 1874-1876, de la Joséphine, 1869, du Vüringen 1876, et du Travailleur 1880-1881.

Cependant il y a toute une série d'espèces animales et végétales qui sont cosmopolites, qui, séparées par des barrières infranchissables, appartiennent à des provinces différentes, et que l'on rencontre dans les contrées les plus éloignées. Ces exemples s'expliquent en partie par les modes de transport excessivement variés qui ont favorisé l'extension des formes les plus mobiles, et par les modifications géographiques et climatériques, par le déplacement des continents et des mers qui ont eu lieu pendant les temps géologiques. L'identité entre beaucoup de plantes et d'animaux sur des cimes. élevées, séparées par des centaines @e lieues de plaines; le fait que ces mêmes espèces vivent dans l'extrême nord de l’Europe et dans les régions neigeuses des Alpes et des Pyrénées; la présence d'espèces végétales semblables, dans le Labrador, dans les Montagnes Blanches, aux États-Unis et sur les sommets les plus élevés de l’Europe, souble. au premier abord, confirmer l’ancienne théorie qui admettait la création indépendante d’une même espèce sur plusieurs points différents, tandis que la doctrine de la sélection suppose que chaque espèce n'a pris naissance que sur un seul point, et que ses descendants, quelque disséminés qu'ils soient actuellement, en sont partis pour se répandre de là par. migration. Ces faits trouvent une explication toute simple dans les conditions climatériques d’une période géologique récente (période glaciaire), pendant laquelle le nord de l'Amérique et l'Europe centrale ont possédé un climat arctique, et où des glaciers puissants remplissaient les vallées. A cette époque, une faune et une flore arctiques uniformes ont dû s'étendre jusqu'aux Alpes et aux Pyrénées, et être essentiellement les mêmes dans le nord de l'Amérique, puisqu'elles provenaient, par migration, des mêmes populations polaires. Au retour de la chaleur, les faunes arctiques se sont retirées sur les montagnes jusque sur leurs sommets les plus élevés, à mesure que la température s’adoucissait, tandis que les régions plus basses se peuplaient d'espèces venues des contrées méridionales. On peut ainsi se rendre compte, par suite de l'isolement, des changements qui sont survenus entre les habitants: alpins « de chaque chaîne de montagnes et les faunes arctiques, d'autant plus que les à ;

anciennes espèces alpines qui habitèrent les montagnes, et qui sont ensuite « descendues dans les plaines avant la période glaciaire, ont dû exercer aussi « léur influence. Voilà pourquoi l'on rencontre, à côté de beaucoup d'espèces « | identiques, des variétés et des espèces doûteuses, et des espèces représentatives. Mais beaucoup de faunes subarctiques, et même quelques faunes des climats tempérés sur les pentes inférieures des montagnes et dans les plates du nord }

qu'elles le sont de nos jours dans les régions qui environnent le pôle. Des raisons importantes nous portent à croire qu'avant la période glaciaire, pendant l'époque pliocène, dont les habitants étaient en grande majorité spécifiquement les mêmes qu'aujourd'hui, le climat était beaucoup plus chaud que le elimat actuel; aussi ne paraît-il pas impossible que les faunes subarctiques et celles de la zone tempérée aient été beaucoup plus rapprochées du nord et

aient occupé cette zone circumpolaire, qui s'étend depuis l'ouest de l’Europe jusqu'à l'Amérique orientale. Probablement, pendant une période antérieure et encore plus chaude, telle que celle du pliocène ancien‘, un grand nombre des mêmes plantes et des mêmes animaux ont habité la région continue qui entouait le pôle, et ont commencé dans les deux mondes à émigrer lentement vers le midi, à mesure que la température baissait. Nous pouvons.ainsi comprendre la parenté qui existe entre les populations animales et végétales actuelles de l'Europe et de l'Amérique du Nord, parenté qui est si étroite, que nous rencontrons dans chaque classe des formes, sur la nature desquelles on æst loin d'être d'accord, et que l'on discute pour savoir si ce sont des races ‘ou des espèces. Nous comprenons également ce fait singulier que lés productions des États-Unis et de l'Europe étaient plus voisines pendant les dernières périodes de l’époque tertiaire, que ne le sont celles d'aujourd'hui. M. Rütimeyer fait remarquer, à propos de la population animale pliocène de Niobrara, que les restes des espèces d'Éléphants, de Tapirs, de Chevaux, enfouis dans les cou- “<hes de grès, différent à peine de ceux de l’Ancien Monde, et que. à en juger d'après leur système dentaire, les espèces de Porcs sont des descendants des

Palæochérides miocènes. Les Ruminants, tels que les Cerfs, les Bisons, présentent aussi les mêmes genres et parfois les mêmes espèces, que dans les couches contemporaines de l'Europe. Plus d'un genre, présentant de la manière la plus manifeste le type de l'Ancien Monde, s’est avancé jusqu’à l’isthme de Panama, et même beaucoup plus bas dans l'Amérique méridionale, et s’est éteint peu de temps avant l’apparition de l'homme, tel que les deux espèces de Mammouths des Cordillères et les espèces de Chevaux sud-américaines. Une Antilope et deux Ruminants à cornes (Leptotherium) ont même pénétré jusqu'au Brésil. Aujourd'hui encore, il existe deux espèces de Tapirs, dont la mâchoire, même pour Cuvier, se distingue à peine de celle du Tapir indien, deux espèces de Pores, qui portent encore dans leur première dentition les caractères de la faune dont ils dérivent, et un grand nombre de Cerfs avee le Lama, descendant des Anoplothérides, « restes vivants de cette antique colonie orientale qui n'arriva à son habitat définitif qu'après avoir parcouru un long chemin et fait de longues pertes ».

Il n'est pas douteux non plus qu'un bon nombre de Carnassiers, dont les restes enfouis dans le diluvium de l'Amérique méridionale présentent la marque de leur parenté avec les espèces de l'Ancien Monde, ne soient arrivés dans ces contrées par la même voie. Les Sarigues ont leurs représentants dans

1 A l’époque miocène régnait au Groënland et au Spitzberg, qui étaient alors réunis, un climat analogue au climat actuel du nord de l'Italie, ainsi qu'il résulte des intéressaites découvertes paléontologiques de l'expédition au pôle nord.

les contrées éocènes de l’Europe, et le Cænopithecus éocène de Egerkingen a les affinités les plus étroites avec les espèces de Singes américaines actuelles. Il en est de même des fossiles (miocènes) de Nebrasca avec les Mammifères tertiaires d'Europe. Les Palæotherium continuaient à y vivre, alors qu’en Europe ils n'avaient pas dépassé l’époque éocène, ainsi que les Chevaux à trois doigts (Anchitherium) d'où dérivent l'Hipparion, Cheval à un seul doigt développé et deux doigts rudimentaires, et le Cheval actuel. On peut suivre jusque dans les contrées les plus anciennes de l’époque tertiaire le lien historique qui unit les espèces de Mammifères qui peuplaient jadis l'Ancien Monde et une grande partie du Nouveau; aussi M. Rütimeyer regarde-til la plus ancienne faune tertiaire de l'Europe comme l'origine d’une population animale véritablement continentale, qui se trouve représentée aujourd’hui dans la zone tropicale des deux Mondes et surtout en Afrique. Par contre, Marsh a récemment soutenu; vet très probablement avec raison, que l'Amérique peut être considérée en quelque sorte comme l'ancien continent par rapport à la faune mammalogique‘. En effet, les formations paléozoïques, qui sont peu répandues en Europe, s'étendent depuis les monts Alleghanys jusqu'au Mississipi, et l'Amérique formait depuis longtemps un vaste continent, alors que l'Europe n'était représentée que par des groupes d’iles nombreuses, et que l'Afrique et l'Asie étaient encore morcelées. C'est surtout aux formations de l'époque tertiaire, qui en Amérique ne peuvent guère être délimitées de la Craie, que s'applique la manière de voir de Marsh, suivant laquelle les faunes éocène, miocène et pliocène seraient plus anciennes que les faunes correspondantes des autres continents. L'Amérique du Sud possède, outre des types spéciaux de Rongeurs, auxquels se joignent la plupart des Édentés, des genres de Mammifères et d'Oiseaux qui, de même que les Struthionides, dont nous avons parlé plus haut, et du” petit nombre de genres d'Édentés (Manis, Orycteropus) particuliers au sud de l'Afrique et de l’Asie, indiquent des migrations parties d'un centre commun, d'un continent méridional aujourd'hui disparu, et dont l'Australie semble: être la seule partie encore subsistante. Il est possible que c’est de là que proviennent les Marsupiaux de l'Australie et du sud de l'archipel Malais, les Fourmiliers et les Pangolins, les Paresseux et les Tatous, les Oiseaux gigantesques aujourd'hui éteints de Madagascar et de la Nouvelle-Zélande, les Struthionides et même les Makis de Madagascar. Il est vraisemblable aussi que les animaux partis du centre de

migration de l'hémisphère septentrional, lorsqu'ils arrivèrent dans l'Amérique « du Sud, trouvèrent le sol déjà peuplé par des représentants de la faune méri- « dionale. Les fossiles du diluvium, que l’on a trouvés dans les cavernes du Bré=« sil et dans les alluvions des Pampas, montrent qre les espèces appartenant au groupe des Edentés formaient près de la moitié des grands animaux diluviens

de l'Amérique du Sud, et avaient pu ainsi contr shalacé les Mammifères venus plus tard -du Nord. Certaines espèces de la faune antarctique s'avancèrent pro

bablement aussi vers le Nord, et de même que l’on rencontre encore aujourd'hui à des Paresseux, des Tatous et des Fourmiliers au Guatemala et au Mexique, mêlés $

à une faune qui est composée en grande partie de genres encore maintenant re- }

10.0 Marsh, Introduction and succession of vertebrate life in America. An Address, 1877.

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présentés en Europe, on trouve aussi, à l'époque diluvienne, des Paresseux et des Tatous gigantesques jusque dans le Nord. La présence, dans le pays des Bisons et des Cerfs, du Megalonyx Jeffersoni et du Mylodon Harlemi, est un phénomène aussi étrange que celle des Mastodontes dans les Andes, la Nouvelle- Grenade et la Bolivie. Le mélange et l’enchevêtrement de deux groupes de Mammifères dérivant d'ancêtres complètement distincts, sur presque toute l'immense étendue des deux moitiés du nouveau continent, constitue le caractère le plus remarquable de sa faune, et il est caractéristique que chaque groupe est plus richement représenté, à mesure que l'on se rapproche de son point de départ.

Si l'on réfléchit que les animaux marins ont aussi présenté des migrations semblables vers le Sud dans les temps préhistoriques, on comprendra comment il se fait que l’on rencontre des espèces voisines, particulièrement des Crustacés et des Poissons, sur les côtes orientales et occidentales des parties tempérées de PAmérique du Nord, dans la Méditerranée et dans la mer du Japon, ce que l'ancienne théorie de la création est impuissante à expliquer.

L'apparition d'espèces identiques ou très voisines dans des contrées d'altitude très basse et sur des sommets élevés dans les hémisphères opposés, s'explique par l'hypothèse, appuyée sur une foule de faits géologiques, que pendant l’époque glaciaire, dont la durée a été très longue, les glaciers avaient pris une très grande extension sur les différentes parties de la terre, et que la tempéra- . ture s'était considérablement abaissée sur toute la surface du globe‘. Au com- … mencement de cette longue période, à mesure que l'intensité du froid augmen-

fait, les animaux et les plantes tropicales se retirèrent vers l'équateur, les formes subtropicales et celles des climats tempérés, et enfin les formes subarctiques, . suivirent la même marche. Si la conclusion de M. Croll sur le réchauffement de l'hémisphère méridional, pendant que l'hémisphère septentrional se refroidissait, est juste, pendant cette lente émigration des nombreuses espèces animales et vêgétales de l'hémisphère nord, les habitants des régions basses et chaudes ont dû se rapprocher des contrées tropicales ou subtropicales de l'hémisphère sud; mais comme certaines espèces tropicales peuvent supporter un abaissement de température assez considérable, il en résulte que beaucoup de plantes et d'animaux retirés dans des vallées abritées furent ainsi préservés de la destruction, et, dans la suite des générations, s'adaptèrent de plus en plus à ces nouvelles conditions elimatériques. Les habitants des régions tempérées, plus rapprochés de l'équateur, se trouvèrent en présence de conditions d'existence différentes, et leurs formes les plus vigoureuses franchirent l'équateur pendant cette période de grand froid le long ‘des hauts sommets montagneux (Cordillères, chaines du

! Croll a cherché à montrer que le climat glacial est principalement le résuitat d’une augmenlation dans l'excentricité de l'orbite terrestre, et de l'influence qu’elle exerce sur les courants océaniques, que dès que l'hémisphère nord est entré dans une période de froid, la température de l'hémisphère sud s’est élevée et réciproquement. Il pense que la dernière grande période glaclaire remonte à 240 000 ans et a duré pendant environ 160 000 ans.

Noy. le mémoire de M. J. Croll Sur la cause physique des changements de climat pendant les époques géologiques, in Phulosophical Magazine, août 1864, et une excellente analyse des tra aux de MM. Croll, Heath, Moore et Pratt sur le même sujet, dans Lyell, Principes de Géologie, traduct. Ginestou, vol. 1, p. 351 et suiv., Paris, 1873. ,

nord-ouest de l'Himalaya, où même à travers les régions basses (Inde). Sur le déclin de l’époque glaciaire, la température augmentant graduellement, les formes tempérées s'élevèrent sur le flanc des montagnes, ou retournèrent plus au nord jusque dans leur ancien habitat. De même, les formes qui avaient franchi l'équateur, à quelques exceptions près, reprirent aussi leur ancienne route, mais subirent comme les premières des modifications plus ou moins importantes, sous l'influence du changement dans les conditions d'existence. « Le cours régulier de$ phénomènes amenant, suivant Darwin, une période glaciaire rigoureuse dans l'hémisphère méridional et un réchauffement de l'hémisphère septentrional, les formes tempérées du sud envahirent à leur tour les contrées équatoriales basses, les formes septentrionales, autrefois restées sur les montagnes, descendirent alors et se mêlèrent avec celles du sud. Ces dernières, au retour de la chaleur, se retirèrent vers leur ancien habitat, laissant quelques espèces sur les sommités, et emmenant avec elles, au sud, quelques-unes des formes tempérées du nord qui étaient descendues de leurs positions élevées dans les montagnes. Nous trouverons donc ainsi quelques espèces identiques dans les zones tempérées du nord et du sud et sur les sommités des montagnes des régions tropicales intermédiaires. Mais les espèces ainsi restées longtemps sur leurs montagnes ou dans les hémisphères opposés, obligées d'entrer en concur- « rence avec d’autres formes nouvelles, exposées à des conditions physiques unpeu ! différentes, et pour ce motif plus susceptibles de modification, seront devenues actuellement des variétés ou des espèces représentatives. Le fait de l'existence alternative de périodes glaciaires dans les deux hémisphères nous explique encore, selon les mêmes principes, le nombre des espèces distinctes qui habitent les mêmes surfaces très éloignées les unes des autres, et appartenant à des genres qui ne se rencontrent plus maintenant dans les zones torrides intermé: « diaires. » On peut ainsi se rendre compte, par les conséquences qu'ont entraînées « les grands changements climatériques de la période glaciaire, de l'existence sur les hauts sommets de l'Amérique tropicale d’une série d'espèces végétales appartenant à des genres européens. On s'explique de la même façon que, d'après « M. Hooker, environ quarante à cinquante espèces de Phanérogames soient com- + munes à la Terre de Feu, à l'Amérique du Nord et à l’Europe, si éloignés que soient ces continents situés dans deux hémisphères opposés; que beaucoup de plantes sur l’Himalaya, sur les chaînes de montagnes isolées de la péninsule in- «« dienne, sur les hauteurs de Ceylan et les cônes volcaniques de Java, se repré sentent les unes les autres, et représentent en même temps des formes euro péennes; que dans la Nouvelle-Hollande se rencontrent de nombreux genres européens, quelquefois même des espèces identiques; que des formes spé ciales à l'Australie méridionale croissent sur les sommités des montagnes de Bornéo, et s’étendent le long des hauteurs de la péninsule de Malacca jusque dans l'Inde et au Japon; que des formes caractéristiques de l’Europe et quels ques représentants de la flore du cap de Bonne-Espérance se retrouvent en Abys __sinie, et qu’enfin, selon M. Hooker, plusieurs plantes qui habitent les montag voisines de Cameroon, sur le golfe de Guinée, se rapprochent étroitement de celles des montagnes d'Abyssinie et aussi de l'Europe tempérée. Mais, déjà a la période glaciaire, beaucoup de formes végétales et animales ont dû se

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