‹ Traite de zoologie concrète (volume 5)Chapitre 2 sur 90 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

La Zoologie, au contraire, nous parlons toujours de celle d'autrefois, est une science essentiellement concrète : elle montre l'animal lui-même, elle l'étudié comme personne entière ayant son individualité dans la nature. Cette individualité, il est vrai, n'est pas réelle, car la Zoologie met à la place des innombrables individus de l'espèce ou du genre, un individu idéal qui résume en lui toute l'espèce ou tout le genre, mais cela n'altère en rien son caractère concret, car il nous suffit de prendre en main un individu quelconque pour voir en lui tout ce qu'elle nous décrit à l'occasion de l'espèce ou du genre auxquels il appartient. Par contre, au point de vue de la connaissance entière des animaux, elle est essentiellement incomplète, car ayant pour but seulement de les nommer et de les classer, elle ne tient compte que de ce qui est nécessaire et suffisant pour ce but, c'est-à-dire des caractères extérieurs : elle néglige entièrement l'anatomie interne, elle ignore les organes chargés des fonctions les plus essentielles.

Ces deux sciences sont donc incomplètes l'une et l'autre,

Lorsqu'on a voulu constituer, pour l'enseignement, des ouvrages où la science des animaux fût traitée dans son ensemble, on a cru pouvoir les compléter l'une par l'autre en les associant. Or, on s'est en cela radicalement trompé.

C'est de l'Allemagne, dont nous avons été si longtemps tributaires pour les ouvrages destinés à l'enseignement supérieur, que nous est venu le type de ces ouvrages mixtes où, presque indifféremment sous le titre de Zoologie ou sous celui (TAnatomie comparée, on trouve le sujet traité de la manière suivante. Le Règne animal est tout d'abord divisé en grandes sections {embranchement, phylum, etc.), telles que les Échinodermes, les Mollusques, les Vers, etc., qui sont étudiées séparément. Prenons une de ces sections, les Mollusques, par exemple. Le chapitre commence par des généralités sur le groupe : c'est une petite Anatomie comparée des Mollusques dans laquelle on expose la variation des fonctions et des organes dans ce groupe, tout comme Ton ferait au chapitre Mollusques d'un traité d'Anatomie comparée tel qu'on le comprenait autrefois. Puis, on annonce que le groupe se divise en tant de classes et immédiatement on aborde leur élude, on les examine séparément, les unes à la suile des autres. Prenons celle des Gastéropodes. On la

IMIKFACE IX

traite comme on a fait de l'embranchement des Mollusques, c'est-à-dire que l'on écrit un petit chapitre d'Anatomie comparée tel qu'on le ferait pour une Anatomie comparée vraie, en se plaçant au point de vue de la variation des fonctions et de leurs organes sans se préoccuper des animaux qui les possèdent. Puis on passe à la sous-classe, à l'ordre, au sous-ordre, toujours de la même manière, et c'est seulement alors que l'on change de plan. Là, brusquement, on tombe dans la Zoologie pure, c'est-à-dire que l'on fait défiler sous les yeux, les familles, les genres principaux, voire môme les espèces les plus importantes sans en faire connaître autre chose que les caractères presque exclusivement extérieurs qui seuls les distinguent.

Est-ce de la Zoologie"!

Non !

Est-ce de Y Anatomie comparée?

Pas davantage !

Ce sont des chapitres d'Anatomie comparée emboités les uns dans les autres et dont le dernier de chaque groupe contient un chapitre de Zoologie pure.

Est-ce au moins une science mixte complétant l'une par l'autre celles dont elle prend les titres?

Moins encore! Car, ce qui manque à TAnatomie comparée pour une connaissance entière de l'être et des êtres, c'est le lien de ces organes décrits séparément, dans l'individu qui les possède; or, la partie zoologique ne le donne pas puisqu'elle ne définit plus que les caractères extérieurs. Ce qui manque à la Zoologie, pour cette même connaissance, c'est la conformation, la disposition, les rapports des organes internes dans chaque forme ; or, les chapitres anatomiques ne l'indiquent pas, restant toujours dans le vague et l'impersonnel.

L'étudiant arrive à la fin du chapitre des Mollusques, sans qu'on lui ait jamais expliqué comment est organisé, dans son ensemble, un quelconque de ces animaux. C'est cependant ce qu'il lui aurait fallu pour dissiper las brumes que laisse dans son cerveau le vague désespérant des descriptions abstraites. Il a besoin de grouper ces notions sans lien en un tableau où il puisse reposer sa vue sur un ensemble défini qui parle à l'imagination, et. par suite, ait quelque chance de rester dans la mémoire.

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