CLASSE
mOIlÉRIEillS
fi 1. — ÉTUDE DES PRIxNClPALES FORMES.
Les animaux dont l'étude nous occupera d'abord constituent un petit groupe auquel M. Ikeckel a proposé de donner le nom de Moiiériens. Il peuvent être considérés comme le tronc de l'arbre biologique dont les deux branches, le règne végétal et le règne animal^ se ramifient pour ainsi dire à l'infini.
Fidèle à la méthode que j'ai indiquée dans la courte introduction de cet ouvrage, je prendrai pour étudier les Monériens une série d'espèces de ce petit groupe, en commençant par les formes les plus rudimentaires.
La première forme se rapporte à un organisme dont l'existence est peut-être encore douteuse et dont le mode d'existence est tout au moins fort peu connu, le Bathyhius Hœckelii .
Batlii/bius llœckeHl IIuxl. * — L'histoire de cet organisme offre assez d'intérêt pour que je croie utile d'en parler avec quelques détails.
Le Bathyhius Hœckelii fut trouvé pour la première fois en 1857, pendant les explorations du fond de l'Atlantique faites en vue de la
I. Huxley, Quart. Jown.of micr.sc, VUI, p. 1, lab. iV. — H.ecivEi,, Le ràfjiie des Protistes, trad. fr., p." 83.
PPiOTOZOAlRES.
pose du câble transatlantique. 11 était mélangé au limon gris qui forme le solde la vaste plaine sous-marine étendue entre l'Irlande et Terre-Neuve, et se présentait sous l'aspect d'une masse gélatineuse, informe, contenant des corpuscules calcaires de diverses sortes. Il ne fut étudié avec quelque soin que beaucoup plus tard, en 18G8, par M. Huxley, à l'aide d'échantillons de limon conse-rvé dans l'alcool. Ce zoologiste le décrit comme constitué par des petites masses de protoplasma « de toute grandeur, depuis des morceaux qu'on distingue à l'œil nu, jusqu'à des particules excessivement ténues », incolores et sans la moindre structure, contenant divers corps étrangers et notamment des coccolitlies, sortes de concrétions calcaires de formes très variables que l'on considère aujourd'hui comme introduites accidentellement dans le protoplasma de l'animal. M. Huxley donna à cet organisme, qu'il considéra comme le plus rudimentaire de tous ceux que nous connaissons, le nom de Bathij-
bius Hœckelii, le dédiant au savant zoologiste qui a, le premier, fait une étude d'ensemble des Monériens.
Vers la même époque, MM. Wyville Thomson et William Carpenter *, lors de l'expédition du Porcupine dans le nord de l'Atlantique, observèrent le même organisme, à l'état vivant, dans le limon ramené du fond de l'Océan. Ils le décrivirent comme offrant l'aspect d'un réseau irrégulier, à contours nets, formé d'une substance douée de mouvements.
Sir Wyville Thomson, dans son remarquable ouvrage Sur les profondeurs de la mer-, s'exprime de la façon suivante : « Dans ce limon (limon contenant des Globigérines, rapporté de 2435 brasses, ou environ 14 000 pieds de profondeur, dans le golfe de Gascogne), ainsi que dans la plupart des autres échantillons de limon tiré du lit de l'océan Atlantique, on constatait une quantité considérable de matière molle, gélatineuse, organique, dans une proportion assez considérable pour donner au limon une certaine viscosité. Si l'on agite ce limon avec de l'esprit de vin à un faible degré, des flocons très fins se déposent, ayant l'aspect d'une substance muqueuse et coagu-
Fig. 1
- Ba tinjbiu s Hœcke l i i (d'après Hœckel.)
\. Ann.and Mag. ofnat. //îsL, 1860, IV, p. 151. 2. The Depths of tlie Sea, 2" édit. 1874, p. 410.
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gulée. Si un peu de ce limon, dont la nature visqueuse est des plus évidentes, est place dans une youlte d'eau de mer, sous le microscope, on peut ordinairement apercevoir, au bout de quelque temps, un réseau irrégulier de matière albuminoïde, avec contours nettement dessinés et qui ne se mêle pas avec l'eau ; on peut voir comment cette masse visqueuse modifie peu à peu sa forme et comment les granules englobés et les corps étrangers y changent leur situation relative. La substance gélatineuse est donc susceptible d'un certain degré de mouvement, et il ne peut y avoir aucun doute qu'elle ne manifeste des phénomènes d'une forme de la vie très simple et très élémentaire.»
Plus tard, M. Ilaîckel' l'observa de nouveau, mais à l'état inerte, dans le même limon conservé dans l'alcool.
Lorsque M. Huxley fit connaître l'existence du Bathybius les partisans de la doctrine de l'évolution acceptèrent cette découverte avec enthousiasme; on généralisa rapidement l'observation, on admit, avec un peu trop de promptitude, que le fond de la mer était partout tapissé par cet organisme rudimentaire, et l'on supposa que ce dernier se produisait constamment, par suite de simples combinaisons chimiques, sur le sol des océans. Cette hypothèse était d'autant plus admissible que dans le milieu habité parle Bathyhius les conditions ambiantes sont d'une remarquable constance; on pouvait donc les oonsidérer comme particulièrement favorables à une production incessante de matière vivante rudimentaire.
Cependant des doutes ne tardèrent pas à surgir relativement à la nature animale et même à l'existence du Bathyhius. Pendant la remarquable expédition du Challenger qui dura trois ans et que dirigeait M. Wyville Thomson, onne put, malgré les recherches les plus actives, parvenir, à retrouver cet organisme. Force était d'admettre qu'il manquait réellement dans les mers explorées par le Challenger ou du moins dans les points sur lesquels des sondages avaient été effectués. Mais on ne se borna pas à cela ; ne tenant aucun compte des observations antérieures, on nia absolument la nature animale du Balliyhius. Les chimistes ayant montré que quand on verse de l'alcool absolu dans de l'eau de mer, il se forme un précipité visqueux, on émit l'idée que le prétendu organisme décrit par M. Huxley n'était autre chose qu'un précipité de cet ordre. Au congrès scientifique de Hamburg, en 1876, Mœbius reproduisit cette expérience.
1. Uathijbius und tlas freie Proloplasma der Mcereatiefen, in Jenaisclie Zeilsch., 187U, V, p. 409, tab. XVII.
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On crut, ou du moins on feignit de croire qu'elle était concluante, et le Balhyhhis fut rayé de la liste des êtres vivants.
Rien cependant n'était moins probant que l'expérience de Mœbius. Gomme le fait, avec raison, remarquer M. Hœckel, de ce que l'alcool produit dans l'eau de mer un précipité gypseux floconneux, on n'est pas le moins du monde en droit de conclure que la substance visqueuse observée par Huxley, par V/yville Thomson et Garpenter et par lui-même, n'est pas de nature albuminoïde, alors qu'elle offre tous les caractères chimiques des substances albuminoïdes.
On n'aurait pas dû non plus oublier que M. ^Vyville Thomson avait, lors de sa première expédition, observé cette substance à l'état frais, et qu'elle s'était montrée à lui avec tous les caractères d'une matière vivante, y compris les mouvements.
Malgré cela, le Bathybms se trouva d'autant plus compromis que M. Huxley lui-même abandonna son propre enfant aux critiques de ses détracteurs ^
Alors qu'on ne s'en occupait pour ainsi dire plus, le Bathybius fut de nouveau élevé à l'état vivant par un savant naturaliste allemand, M. Bessels : « Au cours de la dernière expédition américaine au pôle nord, écrit M. Bessels, je découvris à une profondeur de 92 brasses, dans le détroit de Smith, de grandes masses de protoplasma homogène et libre, non différencié, qui ne renfermait même aucune trace de coccolithes. La simplicité vraiment Spartiate de cet organisme, que je pus observer vivant, fit que je lui donnai le nom de Protobathybliis. Ges masses étaient purement et simplement constituées par du protoplasma, auquel se trouvaient être mêlés accidentellement quelques-uns de ces corpuscules calcaires dont est
1. In Nature, 15 août 1875; et in Quart. Journ. ofmlcr. se, 1875, XV, p. o9'2. M. Huxley s'exprime de la façon suivante : « Le professeur Wyville Thomson m'apprend que tous les efforts des naturalistes du Challenger pour découvrir le Datinjhius vivant ont éclioué, et qu'il y a lieu de douter sérieusement que l'objet auquel j'ai donné ce nom ne soit rien de plus que du sulfate de chaux précipité à l'état floconneux, par suite du mélange de l'eau de mer avec Falcool concentré dans lequel a été conservé le limon rapporté des profondeurs de l'Océan. Mais ce qu'il y a d'étrange, c'est que ce précipité inorganique peut a peine être distingué d'un préciiDité albumineux, et qu'il ressemble encore plus peut-être à la pellicule superficielle des infusions putrides, qu'Use colore irrégulièrement mais très fortement de carmin, forme de petites masses aux contours déterminés et se comporte en tout comme une chose organique. Le professeur Thomson s'exprime avec beaucoup de réserve et ne considère point encore le sort du Bathijbius comme entièienient décidé. ■^lais comme c'est moi surtout qui suis responsable de l'erreur éventuelle d'avoir introduit cette remarquable substance dans la série des êtres vivants, je crois que je fais mieux en accordant plus d'importance qu'il ne l'a fait lui-même à son opinion. »
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formé le lit de la mer. Ces masses, d'une nature extrêmement visqueuse, affectaient la ioriiie de réseaux aux larges mailles, elles exécutaient des mouvements amœboïdes, absorbaient des particules de carmin ou d'autres corps étrangers, et étaient animées de courants qui cliariaient des granules '. »
Cette observation confirme bien celles de MM. Wivylle Thomson elCarpenter, et l'existence du Dalhi/biusne nous paraît plus pouvoir être niée.
D'après tout ce qui en a été dit, cet organisme serait constitué uniquement par de la matière vivante absolument informe ou disposée en réseaux, sans doute déterminés par la présence des corps étrangers parmi lesquels vit le Datliybuis. Celui-ci se nourrirait et respirerait directement par difl'usion; quant aux procédés de sa multiplication, ils sont inconnus. En somme, cet organisme a besoin d'être l'objet de nouvelles études, mais tel que nous le connaissons, il se présente comme le plus rudimentaire de tous les êtres vivants. De là son importance au point de vue de la théorie du transformisme, de là aussi les discussions animées qu'il a provoquées.
Protamœba primitiva ILeck". — Cette deuxième forme de Monériens a été beaucoup mieux étudiée que la précédente. Le Protamœba primitiva est un être microscopique qui se rencontre dans les eaux de nos mers, rampant à la surface des animaux ou des végétaux.
Tandis que le Bathijbius Hœckelii est constitué par une masse de protoplasma absolument informe, le Protamœba primitiva, déjà plus différencié et par conséquent i)lus élevé en organisation, offre une forme cliangeanle il est vrai, mais cependant définie, et une taille limitée dans ses dimensions. 11 se présente sous l'aspect d'une masse gélatineuse, irrégulière, émettant un nombre variable de lobes qui font saillie dans des directions différentes. Cette masse est formée d'une substance incolore, le protoplasma, dans laquelle se trouvent un certain nombre de granulations plus foncées, abondantes surtout vers le centre.
A la périphérie, on peut distinguer une zone mince, beaucoup plus homogène et plus dense que tout le reste du corps, formée également par du protoplasma, mais pas du protoplasma légèrement différencié de celui qui constitue la masse principale de l'animal.
1. Ressei.s, in Jenaische Zeilsclir., 1875, IX, p. 277. Voyez aussi Packard, Life historiés of Animais, l:^c\\-Yin-k, 1870, p. 3.
2. Ha;ckel, Monographie der Moneren, in Jenaische Zeitsch., 18C8,IV, p. lOi, tni). IH. fig. îîr)-30. Ce mémoire a été Irailuit inlégralement en anglais dans Quai t. Joitrn. of micr .se, 186y, IX. Toutes les figures du mémoire original y sont également reproduites.
Le Protamœha primitiva peut, ainsi que cela résulte de la description précédente, être défini une cellule nue et sans noyau.
Pour comprendre le fonctionnement biologique de ce petit organisme, il importe de savoir quelles sont les substances qui le constituent, et, dans quelles proportions elles sont associées.
Le protoplasma est toujours formé parle mélange d'un nombre variable de matières albuminoïdes auxquelles s'ajoutent de l'eau et certains principes minéraux.
Les matières albuminoïdes qui constituent la plus grande partie du protoplasma, sont formées par la combinaison de l'oxygène, de l'hydrogène, du carbone et de l'azote, combinaison effectuée suivant des proportions et dans des circonstances encore inconnues. Quant aux granulations que nous avons signalées au centre du Protamœha, on ignore à peu près complètement quelle est leur composition chimique. Un certain nombre d'auteurs supposent qu'elles sont constituées par de l'oxygène, de l'hydrogène et du carbone, que ce sont, en un mot, des substances ternaires.
D'a-utres, au contraire, tendent plutôt
^^ rs^^— , ^-Jfî^^^ 'à les considérer comme formées,
c^^^V-^ 'il^Ér W\ ^iwû que le protoplasma , de ma-
'il'-v^C s Jl^f^^x ^^^^ll tières azotées, mais plus ou moins
IV (1) ^^"^i^p 'W^W^ distinctes de celles qui constituent
le protoplasma lui-même. On donne
"'■ '-«.-^pC-rS'eV"'""""" P'-"-f"^- dans les descriptions des
cellules animales ou végétales, le nom de microsomes à ces granulations, et l'on désigne la partie du protoplasma qui les contient sous le nom de deutoplasma, tandis que l'on nomme hyaUplasma le protoplasma qui en est dépourvu. L'opinion la plus probable est que les granulations sont de nature très variable ; qu'elles sont formées tantôt de matières quaternaires ou azotées, tantôt de matières ternaires ou non azotées; et l'on peut supposer qu'elles représentent, les unes des produits de désassimilation, d'oxydation, des matières albuminoïdes du protoplasma, les autres des particules destinées à servir à la nutrition ou augmentation de masse de la substance protoplasmique.
Quoi qu'il en soit de cette manière de voir, à mesure que nous avancerons davantage dans l'étude des animaux, nous acquerrons de plus en plus la conviction ou, pour mieux dire, la certitude que le protoplasma est, par excellence, la matière vivante, et que le nom de hase de la vie sous lequel le désignent, avec M. Huxley, certains physiologistes, est amplement justifié. Toutes les autres parties des
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êircs organisés ne jouent, en effet, qu'un rôle accessoire dans les phénomènes qui ont reçu le nom d'actes vitaux.
Examinons maintenant les diverses fonctions du Protamœba primitiva.
En premier lieu, voyons comment il se nourrit. Fort petit au début, cet être s'accroît progressivement, augmente de taille, en empruntant les matériaux destinés à produire cet accroissement au milieu dans lequel il vit. Ces matériaux sont ce que nous nommons des aliments. Autant il est facile de comprendre comment des organismes plus parfaits, pourvus d'appendices nettement différenciés, peuvent attirer à eux les objets dont ils doivent se nourrir, autant il paraît difficile d'expliquer comment une masse à peu près homogène, dont les parties ne sont unies les unes aux autres que par la cohésion moculaire, peut s'emparer des substances qu'elle doit absorber. Voici ce que l'observation nous révèle. Lo, Protamœba, en rampant à la surface des animaux ou des végétaux, rencontre un corps quelconque plus petit que lui ; à peine l'a-t-il touché, qu'on voit sa substance protoplasmique former, autour du corps étranger, un bourrelet qui ne tarde pas à le circonvenir de toutes parts. Le corps étranger est ainsi entraîné dans la masse protoplasmique à\x Protamœba. Deux cas peuvent alors se présenter : ou bien ce corps étranger est apte, par sa nature physique et chimique, à servir à la nutrition du Protamœba, et alors il se fond peu à peu dans la substance de ce dernier ; ou bien il n'est pas apte à le nourrir et il est rejeté. Tel est le procédé relativement fort simple à l'aide duquel le Protamœba saisit ses aliments, se nourrit et augmente de taille.
Mais, de même que cela a lieu pour tous les êtres organisés, au bout d'un certain temps, l'accroissement ^\x Protamœba s'arrête, et, malgré la nutrition la plus active, l'être qui nous occupe reste, au point de vue de la taille, sensiblement stationnaire.
La constatation de ce fait nous amène naturellement à étudier une autre fonction de notre Monérien. En môme temps que l'animal se nourrit, il respire ; c'est-à-dire qu'il emprunte à l'eau dans laquelle il vit de l'oxygène gazeux qui se répand dans sa masse et y détermine des phénomènes d'oxydation et de dédoublement dont la conséquence est la destruction d'abord des matières albuminoïdes elles-mêmes, puis des substances résultant de la décomposition de ces dernières. Finalement, il se produit de l'acide carbonique, de l'eau et quelques corps azotés qui non seulement ne peuvent plus être utiles à l'animal, mais encore lui seraient nuisibles s'il ne les rejetait pas.
Il est extrêmement facile de constater que l'animal exhale sans cesse de l'acide carbonique. On peut s'assurer aussi que l'élimination de l'acide carbonique cesse quand l'animal a consommé tout l'oxygène contenu dans le milieu ambiant. L'absorption d'oxygène et l'élimination de certains produits, particulièrement de l'acide carbonique, sont donc deux phénomènes concomitants ou pour mieux dire corrélatifs, et si étroitement liés l'un à l'autre, si fatalement déterminés l'un par l'autre, que nous ne pouvons pas les séparer, et que nous les réunissons sous une dénomination commune, celle de respiration. Mais la respiration comprend trois actes successifs, qu'il faut bien distinguer les uns des autres : l'absorption de l'oxygène par l'organisme ; des oxydations, dédoublements, etc., déterminés dans les principes chimiques constituants de l'organisme par l'oxygène qui a été absorbé ; et, enfin, l'élimination des produits d'oxydation, de dédoublement, etc.
La conséquence de ces actes est nécessairement la suivante : tandis que le Protamœba tend à croître par la nutrition, il tend à décroître par la respiration. Ces deux fonctions sont antagonistes l'une de l'autre : l'une est réparatrice, l'autre est destructrice.
En même temps que le Prolamœha se nourrit et respire, il effectue des mouvements ; il change de forme et de place.
Nous avons dit plus haut que la forme de son corps était rendue très irrégulière parla présence de sortes de prolongements courts, arrondis à l'extrémité, qui partent de sa masse principale. Nous devons ajouter que cette forme est essentiellement variable. Examinons avec soin cet organisme, nous le verrons tantôt allonger un de ses lobes, tantôt au contraire raccourcir ce même lobe, en même temps qu'il en allonge un autre, ou bien même les rentrer tous et prendre la forme d'une boule.
Il y a là un premier ordre de mouvements dont la conséquence est le changement incessant de la forme.
L'animal effectue encore des mouvements d'un autre ordre, dont le résultai est un changement de place du corps tout entier. Il allonge d'abord beaucoup un de ses lobes ; puis, ce lobe prenant un point d'appui par son extrémité libre, sur le corps étranger à la surface duquel rampe l'animal, il entraîne à sa suite, en se raccourcissant, la masse entière du corps qui semble glisser comme une goutte d'huile chassée par un souffle sur une lame de verre poli.
En analysant ces deux sortes de mouvements, il nous est facile de nous assurer qu'ils peuvent être ramenés à un seul phénomène fondamental : le raccourcissement, la concentration, ou au contraire
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rallongement, la dilatation, de la substance protoplasmique. En admettant que cette substance soit douée d'une grande élasticité, l'allongement pourra être considéré comme le retour de la substance à sa forme primitive, et son raccourcissement comme le pbénomène essentiel, pbénomène auquel les biologistes ont donné le nom de conlr action .
Les mouvements ainsi produits sont, comme le prouve une analyse attentive, bien loin d'être capricieux. De même que les rouages d'une machine ne peuvent se mettre en marche qu'à la condition de recevoir une impulsion suftisamment énergique, sous la forme habituelle de chaleur, de même le Protamœba resterait inerte s'il ne se passait en lui des phénomènes d'oxydation qui sont accompagnés d'une production de chaleur; c'est cette chaleur qui, ici, comme dans la machine, peut être transformée en mouvement.
La respiration est donc nécessaire parce que sans elle il n'y aurait pas production de chaleur, et que sans chaleur, il ne pourrait y avoir de mouvements.
Le Protamœba, ainsi que tous les organismes et les êtres présentant sa constitution, est susceptible d'être le siège d'autres phénomènes qui offrent le plus grand intérêt. Qu'un rayon de soleil vienne à tomber sur le vase qui contient cet animal, nous verrons celui-ci se diriger vers la lumière. Nous en concluons qu'il est capable d'être influencé par cet agent extérieur, la vibration lumineuse, et les biologistes, créant un mot nouveau pour exprimer cette propriété, disent que l'animal est sensible, ou qu'il est doué de sensibilité. D'autres, employant un mot différent, mais qui n'exprime que la même idée, disent qu'il est irritable, qu'il est doué d'iiritabilité.
Cette propriété, certains végétaux inférieurs la présentent à un degré au moins aussi intense, et j'espère vous démontrer tout à l'heure que si elle ne permet pas de différencier les animaux des végétaux, elle ne permet pas davantage de classer l'ensemble des corps en deux domaines distincts : le monde organique et le monde inorganique. Je pense vous bien montrer qu'en traçant entre les corps soumis à son observation dos limites-précises, l'homme s'est montré beaucoup plus préoccupé de classer les objets de ses études que de surmonter les difiicultés qu'offre ,1a recherche exclusive de la vérité.
Parvenu à une certaine dimension, que nous pourrions appeler sa taille limite, notre Protamœba va se multiplier. De même que tous les autres organismes vivants, il a, par la nutrition, assuré jusqu'alors son existence individuelle, il va, par la multiplication, assurer l'exis-
lence de son espèce. Le procédé employé pour cela par le Protamœba primUiva est le plus simple que présente la nature. Si nous observons un de ces animaux au moment où il paraît avoir atteint l'apogée de son développement, nous le verrons se rétrécir vers la partie médiane de son corps ; puis, l'étranglement ainsi produit deviendra peu à peu plus considérable, et finalement, les deux parties qu'il sépare, se détachant tout à fait l'une de l'autre, s'en iront vivre séparément ; deux Protamœba nouveaux sont ainsi produits et se comporteront comme l'ont fait leurs ancêtres, c'est-à-dire se diviseront, à leur tour, lorsqu'ils auront atteint leur taille limite. On désigne ce mode de reproduction sous le nom de bipartition ou scissipcmté.
Telle est l'histoire aussi complète que possible de l'être que j'ai choisi, à cause de la simplicité de son organisation, pour nous servir d'introduction dans le domaine de la zoologie. Le Bathybius est si peu connu, que nous pouvons en effet le négliger, pour le moment.
Nous avons maintenant à répondre à ces deux questions : avec quels êtres le Protamœba est-il en rapport? d'où vient-il?
Ces questions, que nous nous poserons à propos de chacun des êtres que nous étudierons plus tard, sont, la dernière surtout, d'autant plus intéressantes à résoudre qu'elles se présentent ici à propos des êtres vivants les plus rudimentaires que nous connaissions actuellement. Aussi puis-je dire, sans crainte d'exagérer ma pensée, que dès le début de vos études zoologiques, vous vous trouvez en face du problème le plus grave et le plus redoutable que la science puisse être appelée à résoudre : celui des origines de la vie. Vous m'excuserez donc d'entrer à cet égard dans quelques détails, et vous comprendrez qu'en faisant une excursion momentanée en dehors du domaine étroit des Monéricns, je n'aurai pas quitté le terrain sur lequel nous devons nous mouvoir.
Pour résoudre les deux questions posées tout à l'heure, il nous importe d'abord de savoir si, à l'aide des données des sciences physiques ou chimiques, nous pouvons concevoir la formation du Protamœba dans un milieu purement inorganique. Si, en effet, cet organisme est bien réellement, comme nous l'avons dit plus haut, le plus inférieur de tous ceux que nous connaissons, à l'exception du Bathijbius, il ne faut pas songer à découvrir ses parents parmi les autres êtres vivants, et nous sommes contraints de chercher son origine parmi les corps inorganiques qui seuls ont pu le précéder.
Rappelons-nous tout d'abord sa composition chimique : protoplasma ou mélange de substances albuminoïdes d'une part; de
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l'aiilrc, granulations ou substances ternaires, eau et quelques sels minéraux ; tels sont les seuls corps chimiques qui entrent dans la composition de cet organisme.
Les quantités d'oxygène, d'hydrogène, de carbone et d'azote unies pour former les matières albuminoïdes qui constituent la partie fondamentale du protoplasma nous sont actuellement inconnues; mais rien ne s'oppose à ce qu'un jour nous connaissions la composition chimique de ces matières aussi complètement que celle de tous les autres corps.
Les rapides et incessants progrès accomplis depuis le commencement de ce siècle par la chimie sont d'un bon augure à cet égard. Si quelque esprit hardi avait, il y a seulement deux siècles, affirmé que le jour viendrait où l'on pourrait à volonté fabriquer de l'eau, il eût sans doute provoqué la manifestation d'une bien vive incrédulité. C'est qu'alors on ignorait non seulement la façon dont on pourrait fabriquer l'eau, les conditions dans lesquelles on devrait se placer, mais encore la nature des éléments qui entrent dans la composition de ce corps. Le doute eût été beaucoup moins grand après qu'on eut découvert que l'eau est formée par une simple combinaison d'oxygène et d'hydrogène, et surtout quand on eut trouvé la proportion suivant laquelle ces deux éléments sont associés. Enfin, lorsque les chimistes eurent acquis la connaissance exacte de la composition chimique de l'eau, rien ne les empêcha plus d'admettre que ce corps s'était formé spontanément dans la nature, par simple combinaison de ses éléments se rencontrant dans des conditions favorables.
Ce que nous venons de dire de l'eau, nous pourrions le répéter au sujet d'une foule d'autres corps plus ou moins complexes, dont nous avons découvert successivement la composition élémentaire, le mode de production, et que nous fabriquons aujourd'hui journellement.
Appliquons le même raisonnement aux matières albuminoïdes. Nous savons déjà que ces matières ne sont composées que de carbone, d'azote, d'hydrogène et d'oxygène; il nous est bien permis de supposer qu'un jour viendra où non seulement nous connaîtrons exactement les proportions suivant lesquelles ces éléments sont associés, mais encore les conditions dans lesquelles ils sont susceptibles de se combiner. Ce jour-là, sans nul doute, le chimiste ne sera guère éloigné de l'époque où il })0urra faire la synihèse de ces matières.
Eu altendanl, nous pouvons admettre, sans crainte de commettre la moindre erreur, que ces quatre corps : carbone, azote, hydrogène,
oxygène, ont pu et peuvent peut-être encore se rencontrer dans la nature, dans des conditions telles, que leur combinaison s'effectue suivant les proportions exigées pour la constitution des matières albuminoïdes.
Ces dernières une fois produites, rien ne s'oppose à ce qu'elles s'unissent entre elles et avec de l'eau et des sels minéraux, pour former le protoplasma qui constitue tous les êtres vivants.
Enfin, si j'ajoute qu'un sim.ple cbangement d'état moléculaire, produit, soit par l'élévation, soit par l'abaissement de la température au delà d'une certaine limite, suffit pour faire passer le protoplasma de l'état de vie à l'état de mort, vous comprendrez facilement que nous puissions admettre que le protoplasma, en se formant par l'association des matières albuminoïdes dans des conditions déterminées, ait pu se trouver dans l'état moléculaire spécial auquel correspondent les phénomènes qui caractérisent ce que nous nommons la vie.
Quant à ceux qui prétendraient réfuter cette hypothèse en nous mettant au défi de fabriquer de toutes pièces, soit un animal soit un végétal aussi inférieurs que possible, il nous est facile de leur répondre qu'ils tombent dans la même erreur que ceux qui, il y a deux cents ans, auraient nié la possibilité de la production spontanée de l'eau dans la' nature, en se fondant sur ce que leurs contemporains étaient incapables de fabriquer ce corps.
Nous ignorons comment les matières albuminoïdes et le protoplasma vivant ont pu être formés, comme il y a deux siècles on ignorait la façon dont l'eau avait pu apparaître sur notre globe ; mais nous avons trop de confiance dans la science pour désespérer de l'apprendre un jour.
Cette manière de voir est tellement répandue parmi les savants de notre époque, que deux hypothèses importantes et très séduisantes ont déjà été émises en vue d'expliquer la genèse des matières albuminoïdes et du protoplasma. Le lecteur trouvera bon, sans doute, que j'en résume ici les traits principaux; nous ne sortirons pas du cadre de nos études et nous aurons fait un pas de plus vers la solution des questions que nous avons posées tout à l'heure.
D'après l'une des deux hypothèses auxquehes je viens de faire allusion, il se serait d'abord produit, à la surface de notre globe, à l'aide des corps purement inorganiques, des corps organiques ternaires, c'est-à-dire contenant du carbone, de l'hydrogène et de l'oxygène, et parmi ces corps surtout des hydrates de carbone. L'azote, en s'ajoutant à ces corps ternaires, aurait déterminé la
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production de substances quaternaires et de matières albuminoïdes.
A l'appui de celte opinion on pourrait invoquer des faits d'une certaine valeur.
En premier lieu, M. Schutzenhergcr^ a pu obtenir un véritable liydrate de carbone, en traitant à froid de la fonte blanche, grossièrement pulvérisée, par une solution aqueuse de sulfate de cuivre. Ces corps: fer, carbone, sulfate de cuivre et eau, se rencontrant à la surface de la terre, on pourrait supposer que des corps ternaires analogues à celui qu'a pu produire expérimentalement M. Schutzenberger se sont formés spontanément pendant les premiers âges de notre planète.
Mais on peut objecter à cette supposition que nulle part, à la surface de notre globe, nous ne pouvons constater l'existence de corps ternaires et particulièrement d'hydrates de carbone existant en dehors des organismes vivants, ou du moins n'ayant pas tiré leur origine d'organismes vivants.
L'hypothèse que nous venons de résumer est connue dans la science sous le nom de théorie du carbone. Elle est formellement adoptée par la majorité des zoologistes les plus distingués et notamment par M. Ilœckel ^.
M. Pflûger^ en a récemment émis une autre qui nous paraît plus plausible, il suppose qu'il s'est d'abord formé une combinaison d'azote et de carbone que les chimistes désignent sous le nom de cyanogène; ce corps, en se combinant aux éléments de l'eau, aurait ensuite produit directement les matières quaternaires. A l'appui de cette opinion, on peut invoquer le fait bien démontré que le cyanogène se forme spontanément dans les points du globe qui contiennent des matières minérales incandescentes au contact desquelles se trouve de l'acide carbonique.
1. ScnvTZEîiHERGER, Len fermentations, p. 87. « En traitant à froid, dit M. Schutzenberger, de la fonte blanche, grossièrement pulvérisée, par une solution de sulfate de cuivre, le fer de la fonte se dissout entièrement sans dégagement de gaz coloré ou autre; on peut ensuite, après lavage, éliminer le cuivre déposé en le mettant en contact avec une solution de perchlorure de fer. Le cuivre se dissout rapidement; il reste une masse pulvérulente noire qui, après dessiccation à 80" et dans le vide, ressemble à ducliarljon Mais ce charbon contient de l'eau combinée qui se dégage brusquement lorsque l'on chaulfe vers 250°; il se dissout facilement en s'oxydant dans Tacide azotique, en donnant des corps jaunes, jaune orange, contenant de Tazote. Le charbon fournit à l'analyse une quantité d'eau qui est dans un rapport assez constant avec le carbone. Il représente donc un véritable hydrate de carbone défini. »
"1. H^CKEL, Histoire de la création des êtres organisés d'après les lois naturelles, p. ^2\)C) ; Oenerelle Moriiltologie dcr Or(janistueii, II.
o. l'FLÙGER, in Arcliiu fur UhijsioUxjic , X, 1875.
Quelle que soit la part de probabilité que contiennent ces hypothèses, elles ne peuvent qu'expliquer la formation des matières quaternaires et albuminoïdes. Il nous reste encore à rechercher comment a pu apparaître la vie.
Il existe, sans nul doute, une différence considérable entre la matière vivante et la matière non vivante. Cependant, quelque grande que soit cette différence, n'en retrouvons-nous pas d'analogues chez les corps inorganiques? L'eau, par exemple, ne variet-elle pas constamment d'aspect el de propriétés ? Tantôt elle se montre ànous répandue dans l'atmosphère à l'état de vapeur, tantôt elle est étalée en nappe liquide à la surface du sol, tantôt elle couvre ce dernier d'un manteau solide. Or, nous savons fort bien que ces différents états résultent de l'action qu'exercent sur l'eau les agents extérieurs, notamment la température. Suivant que celle-ci s'élève ou s'abaisse, l'eau se présente avec des propriétés physiques absolument différentes; cependant sa composition chimique reste toujours absolument invariable.
N'est-ce pas un phénomène analogue qui nous est présenté par la matière vivante? Existe-t-il la moindre différence de composition chimique entre un œuf vivant et un œuf tué par la chaleur ou le froid? Nullement, et cependant les propriétés du premier sont absolument différentes de celles du second. L'élévation ou l'abaissement de la température n'ont modifié que l'état physique, le mode d'agrégation moléculaire de ce corps, ils ont agi sur lui comme sur l'eau qu'ils transforment en vapeur ou en glace.
Nous pouvons conclure de ce fait, que les différences qui existent entre un œuf, une cellule, une Monère, un animal, un végétal quelconque vivants, et les mêmes organismes l'rappés de mort, résultent de la quantité de clialeur latente qu'ils renferment.
Pour atteindre la solution du problème biologique formulé plus haut, nous devons ajouter aux notions que je vous ai déjà exposées, celle de la température nécessaire pour que les mouvements vitaux se produisent dans les substances quaternaires et ternaires qui par leur association ont formé du Protoplasîna.
Nous ignorons si les conditions nécessaires à la formation des matières quaternaires albuminoïdes et à l'apparition des propriétés dont l'ensemble constitue l'état spécial de la matière connu sous le nom de vie, ne se sont montrées qu'à une époque très reculée de notre globe, ou si elles se produisent encore de nos jours ; nous ignorons aussi quelle est la part de vérité que renferment les hypothèses que je viens de résumer ; mais nous pouvons affirmer sans
MONÉIUENS. 15
crainte que ces hypothèses, ou quelque autre de même nature, n'invoquant comme causes productrices de la matière vivante que des phénomènes purement physiques ou chimiques, sont les seules qui puissent nous permettre d'expliquer, d'une façon scientifique, l'apparition des organismes vivants sur notre glohe.
Si nous sortions de ce domaine, nous ne pourrions porter nos pas que sur le terrain de la métaphysique.
Le dilemne suivant se présente nettement à notre esprit : ou bien les êtres vivants ont été le résultat de phénomènes purement physiques et chimiques, ou bien il a fallu pour les produire l'inlervenlion d'agents surnaturels que nous ne pouvons ni observer ni comprendre. La raison et la science s'accommodent de la première alternative, l'imagination et le sentiment peuvent seuls se contenter de la seconde.
Examinons maintenant en détail les diverses fonctions biologiques de la Monère dont nous avons étudié plus haut l'organisation, et cherchons sileuraccomplissement nécessite la production de phénomènes qu'il soit possible de distinguer fondamentalement de ceux que nous offrent les corps inorganiques. Nous parviendrons ainsi à établir les analogies et les différences qui existent entre la matière vivante dont les Monères représentent les formes les plus rudimentaires et la matière non vivante.
Nous avons vu d'abord que la Monère se nourrit, c'est-à-dire qu'elle introduit dans sa masse des matières prises en dehors d'elle-même.
On a voulu trouver dans l'accomplissement de cette fonction une différence fondamentale entre les corps organisés et les corps inorganiques, entre les corps vivants elles corps non vivants. On a admis que les premiers s'accroissent par intussusception et les seconds par juxtaposition. En d'autres termes, on suppose que les uns s'accroissent par l'introduction, entre les atomes qui les constituent, des substances destinées à servir à l'accroissement de leur masse et l'on a dit qu'ils se nourrissent, tandis que les autres s'accroîtraient uniquementpar le dépôt de molécules nouvelles à leur surface.
Si, à l'exemple des défenseurs de cette opinion, nous considérons deux corps aussi différents que possible, d'une part un cristal de chlorure de sodium, de l'autre une Monère, elle nous paraîtra fort plausible. Nous ne pouvons nier, en elfet, que l'accroissement du cristal de chlorure de sodium s'effectue par juxtaposition, tandis que celui de la Monère a lieu par intussusception. iMais il n'existe pas dans le monde que des corps solides et cristallisés, et si, au lieu de prendre pour exemple des corps inorganiques un cristal de sel marin.
nous prenons une goutte d'eau distillée, nous verrons s'amoindrir beaucoup la dillcrence indiquée plus haut. Plaçons cette goutte d'eau dans un milieu où elle puisse absorber une substance semblable à elle-même, dans une cloche remplie de vapeur d'eau, par exemple, sa taille augmente rapidement, et cette augmenlation de volume ne s'opère pas comme celle du cristal par juxtaposition, mais bien par intussusception véritable, c'est-à-dire par pénétration de molécules nouvelles entre celles qui préexistaient dans la goutte d'eau.
On pourra nous objecter que cet accroissement diffère de celui de la Monère en ce que la goutte d'eau distillée n'a absorbé que des molécules semblables à celles qui la constituent elle-même, tandis que la Monère intro.duif dans la profondeur de sa masse des substances qui en dilïèrent par leur nature chimique. Mais, afin que la démonstration soit complète, il suffît que nous modifiions un peu tes conditions de notre expérience. Plaçons notre goutte d'eau distillée en présence de vapeurs alcooliques, ou une goutte d'alcool en présence de vapeurs aqueuses, et l'accroissement se fera, à la fois par intussusception et à l'aide de matériaux dissemblables de ceux qui constituent le corps en voie d'accroissement; nous ne verrons plus aucune différence entre l'accroissement de la Monère et celui du corps inorganique. Si, au lieu de corps très simples comme l'eau et l'alcool nous prenions des corps très complexes, nous arriverions invariablement à des phénomènes qui rappelleraient à tel point ceux de la nutrition des êtres vivants, qu'il ne serait bientôt plus possible d'établir de limite, au point de vue du mode d'accroissement, entre les corps vivants et les corps non vivants.
Maintenant qu'il nous est acquis que ce n'est pas au point de vue de la nutrition que des êtres vivants aussi simples que les Monères diffèrent absolument d'un corps non vivant, cherchons si l'étude des autres fonctions nous conduira à admettre d'autres différences assez considérables pour que nous nous rangions à l'opinion officiellement enseignée, d'après laquelle la vie ne pourrait être comprise qu'à la condition de l'attribuer à un agent immatériel, uni aux corps vivants.
La Monère, avons-nous dit, en même temps qu'elle se nourrit, se dénourrit ; elle introduit dans sa masse de l'oxygène ; celui-ci produit des décompositions dont le résultat ultime est le rejet par l'organisme d'un certain nombre de produits de désassimilation ou destruction moléculaire, produits parmi lesquels se trouvent constamment de l'acide carbonique, de l'eau et un corps azoté de nature variable. C'est cet acte complexe qui, nous le savons, porte le nom de respiration^
BIONERIENS. 17
Appai'tienl-il exclusivement aux êtres vivants? Telle est la question à laquelle nous devons maintenant répondre. Etudions les faits de près et nous verrons que cette réponse est plus lacile à faire qu'elle ne le semble au premier abord.
Réduite à sa plus simple expression, la respiration n'est qu'un ensemble de phénomènes d'oxydations ou de dédoublements des principes chimiques qui entrent dans la constitution des corps vivants. Or, les oxydations et les dédoublements se présentent à nous partout dans la nature. Abandonnons dans l'air, dans l'eau, ou dans tout autre milieu oxygéné, un morceau de fer, et ce corps ne tardera pas à s'oxyder, d'une façon lente, il est vrai, mais tellem.ent continue, qu'au bout d'un temps plus ou moins long il sera impossible de retrouver la moindre parcelle de fer; le métal sera remplacé par un corps nouveau, produit de son oxydation, de sa combinaison avec l'oxygène : un oxyde de fer. Ne pouvons-nous pas comparer cette oxydation avec celles qui se produisent dans un corps vivant?
On nous objectera, sans nul doute, que l'oxydation du fer ne donne naissance qu'à un seul produit : l'oxyde de fer; tandis que celle des corps vivants détermine la production d'un nombre très considérable de produits et surtout de produits très différents par leur nature de celui qui résulte de l'oxydation du fer; on ajoutera que le fer ne s'oxyde qu'à sa surface et de dehors en dedans, tandis que les oxydations de la matière vivante s'effectuent dans la profondeur même de la masse matérielle. Mais nous devons tenir compte de ce double fait: que le fer étant un corps simple ne peut donner avec un autre corps simple qu'un seul ou un très petit nombre de corps composés produits par son oxydation, et que la densité du fer étan, très considérable, l'oxygène ne peut pénétrer dans sa profondeur qu'avec une grande lenteur. Un corps vivant au contraire, une Monère par exemple, est formé d'une substance très peu dense et soumise à des déplacements moléculaires incessants; il est, par suite, très perméable aux atomes des gaz; d'autre part, sa constitution chimique étant très complexe, se§ produits d'oxydation sont très variés.
Qu'au lieu d'un corps simple et très dense comme le fer, nous prenions un corps peu dense, liquide ou gazeux, et d'une constitution chimique complexe, nous verrons l'oxydation se produire simultanément dans tous les points de sa masse, et donner naissance à des produits d'autant plus nombreux que dans sa composition chimique entrent un plus grand nombre d'éléments. La matière vivante, le protoplasma, étant de tous les corps, le plus complexe chimiquement,
18 PKOTOZOAIRES.
nous n'avons pas lieu d'être étonnés que son oxydation soit accompagnée de phénomènes plus divers; mais, au fond, la nature de ces phénomènes est toujours identique, et la respiration de l'organisme vivant est aussi bien soumise aux lois de la chimie que l'oxydation d'un simple morceau de fer.
La respiration ne peut donc pas plus que la nutrition nous servir à séparer d'une façon absolue les êtres vivants des corps non vivants.
Est-ce par la faculté de reproduction que les deux groupes d'êtres qui constituent, en se complétant l'un par l'autre, l'univers, sont séparables? Vous avez vu laMonère, parvenue aune certaine taille, se segmenter pour donner naissance à deux organismes nouveaux qui se séparent et vont vivre isolément. Il semble, au premier abord, qu'il soit bien difficile de trouver un phénomène semblable dans la matière non vivante. Examinons cependant avec soin ce qui se passe, d'une part, dans la Monère qui se divise, et, d'autre part, dans un corps inorganique dont les fragments placés dans des conditions favorables s'accroissent en un corps de même taille que celui qui les a produits, et nous arriverons, je crois, ànous convaincre que le fossé qui sépare, à cet égard, le monde vivant du monde non vivant, n'est pas tellement large que nous ne puissions, avec les données de la science actuelle, jeter un pont de l'un à l'autre de ses bords.
Quand une Monère se divise on a l'habitude de dire que cette division est s^jowto?ice, c'est-à-dire indépendante de tout agent extérieur et résultant d'une propriété exclusivement inhérente à la matière vivante, au protoplasma vivant de la Monère. Lorsqu'au contraire nous voyons un corps non vivant, un cristal de sel marin par exemple, plongé dans une solution du même corps, se rompre, nous disons que sa rupture a h^ provoquée, qu'elle a été déterminée par un agent extérieur au corps qui se divise, par exemple un courant d'eau frappant rapidement ce dernier, un choc, etc.
Les deux ordres de phénomènes ainsi interprétés paraissent en effet absolument différents l'un de l'autre : l'un serait spontané, Taure est, manifestement, toujours provoqué. Mais si nous étudions de plus près le phénomène de la division de la Monère, nous pourrons facilement nous convaincre qu'il est soumis <à certaines conditions extérieures, en dehors desquelles il ne se produit jamais, mais sous l'intluence desquelles il se produit toujours. Cette étude, difficile à faire avec les Monères que nous ne pouvons que difficilement nous procurer, peut être accomplie très aisémentavec d'autres organismes vivants, et notamment avec certaines Algues filamenteuses très ré-
MONÉRIKNS. 11)
panducs dans nos eaux douces. Tous les observateurs ont constaté que les cellules de ces Algues ne se divisent normalement qu'à de certaines heures de la journée. Ce premier fait indique bien que la division est soumise à des conditions cosmiques qui, pour nous être inconnues, n'en sont ni moins réelles ni moins actives.
LorsqueM. Strasburger, faisant ses beaux travaux sur la division du Spiroçii/ra orthospim, eut constaté qu'elle s'accomplissait, dans son laboratoire, pendant le mois d'octobre 1874, entre dix heures et minuit, il ne lui vint certainement pas à l'esprit que cette heure était capricieusement choisie par le Spirorjyra; il y vit l'influence de certaines conditions de milieu, et finit par s'assurer qu'en changeant ces conditions, qu'en plaçant, par exemple, les Algues dans une chambre plus froide, il pouvait retarder la division cellulaire jusqu'au lendemain matin, ou même l'empêcher complètement de se produire.
Il est facile de tirer les conclusions de ce fait qui n'est nullement limité à l'Algue dont nous venons de parler, mais est offert sans exception par tous les organismes vivants : la division de ces organismes, loin d'être spontanée, c'est-à-dire indépendante de tout agent extérieur, est, au contraire, directement placée sous la dépendance de tous les agents extérieurs. La chaleur, la lumière, l'électricité, etc. , sont, sans nul doute, les agents producteurs de cette division; mais comme la chaleur, la lumière, l'électricité, etc., ne sont que des mouvements moléculaires de la matière qui entoure le corps vivant, nous pouvons dire que celui-ci ne se divise que sous l'influence d'un mouvement matériel qui lui est transmis par le milieu ambiant. Ainsi envisagée, la division de la Monère n'offre plus aucun cai'actère de spontanéité, et ne diffère de la division des corps organiques que par la nature des agents provocateurs de la division et l'intensité d'action qui est nécessaire pour la produire.
Nous pouvons donc conclure de ce qui précède que, pas plus au point de vue de la segmentation qu'à ceux de la nutrition et de la respiration, on ne peut séparer, d'une façon absolue, la Monère vivante, des formes inorganiques de la matière. Mais, la Monère, représentant une forme de la matière aussi complexe que possible, au point de vue de la composition chimique et de la constitution moléculaire, il est facile de comprendre qu'elle obéisse bien plus facilement aux agents extérieurs à riniluence desquels elle est soumise que toute autre forme de la matière.
Il est un exemple bien vulgaire et qui cependant nous prouve qu'eux aussi, les corps dits inanimés, sont, dans certaines conditions déter-
20 PUOTOZOAIRES.
minées, d'une grande sensibilité aux excitations extérieures. Vous êtes dans un appartement, sur votre table est une lampe allumée, quelqu'un ouvre une porte et subitement le verre de la lampe, dont les molécules sont déjà mises en mouvement par la chaleur de la flamme, se brise, se divise en un certain nombre de fragments, et cela en un point qui n'est pas le premier venu, qui au contraire, par sa constitution, présente quelque caractère particulier. Lorsque vous voyez votre verre se briser sans qu'il ait en apparence reçu le moindre choc, dites-vous qu'il s'est brisé spontanément? En aucune façon; vous essayez, pour me servir d'une expression chère à Claude Bernard, de « déterminer » les conditions dans lesquelles le phénomène s'est accompli et la nalure de l'agent qui l'a produit. Telle est la conduite que nous devons tenir quand nous voyons la masse protoplasmique d'une Monère ou d'une cellule quelconque se diviser. Nous devons chercher à déterminer l'agent producteur de la division, et nous sommes bien certains à l'avance que cet agent ne peut être que de nature physique ou chimique; nous n'imitons pas, en effet, Claude Bernard; nous ne croyons pas qu'il nous soit possible de nous endormir dans la douce quiétude du a déterminisme ». Nous considérons ce mot comme l'appellation d'une méthode scientifique et non comme l'expression d'une doctrine philosophique.
Nous avons à examiner maintenant si c'est par la faculté qu'elle possède de se mouvoir, et par celle de sentir, que la Monère se distingue des corps non vivants.
Nous avons constaté dans la Monère deux ordres de mouvements : l'un dont la conséquence est un simple changement de forme, l'autre qui a pour résultat le changement de lieu, le déplacement de l'animal.
Examinons successivement chacune de ces deux sortes de mouvements. En premier lieu, devons-nous considérer la faculté de changer de forme comme appartenant exclusivement k la matière vivante? 11 suffit presque de poser la question pour qu'elle soit résolue. N'oublions pas que le changement de forme de la Monère n'est que la conséquence de la dilatation de certaines parties de la masse ou de la contraction de certaines autres parties. Contraction ou dilatation moléculaire du corps de la Monère, tels sont les phénomènes intérieurs du mouvement d'ensemble qui se traduit par un changement de forme. Or, ces phénomènes sont loin de se produire exclusivement dans la matière vivante. Il n'est pas un seul corps inorganique qui ne les manifeste plus ou moins nettement. Prenez dans les
MONÉUIENS. 21
mains un morceau de souîre, les craquements qu'il ne larde pas à faire entendre vous sont un indice certain de la dilatation de sa masse, dilatation produite par l'écartement des molécules qui la constituent. Suivez attentivement ce qui se passe dans un tube étroit rempli de mercure, vous verrez la petite masse de métal s'allonger et se raccourcir alternativement, en d'autres termes se dilater ou se contracter suivant que ses molécules s'écartent ou se rapprochent les unes des autres.
Si, au lieu de prendre un corps à formes très régulières, comme la colonne cyliildrique de mercure contenue dans un tube thermométrique, nous prenons un corps à contours très irréguliers cl en même temps formé par la juxtaposition de substances différentes, inégalement contractiles ou dilatables, il est incontestable que la dilatation ou la contraction de ce corps seront accompagnées de changements dans la forme d'autant plus manifestes que l'énergie de la dilatation et de la contraction sera plus considérable. Entre ce corps et la Monère il n'existera qu'une différence de plus ou de moins ; la nature des mouvements sera la même.
On peut, il est vrai, objecter que la Monère change de forme spontanément, tandis que le corps inorganique n'en change que sous l'influence d'agents extérieurs, tels que la chaleur. Mais sachant déjà que répithète de « spontané » appliquée à un phénomène n'a été imaginée que pour cacher notre ignorance de la cause déterminante de ce phénomène, nous ne nous laisserons pas entraîner à considérer comme spontanés tous les mouvements dont nous ignorons la cause. Est-ce que le paysan qui voit une nappe de brouillard s'élever du sol et gravir lentement le flanc d'une montagne pour aller former un nuage à son sommet, n'est pas tenté de croire ou plutôt ne croit pas que le mouvement du brouillard est spontané? Et cependant nous savons ce qu'il faut penser de cette prétendue spontanéité.
Lors donc que nous constatons dans le protoplasma de la Monère un changement, ou lorsque nous voyons ce petit organisme se déplacer, nous devons rechercher quel est l'agent qui détermine l'une ou l'autre de ces deux sortes de mouvements. Alors même qu'il nous serait impossible de découvrir cet agent, nous ne devrions pas imiter le paysan qui, dans son ignorance, admet des effets sans cause, ou, si vous préférez cette expression, des phénomènes sans antécédents.
Savez-vous pourquoi la légère boule de sureau d'un pendule électrique s'approche d'un bâton de verre électrisé par frottement, puis s'en éloigne après l'avoir touché? Non, certes; cependant vous souririez, sans nul doute, de commisération, si je vous disais que
cette boule se comporte de cette façon parce que cela lui plaît; qu'elle se rapproche du bâton de verre parce qu'il lui est sympathique, ou qu'elle s'en éloigne parce que, après avoir fait sa connaissance par le contact, elle le considère comme dangereux. En d'autres termes, vous ne sauriez admettre que les mouvements de la balle de sureau sont spontanés, c'est-à-dire indépendants de toute autre cause que la volonté de la balle. N'est-ce pas ainsi cependant que vous agissez quand, voyant une Monère aller au-devant d'un rayon de soleil qui tombe sur l'eau, vous affirmez qu'elle se meut spontanément ; ce qui revient à dire qu'il lui plaît d'aller au-devant du rayon lumineux, que le rayon lui est sympathique. Permettez-moi de vous citer un petit fait qui me paraît fort intéressant au point de vue des changements de formes et des mouvemens de déplacement.
Wolff* a constaté dans ces derniers temps que l'appareil olfactif de l'Abeille commune est formé par la réunion de petites cellules offrant à leur extrémité périphérique une cupule au centre de laquelle est inséré un long filament. Dans cette cupule se trouve un liquide visqueux qui se répand le long du filament. M. Wolff place une goutte de ce liquide sur une lamelle de verre qu'il transporte sous le microscope ; il approche alors du liquide olfactif une petite aiguille portant à son extrémité une gouttelette d'une essence odorante ; immédiatement la goutte de liquide olfactif change de forme et même se déplace. Les molécules gazeuses de l'essence, en venant frapper sa surface, suffisent pour déterminer ce double mouvement. La conséquence de cette expérience est facile à tirer : dans la nature, l'ébranlement du cil vibratile de la cellule olfactive est déterminé par les vibrations des molécules gazeuses dites odorantes qui viennent frapper le liquide oll'actif dont le cil est recouvert; l'ébranlement moléculaire du cil est transmis au corps de la cellule olfactive, puis au nerf olfactif qui le communique aux centres nerveux olfactifs ; là cette vibration moléculaire se transforme en ce que nous nommons la sensation d'odeur. Ce petit fait ne confirme-t-il pas bien ce que je vous disais tout à l'heure, que quand nous voyons un corps matériel quelconque entrer en mouvement, notre première préoccupation doit être de chercher la cause déterminante du mouvement, au lieu de nous endormir dans une douce paresse, après avoir déclaré que tel ou tel mouvement, dont nous ne saisissons pas la cause, est « spontané ».
1. Wolff, Le mécanisme de l'odorat, iii Revue internationale des sciences, 1878, p. 422.
MONÉRIliNS. '23
Pour moi je ne pense pas qu'il y ait plus de mouvements spontanés chez les êtres vivants que dans les corps inorganiques; je crois que tout mouvement, qu'il consiste en un simple changement de forme ou en un déplacement du corps entier, est nécessairement provoqué par un agent extérieur, ou, pour mieux dire, par un mouvement antécédent.
Il me reste à parler de la sensil)ilité, ou, pour employer un terme qui est plus de mode parmi les biologistes modernes, de VirrUabilité.
Quand on voit une Monère se déplacer ou changer de forme sous
Fig. 3.
Prolainœhii poiijpodia (d'après Hœckel).
rinfluencc du contact d'un corps étranger, on dit qu'elle est sensiJ)ie ou irritable, et l'on ajoute que la sensibilité ou l'irritabilité est une propriété appartenant en propre et exclusivement aux êtres vivants. C'est là encore une manière de voir à laquelle nous devons, je pense, renoncer. Si, en effet, nous disons que la Monère est sensible parce qu'elle change de forme quand on la touche, ne devra-t-on pas en dire autant du liquide olfactif, qui se comporte exactement de la même façon quand on approche de lui une goutte d'essence? La vérité est que ces mots : sensibilité cL irritabilité ne veulent pas dire autre chose que ceci : « quand un agent extérieur agit sur un corps déterminé, ce dernier obéit à l'action qui s'exerce sur lui. » Or, ce fait n'est pas exclusivemoni propre à la matière vivante, il nous est offert par tous les corps que nous connaissons, avec
cette différence que, suivant les corps, il est plus ou moins manifeste.
L'étude comparée que nous venons de faire des propriétés biologiques de la Monère nous permet, je crois, de conclure, sans crainte de nous tromper, que toutes ces propriétés se retrouvent dans la matière non vivante, mais que dans la Monère elles se manifestent avec une intensité tellement considérable, que l'on peut facilement se laisser entraîner à leur donner des dénominations particlières.
Nous sommes d'autant plus sollicités d'entrer dans celte voie, que nos sciences, encore dans l'enfance, nous laissent ignorer le pourquoi et le comment de la plupart des phénomènes naturels dont nous constatons la production. Cependant, elles sont aujourd'hui assez
Fig. 4. — Protamœba simplex (d'après Haeckel).
Fig. 5.
Protamœba Schultzeana en voie de division (d'après Haeckel).
avancées pour que nous puissions admettre, avec Claude Bernard, sans crainte de nous tromper, que tous les phénomènes biologiques ne sont, en réalité, que des phénomènes physiques ou chmiiques. Nous ignorons bien des choses, mais nous en connaissons assez pour ne plus nous laisser entraîner à considérer comme des vérités les opinions engendrées par l'ignorance de nos pères ou par la nôtre *.
Protogenes primordialis Ujeciœl'-. — Cet animal a été trouvé par Hicckel, en iS6à, dans la Méditerranée, près de Nice. Nous pouvons le prendre comme type d'une division particulière des Monériens, celle des Rhizomonériens,
1. Voyez, pour plus de détails sur cette question : De Lanessan, Manuel d'histoire naturelle médicale. Introduction ; et de Lanessan, Le transformisme.
i. H.i:cKEL, Ueber den Sarcodekôrper der Rhiwpoden, in Zeitsch. f. iviss. ZooL, 1865, XV, p. 360, tab. XXVI, fig. 1. 2; — Monographie der Moneren, in Jenaische Zeitsch., 1868, IV, p. 131.
MONÉRIENS. Î5
Comme les êtres ctudiésjusqu'ici, il est aquatique, formé de protoplasma granuleux, sans membrane d'enveloppe ni noyau. Il peut aftecter deux formes différentes: tantôt il se présente sous l'aspect d'une sphère unie, ayant de 0,1 à 0,2 de millimètre de diamètre; tantôt il offre l'aspect d'une sphère de laquelle se détachent, en rayonnant dans ;';
toutes les directions, un grand nombre de niaments protoplasmiques grêles, qui ont reçu le nom de rhizopodes; tantôt sa forme est très irrégulière quoique pourvue encore de contours arrondis, comme dans la figure ci-jointe, et les rhizopodes ne parlent que d'une portion plus ou moins considérable de la surface de son corps. Les filaments radiés qui partent de la substance protoplasmique du Protogenes, sont manifestement les homologues des pseudopodes obtus du Protamœba ; mais ces
fdaments, beaucoup plus grêles que ceux du Protamœha primitiva, s'anastomosent entre eux de diverses manières. Ce phénomène
Fig. 6. — Protogenes primordialis (d'après Hœckel). Des rhizopodes partent de tous les points du corps.
ii^&Sàfc
Fig. 7.
Protogenes priwonliaUs n'éip.ettant de rhizopodes que par un point de sa surface. Il a saisi un Peridinium (d'après Hœckel).
pourra se compliquer de telle sorte, en certains points, que nous aurons finalement un être qui rappellera le Protamœba primitiva par sa masse centrale homogène, et le Balhyhius Hœckelii par les réseaux
26 PP.OTOZOAir.ES.
résultant de l'anastomose de ses filaments. Les mouvements des filaments protoplasmiques s'opèrent-ils avec cette spontanéité dont on a voulu faire un des attributs exclusifs de la matière vivante? Non; faction des agents extérieurs est nécessaire pour les provoquer; toutes ces expansions se développent surtout quand un corps étranger se trouve en contact avec l'animal. On les voit alors apparaître en grand nombre, s'unir les uns aux autres, et enlacer le corps étranger de toutes parts, pour le rejeter après en avoir exprimé toutes les matières assimilables qu'il pouvait contenir. La reproduction de cet animal a été observée par Hœckel ; elle s'effectue comme celle du Protamœba primitha par simple segmentation de la masse protoplasmique en deux parties qui vont vivre séparément.
Myxodictyvm sociale
Cet animal, trouvé par Hœckel
Fig. 8. — Myxodictijum sociale (d'après Hœckel).
dans la baie d'Algésiras, en 1867, présente un grand intérêt, car, à f encontre de ce que nous avons vu pour les animaux précédemment étudiés, il nous prépare à l'étude des êtres, très répandus dans le règne animal, qui vivent en colonies. Comme le Protogenes, il est constitué par une masse globuleuse de protoplasma, de laquelle partent des rhizopodes qui sont, ici, relativement peu nombreux. Un grand nombre de ces petites masses protoplasmiques se montrent unies par les extrémités de leurs rbizopodes en un réseau aplati.
1. HiECKEL, Monographie de r Moneren, in Zenaische Zeitsch., IV, 1868, pp. 99, 131, ab. III, %. 31-33.
MONERIENS. Hl
Il est permis de supposer que lorsqu'un individu, d'abord libre, en rencontre unaulre, il se met en rapport avec lui par ses filaments protoplasniiques; désormais les deux individus vivront unis parleurs rhizopodes; un troisième, un quatrième individu se réuniront de la même façon aux deux premiers, et il se formera une colonie doni les individus constituants pourront devenir fort nombreux. La co-
^iS^#-^-
Fig. 9. — Rhizopodes anastomosés du Mijjcodiciijum sociale (d'après Hœckel).
lonie observée par Ha?ckel dans la baie d'Algésiras comprenait soixante et dix individus. Il est plus probable encore que les colonies sont la conséquence de la multiplication par segmentation. Un individu se divise en deux autres qui restent unis par leurs pseudo-
Fig. 10. — Vampiirella Spirogijrœ, se nourrissant d'une cellule de Spirofjijra dans laquelle une portion de son corps est enloncée (d'après Cienkowski).
Fig. 11. — Vampyrella Spijrorjyrœ enkysté. — :-, protoplasma ;s, nioni- Lrune du kyste (d'après Cienkowski.)
podes; les deux nouveaux êtres se divisent à leur tour et en produisent quatre qui restent anastomosés.
Le Myxodictyiuu sociale, animal observé uneseulefois parILrckel, ne paraît pas, du reste, différer à d'autres points de vue des Monériens déjà décrits. Il se mtiltiplie très probablement par division de chaque masse itrotoplasinique en deux masses nouvelles qui, ou
bien restent unies par leurs rhizopodes, ou bien se séparent et vont ailleurs former de nouvelles colonies.
Vampyrella Spiro(jijrœ '. — Ce petit animal vit à la surface d'une Algue très commune dans nos eaux douces, le Spirogyra. Il a été observé par M. Gienkowski. Son étude nous conduira à celle des formes les plus élevées du groupe. Il offre l'aspect d'une masse à peu près spliéricpie de protoplasma, émettant par toute sa surface de nombreux rhizopodes grêles, disposés en rayonnant. Pour se nourrir, ce petit être perfore, par un procédé dont nous ignorons la nature, la membrane des cellules du Spirogyra, il enfonce ses rhizopodes dans la cavité de la cellule et attire dans sa propre substance tout le protoplasma de celte cellule ; puis il passe à une autre.
Quand le Vampirella a de la sorte atteint une certaine taille, ses
Fig. l^ — Vamj)ijrella Spijrogyrœ abandonnant la cellule de Spijrogijra après l'avoir vidéi^ (d'après Cicnkowski).
ihizopodes rentrent dans la masse de son corps; il devient globuleiiA, et s'entoure d'une membrane d'enveloppe, d'une sorte de tunique, qui le met à l'abri des agents extérieurs de destruction et lui forme une véritable carapace. Après la formation de cette dernière, il se produit un phénomène que nous rencontrons pour la première fois : le protoplasma renfermé sous cette enveloppe se divise en quatre masses ; puis, cette division effectuée, la carapace se perce en un point quelconque, et, par cette solution de continuité, on voit sortir une des quatre masses protoplasmiques auxquelles on a donné le nom de spores. Cette spore émet bientôt des rhizopodes, qui prennent un point d'appui sur une autre partie du végétal. Après avoir parcouru les mômes phases que celui qui l'a produit, cet être
1. Gienkowski, Beilrmje iur Kenntniss iler Monuden, in Arch. f. mik. Anat., I, p. 218, tab. XII, fig. 44-56. — H^ckel (Jenaische ZeUsch., VI, 1871, p. 23, tab. II, fig. i-i) en a décrit et figuré une espèce, le V. Gomphonematis, (jui vit sur une Diatomée, le GoDiphoucma, Nous reproduisons sa figure ainsi que celles données par Cienkowski du F. Spirofjijrœ.
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roriiiera à son lour,par quadriparlition après cnkystemenl, une nouvelle génération de Vampi/rella. Les trois autres spores que nous avons vues se former à l'intérieur de la carapace de l'animal primitif
Fig. 13. — Vampyrella Spirogijrœ (d'après Cienkowski). — a, Kyste dont une des spores, a, commence à sortir. — b. La spore sortie en grande partie s'allonge et émet des rhizopodes par son extrémité libre renflée; c, une spore transformée en masse amœboïde libre; d, forme différente du même état; c, forme arrondie et émettant des pseudopodes radiés.
sortent les unes après les autres comme la première et se comportent de la même façon.
Cet être nous fournit l'exemple d'un mode de reproduction dont le résultat est une multiplication prodigieuse des organismes qui le présentent. C'est uh procédé très répandu à lafoischezlesanimauxel chez les végétaux inférieurs qu'il sert à rapprocher les uns des autres.
Protomyxa aurantiaca Hj:ckel'. — Cet animal a été décou-
1. H.îCKEL, Mouogr. (1er Moneren, m Jenaischc Zeitsch., IV, 1808, pp. 71, 132, tab. II. Nous reproduisons dans notre texte toutes les figures de cette planche.
verl sur les côtes de l'une des îles Canaries, l'île de Lanzerolte, par Hieckel. 11 se trouve sur la coquille du SpirulaPeronii, petit Céphalopode qui vit à la surface de la haute mer, mais est souvent rejeté
Fig. li. — Kyste de Vampyrella Gomplionematis après la formation des spores (d'après Hœckel).
Fig. 15, — Vampyrella Gomphonematls rampant sur des Diatomées (d'après Hœckel).
sur les côtes. Il se présente sous l'aspect d'une petite masse colorée en rouge orangé, tantôt globuleuse et lisse, tantôt couverte de nombreux rhizopodes grêles et anastomosés. 11 n'a ni noyau ni membrane.
Fig. 16.
Vampyrella Gomphonematls à l'état libre (d'après Hœckel).
Si l'on observe un individu vivant àuProtomyxa aurantiaca, on le voit, à un moment donné, émettre des rhizopodes, simples d'abord, mais qui s'anastomoseni ensuite. C'est à l'aide de ces filaments ténus
MONÉRIENS. 31
qu'il s'empare des corps qui doivent le nourrir. Ces derniers sont d'al)ord enveloppés par un certain nombre de rhizopodes, puis ceux-ci se raccourcissent et rentrent dans la masse protoplasmique centrale, en cnlraîiiant les corps qu'ils ont saisis.
^^■^^miM^
Fig. 17. — Protomyxa aurantiaca absorbant des aliments (d'après Hœckel).
Fig. 18. — Protomy.vu auvan- /iaca (d'après Ha;ckel).
Quand l'animal est sur le point de se reproduire, il rentre ses rhizopodes, devient globuleux et lisse, puis s'entoure d'une carapace. Après l'apparition de cette dernière, le protoplasma se divise en un
Fig. \'J. — Protomyxa aurantiaca ; [ihases diverses de l'en- Fig. lO.— Protomonaslhukystement, de la production des spores et de la traiis- leyi h l'état de Monèrc formation des spores en Monères (d'après Hœckel). (d'après Heeckel).
très grand nombre de petites masses arrondies ou spores ; il y a donc là un degré de complexité de plus dans le phénomène de division qui prélude à la reproduction de l'animal ; puis, la membrane se
rompt et les spores sortenl; elles ont une forme ovoïde et se meuvent en tenant leur petite extrémité dirigée en avant; sur cette extrémité il se développe un seul rhizopode très long, que les zoologistes appellent un /lagellum et qui sert d'organe de locomotion à la spore. On voit plus tard apparaître à la surface du protoplasma de la spore de nombreux filaments qui prennent peu à peu tous les caractères des rhizopodes de l'animal adulte.
Protomonas Amyli Gieink ' . - — Cette espèce a été trouvée par Cien-
kowski au milieu des débris d'une Characée, le Nitella, dans les eaux douces de la Russie et de l'Allemagne. Elle est constituée par une masse protoplasmique colorée en rouge brique, de forme très irrégulière et très variable, émettant de nombreux rhizopodes simples ou ramifiés.
Au moment de la reproduction, l'animal devient sphérique et s'enveloppe d'une carapace munie de verrues cunéiformes, qui font saillie en dedans de sa cavité. Le protoplasma se divise alors en i^pores fusiformes, très contractiles, munies de deux flagellums à l'aide desquels elles se déplacent dans l'eau avec des mouvements d'anguillules. Après être restées indépendantes pendant quelque temps, les spores se fusionnent les unes avec les autres, pour former une masse proto- Fig.2i.—Pro<omonrts//w,r/ej/i, kystes plasmiquc couvcrte de rhizopodes et
semblable à l'animal qui a donné naissance aux spores. Dans le P. Huxleyi H.^CK% les spores n'ont qu'un seul flagillum et ne se fusionnent pas.
dont émanent des corps llagellés (d'après Heeckel).
\. CiENKOWSKi, Beitrlige zur Kentniss der Blonaden, in Arch. f. mik. Anat., I, p. 165, tab. Xli , fig. 1-5. M. Cienkowski a décrit cette espèce de Protomonas sous le nom de Monas AiitijU qui doit être changé en celui de Protomonas AniijH.
2. H.ECKEL. Nachtràge zur Monographie der Monez-en, inJenaisch. Zeitsch, \l, p. 29, tab. 11, fig. 5-8.
MO^Ér, lENS. 33
Myûcastrum radUuf S ILeckel ^ . — Cel animal est assez analogue au Protomyxa aurantiaca. Il a été trouvé par M. ïlœckcl, en 1867, sur les côtes de l'Ile de Lanzerote, à Puerto Anefica. Il est constitué par une masse protoplasmique arrondie, pourvue de rhizopodes
Fig. ii. — /''rato(/io»as//u.de//i passant graduellement à l'état de Moiière (d'après llœckel).
nombreux et rayonnants, anastomosés. A un certain moment, ces prolongements s'effacent, l'animal devient tout à fait globuleux et, de même que le P. aurantiaca, il s'enveloppe d'une carapace solide, dans l'intérieur de laquelle il se divise en spores elliptiques, dispo-
Fig. io. — Prolomonas Amijii (d'après Cienkowski). — Fig. a ; l'animal pendant la formation des spores; fig. b, la cellule mobile à deux cils vibratiles; fig. c, l'état à rhizopodes; fig. d, forme spéciale prise parla Monère; fig. e, état d'enkystement; w, saillies coniques développées sur la face interne de l'enveloppe 5. — Dans toutes les figures : ((, granulations nutritives; J, contour delà cellule.
sées en rayonnant autour du centre de la carapace. Chaque spore s'entoure ensuite d'une membrane qui s'incruste de silice. Lorsque les spores sont mises en liberté, elles peuvent, grâce à l'impeiméabilité de leur tégument, vivre longtemps dans l'eau sans s'altérer et sans se modifier; mais, quand les circonstances viennent à
1. U^CKEL, Monocjr. lier Moneren, in Jenaische Zeitsch., IV, 18G8, pp. 91, 134, lab. m, fig. 13-M. Nous reproduisons dans notre texte les figures de cette planche.
changer, leur membrane se rompt et laisse sortir le protoplasma qu'elle contient; celui-ci, devenu libre, émet des rhizopodes et
Fig. 2i. — Mt/.rastrum radians (d'après Haeckcl).
parcourt les mêmes phases que l'individu qui lui a donné naissance. Gymnophnjs Cometa Cienk. ^ — Cette espèce a été décrite récemment par Gienkowski. Elle est remarquable par la localisa-
Fig. 25. — Myxa.ttrum radians Fig. 26.^ — Kyste de Mijxa- Fig. 27. — Spore de enkysté et divisé en spores s</'M?nrarfiflns contenant des Myxastrum radians
(d'après Hseckel). spores radiées (d'après Hœc-
kel).
émettatit son contenu protoplasmique (d'après Hœckel).
lion de ses pseudopodes. Le G. Cometa est formé d'un corps à peu près arrondi, émettant, en deux points opposés l'un à l'autre, un
1. Archir fur mile. Aiiat., 1876, XH , p. 31, tab. Y, fig. 25; et Quart. Journ. ofmicr. se. 1877, XVII, p. 348, tab. XXI, fig. 22.
MONÉRIENS. 35
long pseudopode grêle, ramilié à l'extrémité et présentant des gra-
Fig.28. — G(/mHo;)/(;-vsCo))ie<rt(d'aprcsCienk.). Fig.!29. — Arachnula impatiens (d'ajirôs Cicnk.).
nulations qui se meuvent avec une certaine rapidité. Cet être n'est encore que trop imparfaitement connu pour qu'on puisse être certain qu'il représente une espèce véritable.
Arachnida impatiens Cienk*. — Cette espèce est formée d'un corps habituellement très allongé, muni à ses extrémités de dilatations digitées desquelles partent de nombreux rhizopodes. Elle est remarquable encore par la présence de vacuoles contractiles dont nous retrouvons l'existence chez les Amœbiens.
§ 2. — CARACTÈRES COMMUÎJS DES MONÉRIENS.
Nous avons étudié la plupart des types les plus importants du groupe des Monériens, et nous avons constaté chez eux un certain nombre de caractères communs qu'il est bon de résumer.
Tous ces êtres se sont présentés à nous à l'état de cellules dépourvues de membrane d'enveloppe et de noyau. Chez tous, la nutrition et la respiration s'opèrent directement par simple diffusion; la multiplication s'effectue toujours par division ou segmentation, soit seulement en deux, soit en un plus grand nombre d'individus nouveaux. Enfin, tousles Monériens sontpourvusd'appendices mobiles et rétractiles; mais ces appendices sont tantôt relativement courts, arrondis, non anastomosés, comme dans le Protamœba primitiva, et portent alorsle nom de pseudopodes, tantôttrès allongés, grêles, filiformes, anastomosés les uns avec les autres et désignés sous le nom de rhizopodes, à cause de leur ressemblance avec un chevelu de racines.
Nous avons constaté aussi que les individus peuvent rester nus pendant toute la durée de leur existence, comme \e Protamœba primitiva, \e Protogenes primordialis, le Bathybius Hajckelii, leMyxodictyum sociale, etc., ou bien, au contraire, se recouvrir, au moment de la reproduction, d'unecarapace solide, dont le rôle semble être de protéger la division du protoplasma. Nous devons faire remarquer, à cet égard, que toutes les fois que les individus se divisent à l'état nu, ils ne se segmentent qu'en deux masses protoplasmiques, tandis que quand la division s'efïectue dans l'intérieur d'une carapace, elle donne naissance à un nombre plus ou moins considérable de corps qu'on peut désigner sous le nom de spores. Enfin, rappelons que, d'habitude, les individus restent isolés pendant toute leur vie, mais
I. Arch. fur mik. Anal. ,\\\, p. 27, tab. V, fig. 18-21; cl Quart. Journ. of micr. se, 1877, XVII, p. 317, tab. XXI, fig. "21.
MONÉRIENS. 37
que, dans certains genres, ils s'unissent pour former des colonies, comme le Myxodycthim sociale, ou môme se fusionnent au point de ne plus former qu'une seule individualité, comme le Protomonas Amyli.
g 3. — CLASSIFICATION DES MONÉIÎIENS.
D'après la forme des expansions protoplasmiques du corps, nous divisons les Monéricns en deux groupes principaux : Lobomonériens, à prolongements courts, arrondis, non anastomosés; et Rhizomonériens, à prolongements très allongés, grêles, filiformes, habituellement anastomosés.
M. Hœckel a proposé d'établir la division principale de ces animaux d'après la présence ou l'absence de la carapace au moment de la multiplication. D'après ce caractère, il divise les Monériens en deux grands groupes : celui des Gymnomonera, caractérisé par l'absence d'une période de repos, pendant laquelle l'animal se couvre d'une enveloppe résistante; et celui des Lepomonera , caractérisé par l'existence d'une période de repos, pendant laquelle l'animal se couvre d'une enveloppe résistante dans laquelle il se divise.
M Hceckel place dans sa première division les trois genres -.Prol- «mcrba ILeck. ; Protogcnes ILeck.; Myxodictyum ILeck.
Dans son groupe des Lepomonera il place 4- genres • Protomonas H.ECK. ; -Pro^ow?/j^« H.EGK. ; Vampyrella Cienk.; Myxaslrum ILeck.
Cette classification ne nous paraît pas devoir être conservée. Elle ne repose, en effet, que sur un caractère passager, présenté par l'animal pendant une période relativement courte de son existence. Elle a aussi l'inconvénient de ne pas pouvoir servir à marquer les liens qui rattachent les Monériens aux groupes d'animaux les plus voisins. C'est pour ces motifs que nous croyons préférable d'adopter la division proposée plus haut en Lobomonériens et Rhizomonériens. Indépendamment de ce que la nature des pseudopodes, qui sert de base à cette classification, est un caractère durable, présenté par l'animal pendant toute sa période d'activité, ce caractère nous sert encore à établir les rapports des Monériens, d'une part avec les Amœbiens, ces derniers ayant, comme les Lobomonériens des pseudopodes lobés, et, d'autre part, avec les Foraminifères et les Hadiolaircs qui ont, comme les Rhizomonériens, de véritables rhizopodes.
Nous résumerons donc de la façon suivante les caractères de la classifiration des Monériens :
MONERIENS
Corps protoplasmique, sans membrane, ni noyau, émettant des pseudopodes lobés ou des rhizopodes.