II. — COMPOSITION CHIMIQUE DE LA CELLULE
On ne sait rien de la composition chimique des minces membranes des cellules animales de tissu. Dès qu'elles s'épaississent, on peut reconnaître en elles la présence de substances diverses, parmi lesquelles la chitine (C^H^«>Az^O^), la kératine, la cellulose (C^H'^^O^) et ses variétés, etc., jouent le rôle principal. Ces mêmes substances se retrouvent dans les cuticules et les capsules : la ^nembrane vitelline de l'œuf est formée de kératine^ substance sulfurée, non phosphorée dont la formule rationnelle n'a pas été établie.
Le cytoplasma comprend dans sa constitution des nucléo-albumines, des globulineSy de la lécithine, de la cholestérine et, en fait de substances minérales: du fer, sans doute en combinaison organique avec la nucléoalbumine, des chlorures et des phosphates de potassium, de sodium, de magnésium et de calcium.
Les deux substances albumineuses que renferme le cytoplasma ne sont pas indifféremment mélangées en lui : les nucléo-albumines forment les parties figurées {fibrilles, gi^anules, spongioplasma)^ les globulines forment la partie amorphe {hyaloplasma ou paraplasma): cela semble indiquer que les premières ont une importance plus grande que celles-ci.
Dans le noyau, la membrane nucléaire est formée iVamphipt/rénine, et le réseau nucléaire est fait de linine ou parachromatine ; les grains chromatiques sont formés de chromaline, et le nucléole est contitué par de la paranucléine ou pyrénine. Enfin le suc nucléaire, comme le suc cellulaire des vacuoles du cytoplasma, est un liquide aqueux, contenant en dissolution des sels et quelques substances albuminoïdes.
11 semblerait, d'après cela, que la composition chimique de toutes les parties de la cellule soit bien connue, puisque toutes ont reçu des noms de substances chimiques. Mais ce n'est là qu'une apparence tout à fait trompeuse.
De ce que l'on a donné à toutes ces substances des noms à désinence en ine, il ne s'ensuit pas que toutes soient sur le même pied, et il y a grande utilité à établir une distinction nette entre ces diverses substances à désinence semblable. Les unes nous sont complètement inconnues dans leur composition chimique ; on ne sait ni leur formule détaillée, ni leur formule brute; on ne peut dire si elles sont simples ou si elles
au-dessous d'elle. Nous n'ignorons pas non plus que Butschli a trouvé jusque dans la carapace de l'Ecrevisse, qui d'après nos définitions est une cuticule typique, une structure qui rappelle celle du protoplasma.
Tout cela prouve qu'il faut tenir compte des transitions, des exceptions et des réserves; mais les trois types d'enveloppe existent certainement et il vaut mieux les accepter, pour renseignement du moins, dùl-on un peu forcer les choses, que de ioot laisser, sous prétexte de rigueur scientifique, dans l'état de confusion où cela est dans la plupart des ouvrages.
sont des mélanges de substances définies différentes. Disons le mot : ce ne sont pas des substances chimiques. De ce nombre sont la linine, la pyrénine ou paranucléine, Yamphipyrénine, etc. ; on les a nommées et distinguées d'après la manière dont elles se comportent en présence de certaines matières colorantes, mais sans rien savoir des réactions qui se passent dans la fixation de la couleur.
Nous voulons dire par là, non qu'on ne sait rien de la composition chimique du nucléole, par exemple, ou du réseau achromatique, mais qu'en les disant formés de pyrénine ou de linine, on ne fait pas une réponse ayant un sens chimique précis. Pyrénine, linine^ etc., signifient seulement : substances reconnaissables à tel aspect microscopique, à telle manière de se comporter en présence de telle matière colorante.
Au contraire, la kératine^ la micléine, la ylobuline, la plastine, etc., sont des substances chimiques vraies, dont on sait plus ou moins selon les cas, mais qui méritent de prendre place dans un ouvrage de chimie pure (*).
Cela bien compris, examinons celles de ces substances dont la constitution chimique ne nous est pas tout à fait inconnue.
La kératine est une substance albuminoïde, c'est-à-dire albumineuse incomplète et dépourvue en outre de phosphore, mais riche en soufre.
Les nucléo-albumines sont des substances albumineuses (*) vraies, légèrement phosphorées. Elles sont solubles dans le suc gastrique qui les décompose en peptone restant en solution et en acide nucléique qui se précipite. Ces substances sont, sans doute, multiples et variées dans le cytoplasma, mais on n'est pas en état de distinguer, ni même de dénombrer celles qui font partie de chaque cytoplasma en particulier.
Les globulines sont aussi des substances albumineuses complètes, mais non phosphorées, insolubles dans l'eau pure, solubles dans les solutions salines à 5 à 10 ^j^y d'où l'eau pure les reprécipite.
La lécithine est une graisse phosphorée, soluble dans l'alcool.
La cholesiérine est un alcool monoatomique solide, cristallisant en tablettes, solubles dans l'éther et dans l'alcool bouillant.
La chromatine est formée de cholestérine unie à de la nucléine qui en forme presque toute la masse. Cette nucléine est elle-même une substance richement phosphorée, insoluble dans le suc gastrique.
(1) Uq exemple fera bien comprendre celte distinction. Bien que chromatine et nucléine soient presque synonymes, la chromatine appartient au premier groupe, et la nucléine au second, et l'on peut dire que la chromatine des histologistes est une des variétés de la nucléine des chimistes. Rien n'empêche, d'ailleurs, que ces substances passent de la première catégorie dans la seconde. C'est ce qui est arrivé, dans une certaine mesure, pour la, plastine de Reinke [si] à la suite des recherches de
ZaCHARIAS [83].
(•) Substances albumineuses est pris ici dans le sens fixé par Danilevski, par opposition à suhst&nceB albuminoïdes . Les premières ont une composition analogue à celle de l'albumine de l'œuf; les secondes en diffèrent en ce qu'il leur manque un ou plusieurs des groupes chimiques essentiels, nécessaires pour constituer les premières.