SEXUALITÉ DES PLASTIDES
gnon, et se succèdent dans un ordre invariable. L'évolution de tout cet ensemble s’accomplit dans cet ordre ou ne s’accomplit pas. La plante semble faite pour certaines conditions dont elle ne doit pas s’écarter et, ces conditions une fois réalisées, elle évolue toujours de la même façon.
Rapport entre les formes des plastides de même espèce et les conditions extérieures. — Hérédité. — Il est à remarquer cependant que certaines phases de cette évolution présentent avec les saisons un rapport évident, paraissant indiquer qu’elles sont indirectement liées à la température. Le cas n’est pas isolé; la forme et les fonctions d'un très grand nombre d'êtres vivants éprouvent ainsi des variations périodiques, qui suivent le renouvellement périodique des conditions extérieures, sans être cependant déterminées par ces conditions. On a expliqué cette sorte de synchronisme imparfait en admettant que les variations en question avaient été originairement déterminées par les conditions extérieures elles-mêmes, et que, se renouvelant périodiquement, elles étaient devenues pour les êtres vivants une sorte d'habitude. En vertu de cette habitude, elles auraient fini par se produire, même en l'absence de leur stimulant habituel. Cette explication tout hypothétique a l’avantage de ramener le cas des modifications, en apparence spontanées, des plastides, au cas de leurs modifications directement provoquées; elle suppose l'existence dans les substances vivantes d’une sorte de tendance à reproduire, sans stimulant actuel, les modifications qu'elles ont déjà éprouvées sous l’action répétée d’un stimulant déterminé. Cette tendance, quand elle se manifeste chez des êtres plus ou moins hautement organisés, est ce qu’on nomme l’hérédité.
Phénomènes de sexualité. Gamèêtes.— Eléments mâle et femelle. — Nous avons déjà vu que, dans certains cas, des plastides isolés, appartenant à la même espèce, peuvent, après avoir mené une existence solitaire, s'unir en symplastes de volume variable. Le cas le plus simple d'unions de ce genre est réalisé lorsque les plastides s’unissent deux à deux, et l’union est aussi intime que possible lorsque non seulement le protoplasme, mais encore les noyaux se fusionnent respectivement : c’est ce qu’on nomme une conjugaison. Les deux plastides ne forment pas alors seulement un plasmode binucléé, mais un plastide nouveau, jouissant, en général, de propriétés particulières : c'est ce que les botanistes appellent un œuf. Des exemples d'une semblable conjugaison, s’accomplissant dans des conditions déterminées, s’observent aussi bien chez les Champignons (OOMYCÈTES) et chez les Algues, qui sont des Végétaux, que chez les Rhizopodes et les Infusoires, qui sont des animaux; elle n’a aucun caractère de nécessité : il y a, en effet, des familles tout entières de Végétaux (USTILAGINÉES, URÉDINÉES, BASIDIOMYCÈTES, ASCOMYCÈTES, CYANOPHYCÉES, HYDRURÉES, certaines DIATOMÉES) ou d'animaux (RADIOLAIRES, FORAMINIFÈRES) où la division des plastides se poursuit indéfiniment, sans que jamais une conjugaison ait été sûrement observée ; d’autres où la division ne se poursuit que dans certaines conditions déterminées, mais où une modification même légère de ces conditions la fait apparaitre (MUCORINÉES); d’autres enfin où la division s'arrête si la conjugaison n'intervient pas (INFUSOIRES). Plusieurs plastides peuvent s'unir pour former un œuf (HYDRODICTYON), phénomène qui se rapproche de celui de la formation des symplastes; d'habitude cependant non seulement l’union n’a lieu qu'entre deux plastides, mais encore les deux plastides destinés à se conjuguer, et que les botanistes appellent des gamètes, diffèrent profondément l’un de l’autre. L’un d'eux est
petit, agile, se meut le plus souvent et à l’aide d’un ou plusieurs longs flagellum ; c’est l’élément mdle, qui chez les végétaux cryptogames s'appelle anthérozoïde ! et chez les animaux spermatozoide. L'autre, l'élément femelle, est d’un volume plus considérable ; il doit son volume à ce que dans son protoplasme abondant, se déposent des matériaux de réserve qui seront employés comme matériaux nutritifs lors de son évolution ultérieure. Dans la grande majorité des cas l'élément femelle est dépourvu de la faculté de se mouvoir; il demeure même souvent dans l'organisme maternel (Plantes phanérogames, animaux vivipares), et l'élément mâle, doué de motilité, doit en conséquence se porter à sa rencontre. Les botanistes appellent oosphére l'élément femelle des plantes; les zoologistes donnent le nom d'ovule à ce même élément chez les animaux ?.
Fécondation; son importance. — La fusion de l'élément mâle et de l'élément femelle, d’où résulte la formation de l’œuf, est ce qu’on nomme la fécondation. La série des phénomènes qu'on observe chez les Champignons et les Algues autorise à penser que la fécondation n’est qu'une modification de la conjugaison résultant d’un partage des rôles, d’une division du travail physiologique entre deux éléments primitivement égaux. Dans la fécondation les deux éléments unis gardent le même rôle essentiel et le grand volume relatif de l'élément femelle a seul pu conduire à penser que son rôle était prépondérant et que l’élément mâle disparaissait, se fondant en quelque
sorte dans l’oosphère ou l’ovule, après lui avoir imprimé une impulsion particulière. {
1 Dans l’embranchement des Cryptogames vasculaires, on voit apparaître un nouveau mode de sexualité. La plante produit à la fin de l'été des spores qui passent l’hiver, et forment au printemps un appareil végétatif de petite taille, qui porte le nom de prothalle. Sur ce prothalle se développent les archégones dans lesquelles naissent les oosphères, dont il va être question plus loin, et les anthéridies, où se produisent les anthérozoïdes. Lorsque le même prothalle porte des archégones et des anthéridies, il est hermaphrodite; lorsque deux prothalles différents portent, l’un des archégones, l’autre des anthérozoïdes, le premier est femelle, le second est mâle. Dans ce cas, les spores produites par la plante, à la fin de l’été, peuvent elles-mêmes être de deux sortes : les unes, petites, les microspores, produisent les prothalles mâles; les autres, grandes, les macrospores, produisent les prothalles femelles. Ces spores sont, par conséquent, déjà sexuées elles-mêmes. On voit alors, dans la série de ces plantes, les prothalles se réduire peu à peu, au point de demeurer enfermés dans l’enveloppe de la spore qui les produit. Les macrospores arrivent, chez les Phanérogames, à ne plus se différencier sur la plante mère, où, dans l’intérieur du macrosporange, devenu l’ovule végétal,se développe directement un tissu représentant l’ensemble des macrospores et de leurs prothalles, et dans lequel apparaissent les oosphères. Ce tissu est l’endosperme des Gymnospermes; il est simplement représenté chez les Angiospermes par les cellules antipodes du sac embryonnaire. Les microspores se développent comme d'habitude, et, au lieu de produire un prothalle, vont directement s'unir aux oosphères; elles prennent alors le nom de grains de pollen : le prothalle mâle, les anthéridies et les anthérozoïdes sont presque entièrement supprimés; la microspore qui aurait dû les produire se substitue à eux et devient ainsi l’élément mâle. Le pollen joue le même rôle physiologique que les anthérozoïdes, mais n’est pas leur équivalent.
2 Il serait évidemment avantageux qu’un accord intervint entre les botanistes et les zoologistes au sujet des termes à employer pour désigner des parties fondamentalement identiques dans les deux Règnes. Le seul obstacle à cet accord vient de ce que les anciens botanistes, assimilant inexactement la graine des Phanérogames à l’œuf des Animaux, ont donné le nom d’ovule, c’est-à-dire de petit œuf, à l'organe dans lequel se formera l’œuf luimême, et qui, après la fécondation, deviendra la graine. Ce seul rapprochement montre combien le mot ovule, issu d’une assimilation erronée, est impropre dans la langue des botanistes. Son adoption les a du reste entraînés à créer toute une nomenclature en formel désaccord avec les idées actuelles. Le mot ovule ayant été manifestement imaginé pour désigner l'œuf non encore mür des animaux, il est illogique de le détourner de son sens primitif pour appeler ainsi un organe dont le véritable ovule des plantes, l’oosphère, ne sera