V. ORDRE
HYPOTRICHA Face dorsale dénuée de cils. Appareil locomoteur composé d'une frange de lanieres adorales et de cirres ventrcux pouvant fréquemment servir à une véritable marche.
FAN. PERITROMIDÆ. — Toute la surface ventrale uniformément ciliée; une frange arquée de puissantes lanières buccales ; cytopharynx simple.
Genre unique : Perilromus, Stein. Espèce unique : P. Emmæ, marin.
FAñ. OXYTRICHIDÆ. — Cils ventraux ordinairement transformés en cirres. Trichogaster, Sterki. Face ventrale uniformément ciliée; des cirres rudimentaires aux deux extrémités du corps. 1 espèce : T, pilosus, caux douces. — Psilotricha, Stein. Des cirres ventraux irrégulièrement distribués. P. acuminatla, eaux douces. — Kerona, Ehrb. Six rangs obliques de eirres ventraux. K. polyporum, parasite de l’'Hydra fusea. — Sth-
CILIES. 591
chotricha, Perty. Deux rangs obliques de cirres ventraux; habitent dans des tubes gélatineux simples : 4 espèces d’eau douce : S. cornuta, secunda, aculeata, remex; une marine. S. marina. — Schisosiphon, Kent. Sfylotricha habitant des tubes ramifiés. À espèce d’eau douce : S. socialis. — Urostyla, Ehrb. Cirres latéraux différenciés; nombreuses rangées longitudinales (5 au moins) de fins cirres abdominaux; un rang postérieur de cirres transversaux. 4 espèces : U. grandis, eaux douces. — Stichochæta, Perty. Libres; corps atténué en avant en une sorte de cou; lanières buccales longues et espacées; deux rangées longitudinales de cirres abdominaux ; 3 soies caudales. S. pediculiformis, marine. — Stylonethes, Sterki. 15 à 20 cirres latéraux différenciés; 2 rangs de cirres abdominaux; point de cirres transversaux. 1 espèce : S. {ardus. — Uroleplus, Ehrb.3 cirres latéraux différenciés ; les autres continuant les 2 rangées de cirres abdominaux; point de cirres transversaux ni de soies caudales, corps pointu el plus ou moins prolongé en arrière. 6 espèces d’eau
douce : U. musculus, piscis, etc. — EÆEpiclintes, Stein. Uroleplus atténués en avant et en arrière, dilatés dans la région moyenne et pourvus de grandes lanières frontales. 3 espèces marines : ÆE. auricularis, relraclilis, radiosa. — Amplhisia, Sterki. Ordinairement
3 cirres latéraux antérieurs différenciés, les autres formant avec les cirres abdominaux
deux lignes parallèles médianes, comprises entre deux lignes de cirres marginaux éloi-
onés du bord de la face ventrale; des cirres transversaux postérieurs. 6 espèces marines :
A. gibba. — Holosticha, Wrz. Amplhisia à cirres marginaux et latéro-dorsaux éloignés.
5 espèces marines : H. rubra, multinucleata. — Onychodromus, Stein. Une rangée trans-
versale antérieure et 3 rangées obliques de cirres latéraux différenciés. 3 ou 4 rangées de
cirres abdominaux; une de cirres transversaux, corps elliptique. O0. grandis, eaux douces.
Strongylidium, Sterki. Corps mou, élastique; 6 cirres latéraux, 2 rangées obliques de cirres abdominaux: point de cirres transversaux; 3 soies caudales et de fines et nombreuses soies dorsales. S. crassum. — Plagiotricha, Kent. Corps ovale, élastique; 8 cirres latéraux ou plus; un ou plusieurs rangs obliques de cirres abdominaux 5 cirres transversaux ; de longues soies marginales et 2 ou 3 longues et fines soies caudales : 2 espèces :
P. strenua, affinis, eaux douces. — Allotricha, Sterki. Corps mou, élastique, ovale; 8 cirres latéraux, 5 abdominaux, en quinconce, compris entre deux lignes de cils; 5 cirres
transversaux ; des cirres marginaux en rangées régulières. ! espèce : A. mnollis. — Pleu-
rotricha, Stein. Comme Allotricha, mais corps rigide; point de soies caudales. 3 espèces” d’eau douce : P. lanceolata, echinatu, grandis. — Oxytricha, Ehrb. Corps mou élastique ;
cirres disposés comme chez les AlUotricha; mais sans les deux rangées régulières de cils
abdominaux. Une dizaine d'espèces : ©. pelionella, eaux douces; O0. scutellum, marin. —
Opisthotricha, Kent. Opisthotricha à longues soies caudales. 2 espèces d’eau douce : O0. pa-
rallela, similis, — Stylonychia, Ehrb. Oxytricha à corps rigide; 3 longues soies caudales;
3 espèces d’eau douce : S. mytilus, fissisela, macrostyla, 1 d'eau douce ou salées. S. pus-
tulata. — Histrio, Sterki. Sfylonychia sans soies caudales. 2 espèces : H. Steinii, eaux
douces. H. similis, marin. — Actinotricha, Cohn. Histrio à 5 lanières frontales excep-
tionnellement développées. À espèce marine, A. sallans. — Gastrostyla, Engelmann. Corps
rigide, elliptique. 5 ou 6 cirres marginaux, dont les 3 antérieurs plus développés; cirres
abdominaux en une ligne oblique s'étendant du bord droit jusqu'aux cirres transver-
saux, ces derniers au nombre de 5 où 6; quelques cirres abdominaux isolés. 2 espèces
d'eaux douces : G. Steinii, setifera.
FAM. EUPLOTIDÆ. — Corps cuirassé; cirres marginaux peu nombreux: cirres abdominaux nuls.
Euplotes, Ehrb. Corps arrondi en arrière, arrondi ou sinueux en avant; lanières frontobuccales semblables et bien développées; des cils prébuecaux; point de membrane ondulante buccale; 8 cirres latéraux; # cirres marginaux à gauche; 5 cirres transversaux. E. patella, E. charon, des eaux douces. — Sfyloplotes, Stein. Different des Euplotes par leur corps tronqué en arrière, l’existence d’une membrane ondulante buccale et la réduction à 2 des cirres marginaux gauches ; à droite, 3 grosses soies dorsales, postérieures, correspondant du côté dorsal avec 5 cirres transversaux ventraux. 1 espèce marine : S. appendiculatus. — Uronychia, Stein. Diffèrent des Sfyloplotes par leur corps tronqué en avant etleurs lanières frontales différentes des lanières buccales. U. transfuga, marine. — Aspidisca, Ehrb. Point de lanières frontales; des cils préoraux; point de membrane ondulante buccale. 5 cirres transversaux ; point de grosses soies dorsales, ni de cirres latéraux. 1 espèces marines : 4. lynceus. 1 d’eau douce : 4. costata. |
IIT. CLASSE
TENTACULIFÈRES
Infusoires alternativement libres et fixés ou parasites, ciliés dans la phase de liberté, pourvus de tentacules dans l’autre.
Caractères généraux des tentacules. — Les Tentaculifères, presque tous immobiles pendant la plus grande partie de leur existence, capturent les proies dont ils se nourrissent à l'aide d'appendices rigides spéciaux qu'on peut désigner sous le nom de tentacules. Dans certains genres (ÆEphelota, Actinocyathus , Acinetopsis , Ophryodendron) ces appendices sont coniques, fermés au sommet, pleins et servent uniquement à arrêter les proies ; on peut leur réserver plus spécialement le nom de tentacules.
Dans les genres Hemiophrya(fig.
512) et Podocyathus, 11 y a, outre les tentacules, d'autres appendices, cylindriques sur la plus erande partie de leur longueur, lévèrement évasés à leur extrémité libre, et servant à l’absorption des proies capturées; ce sont des sucoirs. Dans les genres
Fig. 512, — Hemiophrya gemmipara. Tentaculifére présentant Sphærophrya, Trichophrya, Po-
des tentacules et des suvoirs. dophrya, Solenophrya Acineta, Dendrocometes, Dendrosoma, il n'existe que des suçoirs. Leur forme est, en général, celle de tubes grêles, cylindriques ou légèrement évasés, leur extrémité libre. Toutefois, chez les Dendrocometes, les Sucoirs ont la forme de gros appendices ramifiés dont les ramifications terminales sont ouvertes au sommet.
La classification des Tentaculifères est en partie fondée sur le nombre et la disposition de leurs Suçoirs (p. 528). | |
Forme générale du corps. — La forme générale du corps est naturellement liée dans une certaine mesure, d’une part, au nombre et à la disposition des tentacules ou des suçoirs; d'autre part au genre de vie de l’Infusoire qui peut être libre, parasite d’Infusoires ciliés (fig. 515 et 316), ou fixé aux corps solides par un pédoncule.
Le corps est sphérique chez les Sphærophrya qui sont libres, et garde encore cette forme chez les Ephelota, les Dendrocometes et les Podophrya fixa, limbata, qui sont pédonculées; mais, en général, chez les espèces pédonculées et chez les Acinetopsis, Rhynchela, Urnula, pourvues d'un seul tentacule, le corps s’allonge dans le sens du pédoncule et tend à devenir symétrique par rapport à un axe (Podophrya conûipes, P. Wrzeniowsküi, Hemiophrya, Podocyathus, etc.). La disposition des tentacules em faisceaux entraine même la symétrie par rapport à un plan, lorsque ces faisceaux ne sont qu'au nombre de deux (Podophrya mollis, Acineta fœtida, A. tuberosa), trois (A. Jolyi), quatre (Podophrya quadripartita) où six (Acinelu mystacina). Le corps est aplati, triangulaire ou quadrilatère dans les deux premiers cas, en forme de pyra-
TENTACULIFÈRES. 023 mide à quatre ou six faces plus ou moins évidées dans les deux autres. Chez les Ophryodendron, le corps sphéroïdal ou ellipsoidal présente un ou plusieurs prolonsements en forme de trompe sur lesquels sont disposés les tentacules. Les Ophryodendron vivent fréquemment en société. Le corps des Dendrosoma est réellement ramifié ; il forme à la surface des Myriophyllium et autres plantes aquatiques des stolons anastomosés en réseaux sur lesquels se dressent des tiges ramifiées dont les branches sont terminées par des renflements portant les suçoirs.
On doit sans doute considérer comme résultant d'une simple atténuation de l'extrémité postérieure du corps le pédoncule à l'aide duquel se fixent aux corps solides un assez grand nombre de Tentaculifères nus. Ce pédoncule est, en effet, conique et presque de même largeur que le corps au moment où il s'unit à lui chez les Ephelota coronata, Ophryodendron abietinum, Hemiophrya truncata, Podophrya Steinii, astaci, Wrzeniowskü, conipes; il est cylindrique mais encore fort gros chez les Hemiophrya crustaceorum, gemmipara, quadrangulaire chez l’'H. Benedeni, et ne devient grêle et brusquement séparé du corps par un rétrécissement que chez les Ophryodendron multicapitatum, Podophrya quadripartita, fiva, mollis. Le pédoncule est au contraire toujours grêle chez les Tentaculifères munis d'une thèque et parait avoir la même origine que celle-ci qu'il supporte.
Thèque. — Les Acinetopsis, Actinocyathus, Podocyathus, Urnulu, Solenophrya, Acineta ont le corps protégé par une thèque de même nature que celle de nombreux Flagellifères ou Ciliés. La thèque n’est sessile que chez les Solenophrya où elle a la forme d’une petite cuvette large et plate; elle est simplement conique ou en forme de cloche et dressée chez l'Urnula epistylidis et l’Acineta notonectæ, en entonnoir et fixée par son extrémité atténuée chez l’Acinela mystacina. Un pédoncule très court, mais séparé de la thèque par une cloison, se différencie chez l'A. linguifera ; enfin le pédoncule est long et grêle chez les Actinocyathus, Acinetopsis, Podocyalhus, Acineta Jolyi, livadiana, divisa, crenata, vorticelloides, grandis, tuberosa. La forme de la thèque est généralement très simple; sa section, arrondie dans les formes symétriques par rapport à un axe, devient au contraire aplatie chez les espèces symétriques par rapport à un plan où ses faces sont triangulaires. Son ouverture est divisée en cinq ou six lobes triangulaires chez l’Acineta myslacina : sa surface est marquée de constrictions annulaires chez les Podocyathus, de saillies circulaires chez l'Acineta crenata; elle est annelée chez l'A. Saifulæ ; la thèque triangulaire de l’A. fœtida est marquée de plis en chevrons partant de ses côtés et se dirigeant vers son ouverture. La thèque est d’ailleurs une sécrétion relativement tardive. L'animal n’en remplit le plus souvent qu'une partie, soit qu’il demeure partout également distant de ses parois, soit qu'il n'occupe que la partie supérieure de sa Cavilé. Chez quelques espèces (Acineta tuberosa), des prolongements protoplasmiques spéciaux unissent le corps de l'animal à sa demeure.
Structure et différenciation du cytosarque.— Les réactifs appropriés ne décelent aucune membrane différenciée à la surface du corps des Podophrya fixa, P. algirensis, Sphærophrya magna. existe, au contraire, une couche corticale protoplasmique nettement différenciée autour du corps des autres Podophrya et des Hemiophrya. Cette couche devient particulièrement résistante chez les Dendrocometes, Dendrosoma, Ophryodendron, Trichophrya. Dans les espèces pourvues d’une coque, on n'a jusqu'ici observé aucune membrane autour de la partie du corps protégée par cette production.
Au-dessous de la couche limitante, il peut se trouver une mince couche de sarcode dépourvue de granules, correspondant à l’ectosarque de beaucoup de Rhizopodes, d'Infusoires flagellifères et d’Infusoires ciliés (Hemiophrya gemmipara).
Appendices. — Ces diverses couches de substance prennent une part variable à la constitution des appendices. La couche périphérique seule forme ces organes chez les Sphærophrya magna, Acineta fœtida et A. emaciata; elle constitue de même à elle seule les tentacules de l’Hemiophrya microsoma, mais l'axe des sucoirs est occupé par un tube qui perfore les téguments et pénètre assez profondément dans le protoplasme où il se termine brusquement. Tous les suçoirs de l’H. gemmipara, de l’H. pusilla, ainsi que ceux de la Podophrya poculum sont construits sur ce type. Ces organes sont creux chez les Hemiophrya, ils sont au contraire pleins chez les Sphærophrya, et la baguette bien différenciée qui occupe leur axe ressemble d’une manière frappante à la fibre de soutien des pseudopodes de divers Héliozoaires et Radiolaires. D'autre part, les pseudopodes des Héliozoaires, quoique évidemment fort voisins de ceux de Radiolaires et des Foraminifères, ont une rigidité et une fixité de position qui rappelle celles des tentacules des Acinétiens et sont une transition manifeste vers ces derniers; les tentacules préhenseurs de l'Hemiophrya microsoma en diffèrent à peine; un léger élargissement terminal suffit à les transformer en véritables suçoirs et le plus haut degré de différenciation de ces tentacules est atteint quand un canal arrive à se creuser à leur intérieur.
Les tentacules des Acinétiens sont capables de s'étendre et de se rétracter plus où moins à l'intérieur du corps ; dans l’état de rétraction, leur membrane externe se plisse souvent (fig. 513) de manière à figurer une sorte de fibre hélicoide dont Fraipont et Saville Kent soutiennent l'existence réelle, contrairement à l’opinion de Maupas. Lorsqu'un Infusoire vient frôler leur extrémité, il est brusquement arrêté et paralysé comme lorsqu'un de ces animaux vient à toucher au dans sa course un ‘pseudopode d'Hélio- Fig. 513. — Podophrya ferrum-equinum. sucant un ZOaire, de Foraminifère ou de Radiolaire.
ts 7, suçoirs; V, vacuoles; I] est possible que cet «effet soit qua la
N, cléus (d’après Lachmann).
| perforation rapide de la membrane du corps de l’Infusoire à l’intérieur duquel pénètre alors le sarcode de l’Acinétien qui agit comme un poison. La transparence de ce sarcode s'oppose à ce qu’on puisse constater directement la réalité de ce premier temps de la digestion, caractérisé cependant par le raccourcissement des tentacules qui ont saisi la proie et l'agrandissement considérable de leur diamètre. Au bout de quelques minutes seulement, la succion commence, un Courant s'établit du corps de l'Infusoire capturé à celui de l’Acinétien et le courant est nettement accusé par le mouvement des granules qui proviennent du sarcode de la victime: il indique la rentrée dans le corps de l’Acinétien du sarcode émis par lui dans le premier temps. Pendant que cette rentrée s’accomplit, les tentacules en activité s’allongent, deviennent plus ou moins variqueux chez les Sphærophrya; en même temps, l'animal grossit beaucoup; en cinq ou six heures,
TENTACULIFÈRES. 5925
l'opération est terminée. Un Sphærophrya magna peut dévorer en même temps cinq ou six Infusoires. Quelques espèces semblent faire un choix dans leurs proies.
Vacuoles contractiles. — Les vacuoles contractiles sont arrondies chez les Tentaculifères et l’on n’a pas observé jusqu'ici de système de canaux en rapport avec elles, comme on en voit chez divers Ciliés. D'ordinaire, il n'existe qu’une seule vacuole contractile ; on en compte cependant : deux chez les Actinocyathus, Ophryodendron sertularia, Hemiophrya gemmipara, Urnula epistylidis, Sphærophrya magna, Podophrya Wrzeniowskii, Acineta emaciala; quatre, chez la Podophrya astaci ; un nombre variable et supérieur à quatre chez les Podophrya ferrum-equinum (fig. 513, V), linquifera, Steinii, Solenophrya crassa, Dendrosoma radians, Trichophrya.
Forme et nombre des noyaux. — Le noyau est une formation aussi essentielle à l’organisation des Tentaculifères qu'à celle des Ciliés, mais en raison de l’opacité fréquente du cytosarque, il n’est pas toujours possible de l’apercevoir sans faire agir des réactifs colorants et éclaircissants. Il est le plus souvent de forme ellipsoidale ou même sphérique (Sphærophrya) ; il s’allonge en ruban droit ou arqué chez les Trichophrya, les Podophrya mollis, elongata, ferrum-equinum (fig. 513, N), Acineta linguifera, et divisa; il se ramifie plus ou moins chez les Hemiophrya gemmipara, Podophrya Steinii, Ophryodendron belgicum et sertularina. Sa forme la plus remarquable est celle qu'il présente chez les Dendrosoma où il s'étend à travers toute la colonie, sous forme d’un ruban irrégulièrement ramifié et contourné dans le stolon et la base des branches maitresses, à peu près droit dans les branches terminales; les colonies de Dendrosoma apparaissent ainsi comme un seul corps plus ou moins ramifié, dont les divers rameaux sont encore moins individualisés que ceux des Zoothamnium parmi les VORTICELLIDE.
Structure du noyau. — La substance du noyau parait absolument homogène chez l’Hemiophrya gemmipara ; celui de l’Acineta fœtida présente une structure irrégulièrement réticulée, fort nette, qu’on observe également chez le Dendrocometes paradoxus; cette structure se régularise, en quelque sorte, chez l’Acineta Jolyi dont le noyau, comme celui du Climacostomum virens et de l’Uroleptus piscis, est creusé de vacuoles régulières, parfaitement sphériques et présentant un corpuscule central.
Le noyau est probablement accompagné chez les Tentaculifères d’un nucléole, analogue à celui des Infusoires ciliés (Acineta fœtida, A. Jolyi, Podophrya limbata) ou même de plusieurs (Hemiophrya vivipara). Mais on n’est pas encore fixé sur la présence ou l’absence de cette production dans tous les types.
Passage de l’état tentaculifère à l’état eilié. — Les Infusoires tentaculifères ne demeurent immobiles que dans les milieux où ils trouvent une abondante nourriture. Si les Infusoires ciliés auxquels ils font la chasse deviennent rares, ils rétractent leurs suçoirs, se couvrent de cils vibratiles et s’élancent à la nage pour aller se fixer ailleurs. La Podophrya libera a de grands et de petits suçoirs ; les grands suçoirs se raccourcissent sans se plisser jusqu’à la taille des petits; bientôt après, la région du corps voisine de la vacuole contractile et dépourvue de suçoirs, se déprime peu à peu de manière à former un sillon, perpendiculairement auquel le corps s’aplatit en s’élargissant. Il prend ainsi la forme d’un disque échancré sur le côté par le sillon dont nous venons de parler. On voit alors apparaître sur le tégument de ce dernier de fines lignes pointillées dont chaque ponctuation ne tarde pas à devenir un cil vibratile. La bande ciliée gagne peu à peu sur les deux faces du disque et arrive à
former une ceinture complète. Les suçoirs continuent à se raccourcir et finissent par disparaitre, tandis que le corps prend la forme d’un disque irrégulièrement oblong et épais dont les faces latérales demeurent dépourvues de cils et dont le pourtour est constitué par la bande ciliée devenue légèrement convexe. En une demi-heure l'animal a achevé sa transformation. Après avoir nagé plus ou moins longtemps, l'Infusoire s'arrête en se posant sur une partie de sa bande ciliée; les cils se résolvent chacun en une fine ponctuation qui disparait bientôt, et les suçoirs ne tardent pas à se montrer en dégageant d'abord leur ventouse qui demeure toujours reconnaissable chez la P. fixa. En vingt minutes, la forme primitive est récupérée. Les cils vibratiles dans leur mode de formation et de rétraction se comportent ici comme de très courts pseudopodes.
Scissiparité avee ou sans enkystement. — La Scissiparité, qui est le mode normal de reproduction des Infusoires ciliés, est un phénomène rare chez les Tentaculifères. Elle existe cependant chez quelques espèces et notamment chezla Sphærophrya magna, la Podophrya libera, V’'Acineta patula et l'Urnula epistylidis. Elle parait même pouvoir être précédée d'un enkystement. La Podophrya fira produit un kyste en forme d'urne à anneaux saillants; celui de l’Acineta stellata est éloilé. L'Urnula epistylidis produit dans sa thèque un kyste allongé où elle peut se diviser en quatre. Ces phénomènes ont été peu observés. Au contraire, M. Maupas a étudié avec soin la scissiparité libre, transversale de la Podophrya libera. Chez cette dernière espèce, le corps peut présenter des sucçoirs sur toute sa surface, sauf en une région assez limitée, normale à l’axe longitudinal de l'animal. La division s’effectue perpendiculairement à cet axe, de sorte que la région sans sucoirs appartient tout entière à l’un des individus formés. Le noyau se comporte ici comme chez les Infusoires ciliés. Une fois la scissiparité terminée, l'individu dépourvu de suçoirs passe à l’état cilié, tandis que l’autre demeure en place. Il n’y a déjà plus ici, par conséquent, égalité absolue entre les deux individus nés à la suite d’une même division. Cette différence s’accentue chez les Acineta mystacina et divisa où l’un des individus, très petit, enfermé dans une thèque spéciale, munie d’un opercule chez la seconde espèce, a tout l'aspect d'un bourgeon et s'échappe sous forme d'un embryon muni d'une ceinture de cils. La différence entre les deux individus est plus grande encore chez les Ophryodendron abietinum et porcellanum où, d'un gros individu, muni d'une trompe tentaculifère, se détache un individu beaucoup plus petit, sans trompe, vermiforme et présentant un orifice à son extrémité libre. Dans le genre Ophryodendron on peut observer en quelque sorte le passage de la scissiparité à la gemmiparité, car l'O. multicapitatum produit ordinairement à la base de ses trompes multiples plusieurs individus d’âge différent que leur mulliplicité même conduit à considérer comme autant de gemmes. C’est, au fond, cette multiplicité des individus nouvellement formés et leur disposition plus ou moins latérale par rapport à l'individu primitif qui distinguent la gemmiparité de la scissiparité ; mais ce second mode de multiplication commence à dévier vers le premier dès que les deux individus nés d'une même division, cessent d’être exactement de même taille.
Gemmiparité. — La gemmiparité ainsi définie est plus fréquente chez les Tentaculifères que la scissiparité proprement dite. Toutes les Hemiophrya se reproduisent de la sorte; il en est de même des Ophryodendron et des Dendrosoma. Dans ce mode de reproduction, le noyau se ramifie nécessairement et chacune des gemmes en voie
TENTACULIFÈRES. 527
de formation recoit une de ses branches comme il est facile de le voir chez V'H. gemmipara (fig. 514, N). On doit considérer les Dendrosoma GOIpoI à des Loue culifères chez qui la gemmiparité ne s'achève pas; leur noyau se ramifie, pénètre dans les gemmes, comme dans la gem- a b
miparité ordinaire; mais ni le cytosarque des gemmes, ni leur rameau nucléaire ne parviennent à se séparer, et toutes ces parties demeurées indivises, constituent le corps de l'animal.
Il se produit cependant sur les branches terminales, des corps qui ont toute l'apparence de gemmes externes et qui s'isolent réellement. Mais ces gemmes ont ici une structure toute particulière qui n’est peut-être qu'une CU A modification de ce que nous ont déjà couronne de bourgeons dans chacun desquels pénètre montré les jeunes Acineta mystacina une branche. W, du noyau. — b, jeuae à l’état libre.
et divisa. Elles sont, en effet, enfermées dans une épaisse capsule empruntée à la couche externe du corps de leur parent, couche qu'elles repoussent devant elles jusqu'à en former une capsule pédonculée, dont le sommet libre se rompt pour les laisser échapper. Les gemmes ainsi mises en liberté sont déjà pourvues de tentacules, mais manquent de cils. Il est évident qu’on doit les considérer comme résultant d’une individualisation d’une partie plus ou moins profonde du cytosarque; ce sont presque des embryons internes. Nous passons donc par leur intermédiaire de la gemmiparité à un nouveau mode de reproduction très répandu chez les Tentaculifères, la reproduction par embryons internes.
Formation d’embryons internes. — On a observé la formation de ces embryons internes chez les Acineta fætida, A. tuberosa, A. cucullus, Podophrya quadripartita, Dendrosoma astaci. Le noyau de l'individu qui va se reproduire donne naissance comme dans le cas de la gemmiparité à une ramificalion latérale dans laquelle on observe la Structure fibrillaire caractéristique des noyaux en voie de division. Bientôt autour de ce rameau latéral se différencie une couche de cytosarque plus claire et plus finement granuleuse que le cytosarque normal. Peu à peu, le rameau nucléaire se pédiculise; la zone de cytosarque qui l'entoure se sépare plus nettement du cytosarque voisin et s'isole, ainsi que son noyau, d’une manière complète. Il ne tarde pas à se former autour de l'embryon ainsi constitué une vacuole dans laquelle, grâce aux cils vibratiles dont il est bientôt pourvu, il est sans cesse agité. Il est probable qu'avant de naïtre le jeune embryon peut se multiplier dans sa vacuole ‘ par voie de scissiparité; car, tandis qu'on n’observe jamais qu’une ramification du noyau primitif, on peut trouver dans la même vacuole 2, 4 ou même 8 embryons de même âge. Peu à peu la couche de cytosarque qui séparait la vacuole de la partie supérieure du Corps s’amincit, elle finit par se rompre et les embryons sont mis en liberté. Les embryons du A. fœtida et cucullus sont pourvus de cils vibratiles disposés en lignes circulaires ou spirales. Dans la partie antérieure de leur corps on aperçoit un amas granuleux dans lequel se constitue bientôt une masse claire. Quand l'embryon s’est arrêté, cet espace clair fournit la matière du pédoncule qui
s’allonge rapidement tandis que les cils sont résorbés. L'animal n’a plus alors à produire que sa thèque et ses tentacules, ce qu’il fait en deux heures environ.
Les dispositions des cils chez les embryons des diverses espèces rappellent celles qui ont servi de base à la classification des Ciliés. Ils revêtent toute la surface du corps Chez les Podophrya ferrum-equinum, Acineta linguifera, Dendrosoma radians, Urnula epistylidis; se localisent à la surface inférieure chez l'Hemiophrya gemmipara ; se disposent en ceinture chez les Podophrya Sleinii, fixa, astaci, Acineta divisa; en bandes longitudinales chez l’Ophryodendron pedicellatum, et simulent même une frange adorale chez le Dendrocometes paradoxus.
Prétendus rapports entre les Ciliés et les Tentaculifères. — Les transformations que subissent les Infusoires teniaculifères, leur aptitude à acquérir des cils vibratiles et à produire des embryons ciliés ; leur fréquent parasitisme sur des colonies d'Epistylis ou à l’intérieur du Cytosarque de diverses Paramécies Stylonychies (fig. 515 et 516), etc., ont conduit un grand nombre d’éminents observateurs à présenter les Infusoires tentaculifères comme une forme transitoire de certains Ciliés. L'indépendance de ces deux classes de Protozoaires est aujourd'hui complètement établie; il n'en existe pas moins entre elles une étroite parenté
Fig. 515.— Stylonychia Fig. 316. — Stylonychia mytilus avee Que démontrent tous les traits de mytil ë lie de des Sphærophrya devenues libres. ï : : yti dE nt ie e es Sp F0 ya dev ques É re leur organisation. Sphærophrya parasi- K, germes non déveluppés de ces UT tes (d’après Balbiani). dernières (S); NV, nucléus de la Sty- Conjugaison.— Les Acinétiens
2 Ra par ot sortent présentent des phénomènes de
conjugaison de même nature que
ceux des Ciliés. Les Podophrya fixa et P. cyclopum s'unissent par des prolonge-
ments ou exCroissances naissant d'un point quelconque de leur corps; l'union n'est
que temporaire dans la première espèce; il y a fusion des deux individus chez la
seconde. Le nucléole petit, mais toujours présent (Maupas), joue dans cette espèce
et probablement aussi chez les Dendrocometes et Stylocometes le même rôle que chez les Ciliés.
I. ORDRE ACTINIFERA Des tentacules seulement; fixés ou parasites.
FA». ACINETOPSIDÆ. — Un seul tentacule. Genre et espèce uniques. Acinetopsis rara, Robin; une thèque pédonculée; fixée sur les Hydraires marins. FAM. EPHELOTIDÆ. — Tentacules plus ou moins nombreux, divergeant directement de la surface du corps.
TENTACULIFÈRES. 529
Ephelota, S. Wright. Tentacuies grêles, flexibles, pointus:; corps nu. pédonculé. 2 espèces : E. coronata, marine. — Podocyathus, Kent. Ephelota pourvus d’une coque; marine
sur les Hydraires et Bryozoaires. — Slylocometes, Stein. Tentacules coniques naissant de la surface du corps : S. digilalus, sur les branchies de lAsellus aquaticus. — Aclinocya-
thus, S. Kent. Tentacules épais et échinulés, lorsqu'ils sont à demi rétractés; une thèque pédoneulée. 1 espèce marine : 4. cédaris.
FAM. OPHRYODENDRIDÆ. — Tentacules portés par un ou plusieurs prolongements proboscidiformes du corps.
Ophryodendron. C.et L. 6 espèces marines : 0. abielinum, serlulariæ, porcellanuim, pedicellatum, belgicum, multicapilatuin.
LH. ORDRE ACTINOSUCTORIFERA
Des tentacules et des sucoirs; un pédoncule.
FAM. HEMIOPHRYIDÆ. — Hemiophrya, Kent. Corps nu. T espèces marines : ff. qgemmipara. — Podocyathus, Kent. Une thèque. ! espèce marine : P. diademu,.
HL ORDRE SUCTORIFERA
Bien que des sucoirs.
FAN. RHYNCHETIDÆ. — Un ou deux sucçoirs.
Hypocoma, Gruber. — Face ventrale ciliée. H. parasilica, marine sur les Zoothamniun. Rhyncheta, Zenker. Libres et nus; 1 espèce d’eau douce : R. cyclopum. — Urnula, C. et EL. Fixés et pourvus d’une thèque. 1 espèce d’eau douce : U. epistiylidis.
FAM. ACINETIDÆ. — De nombreux suçoirs simples.
Sphærophrya, C. et L. Animaux solitaires, sphéroïdaux, mobiles, souvent parasites d’Infusoires ciliés; scissipares ou gemmipares : S. pusilla, commensale des Oxrytricha; S. urostylæ, parasite interne de l’U. grandis; S. stylonychiæ, de La S. mytiluss; S. sol, du Paramæcium aurelia; S. stentorea, du S. Rœselii: S. hydrostatica, magna, libres. — Endosphære, Engelm. — Sphærophrya à embryons internes, péritriches; parasites des Vorticellidés. E. — Trichophrya, G. et L. Solitaires et rampants : 2 espèces d’eau douce ; T. epystilidis, digilata. — Podophrya, Ehrb. Animaux pédonculés, fixés, sans thèque: sucoirs épars ; seissipares, P. fira, eaux douces. — Tokophrya, Butschli. Podophrya à embryons internes péritriches. P. quadripartila sur les Epistylis. — Dendrosoma, Ehrb. Animaux fixés, sans thèque, à corps ramifié; embryons internes. 2 espèces d’eau douce : D. radians. Trichophrya, G. et L. — Dendrophrya à rameaux réduits à de simples lobes : T. astaci, eaux douces. — Solenophrya, G. et L. Une thèque sessile. 1 espèce : S. crassa. — Acineta, Ehrb. Une thèque pédonculée, largement ouverte; embryons péritriches. 21 espèces marines ou d’eau douce. Tentacules épars : À. patula, marine: À. stellata, eaux douces. Tentacules fasciculés : À. fuberosa, marine; À. lemnarum, eaux douces. — Meltacineta, Bütschli. Thèque pédonculée à l’une de ses extrémités, présentant à Pautre des fentes rayonnantes par où sortent les faisceaux de tentacules; embryons holotriches. — M. mystacina, eaux douces.
FAM. DENDROCOMETIDÆ. — Suçoirs branchus, non rétractiles, corps sphérique. Genre et espèce uniques : Dendrocometes paradoxus, Stein. Sur le Gammarus pulex.