‹ Traité des affections de la peau, d'après les doctrines de M. BazinChapitre 16 sur 48 · DE LA VARICELLE · texte numérisé non relu

DE LA VARICELLE

Définition. — La varicelle est une affection générique de la peau, caractérisée à sa période d'état par des vésicules discrètes, disséminées sur toute la surface de la peau , coniques ou subglobuleuses, remplies par un liquide transparent qui devient bientôt opaque, se dessèche du cinquième au neuvième jour, et forme une croûte qui tombe dans l'espace de quelques jours.

Symptomatologie. — Elle est précédée de prodromes variables, suivant l'espèce, et consistant tantôt dans l'ensemble des phénomènes qui précèdent les pyrexies, tantôt dans celui des symptômes que l'on a désignés sous le nom de fièvre syphilitique.

Quoi qu'il en soit, l'éruption se manifeste par de petites taches rouges, séparées les unes des autres par des intervalles en générai assez éloignés , disparaissant sous la pression du doigt; au milieu de ces taches apparaît bientôt un soulèvement de Fépiderme par de la sérosité transparente; la vésicule s'aceroit pendant deux à trois jours, et alors la varicelle est con-

62 AFFECTIONS GENERIQUES.

stituée par des vésicules hémisphériques, non ombiliquées, transparentes, de 3 à 5 millimètres de diamètre, et entourées d'une aréole rose ou rouge.

Bientôt la sérosité se trouble, devient louche, voire même purulente, et se concrète après l'ouverture de la vésicule en une croûte jaunâtre, grisâtre, ou noirâtre, qui se dessèche, tombe et ne tarde pas à disparaître, laissant une tache rouge qui s'efface elle-même peu à peu (V. fébrile), ou une maculature lente à s'évanouir (V. syphilitique).

L'éruption débute, en général, par les parties supérieures du corps, le tronc et la face, et s'étend de là aux autres régions, et quelquefois même aux muqueuses, telles que la voûte palatine, le voile du palais, les conjonctives, le gland, etc. L'éruption étant ainsi successive, on peut observer sur le même malade toutes ses phases.

Les phénomènes prodromiques cessent ordinairement dès l'apparition de l'éruption.

Diagnostic. — Par les caractères précédents, la varicelle se différencie de la variole, caractérisée à sa période d'état par une pustule ; du pemphigus, constitué par des bulles ; de la miliaire, dont les vésicules sont plus petites, plus rapprochées et plus abondantes ; des sudamina, qui ne sont pour ainsi dire que des granulations vésiculeuses, transparentes, souvent difficiles à apercevoir.

Pronostic. — Envisagée comme affection générique, la varicelle est une affection bénigne ; mais si Ton envisage sa na* ture, le pronostic devient plus grave pour l'une de ses espèces (V. syphilitique).

Êtiotogie. — Il n'existe pas de varicelle de cause externe.

La varicelle de cause interne est exanthématique ou syphilitique ; elle constitue donc une manifestation d'une pyrexie ou d'une maladie constitutionnelle.

Traitement. — Le genre ne donne naissance à aucune indication importante. Il n'en est pas de même des espèces, et principalement de l'espèce syphilitique qui réclame un traitement spécifique.

AFFECTIONS BULLEUSES

Définition. — On désigne sous le nom de pemphigus une affection caractérisée à sa période d'état par des bulles , d'un volume variable de celui d'un petit pois à celui d'une grosse noix, remplies par un liquide séreux, qui, après la rupture des bulles, se concrète en croûtes foliacées, laissant après elles des excoriations superficielles, ou de simples macules.

Symptomatologie. — Le pemphigus est précédé de prodromes variables, suivant qu'il revêt une marche aiguë" ou une marche chronique; dans le premier cas, ils sont les mêmes que ceux qui marquent le début des fièvres éruptives, et précèdent l'éruption de vingt-quatre à quarante-huit heures (fièvre pemphigoïde'/; dans le second, ils consistent dans de la tristesse, de l'abattement, de la lassitude, des migraines, de la dyspepsie, de la diarrhée, de l'amaigrissement, etc.; ces phénomènes peuvent apparaître longtemps avant l'éruption (pemphigus chronique).

Quoi qu'il en soit le malade éprouve , au niveau des points qui doivent être le siège de l'éruption, du prurit , des picotements ou des élancements ; ensuite apparaissent des taches d'un rouge plus ou moins foncé, quelquefois violacées, arrondies ou ovalaires, légèrement proéminentes, séparées par des intervalles de peau saine, mais se réunissant quelquefois et formant alors de larges surfaces érysipélateuses.

Au milieu de chacune de ces taches, l'épiderme est soulevé par de la sérosité , et bientôt existe une bulle entourée d'une auréole rouge ; quelquefois le soulèvement de l'épiderme occupe toute la tache , et il n'existe pas d'aréole circonférencielle. La bulle , arrivée à son maximum de développement , présente un volume variable de celui d'un petit

64 AFFECTIONS GENERIQUES.

pois à ceiui d'une noisette, d'une noix, d'un œuf de poule ou d'autruche; elle est distendue par un liquide limpide et transparent, contenant une grande quantité d'albumine, et se coagulant par la chaleur et les acides minéraux. Après une durée de quelques heures à deux ou trois jours, ou la bulle se flétrit, s'affaisse et forme une poche pendante vers les points déclives et remplie de liquide devenu lactescent; ou elle se rompt par le fait de la distension, par celui du frottement des linges ou du grattage.

Après la rupture des bulles, on observe des surfaces rouges, légèrement excoriées et douloureuses, pouvant exhaler pendant un certain temps encore de la sérosité, mais perdant rapidement leur caractère humide et se recouvrant de lamelles minces, larges, foliacées, peu adhérentes, d'un gris jaunâtre ou verdâtre, se produisant avec une abondance extraordinaire et en grande partie formées de débris épidermiques. Les surfaces excoriées fournissent quelquefois des gouttelettes de pus qui se dessèchent et forment des croûtes épaisses, brunâtres et assez semblables à celles de l'impétigo.

Après la chute des lamelles ou des croûtes, on observe des maculatures d'un rouge obscur au niveau desquelles se produit encore, pendant quelques jours, une exfoliation épidermique qui finit par disparaître sans laisser aucune trace.

Les malades affectés de pemphigus éprouvent ordinairement sur tous les points malades une sensation de prurit et de brûlure, sensation intolérable si l'éruption est généralisée ; c'est principalement après la rupture des bulles, et au moment où le derme est mis à nu, que le malade ressent une vive cuisson s'éteignant peu à peu à mesure que la dessiccation s'opère. La douleur varie d'ailleurs suivant la nature du pemphigus : lancinante dans l'arthritis, elle est prurigineuse dans l'herpétis.

L'existence de bulles pemphigoïdes sur la peau entrave naturellement ses fonctions ; elle est sèche et brûlante au début, halitueuse et couverte de sueurs à son déclin.

On observe quelquefois l'engorgement des ganglions qui reçoivent les lymphatiques des parties affectées.

Les bulles de pemphigus peuvent exister sur tous les points de la peau : on les observe principalement sur les membres abdominaux et particulièrement sur les jambes, souvent aussi sur les membres supérieurs et le tronc, et rarement à la plante des pieds, à la pauine des mains, sur le cuir chevelu et les parties génitales. Quelquefois il n'existe qu'une seule et volumineuse bulle (pompholix solitarius) ; dans d'autres circonstances, l'éruption occupe toute la surface de la peau. Entre ces deux extrêmes se placent tous les intermédiaires.

On constate quelquefois l'existence des bulles pemphigoïdes sur les muqueuses extérieures, c'est-à-dire sur celles de la bouche, du voile du palais, du pharynx, du vagin et du col de l'utérus; M. Bazin n'en a jamais observé sur les muqueuses profondes; mais des pièces ont été présentées à la Société anatoihique qui tendraient à faire croire à l'existence de bulles pemphigoïdes à la surface de la muqueuse intestinale.

L'éruption bulleuse est simultanée ou successive; dans le premier cas, toutes les bulles de la surface cutanée se développent en même temps et évoluent ensemble; dans le second, le pemphigus se prolonge par des poussées successives, de sorte que Ton peut voir sur un seul individu toutes les phases de l'évolution des bulles pemphigoïdes. Les poussées ont lieu à des intervalles variables, tantôt tous les jours, tantôt tous les huit ou dix jours. Chacune d'elles se compose d'un nombre variable de bulles, dix, vingt, cinquante et plus, disséminées ou réunies sur un même point.

En outre de ces phénomènes locaux existent des phénomènes généraux : si le pemphigus est aigu ou subaigu, les symptômes prodromiques cessent à peu près complètement dès l'apparition de l'éruption, et l'on ne constate que quelques troubles diges* tifs. Dans des cas excessivement rares, toutefois, on note des phénomènes adynamiques et ataxiques. Lorsque le pemphigus aigu est caractérisé par des poussées successives, chaque poussée est, en général, accompagnée d'un léger mouvement fébrile. Si le pemphigus est chronique, on constate, outre la sécrétion séreuse qui donne naissance aux bulles, des sueurs conti-

6b AFFECTIONS GENERIQUES.

nuelles, de la diarrhée qui, de passagère ne tarde pas à devenir permanente, des vomissements quelquefois incoercibles, des hydropisies du tissu cellulaire ou des séreuses splanchniques, et un amaigrissement considérable qu'explique suffisamment l'ensemble des phénomènes précédents.

Enfin, on a observé la suppression subite de l'éruption et l'apparition de phénomènes plus ou moins graves, quelquefois même mortels.

Marche, durée, terminaison» — Il existe une telle différence, au point de vue de la marche et de la terminaison, entre le pemphigus aigu et le pemphigus chronique, que M. Bazin a proposé de conserver le nom de pemphigus pour l'affection huileuse aiguë et celui de pompholix pour l'affection bttlleuse chronique.

En effet, le pemphigus aigu simple constitue une affection bénigne dont la durée peut ne pas dépasser deux à trois septénaires, s'il n'existe qu'une seule poussée huileuse; au contraire, le pemphigus chronique ou pompholix est une des affections les plus graves et se termine habituellement par la mort. Il se caractérise par des poussées éruptives séparées d'abord les unes des autres par des intervalles de huit à dix jours, mais se rapprochant de plus en plus et se reproduisant, à la fin de la maladie, toutes les vingt- quatre heures.

On constate quelquefois des rémissions, la peau ne présente plus de bulles ni de squames; elle reprend son aspect normal et le malade renaît à l'espoir; mais bientôt une nouvelle poussée a heu et les téguments sont de nouveau couverts de bulles et de squames.

Complications. — Les exulcérations consécutives aux bulles peuvent être frappées de gangrène; cette lésion «'observerait assez fréquemment dans le pemphigus d'Irlande.

On peut aussi voir survenir dans le cours du pemphigus des érysipèles, des angioleucites, des abcès dermiques, des éruptions ecthymatiques et furonculaires, etc.

Nous avons signalé l'existence d'hydropisies au décours de 'affection; notons encore les inflammations gastro -intestinales

et génito-urinaires, les eschares du sacrum, la bronchite aiguë et la pneumonie, qui présentent alors une gravité toute spéciale.

Anatomie pathologique. — Pour M. Gintrac, la bulle de pemphigus est due moins à une inflammation qu'à un flux, et l'intensité de celle-là n'est pas en rapport avec l'abondance de celui-ci.

Pour Niemeyer, l'éruption est une dermite bulleuse.

Enfin, M. Bazin rapproche la bulle pemphigoïde de celle qui est produite par un emplâtre vésicant ou de l'eau bouillante ; or, dans ces deux cas il existe une légère inflammation de la peau avec exsudation séreuse.

Diagnostic. — A l'état bulleux, le pemphigus peut être confondu avec le rupia, l'ecthyma, l'hydroa bulleux, la varicelle.

Mais le rupia est caractérisé par une pustule dont le liquide se dessèche, forme une croûte épaisse autour de laquelle l'épiderme est soulevé par de la sérosité qui se dessèche elle-même, et forme une nouvelle croûte autour de laquelle a lieu un nouveau soulèvement épidermique qui se comporte comme le précédent, et ainsi de suite; en sorte que la croûte définitive a l'aspect d'une écaille d'huître .

L'ecthyma est caractérisé par une pustule enflammée à sa base et dont le liquide se concrète en une croûte dure et proéminente; la bulle est au contraire l'élément primitif du pemphigus.

L'hydroa bulleux est caractérisé par des bulles dont le volume ne dépasse pas celui d'un pois et est inégal, qui ne sont pas répandues sur toute la surface du corps, mais sont limitées à des régions circonscrites.

Enfin, dans la varicelle on observe de grosses vésicules, mais non des bulles.

Lorsque l'éruption du pemphigus est caractérisée par des croûtes ou des lamelles foliacées, elle peut être confondue avec l'eczéma, l'impétigo et le pityriasis rubra aigu.

Mais l'eczéma est. caractérisé par de petites vésicules éphémères, se crevant après vingt-quatre ou trente-six heures d'existence, et laissant une surface exulcérée et exhalant un

liquide plastique qui se concrète en squames humides et jaunâtres. Dans le pemphigus, il est rare que Ton ne puisse observer quelques bulles ou leurs vestiges; l'éruption couvre toute la surface du corps, fait bien rare pour l'eczéma; enfin les squames sont minces, sèches, foliacées et peu adhérentes. Les commémoratifs seront aussi très-utiles au diagnostic.

L'impétigo se différencie du pemphigus par l'existence de pustules dont le liquide se concrète et forme des croûtes épaisses et jaunâtres; d'ailleurs, l'éruption est toujours limitée.

Enfin, nous pensons que le pemphigus ne sera confondu avec le pityriasis rubra aigu que par un médecin peu exercé au diagnostic des affections de la peau. (Voyez pityriasis.)

Etiologie. — Il existe un pemphigus de cause externe et un pemphigus de cause interne.

Le pemphigus de cause externe est provoqué directement ou indirectement (pathogénétique).

Il est provoqué directement, lorsqu'il survient après l'application sur la peau d'ammoniaque, d'eau bouillante, de poudre de cantharides, d'écorce de garou, etc. , ou à la suite de fortes pressions et de contacts rudes (P. professionnel), ou enfin consécutivement à la morsure de certains serpents (P. brasiliensis).

Il est pathogénétique , lorsqu'il est dû à une mauvaise alimentation, à l'usage de certains fromages, d'eau-de-vie de blé, d'arsenic, etc.

Le pemphigus de cause interne constitue quelquefois une affection pseudo-exanthématique idiopathique , survenant pendant les chaleurs de l'été, dans la jeunesse et l'âge adulte; ou bien il apparaît dans le cours des fièvres graves , de la pneumonie, du rhumatisme (P. fébrile), et constitue tantôt un phénomène d'une signification grave , parce qu'il dénote une atteinte profonde des forces de l'organisme, tantôt un symptôme heureux coïncidant avec la cessation de douleurs vives qui avaient résisté aux moyens les plus divers (P. critique. — observation de Gilibert).

Enfin, il peut être une manifestation de Tarthritis , de l'herpétis, de la syphilis ou de la lèpre.

Causes du pemphigus.

Pemphigus | Provoqué j Produit par les vésicants, les frotte-

de < direct. | tements, les morsures de serpents,

cause externe. I Pathogénétique. | Mauvaise alimentation.

IPseudo-exan thématique • Symptomatique d'une fièvre.

Arthritique.

Herpétique.

Syphilitique.

Lépreux.

Pronostic. —Favorable pour la forme aiguë ou subaiguë, qui se termine dans l'espace de quelques semaines, le pronostic est grave pour la forme chronique. Toutefois, le pemphigus arthritique nous paraît empreint d'une gravité moins grande que le pemphigus herpétique qui se termine, pour ainsi dire, infailliblement par la mort.

L'existence de la gangrène au niveau des bulles est une condition défavorable et qui aggrave le pronostic. Il en est de même lorsque les poussées se reproduisent à de courts intervalles , et que les bulles couvrent toute la surface du corps, lorsque la diarrhée survient, etc.

Traitement. — Le pemphigus aigu disparait, pour ainsi dire, spontanément, et n'exige que des tisanes acidulés et des laxatifs s'il existe de l'embarras gastrique. On pourra aussi piquer les bulles pour donner issue à la sérosité qu'elles contiennent, en ayant soin de ne pas enlever l'épiderme et de saupoudrer les parties malades de poudre d'amidon, de lycopode ou de vieux bois.

Dans le pemphigus chronique, on piquera les bulles connue dans le cas précédent, on les saupoudrera de poudres émollientes ou astringentes, et si les démangeaisons sont vives, on conseillera les lotions saturnées. Les bains ne doivent être ordonnés qu'avec beaucoup de réserve; ils congestionnent la peau et provoquent ainsi L'apparition de nouvelles bulles.

Une bonne alimentation, du quinquina, des ferrugineux, les toniques, en un mot, seront associés aux moyens locaux; et si la diarrhée existe, on prescrira le sous nitrate de bismuth , les opiacés, le diascordium, etc.

Enfin il faudra tenir compte de la nature de l'affection, et donner les antiarthritiques, les antiherpétiques, les antisyphilitiques et les médicaments recommandés contre la lèpre, suivant que le pemphigus est arthritique, dartreux, syphilitique ou lépreux.

RUPIA.

Définition. — On désigne sous le nom de rupia une affection de la peau en voie d'évolution, caractérisée à sa période d'état par de larges pustules phlyzaciées, dont le liquide se concrète rapidement en une croûte épaisse et noirâtre, autour de laquelle se produit un soulèvement de Tépiderme par de la sérosité, qui se concrète à son tour en une croûte autour de laquelle se fait un nouveau soulèvement bulleux, et ainsi de suite.

Le rupia est donc caractérisé, en définitive, par une pustulobulle, et constitue un genre qui, par sa lésion élémentaire, se place entre le pemphigus et Fecthyma, l'impétigo, etc.

Symptomatobgie. — La pustulo-bulle de rupia est précédée par une tache arrondie, violacée, légèrement saillante, et au niveau de laquelle l'épiderme est soulevé par un liquide àéropurulent qui se concrète, vingt-quatre ou trente-six heures après son apparition, en une croûte rugueuse , brunâtre et épaisse, entourée d'une auréole plus ou moins foncée, dont Té- . piderme est soulevé à son tour par de la sérosité qui se concrète, forme une croûte périphérique à la première, entourée aussi d'une auréole violacée, siège d'un nouveau soulèvement bulleux qui suit la même évolution, et ainsi de suite. Delà sorte plusieurs zones huileuses se forment à la circonférence de la croûte centrale et primitive, et cette évolution dure quatre à cinq jours.

La croûte centrale est quelquefois peu volumineuse, peu sait

RUPIA. 71

lante au-dessus des parties environnantes; autour d'elle se forment un petit nombre de soulèvements bulleux, et elle tombe spontanément au bout de quelques jours , ne laissant qu'une maculature d'un rouge plus ou moins foncé ou une exulcération qui ne tarde pas à se cicatriser. C'est le rupia simplex.

Dans d'autres circonstances, la croûte centrale devient de plus en plus volumineuse et saillante par la production continue, à sa face profonde, d'un liquide purulent se concrétant et formant une croûte qui repousse la première et l'entoure à sa base. Alors, le rupia se présente à sa période d'état, c'est-à-dire lorsque le soulèvement bulleux périphérique a eu lieu, sous la forme d'une saillie croûteuse conique, composée de couches superposées et concentriques, s'étageant de la base au sommet et figurant une écaille d'huître. C'est là le rupia proéminent.

Cette croûte persiste quelquefois pendant un temps fort long, et, après sa chute , on constate l'existence d'une ulcération circulaire, assez profonde, dont les bords sont tuméfiés et livides, le fond blafard et baigné d'un liquide sanieux qui, en se concrétant, forme une croûte nouvelle.

A. un moment donné, le fond se déterge et des bourgeons charnus se produisent, la cicatrisation a lieu, et l'on constate, comme stigmate indélébile de l'existence antécédente du rupia, une cicatrice plane et blanche (R. syphilitique), ou rougeâtre, bridé et saillant (R. scrofuleux).

C'est aux jambes et aux cuisses que l'on observe principale* ment le rupia ; il existe moins souvent aux membres thoraciques, au cou, aux lombes, aux fesses, etc.

En général, les pustulo-bulles de rupia sont discrètes, séparées les unes des autres par des intervalles assez considérables, et successives dans leurs évolutions ; de sorte que l'on peut observer sur un même malade toutes les phases de l'éruption.

Marche, durée, terminaison. — Le rupia est une affection essentiellement chronique, dont la durée varie de quelques septénaires à des mois et des années, et qui se termine habituellement par la guérison. Il est vrai que celle-ci se fait quelquefois longtemps attendre.

72 AFFECTIONS GENERIQUES.

Diagnostic. — Le pemphigus et l'ecthyma peuvent ète confondus avec le rupia.

Mais le pemphigus est caractérisé par une bulle remplie de sérosité limpide ; les croûtes qui résultent de la dessication du liquide sont minces, foliacées, lamelleuses; et lorsqu'elles se détachent, elles ne laissent au-dessous d'elles qu'une surface rouge, ou une exulcération légère non suivie de cicatrice : tous caractères que l'on ne retrouve pas dans le rupia.

Il est plus difficile de différencier le rupia de l'ecthyma. Cependant l'ecthyma est caractérisé par une pustule et le rupia par une pustulo-bulle; d'autre part, la croûte de l'ecthyma est moins large, moins saillante, ne présente pas la forme spéciale de celle du rupia, et est entourée d'un cercle d'induration inflammatoire ; enfin, après la chute de la croûte ecthymatique, existe une ulcération légère, et nullement profonde comme celle du rupia.

Pronostic. — Envisagé même au seul point de vue d'une affection générique, le rupia est une affection sérieuse à cause de sa durée, des croûtes noirâtres et informes qu'elle présente, des cicatrices qu'elle laisse à sa suite ; mais elle est surtout grave s'il s'agit d'un rupia scrofuleux ou syphilitique.

Etiologie. — M. Bazin admet un rupia de cause externe et un rupia de cause interne.

On peut, jusqu'à un certain point, considérer comme un rupia de cause externe la lésion qui survient après l'application d'huile de noix d'acajou sur les téguments (bulles remplies de sérosité purulente et laissant après leur rupture une ulcération sécrétant un liquide qui se concrète en une croûte épaisse). Toutefois, cette lésion ne rappelle qu'imparfaitement la pùstulo-bulle du rupia.

Le rupia de cause interne est scrofuleux ou syphilitique.

Causes du rupia.

Rupia j Provociué J Par rhuile de noix d . acajou .

de cause externe. | direct. | - -

Rupia ( Scrofuleux

de cause interne. j Syphilitique

ECTHYMA. 73

Traitement. - Envisagé comme affection générique, le rupia donne lieu aux indications suivantes : au début, on ouvrira les bulles et on donnera issue au liquide qu'elles contiennent ; à la période suivante, c'est-à-dire lorsque la croûte est formée, 011 la respectera, à moins qu'elle ne soit une cause d'irritation ; à la période ulcéreuse, le traitement de l'ulcère variera suivant l'aspect spécial qu'il présente : s'il est le siège d'un état inflammatoire et s'il est douloureux, on conseillera les bains, les lotions émollientes, des cataplasmes, etc.; ultérieurement , on aura recours aux lotions excitantes et astringentes, au vin aromatique, à la solution ferrugineuse , à celle de coaltar saponiné (1 partie de coaltar pour 3 d'eau), aux pansements avec de, la charpie imbibée de la solution de coaltar et répétés trois ou quatre fois par jour, ou avec un linge enduit de cérat saturné, de pommade au sulfate de fer ou de zinc, etc.

Enfin, il est quelquefois utile de réveiller la vitalité de la surface ulcérée à l'aide d'une cautérisation plus ou moins énergique.

D'autre part, on joindra à ce traitement local un traitement général basé sur l'état du malade et l'espèce du rupia.

AFFECTIONS PUSTULEUSES.

DE i/ECTHYMA.

Définition. — On désigne sous le nom d'ecthyma une affection caractérisée , à sa période d'état, par des pustules phlyzaciées, larges, arrondies, discrètes, dont la base est dure et enflammée, et dont le liquide se concrète en une croûte brunâtre, épaisse, laissant après sa chute une simple maculature ou une cicatrice indélébile.

Symptomatologie. — L'ecthyma est caractérisé par une tache rosée ou rouge, arrondie ou ovalaire, dont Tépiderme est bientôt soulevé par un liquide séreux d'abord, bientôt opaque et purulent ; alors existe une pustule convexe ou déprimée au

74 AFFECTIONS GENERIQUES.

centre comme une pustule variolique, d'un volume variable de celui d'une lentille à celui d'une pièce de 1 franc , entourée d'une auréole rouge et qui ne tarde pas à s'affaisser et à se fié* trir ou à se déchirer; lorsqu'elle se rompt, une partie du liquide se concrète et forme une croûte brunâtre ou noirâtre, adhérente et comme enchâssée dans le tissu de la peau , entourée de l'auréole précédemment décrite mais plus pâle.

A la chute de cette croûte, on observe une exulcération ou un véritable ulcère du derme, siège d'une suppuration plus ou moins abondante qui donne naissance à de nouvelles croûtes; et ainsi la lésion peut se perpétuer pendant un long espace de temps.

A un moment donné, le fond de l'ulcère devient rose, se couvre de bourgeons charnus, fournit une quantité de pus moins considérable, et partant, ne donne lieu qu'à des croûtes peu épaisses dont les dimensions diminuent de plus en plus et qui, un jour donné, ne laissent au-dessous d'elles qu'une simple maculature s'il n'a existé qu'une exulcération, ou une véritable cicatrice plus ou moins déprimée s'il a existé un véri* table ulcère.

L'ecthyma est rare à la face et au cuir chevelu ; on l'observe le plus ordinairement aux épaules, ^u cou, sur les membres, les fesses, la poitrine, etc. Limité à une région dans la plupart des cas, il est cependant quelquefois généralisé. (E. infantile.)

Les pustules, généralement discrètes, sont quelquefois réunies les unes à côté des autres.

Le malade éprouve habituellement, au niveau des pustules, une sensation de tension, de chaleur et de cuisson, des élancements même, tous phénomènes qui disparaissent lors de la formation des croûtes.

Quelquefois l'inflammation dermique se propage au tissu cellulaire sous-cutané, aux vaisseaux et ganglions lymphatiques.

L'état général plus ou moins cachectique que l'on constate quelquefois simultanément avec l'echtyma dépend, non de l'éruption, mais de la maladie dont l'ecthyma est l'effet.

ECTHYMA. 75

Marche, durée, terminaison. — L'ecthyma est aigu ou chronique; aigu, il dure de un à trois septénaires, et tantôt toutes les pustules apparaissent et subissent simultanément leur évolution, tantôt on observe plusieurs poussées éruptives; chronique, il est ordinairement successif, se reproduit à des intervalles plus ou moins rapprochés, et peut ainsi persister des mois et des années.

Nous avons vu que la pustule d'ecthyma laissait à sa suite une ulcération plus ou moins profonde; quelquefois ces ulcérations sécrètent un liquide sanieux qui se concrète difficilement, et présentent une résistance très-grande à nos moyens thérapeutiques.

Dans d'autres circonstances, le fond de l'ulcération et les parties environnantes se gangrènent et se transforment en une eschare grisâtre ou noirâtre, le plus souvent humide et imprégnée de sanie sanguinolente, qui laisse après sa chute une perte de substance plus ou mois grande.

A natomie pathologique. — Les pustules d'ecthyma sont dues à une inflammation circonscrite de la partie superficielle du derme; quelquefois l'inflammation gagne la partie profonde du derme, et alors existent des ulcérations qui laissent, comme stigmates de leur existence, des cicatrices, la perte de substance ayant été comblée par du tissu conjonctif rétractile.

Diagnostic. — L'ecthyma pourrait être confondu avec l'impétigo; mais, dans cette dernière affection, les pustules sont moins larges, groupées et non disséminées; les croûtes sont jaunâtres, et non brunâtres et noirâtres.

L'acné pustuleuse siège principalement à la face et à la poitrine, et est caractérisée par des saillies coniques, enflammées et indurées à leur base, purulentes à leur sommet.

La mentagre occupe exclusivement les parties velues, et en particulier la faôé, est caractérisée par des pustules groupées, traversées par un poil à leur centre, entourées, à une certaine période, d'indurations profondes, etc. *

Nous avons établi le diagnostic différentiel de l'ecthyma et du rupia.

76 AFFECTIONS GENERIQUES.

Pronostic. — Envisagé comme affection générique, l'ecthyma ne constitue pas une affection grave; toutefois, l'existence d'ulcérations à fond sanieux ou compliquées de gangrène, la propagation de l'inflammation aux vaisseaux et aux ganglions lymphatiques, l'état cachectique du malade, etc., seront autant de conditions qui influenceront défavorablement le pronostic.

Enfin, c'est en tenant compte de l'espèce d'ecthyma que présente le malade que l'on obtiendra les plus grands indices pronostiques.

Etiologie. — Nous admettons un ecthyma de cause externe et un ecthyma de cause interne.

L'ecthyma de cause externe est provoqué direct ou pathogénétique; l'ecthyma provoqué direct est consécutif à l'action de substances, de pommades irritantes, etc. ; aussi l'observe-t-on chez les ouvriers qui manient des substances acres, chez les épiciers, les teinturiers, les apprèteurs de couleurs, les mégissiers, les pelletiers, les chapeliers, etc. (E. professionnel.)

Il apparaît aussi après les frictions sur la peau avec de la pommade stibiée, ou chez les personnes qui présentent un érythème par décubitus prolongé.

Enfin la pustule d'ecthyma est une des lésions symptomatiques de la gale. (E. parasitaire.)

L'ecthyma pathogénétique est dû à une mauvaise nourriture ou à l'ingestion de préparations arsenicales. La première variété s'observe fréquemment chez les enfants mal nourris ou allaités par une mauvaise nourrice.

L'ecthyma de cause interne est symptomatique de certaines maladies fébriles, de la rougeole, de la scarlatine, et surtout de la variole; il constitue tantôt un simple épiphénomène, tantôt une crise. (E. critique.)

Il est aussi une manifestation de la syphilis, de la scrofule, et même, mais plus rarement, de l'arthritis et de l'herpétis.

Ecthyma de cause externe.

ECTHYMA. 77

Causes de V ecthyma.

Provoqué j Dû aux irritants, au tartre stibié.

direct. < Symptomatiquc de la gale (E. parasitaire).

Pathogène- i Dû à une mauvaise alimentation ou à

tique. \ l'ingestion de l'arsenic, des alcalins.

Symptomatique ( y ari ° le ;

^ ' Scarlatine.

Ecthyma de cause interne.

des maladies aiguës. | Maladies fébriles.

-, ...... | Superficiel.

Syphiht iq ue. j pr £ fond

Scrofuleux, — sorofulide -maligne eothymatiforme.

Arthritique.

Herpétique.

Traitement. — Envisagé comme affection générique, l'ecthyma donne lieu aux considérations suivantes : est-il aigu, on fera saupoudrer les parties malades de poudre de riz, et on n'emploiera les cataplasmes de fécule que s'il existe une inflammation assez vive autour de la pustule. On conseillera ensuite les boissons rafraîchissantes, un régime doux, un ou plusieurs purgatifs salins.

Est-il chronique et existe-t-il des croûtes, on les respectera et on proscrira les bains, les lotions émollientes et les cataplasmes qui ramollissent les tissus déjà atoniques et favorisent l'agrandissement des ulcères; on emploiera seulement des poudres astringentes et excitantes, telles que la poudre de tan, de quinquina, de calomel, etc. N

Si les croûtes tombent spontanément ou accidentellement, et si la surface de l'ulcère est mise à nu, on pourra faire usage des mêmes poudres et, dans le cas d'insuccès, on aura recours aux lotions excitantes que nous avons prescrites pour le rupia, et aux pansements avec l'onguent styrax, l'onguent digestif, le cérat saturné, des boulettes de charpie imbibées d'une solution de coaltar saponiné, etc., et même à de légères cautérisations avec le nitrate d'argent.

Enfin, en outre du traitement imposé par l'affection générique, on prescrira un traitement variable , suivant l'espèce présentée par le malade.

DE L'IMPÉTIGO.

Définition. — L'impétigo est une affection cutanée caractérisée par la présence de pustules psydraciées, ordinairement agglomérées, de courte durée, et dont le liquide se concrète en croûtep jaunes, verdâtres ou brunâtres, plus ou moins épaisses et rugueuses.

Symptomatologie. — ? Précédée ou non de symptômes généraux, tels que léger malaise, céphalalgie, troubles digestifs, assitude dans les membres, etc., l'éruption est souvent caractérisée dès son apparition par des taches rouges, irrégulières, isolées ou réunies, et au niveau desquelles le malade éprouve une ardeur incommode et un prurit parfois très-intense.

Sur ces taches apparaissent de petites pustules psydraciées, ordinairement très-nombreuses, tantôt éparses et disséminées sur de grandes sections de la surface cutanée (impétigo sparsa), tantôt, et le plus souvent, concentrées sur un petit espace et réunies en groupes plus ou moins étendus (impétigo figurât a). Ces pustules font une légère saillie au-dessus du niveau des parties environnantes, sont quelquefois si ténues qu'il faut, pour les apercevoir, une certaine attention, atteignent, dans d'autres cas, le volume d'un petit pois, volume qu'elles dépassent rarement.

Toutes contiennent, dès leur début, un liquide louche qui devient en quelques heures complètement opaque et purulent et présente Un grand nombre de leucocythes.

Les pustules d'impétigo n'ont qu'une durée éphémère; après deul à trois jours au plus, elles se rompent et laissent échapper au dehors uil liquide jaunâtre qui se dessédhe et se Convertit en une croûte molle, presque fluide, d'un jaune doré rappelant la couleur du miel (melitagra flavescens, d'Alibert) ou de la marmelade d'abricots, d'une teinte verdâtre analogue à celle de mousses végétales, ou brunâtre comme l'écorce rugueuse de certains arbres (impétigo scabida) .

Au-dessous des croûtes se trouve ensuite exhalé un liquide

IMPETIGO. 79

semblable à celui des pustules, repoussant les croûtes primitivement formées, s'insinuant à travers leurs interstices et se concrétant enfin lui-même. Les premières croûtes sont ainsi entraînées et éloignées sans cesse de la surface cutanée et éprouvent des modifications dans leur forme, leur épaisseur, leur coloration, leur consistance, etc., jusqu'à leur expulsion définitive.

Si les croûtes se détachent, à cette période, spontanément, ou sous l'influence, d'applications topiques, ou de grattages, on tt ouve au-dessous d'elles une surface rouge, exulcérée, d'où Ton voit sourdre un liquide purulent ou séro-purulerft ; puis de nouvelles croûtes se reproduisent avec les mêmes caractères que celles qui les ont précédées, et subissent la même série de transformations successives. Lorsque l'impétigo existe chez un enfant qui, ennuyé par les tiraillements qu'exercent les croûtes, se gratte incessamment, les surfaces irritées sont le siège d'un écoulement sanguin qui se mêle au liquide séro-purulent, et de là résultent des croûtes noirâtres plus ou moins épaisses ; alors la physionomie de l'éruption est tout à fait dénaturée, et si cette éruption siège à la face, le malade présente un aspect tout à fait repoussant.

Sur les limites de la partie malade existent habituellement des pustules disséminées qui rappellent la forme de l'élément primitif*

La durée de la deuxième période ou d'exhalation à la surface exulcérée de la peau se prolonge pendant des mois et même des années ; lorsque la guérison survient, l'exhalation diminue, les croûtes sont moins épaisses , et enfin tombent pour ne plus se reproduire , laissant simplement à leur place des taches rougeâtres ou maculatives , qui disparaissent à leur tour sans laisser aucun vestige cicatriciel.

Le plus ordinairement la résolution commence par la périphérie des plaques , mais quelquefois c'est l'ordre inverse que l'on observe.

Il n'est pas rare de constater des recrudescences de l'affection au moment où tout faisait espérer une guérison prochaine.

80 AFFECTIONS GENERIQUES,

Alors réapparaissent tous les phénomènes des premières périodes. Les causes les plus légères suffisent pour produire cet effet.

Dans une forme grave (I. rodeus), au-dessous des croûtes se creusent des ulcérations rebelles, toujours suivies de cicatrices indélébiles. Il s'agit alors d'une affection spéciale , de nature scrofuleuse ou syphilitique.

L'impétigo sp3rsa occupe de préférence les extrémités et surtout les extrémités inférieuçes, et est quelquefois répandu sur toute la surface du corps. L'impétigo figurata occupe principalement la face et le cuir chevelu.

Marche, durée, terminaison. — L'impétigo est aigu ou chronique : aigu, il dure deux à quatre septénaires; chronique, il se prolonge pendant des mois et des années.

L'impétigo alterne souvent avec l'eczéma , et il n'est pas rare d'observer des récidives causées, en général , par la malpropreté, des soins mal entendus, un mauvais régime, etc.

Il se termine habituellement par la guérison; toutefois, lorsqu'il existe chez un enfant âgé de quelques mois, et lorsqu'il couvre toute la surface du corps , il a une certaine gravité et peut même déterminer la mort.

Anatomie pathologique. — Les pustules d'impétigo sont dues à des inflammations circonscrites du réseau superficiel du derme (corps papillaire); sous l'influence de cette inflammation se produit une exsudation séreuse d'abord, mais bientôt purulente.

Diagnostic. — L'impétigo peut être confondu avec l'eczéma, l'herpès, l'hydroa, l'acné pustuleuse, l'ecthyma et la mentagre.

M. Hardy a considéré l'impétigo comme une simple variété de l'eczéma; mais nous pensons avec M. Bazin que le genre impétigo se distingue du genre eczéma :

1° Par son élément initial, qui est une vésico -pustule d'emblée purulente, tandis que l'eczéma débute par des vésicules remplies d'une sérosité transparente ;

2° Par ses croûtes , qui sont épaisses, jaunâtres, rugueuses, /

IMPÉTIGO. 81

inégales , tanrlis que l'eczéma, même dans sa forme impétiginode, ne donne lieu qu'à des squames minces , molles , plus larges que saillantes ;

3° Par son étendue, généralement moins considérable, et par sa marche plus rapide, et sa durée plus courte ;

4° Enfin, par son pronostic, qui est généralement moins sérieux; il récidive moins fréquemment que l'eczéma, et les cas de répercussion sont encore à démontrer.

Dans l'herpès, les vésicules sont globuleuses, transparentes, rapprochées par groupes sur des surfaces peu étendues, et leur volume s'accroît pendant plusieurs jours.

Dans la miliaire les vésicules sont petites, disséminées , et la sérosité lactescente qui les remplit se concrète en petites écailles et non en croûtes épaisses.

Les pustules d'ecthyma sont plus volumineuses, plus larges que celles de l'impétigo; elles sont discrètes, isolées les unes des autres, entourées d'une auréole vive, et donnent lieu, après leur rupture , à une croûte épaisse, brunâtre et comme enchâssée dans la peau.

La mentagre pustuleuse a son siège de prédilection à la face, est caractérisée par des pustules plus grandes, plus élevées que celles de l'impétigo, traversées à leur partie centrale par un poil, ne donnant lieu qu'à une exhalation peu abondante et entourées de noyaux d'induration profonde.

Je ne crois pas qu'un médecin un peu exercé puisse jamais confondre l'impétigo avec la variole.

Lorsqu'il existe des croûtes impétigineuses à" la tête, on pourrait songer au favus ; mais dans cette dernière affection les croûtes sont d'un jaune-soufre, sèches, exhalent une odeur spéciale, revêtent la forme d'un godet, sont traversées à leur centre par un poil décoloré, cassant, et à l'intérieur duquel on peut observer, à l'aide de l'examen microscopique, les spores de l'achorion Schœnleinii.

Quelquefois on observe des éruptions complexes caractérisées par des vésicules et des pustules. — Eczéma impétigineux qui participe -des caractères de l'impétigo et de l'eczéma. —

82 AFFECTIONS GENERIQUES.

Alors on n'a pas à faire le diagnostic du genre, mais seulement celui de la nature de l'affection, presque toujours scrofuleuse.

Pronostic. — L'impétigo, envisagé d'une manière générale, n'est pas une affection grave et ne présente aucun danger pour la vie. — Aigu, il guérit spontanément dans l'espace de deux à trois septénaires ; chronique , il peut sans doute persister pendant des mois et des années, mais cède, en définitive, à un certain moment à nos moyens thérapeutiques. On a remarqué que l'impétigo des membres inférieurs était, toutes choses égales d'ailleurs, plus tenace que l'impétigo des membres supérieurs.

Enfin, pour l'impétigo comme pour les autres affections, la question de nature domine complètement le pronostic.

Étiologie. — Il existe un impétigo de cause externe, et un impétigo de cause interne.

L'impétigo de cause externe est dû à la malpropreté, au contact de substances irritantes; aussi l'observe-t-on chez les épiciers, les fileuses de cocons de vers à soie (mal de ver ou de bassine), les individus qui manient la canne de Provence, ou les verts arsenicaux, etc.

Dans toutes ces conditions, l'élément impétigineux n'est souvent qu'accessoire ; quelquefois cependant il constitue le phénomène prédominant.

Cette espèce d'impétigo est aussi une complication fréquente des affections parasitaires : au début du favus et de la teigne tonsurante, dans le cours du favus , on observe souvent des pustules d'impétigo ; à la malpropreté et aux pédiculi est due la variété d'impétigo dite granulata; enfin la pustule impétigineuse s'observe fréquemment comme symptôme de la gale.

Il n'existe pas d'impétigo pathogénétique.

L'impétigo de cause interne est l'effet de la scrofule, de la syphilis et de l'herpétis.

IMPÉTIGO. 83

Causes de l'impétigo.

il Malpropreté.

Provoqué J Agents irritants.

de cause externe, j direct. j Parasites végétaux ou animaux (parasi- ( ( taire).

{Impétigo dartreux.

Impétigo scrofuleux. | ? r énm ' ( Malin ou rodens.

t u- u-vi- Bénin.

Impétigo syphilitique. { ,.

( Malin.

Traitement. — Envisagé comme affection générique, l'impétigo donne lieu aux considérations suivantes : au début, et s'il existe des phénomènes inflammatoires, on pourra conseiller la saignée générale ou locale, les purgatifs, les tisanes rafraîchissantes, et simultanément les cataplasmes de fécule, les lotions émollientes avec l'eau de guimauve, de son, de sureau, les bains. — Lorsque, sous l'influence de ce traitement, les phénomènes inflammatoires seront apaisés et les croûtes tombées, on saupoudrera lès parties malades de poudre d'amidon. Ces moyens sont suffisants pour l'impétigo aigu, mais ne conviennent pas à l'impétigo chronique. — On a conseillé, contre cette forme , les eaux et les bains sulfureux, et fréquemment les médecins envoient leurs malades aux eaux des Pyrénées, d'Erighien , de Saint-Gervais, etc. Bonne pour l'impétigo scrofuleux, cette médication est souvent nuisible dans les autres espèces, et encore faut-il, s'il s'agit d'un impétigo scrofuleux, ne l'employer qu'avec prudence.*

Dans l'impétigo chronique, on prescrit aussi les pommades au calomel, au tannin, les glycérolés de goudron ou de tannin, l'huile de cade mitigée par l'addition d'huile d'amandes doilces, ou des poudres excitantes, telles que la poudre de calomel, d'alun, de sublimé, pures ou mêlées à des poudres absorbantes.

Quelquefois, on est obligé de modifier les surfaces malados à l'aide d'une cautérisation plus ou moins énergique, ou de douches de vapeurs sulfureuses ou sulfuro-alcalines. Mais tous ces moyens ne doivent être employés qu'aved

beaucoup de ménagements , et l'habitude seule indiquera la mesure à garder.

Si l'impétigo siège sur une partie velue, il faudra faire couper les poils le plus près possible des croûtes, et s'il occupe des surfaces adossées Tune à l'autre, il convient de les séparer.

Enfin, chaque espèce d'impétigo exige un traitement général

spécial.

de l'acné.

M. Bazin désigne sous le nom A' acné toute affection de la peau caractérisée par une lésion ou un trouble fonctionnel des glandes sébacées ou des glandes annexes des poils.

Il existe donc deux classes d'acné; la première comprend les acnés dues à une lésion ou à un trouble fontionnel des glandes sébacées;

La seconde comprend les acnés dues à une lésion ou à un trouble fonctionnel des glandes annexes des poils.

Voici d'ailleurs le tableau des classes, ordres et espèces d'acné :

l re CLASSE, COMPRENANT LES ACNÉS CARACTÉRISÉES PAR UNE LÉSION DES GLANDES SÉBACÉES.

1er ordre .'Lésion de la glande et de ses conduits.

Acné conarestive (rosea).

Acné inflammatoire j J £2! PUSt,lleU '' e) '

Acné hypertrophique. . . . Varioliforme.

Acné atrophique Lupus acnéique.

Acué éléphantiasique.

2 e ordre : Lésion de la sécrétion glandulaire.

Acné par rétention de la sécrétion. . . Acné ponctuée.

Acné par évacuation. . Acné sébacée. I r *

2 e CLASSE, COMPRENANT LES ACNÉS CARACTÉRISÉES PAR UNE LÉSION DES GLANDES ANNEXES.

1 er ordre : Lésion de la glande annexe et de ses conduits.

Acné pilaris ombiliquée.

Acné végétante hypertrophique.

Acné pustuleuse miliaire.

2 e ordre : Lésion de la sécrétion glandulaire.

Acné sébacée des régions velues.

l'acné. 83

Au point de vue séméiologique il existe deux formes d'acnés : l'acné boutonneuse et l'acné sécrétante. Nous étudierons successivement ces deux formes.

1° Acné boutonneuse.

Définition. — L'acné boutonneuse est une affection des glandes sébacées ou des glandes annexes des poils caractérisée par une éruption de pustules offrant une évolution lente, donnant naissance à de petites croûtes jaunâtres ou noirâtres.

Symptomatologie. — Précédée quelquefois d'une rougeur érythémateuse des téguments, d'un sentiment de chaleur et de tension, de fourmillements, de picotements dans la partie qui doit être le siège de l'affection, de poussées congestives intermittentes, l'acné est caractérisée à son début par des élevures rosées ou rouges, séparées les unes des autres par des intervalles variables entourées d'une auréole rouge, à base indurée, d'un volume variable de celui d'une tête d'épingle à celui d'une lentille, traversées ou non par un poil, etc.

Après un temps plus ou moins long survient la période de supuration : alors les saillies acnéiques blanchissent et jaunissent à leur sommet, phénomène dû à la formation du pus, se convertissent progressivement en papulo-pustules , qui, après quelques jours d'existence, donnent issue au liquide qu'elles contiennent, liquide dont la concrétion détermine la formation de croûtes jaunâtres ou noirâtres plus ou moins épaisses et persistant pendant un temps plus ou moins variable. La supuration se fait d'ailleurs lentement, et pendant longtemps l'acné est caractérisée par de petites saillies coniques, rouges et dures à leur base, purulentes à leur sommet, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre en les perçant avec une épingle et en exprimant le liquide qui y est contenu.

Lors de la troisième période, ou de cicatrisation, les croûtes se détachent spontanément et tombent, l'induration tuberculeuse de la base se résout progressivement, mais, en général, avec une extrême lenteur; la rougeur des téguments disparait insensiblement et il ne reste comme indice de l'existence de

86 AFFECTIONS GENERIQUES.

l'acné que la présence de petites cicatrices, tantôt lisses, tantôt plissées et gaufrées, circulaires ou ovalaires.

L'éruption acnéique peut siéger sur toutes les parties du corps ; mais la face, le dos et la partie antérieure de la poitrine sont les régions le plus communément affectées. La paume des mains et la plante des pieds ne sont, au contraire, jamais le siège de cette affection.

Les papulo-pustules acnéiques sont plus ou moins nombreuses; tantôt l'éruption est discrète, tantôt, au contraire, confluente et même cohérente.

En général, cette affeclion est indolore, et le malade qui en est atteint n'est tourmenté ni par des démangeaisons, ni par des picotements; exceptons cependaut l'acné arthritique dont les picotements et les élancements forment un des principaux caractères différentiels.

La pustule d'acné a reçu des noms différents suivant la forme et l'aspect qu'elle présente.

Si elle est petite, acuminée, entourée d'une auréole rose ou rouge, et contient un liquide constitué par un mélange de matière sébacée de lymphe plastique et de sérosité purulente, elle prend le nom de pustule acnéique miliaire.

Si le bouton acnéique est purulent de la base au sommet et consiste dans l'inflammation seule du conduit excréteur de la glande sébacée, il s'appelle acné simplex.

Si, au contraire, il est purulent au sommet, induré à la base, il est désigné sous le nom d'acné indurata.

S'il est papuleux à la base, purulent au sommet, traversé à son centre par un poil et ombiliqué, il est appelé acné pilaris.

Si l'acné consiste dans une éminence papulo-tuberculeuse de la grosseur d'un grain de mil ou d'un petit pois, non douloureuse, ombiliquée, d'une couleur d'un blanc de cire, comme demi-transparente sur les bords de l'ombilic, il reçoit le nom à* acné carioli forme.

Si l'acné est caractérisée par des papulo-pustules reposant sur une surface rouge, simplement érythémateuse ou offrant uq

.l'acné. 87

état phlébectasique des vaisseaux capillaires cutanés, elle s'appelle acné rosea (couperose), etc.

Marche, durée, terminaison. — La marche de l'acné est successive : aussi, voit-on des pustules à côté de cicatrices et de taches érythémateuses, en sorte qu'il est permis d'observer sur un malade toutes les phases de l'affection.

La pustule d'acné évolue en un, deux septénaires ou même en un temps beaucoup plus long; quant à l'affection acnéique, elle persiste ordinairement pendant de nombreuses années, résistant à tous les traitements ; il arrive quelquefois cependant qu'après avoir duré longtemps l'éruption disparaît à un moment donné, spontanément et en un court espace de temps ; quelques dermatologistes ont attribué cette guérison à la destruction de toutes les glandes sébacées. — M. Bazin professe que l'éruption disparaît alors parce que sont survenus des accidents d'une période plus avancée de la maladie constitutionnelle dont l'acné est l'effet.

M. Bazin a observé la transformation in situ de l'acné en une autre affection plus grave : d'une couperose en lupus, d'une scrofulide acnéique en scrofulide crustacée ulcéreuse, de pustules d'acné en éléments cancroïdaux ou cancéreux.

Anatomie pathologique, — L'acné a pour siège anatomique les glandes sébacées et pileuses, et pour modalité pathologique l'état inflammatoire ; mais cette inflammation est-elle primitive ou, comme Fa prétendu S. Plumbe, consécutive au dépôt de matière sébacée? M. Bazin admet que très-souvent elle est primitive et tantôt envahit seulement le canal excréteur : acné simplex ou pustuleuse (de la base au sommet;, tantôt la glande dans sa totalité : acné indurata ; simultanément existe quelquefois une véritable hypertrophie.

H est facile de démontrer que l'acné boutonneuse ou sécré tante a son siège dans les follicules sébacées ou les glandes annexes des poils : dans l'acné sébacée fluente, en effet, on voit les orifices élargis des glandes, orificfes desquels s'écoule l'humeur sébacée.

Dans l'acné sébacée concrète, il suffit de presser sur les

88 AFFECTIONS GENERIQUES.

bords de la croûte pour faire sortir avec elle de petits appendices vermiformes, tenant ' à la face profonde, et formés de matière* sébacée ;

Dans l'acné boutonneuse le pus est formé dans le conduit excréteur de la glande dont la base est indurée ;

L'acné varioliforme est caractérisée par une hypertrophie de la glande : le canal excréteur ne s'allongeant pas, mais s'élargissant seulement, les lobules seuls soulèvent les téguments et donnent lieu à une élevure, une saillie, entourant le canal central dont l'orifice est situé plus bas que les parties environnantes, d'où l'ombilic.

On a moins étudié les lésions des glandes annexes des follicules pileux et on les a souvent confondues avec celles de ces follicules pileux.

Mais dans l'acné sébacée du cuir chevelu, l'abondance de la sécrétion huileuse qui imbibe les cheveux et détermine leur chute prouve l'hypersécrétion des glandes annexes, et dans l'acné pilaris, Tombilication de la pustule, l'existence d'un cheveu au centre de cette pustule et la dépression quand l'inflammation ne s'est pas propagée au bulbe pileux, tout prouve aussi que l'inflammation a son siège dans les glandes annexes.

Si on examine le contenu d'un bouton acnéique, on trouve du sébum plus ou moins altéré, du pus, des cellules épidermiques, des molécules étrangères à l'organisme.

Dans la matière sébacée de Y acné punctata le professeur Simon a découvert un acare que Moquin-Tandon a désigné du nom de demodex.

Diagnostic. — La forme boutonneuse de l'acné se différencie facilement de la forme sécrétante dans laquelle on ne constate aucune saillie, mais seulement un suintement huileux ou des croûtes molles, blanchâtres, ciriformes, se laissant mouler entre les doigts et dues à la concrétion d'un liquide sécrété.

L'acné peut être confondue avec la mentagre ; mais cette dernière affection siège sur les parties velues, tandis que l'acné s'observe sur le nez, les joues, là où les poils sont rudimentaires, lorsqu'il s'agit d'acné siégeant dans la glande sébacée.

l'acné. 89

Mais dans le cas d'affection de la glande pileule, le diagnostic est plus difficile ; toutefois les pustules de l'acné miliaire sont petites, groupées, siègent sur le front, les tempes, le nez, le menton, quelquefois même sur toute la surface du corps, enfin ont une durée très-courte, et dans l'acné pilaris, les pustules occupent les tempes, le cuir chevelu, sont ombiliquées et ont pour siège les glandes annexes ; tandis que le sycosis consiste dans l'inflammation des follicules pileux et est caractérisé par une pustule acuminée et non déprimée à son centre.

L'impétigo est caractérisé par des pustules agglomérées et dont le liquide se concrète en croûtes épaisses et d'un jaune de miel.

L'ecthyma est caractérisé par des pustules larges, aplaties, entourées d'un cercle inflammatoire, dont le liquide se concrète en une croûte brunâtre et laisant après sa chute une cicatrice déprimée, pustules qui parcourent leurs phases en huit jours, tandis que les pustules acnéiques persistent pendant des mois.

Le lichen constitué par des papules simples ou excoriées à leur sommet ne saurait être confondu avec l'acné.

Le lupus tuberculeux se différencie de l'acné par l'existence de tubercules transparents, rénitents, couleur sucre d'orge, non, douloureux.

Pronostic. — Envisagée au point de vue de sa terminaison, l'acné ne comporte pas un pronostic grave; mais, si l'on considère son opiniâtreté, son siège sur les parties découvertes, sur les épaules, la figure, on conçoit qu'elle constitue une affection désagréable et ennuyeuse, soit pour les femmes si désireuses d'avoir la peau indemne de toute éruption, soit pour le médecin dont les prescriptions sont souvent inefficaces ou ne déterminent qu'une amélioration momentanée.

Enfin, il faut tenir compte, pour porter un pronostic exact, de la nature de l'affection.

Etiologie. — Il existe une acné de cause externe et une acné de cause interne.

L'acné de cause externe est due à* la malpropreté, à l'abus des cosmétiques (A. provoquée directe), ou à l'ingestion de

90 AFFECTIONS GENERIQUES.

l'iode, du brome et des bromures, des boissons alcooliques, etc. (A. pathogénétique).

De nouvelles recherches sont nécessaires pour déterminer si l'acare des follicules peut être la cause de l'acné ponctuée ou même de l'acné varioliforme.

L'acné de cause interne est une des manifestations de la scrofiile, de l'arthritis ou de la syphilis.

Les pustules d'acné s'observent à tous les âges, mais surtout dans la jeunesse et l'âge adulte.

La puberté, l'âge critique, les causes qui déterminent l'acné de cause externe, — malpropreté, cosmétiques, — agissent souvent comme causes provoquantes de l'acné d'origine constitutionnelle.

Causes de l'acné.

Acné de cause externe.

Acné de cause interne.

Provoquée directe.

Pathogénétique.

Scrofuleux.

Arthritique.

Syphilitique.

Par les cosmétiques.

La malpropreté.

Parasitaire.

Par l'iode, les bromures.

A. varioliforme.

A. éléphantiasis.

A. miliaris.

A. indurata.

A. rosea.

A. miliaire.

A. pilaris.

A. indurata.

A. rosée.

Syphilide pustuleuse len.

ticulaire.

Traitement. — Envisagée comme affection générique, l'acné donne lieu aux considérations suivantes : un certain nombre de modificateurs locaux exercent évidemment une certaine influence sur les pustules d'acné et les font disparaître après un laps de temps plus ou moins long, telles sont les pommades mercurielles au proto-iodure ou au bi-iodure; M. Hardy emploie de préférence la pommade avec : proto-iodure de mercure, 10 à 50 centigrammes, et même 1 gramme, et axonge 30 grammes. Il fait faire chaque soir des onctions avec cette pommade ; alors survient de la rougeur, du fendillement de

l'acné. 91

l'épiderme; mais, après un certain temps les tissus n'éprouvent plus de modifications ; il faut alors augmenter la dose du sel mercuriel. Dans des acnés rebelles, M. Hardy augmente plusieurs fois la dose, a même recours à une pommade composée de parties égales d'axonge et de bi-iodure.

M. Bazin préfère une pommade fortement mercurielle, soit: axonge 30 grammes, bi-iodure de mercure 20 grammes. Il en applique une légère couche sur les parties malades : alors apparaît une éruption artificielle qui disparaît en quelques jours; on fait une nouvelle application de la pommade, et ainsi de suite jusqu'à la disparition complète de l'affection.

Plus souvent encore M. Bazin met en usage l'huile de cade pure, avec laquelle il fait une onction tous les deux ou trois jours, ou l'huile de noix d'acajou, dont il badigeonne les parties malades une fois tous les cinq ou six jours.

On peut aussi conseiller les lotions astringentes, les bains alcalins ou de vapeurs, les douches d'eau sulfureuse, d'eau de Louesche, de Bagnères-de-Bigorre, de Baréges, les lotions de sublimé au centième.

Quant à la pommade à l'iodo-chlorure mercureux, si vanté par M. Rochard, elle n'a pas donné de meilleurs résultats que les autres pommades mercurielles.

Mais, en outre du traitement local, il faut toujours instituer un traitement général variable suivant l'espèce que présente le malade,

2° Acné sécrétante.

Acné ponctuée et acné sébacée. — L'acné punctata est caractérisée par de petites saillies de la grosseur d'une tête d'épingle, présentant à leur centre un point noirâtre. Si on presse la base de ces saillies, on fait sortir une matière vermiforme et blanchâtre composée de matière sébacée. La couleur noirâtre est due au dépôt de la poussière atmosphérique sur la matière sébacée. L'acné punctata siège sur la face, les épaules, le thorax; elle s'accompagne souvent de boutons d'acné pustuleux.

Acné sébacée. — Elle est due à l'exagération de la sécrétion

folliculaire et s'observe principalement à la face, aux sourcils, au nez, aux joues et au cuir chevelu; on la rencontre aussi quelquefois aux régions pubienne etaxillaire; plus rarement elle occupe toute la surface du corps.

Elle est caractérisée par la sécrétion d'une substance huileuse, liquide, qui couvre les parties affectées d'une sorte d'enduit. Si l'on vient alors à passer le doigt sur les parties malades, on enlève une couche de matière grasse liquide plus ou moins abondante, dont la reproduction ne tarde pas à avoir lieu. La surface de la peau malade est luisante et les orifices des follicules sébacés sont manifestement agrandis.

Quelquefois le malade éprouve une sensation de fourmillements, de picotements ou de tensio*n ; mais le plus souvent l'acné n'entraîne aucune autre incommodité que celle qui résulte de la présence continuelle d'un corps gras liquide sur la peau (il . sébacée fluente).

Le liquide sébacé peut se concréter et donner lieu à des enduits ou à des croûtes plus ou moins larges et de consistance variable {A. sébacée concrète).

Alors le liquide sébacé, en se concrétant, forme des croûtes, minces, en général, d'abord blanchâtres ou grisâtres, mais devenant noirâtres avec le temps, peu adhérentes aux parties sous-jacentes et se laissant pétrir entre les doigts comme de la cire (il. sébacée crouteuse). Limitée ordinairement à une partie de la face, telle que le nez, les joues, les sourcils, elle occupe quelquefois toute la figure et forme une sorte de masque brunâtre ou noirâtre.

Si elle siège au cuir chevelu, elle rend la chevelure grasse, agglutine les cheveux et forme des touffes inextricables ; elle a alors de l'analogie avec la plique polonaise.

M. Bazin a observé quelquefois l'existence de l'acné sébacée crouteuse sur toute la surface du corps. Alors les croûtes exhalent une odeur sui generis des plus insupportables.

Acné pénicilh forme. — Dans cette variété, les concrétions sébacées se présentent sous la forme de végétations coniques ou de houppes soyeuses, semblables à de l'amiante.

l'acné. 93

Acné cornée. — Elle est caractérisée par des saillies dures, coniques, groupées ou solitaires, d'un jaune noirâtre ou grisâtre, siégeant de préférence à la face, sur le front ou les joues, mais pouvant occuper toutes les régions du corps.

Diagnostic. — L'acné sébacée croûteuse peut être confondue avec l'eczéma, l'impétigo, le pityriasis, l'ichthyose.

Mais l'eczéma et l'impétigo débutent par des vésicules ou des pustules, offrent une période de suintement, d'exhalation, sont accompagnés de prurit, présentent des croûtes friables et se brisent en fragments, tous caractères qui n'existent pas dans l'acné sébacée.

Le pityriasis du cuir chevelu est caractérisé par des squames minces, sèches, abondantes, par du prurit, et les cheveux ne sont pas gras et humides.

Enfin l'ichthyose est rarement partielle, ordinairement congénitale, et l'on ne voit jamais au-dessous des écailles épidermiques l'agrandissement des orifices des glandes sébacées.

Pronostic. — Envisagée comme affection générique, l'acné sébacée ne présente aucune gravité; mais si l'on envisage qu'elle constitue une incommodité très-gènante, qu'elle résiste souvent aux moyens thérapeutiques employés, et enfin qu'elle est la manifestation d'une maladie constitutionnelle, on portera un pronostic plus sérieux.

Etiologie. — L'acné ponctuée et l'acné sébacée constituent des manifestations de la scrofule bénigne, elles coexistent habituellement avec des boutons d'acné simplex et d'acné indurata.

Les acnés crétacées, cornées, éléphantiasiques, qui attaquent profondément la peau, détruisent les glandes sébacées et laissent des cicatrices profondes, sont des manifestations de la scrofule profonde.

Quelquefois l'acné constitue une simple difformité. Telle est l'acné miliaire d'Alibert, de Hardy, caractérisée par des grains perlés, existant sur les épaules, le cou, le front, etc., et n'ayant aucune tendance à s'effacer (voyez : Difformités , molluscum granuleux). Telle est aussi l'acné hypertrophique et sébacée

caractérisée par des saillies arrondies ou oblongues, indolentes, disposées çà et là comme des verrues sur le cou, le dos, les épaules; on l'observe dans l'âge "adulte et la vieillesse.

Traitement. — Lorsque l'acné sébacée est fluente, on doit conseiller des lotions astringentes : solution d'alun, de sel de plomb, de sulfate de fer, de ratanhia, de tannin, de borate de soude, etc.; l'huile de cadc; les douches de vapeur ou sulfureuses; les eaux de Luchon, de Louesche, de Baréges, etc.

Si l'acné sébacée est concrète, il faut nettoyer les parties malades, en dissolvant les croûtes et les enduits à l'aide de lotions ammoniacales et de bains alcalins; faire des lotions avec le liquide suivant :

Eau distillée. 300 grammes.

Glycérine 30 —

Borax.. . 0,10 à 0,20.

Bicarbonate de soude 0,30 à 0,50 (Bazin).

ou avec une solution de sublimé ou d'arséniate de soude. M. Bazin conseille aussi les pommades au peroxyde de fer ou au turbith minéral; les bains à Thydrofère avec les eaux de Royat, de Condillac, de Vichy, etc.

DU SYCOSJfe.

1° Définition. — Le sycosis est une affection des follicules pileux caractérisée par l'existence de pustules siégeant à la base des poils, précédées ou suivies d'une induration qui ne dépasse pas ordinairement les téguments, mais peut occuper le tissu cellulaire sous-cutané.

Le sycosis présente trois périodes :

Première période. — Le sycosis peut apparaître sans être précédé d'aucun phénomène morbide, ou, au contraire, offrir des symptômes précurseurs qui consistent tantôt dans l'apparition de petites pustules discrètes, isolées et se perpétuant pendant un temps variable, des mois, des années même, tantôt dans un cercle d'herpès ou d'éry thème parasitaire et le pityriasis alba

stcosis. 95

parasitaire (première et deuxième périodes de la teigne tonsur an te).

Que le sycosis ait été précédé ou non de ces phénomènes, il débute par des pustules disséminées ça et là dans la barbe, ou groupées à la partie médiane de la lèvre supérieure, papuleuses à la base et purulentes au sommet, acuminées, traversées par un poil et persistant pendant un certain temps, à Tinversé des pustules de l'impétigo, dont la durée est éphémère, et qui se crèvent après quelques heures d'existence.

Ce n'esta en effet, que vers le quatrième, cinquième ou sixième jour, qui a suivi leur apparition, que les pustules se rompent et que le liquide qu'elles contiennent se concrète en une croûte brunâtre, mince, affaissée sur ses bords, peu adhérente et individuelle pour chaque pustule. Jamais, d'ailleurs, on ne constate un suintement séro -purulent, comme dans l'impétigo. Ces pustules peuvent être isolées et séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine, ou, au contraire, tassées les unes à côté des autres, de manière à constituer des groupes pustuleux ; c'est dans ce dernier cas que l'on n'observe à la période de dessiccation qu'une seule croûte noirâtre et traversée par les poils. D'ailleurs on trouve souvent réunis sur le même malade les divers aspects de l'éruption : sur un point de la lèvre supérieure existe une agglomération de petits boutons rouges et acuminés, plus loin un groupe de pustules, et sur un autre point, enfin, une croûte adhérente.

Si les pustules sont nombreuses, l'inflammation gagne les téguments voisins et le tissu cellulaire sous-cutané, et l'on ne tarde pas à observer des indurations s'enfonçant plus ou moins profondément dans le tissu cellulaire sous-cutané, et revêtant l'apparence de masses tuberculeuses plus ou moins considé* râbles.

Ces indurations offrent un volume qui tantôt ne dépasse pas celui d'un petit pois, tantôt acquiert celui d'une cerise, d'une noix même; leur surface présente une coloration d'un rouge plus ou moins foncé, est lisse dans quelques cas, mais plus souvent encore mamelonnée « En pressant les indurations entre

96 AFFECTIONS GENERIQUES.

les deux doigts d'une main, on constate facilement qu'elles s'enfoncent dans le tissu cellulaire. Si alors un traitement rationnel est mis en usage, les tubercules ne tardent pas à s'affaisser et à disparaître; mais, si le malade continue à rester dans l'inaction, ou met en usage des remèdes intempestifs, on voit naître de la surface malade des végétations plus ou moins volumineuses et apparaître des ulcérations desquelles s'écoule un liquide sanieux et fétide; alors aussi les poils tombent spontanément ou à la suite de la moindre traction, et des abcès circonscrits se développent autour des tubercules sycosiques, etc.

L'apparition de ces phénomènes est d'ailleurs facile à comprendre : l'inflammation du follicule pileux qui constitue le sycosis se propage aux parties environnantes après un laps de temps plus ou moins long, et détermine l'apparition d'indurations tuberculeuses, de phlegmons du tissu cellulaire, de furoncles, etc.; mais, par suite de l'inflammation même du follicule pileux, toute connexion entre le poil et le follicule qui le contient ne tarde pas à être détruite, et le poil tombe spontanément dans les cataplasmes ou est arraché à l'aide de la plus légère traction. Cette chute des poils est d'ailleurs temporaire, à moins que l'affection ne persiste pendant un temps assez long, et que l'inflammation adhésive ne détermine l'oblitération du follicule. Dans ce cas, le poil ne peut être sécrété de nouveau, et si la guérison a lieu, du moins n'est-elle obtenue qu'au prix d'un calvitie irrémédiable. Mais si cette oblitération du follicule n'a pas lieu, et c'est là le phénomène le plus fréquemment observé, la papille pileuse peut encore sécréter, malgré une altération profonde dans sa structure, les éléments constituants du poil, mais des éléments altérés comme le bulbe pileux, d'où ils tirent leur origine, et qui ne constituent plus qu'un poil grêle, blanc et lanugineux ou rougeàtre, privé de capsule et dont les éléments sont totalement confondus. Néanmoins, le poil est encore doué de vitalité, et, par sa présence, constitue une épine qui contribue puissamment à entretenir l'inflammation suppurative dans le follicule ; mais si le traite-

sycosis. 97

ment rationnel eét employé, le poil reprend bientôt ses caractères normaux.

Si la durée du sycosis n'est pas longue et si un traitement approprié est mis en usage, les téguments recouvrent leurs caractères normaux ; mais, si l'affection se prolonge, si des ulcérations se produisent à la surface des tubercules, etc., des cicatrices plus ou moins profondes et assez semblables à celles de l'acné, témoignent, par leur présence, de l'existence antécédente du sycosis.

M arche y durée et terminaison du sycosis. — La marche du sycosis est irrégulière mais successive ; aussi est-il possible de constater, chez un même malade, les divers âges de cette affection, d'observer à côté de pustules dont le sommet est recouvert d'une croûte, des pustules à la période de purulence, des pustules naissantes et même de simples rougeurs ; c'est surtout lorsque tous ces degrés sont réunis les uns à côté des autres, lorsqu'en même temps le tissu cellulaire s'est enflammé et que les tubercules existent, c'est surtout à ce moment que l'aspect du malade est vraiment hideux et repoussant.

La durée du sycosis est indéterminée, et si quelquefois il suffit de quelques semaines ou de plusieurs mois pour obtenir la guérison, dans d'autres circonstances l'affection persiste pendant plusieurs années. Alors notre traitement offre une véritable efficacité, et l'on peut affirmer qu'une seule épilation sera suffisante. Dans ce cas, en effet, il n'existe plus de parasite et les poils constituent des corps étrangers qu'il est nécessaire d'éliminer. Au début du sycosis, au contraire, il convient d'épiler plusieurs fois.

Le sycosis peut récidiver, soit parce qu'il est sous la dépendance d'une maladie constitutionnelle (arthritis), soit parce que le malade a été soumis à une nouvelle contagion. Abandonné à lui-même, le sycosis peut guérir spontanément : alors le pus sécrété par le follicule pileux détruit le trichophyton, détruit les connections qui existent entre le follicule et le poil qui ne tarde pas alors à tomber et cesse de constituer un corps étranger qui entretient l'inflammation.

C'est en s'appuyant sur ces faits que M. Devergie a rejeté l'épilation et a avancé que la nature s'en chargeait.

Sans doute, la nature épile ; mais il faut un temps très-long pour que l'épilation soit complète, tandis que, si Ton épile soimême, une ou deux séances suffisent pour obtenir ce résultat et pour que le malade soit pour ainsi dire guéri.

Enfin le sycosis, abandonné à lui-même, ne guérit pas toujours et subit quelquefois même des transformations fâcheuses. Il n'est pas très-rare, en effet, d'observer la conversion du sycosis en affections graves et sérieuses, en syphilides et en scrofulides, si on le laisse persister pendant plusieurs années, et si le malade se trouve soumis à l'influence de la syphilis ou de la scrofule pendant l'existence de cette affection.

Le sycosis est-il, au contraire, traité d'après la méthode de M. Bazin, la guérison ne se* fait pas attendre, mais exige un temps variable, suivant la période de l'affection à laquelle on commence le traitement. Si le sycosis n'est accompagné ni d'herpès circiné ni de pityriasis alba, un mois, six semaines ou deux mois au plus suffiront pour obtenir une guérison solide; si, au contraire, les symptômes de la première et de la seconde période de la teigne tonsurante existent encore, un laps de temps plus considérable sera nécessaire.

Siège du sycosis. — Le sycosis peut exister sur toutes les régions velues : la face, le pubis, les aisselles, la nuque, le dos de la main, etc. En général, si l'on n'arrête pas cette affection dans sa marche, lorsqu'elle occupe la face, elle envahit une partie assez considérable de la face; quelquefois cependant elle reste limitée à une surface peu étendue, n'occupe que la partie de la lèvre supérieure correspondant à la sous-cloison du nez et aux narines, et offre alors la forme d'un prisme triangulaire dont le sommet remonterait vers les ouvertures nasales.

Ces deux variétés diffèrent essentiellement dans leur nature: la première est une affection parasitaire, la seconde une affection arthritique.

Le sycosis, envisagé au point de vue de son siège anatomique et de sa modalité pathologique, est constitué par une inflam-

sycosis. 99

mation du follicule pileux ; à l'inflammation de cette glande se joint, à un moment, celle du tissu cellulaire environnant.

Diagnostic. — Le sycosis pourrait être confondu avec l'impétigo, le lichen, le furoncle, le lupus, les abaès symptomatiques des caries dentaires, les syphilides circonscrites.

L'impétigo se différencie du sycosis par les caractères suivants : il siège en dehors des poils, ou, s'il existe des pustules traversées par un poil, on en observe d'autres sur les parties voisines qui ne présentent pas ce caractère ; les pustules sont groupées et non discrètes, comme dans le sycosis ; sont acuminées, purulentes de la base au sommet, et non purulentes au sommet et papuleuses à la base ; ne persistent que vingt-quatre heures et non cinq, six et sept jours, comme la pustule sycosique ; enfin, sont le siège d'un suintement séro-purulent que l'on ne constate pas dans cette dernière.

Le lichen de la face, seul, pourrait être confondu avec la mentagre; mais il est accompagné d'un prurit vif et persistant. Bien que disposées par groupes, les papules de lichen n'ont pas exclusivement leur siège à la base des poils : on en trouve sur le front et sur d'autres régions où ne s'observe pas l'éruption mentagreuse. Le lichen, enfin, n'est pas associé à une éruption pustulo-furonculaire, comme l'est le plus souvent la mentagre.

Nous avons établi les caractères distinctifs du sycosis et de l'acné.

Le furoncle est en général unique, donne naissance à un bourbillon et est, le plus souvent, disséminé sur diverses régions du corps, et principalement sur les fesses, les cuisses, le dos. Le furoncle complique d'ailleurs quelquefois le sycosis.

Le lupus est caractérisé par des tubercules rénitents, demitransparents, offrant une coloration d'un jaune d'ocre ou celle du sucre d'orge, indolents ou à peine sensibles à la pression, offrant une marche très-lente et persistant pendant des années, caractères qui n'appartiennent pas au sycosis.

Les abcès symptomatiques des caries dentaires et les abcès dermiques peuvent, à la rigueur, être confondus avec le syco-

100 AFFECTIONS GENERIQUES.

sis. Les abcès sous-cutanés symptomatiques d'une carie dentaire sont circonscrits, attaquent les follicules des poils qui s'atrophient, se flétrissent et tombent comme dans lamentagre ; mais un examen attentif fera toujours distinguer ces petites tumeurs circonscrites, arrondies, fluctuantes dans toute leur étendue, des indurations furonculaires de lamentagre. Les abcès dermiques offrent une coloration violacée, sont fluctuants dans toute leur étendue et ne tardent pas à s'ouvrir spontanément et à donner issue à un pus séreux caractéristique.

Les syphilides pustuleuses et tuberculeuses pourraient être confondues, Tune avec le sycosis pustuleux et l'autre avec le sycosis tuberculeux.

Mais, dans la syphilide pustuleuse, les éléments pustuleux ne sont pas limités à la face, aux lèvres et au menton, ils sont disséminés à la surface du corps, disposés en cercles, ellipses, recouverts de croûtes verdâtres ou brunâtres et entourés d'une auréole cuivrée.

D'autre part, la syphilide tuberculeuse occupe diverses parties du corps et non exclusivement la face; est caractérisée par des tubercules, disposées aussi en cercles, en ellipses, etc., offrant une coloration cuivrée, insensibles à la pression, et non, comme dans le sycosis, par des tubercules d'un rouge inflammatoire s'enfonçant dans le tissu cellulaire, douloureux à la pression, etc.

Pronostic. — Le sycosis ne constitue pas une affection grave : toutefois, par son siège à la face et la difformité qu'il produit, il est une affection désagréable; enfin, il peut récidiver si le malade est soumis à une nouvelle contagion. Le sycosis parasitaire est moins grave que le sycosis arthritique.

Eliologie. — Il existe un sycosis de cause externe et un sycosis de cause interne.

La sycosis de cause externe apparaît sous l'influence de l'action de substances irritantes : on l'observe chez les individus qui font usage de tabac ou sont affectés de catarrhe nasal ; qui font des frictions avec l'huile de cade, se servent d'un rasoir ébréché, mais surtout chez ceux qui se font raser chez le bar-

SYCOSIS. 101

bier. Alors si les serviettes et le rasoir contiennent des spores ou sporules trichophytiques, elles sont transmises à la face du malade et on constate successivement l'herpès ou l'érythème circiné, le pityriasis alba parasitaire, et le sycosis (S. parasitaire).

Le sycosis parasitaire est la forme le plus ordinairement observée.

Le sycosis de cause interne peut être symptomatique de la scrofule, de la syphilis ou de l'arthritis, mais les sycosis scrofuleux et syphilitiques sont des affection s complexes; ils n'existent jamais seuls, et sont accompagnés : le sycosis scrotuleux d'impétigo, le sycosis syphilitique d'ulcération de même nature. Le sycosis arthritique est donc la seule variété qui se présente dans un état de simplicité parfaite, aussi peut-on faire abstraction des sycosis scrofuleux et syphilitique et rechercher uniquement si un sycosis est de cause externe ou arthritique.

Causes du sycosis.

Il Produit par des substances Provoqué I im^to". l'huile décade, ^ { par un rasoir ebreche.

de cause externe. J direct. \ , , .. . A . , , .

Produit par le tnchophyton,

parasitaire.

Sycosis de cause interne.

Arthritique.

Thérapeutique. — Envisagé comme affection générique et considéré dans son élément inflammatoire, le sycosis n'exige que des cataplasmes, des bains, des lotions émollientes, etc.; mais ce traitement local est tout à fait insuffisant et on doit en conseiller un autre basé sur la nature de l'affection.

Le sycosis est-il dû à des substances irritantes, il faut soustraire le malade à l'action de ces substances et faire des applications émollientes ; est-il dû à l'existence de parasites, il faut surtout s'attacher à détruire le parasite ; or, le meilleur moyen d'arriver à ce but est d'arracher tous les poils, d'épiler, en un mot, et de lotionner tous les points malades avec une solution parasiticide (solution de sublimé;. Sans doute à un moment

102 AFFECTIONS GENERIQUES.

donné le trichophyton n'existe plus, a été détruit complètement par l'état du pus sécrété par le follicule pileux ; i mais alors même l'épilation est encore nécessaire parce que le poil constitue une épine qu'il faut enlever à tout prix.

Enfin, si le sycosis est arthritique, il faut conseiller comme traitement général les antiarthritiques, comme traitement local, des cataplasmes de fécule jusqu'à ce que l'inflammation soit apaisée et alors des onctions avec l'huile de cade qui agit d'une façon substitutive, enfin l'épilation qui enlèvera une épine, cause perpétuelle d'irritation.

AFFECTIONS FURONCULEUSES.

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