‹ Traité des affections de la peau, d'après les doctrines de M. BazinChapitre 18 sur 48 · FURONCLE · texte numérisé non relu

FURONCLE

reste presque toujours à la suite du furoncle une petite cicatrice.

Le furoncle ne se termine pas toujours par supuration ; quelquefois on observe sa résolution. Il peut occuper toutes les parties du corps à l'exception de la paume des mains et de la plante des pieds. On en observe, en général, plusieurs à la fois sur le même individu, ou au moins plusieurs successivement.

h'anthrax est considéré comme formé par la réunion d'un certain nombre de turoncles sur un petit espace.

Diagnostic. — Le furoncle pourrait être confondu avec le sycosis ; cependant cette dernière affection se différencie de la première par sa marche lente, l'indolence relative des tubercules ei l'existence concomitante de papulo-pustules traversées par des poils plus ou moins altérés*

Nous verrons plus loin que l'hidrosadénite a des caractère» différents de ceux du furoncle.

Pronostic* — Il est léger lorsque le furoncle est isolé, unique ; grave lorsqu'il existe une accumulation de furoncles, c'est-à-dire un anthrax,et la gravité augmente quand l'anthrax survient chez un vieillard affaibli.

Etiologie. — Il existe un furoncle de cause externe et un furoncle de cause interne.

Le furoncle de cause externe est provoqué direct ou pathogénétique.

Le furoncle provoqué direct est dû à l'action de pommades irritantes,, d'emplâtres, de bains alcalins et sulfureux ; s'observe fréquemment chez les cavaliers et résulte alors de la compression exercée par la selle.

Il survient aussi chez les individus affectés de gale ou de teigne et principalement de la teigne tonsurante : alors il existe simultanément avec les tubercules sycosiques (P. parasitaire).

Le furoncle pathogénétique naît sous l'influence d'une mauvaise alimentation, de l'ingestion de substances médicamenteuses, telles que l'iodure de potassium, l'arsenic et les alcalins.

Le furoncle de cause interne apparait quelquefois au décours

104 AFFECTIONS GENERIQUES.

des maladies aiguës et présente alors le caractère critique (variole) ou constitue une des manifestations d'un *état diathésique (diathèse furonculeuse) du diabète, de l'arthritis ou de

l'herpétis.

Causes du furoncle.

Produit par la, malpropreté, Provoqué

direct.

Furoncle de cause externe.

les irritants, bains alcalins, sulfureux.

Produit par les acores, le trichophyton(parasitaire).

., , , x . ( Dû à une mauvaise alimen-

Pathogenéfaque. talion, iodure, alcalins.

Critique.

Furoncle J Symptomatique du diabète.

Arthritique.

Herpétique.

de cause interne.

Traitement. — Le furoncle étant une affection de nature in" flammatoire, il faut ordonner les bains, les cataplasmes de farine de lin ou de fécule. Les sangsues ne réussissent que si elles sont appliquées dès le début de l'affection, mais le plus souvent elles sont inutiles.

On a aussi conseillé de favoriser la supuration à l'aide d'un emplâtre de diachylon ou d'onguent de la mère.

Lorsque le pus est formé, une petite ouverture s'opère spontanément au sommet du furoncle, et alors il convient de presser la petite tumeur et de faire sortir le bourbillon; mais, si l'ouverture se faisait attendre ou si elle était insuffisante, une incision serait utile et abrégerait la durée de l'affection.

En outre de ce traitement local il faut prescrire un traitement général basé sur la nature de l'affection, si le furoncle est de cause interne, c'est-à-dire les purgatifs, les alcalins ou les arsenicaux.

AFFECTION PHLEGMONEUSE.

DE l'hIDROSADÉNITE.

MM. Bazin et Verneuil définissent l'hidrosadénite une affection de la peau caractérisée à sa période d'état par de petites tumeurs inflammatoires se terminant ordinairement par supulation et ayant pour siège les glandes sudoripares.

HTOROSADÉNITE. 108

L'hidrosadénite comprend les affections connues sous le nom à' abcès tubéri formes du creux axillaire, tuberculeux ou hèmorrhoiiaux à l'anus, tubéreux à l'aréole du mamelon, les abcès dermiques et certaines variétés d'écrouelles cellulaires.

Symptomatologie. — L'hidrosadénite est caractérisée à son . début par une petite induration circonscrite, presque indolente, non accompagnée de changement de couleur à la peau, mobile et comme appendue à la face interne du derme, que Ton peut soulever en pli au devant d'elle. L'induration s'accroît peu à peu et forme bientôt une saillie sensible à la pression, hémisphérique, globuleuse ; ou aplatie, discoïde, si les tissus environnants lui opposent de la résistance. A son maximum de développement, elle acquiert le volume d'un pois, d'une noisette, d'un œuf de pigeon, est le siège d'élancements, prend une teinte d'un rouge livide ou violacé et devient fluctuante à mesure que le pus se collecte. Alors la tumeur se rompt à son sommet et se vide, les parois se rétractent et la guérison a lieu. Cependant M. Verneuil a constaté l'ouverture^de la collection purulente dans le tissu-cellulaire sous-cutané et consécutivement le phlegmon diffus; quelquefois les parois de la poche continuent à sécréter et il existe une sorte de fistule sous-cutanée souvent persistante; enfin, si l'ouverture primitive se ferme, il peut se produire une espèce de kyste secondaire. La supuration n'a pas lieu fatalement; quelquefois la résolution survient sous l'influence des seules forces de la nature ou du traitement mis en usage.

L'inflammation peut occuper une ou plusieurs glandes sudoripares; si les glandes affectées sont proches les unes des autres, toute la peau est soulevée en masse et on observe une plaque mamelonnée, douloureuse, violacée, qui peut être le siège de plusieurs ouvertures.

Le plus souvent aiguë, et durant alors deux à trois septénaires, l'hidrosadénite est quelquefois chronique et se manifeste alors par poussées successives ; elle laisse ordinairement à sa suite une induration dont on constate l'existence pendant plusieurs semaines.

106 AFFECTIONS GENERIQUES.

Diagnostic. — Le furoncle est la seule affection avec laquelle on puisse à la rigueur confondre le phlegmon sudoripare. Voici les caractères différentiels donnés par M. Verneuil:

« La furoncle débute toujours par la surface, et ne gagne le tissu cellulaire sous-cutané que consécutivment, car il siège dans un follicule pileux ou sébacé, et nullement dans les cavités aréolaires profondes du derme, comme on Ta admis sans preuve. A quelque moment qu'on l'examine, on le trouve toujours surmonté à son centre par une saillie acuminée, souvent perforée par un poil ; l'ouverture se fait par ce point, elle a beau être précoce, elle ne fournit qu'une très-petite quantité de pus et ne procure guère de soulagement ; celui-ci n'est obtenu qu'après l'élimination relativement tardive du bourbillon. Après la chute de celui-ci, on trouve une cavité béante au centre de l'induration, etc.

« Le phlegmon sudoripare, au contraire, débute constamment sous la peau et n'envahit la surface que consécutivement. Aucune saillie pointue ne le surmonte, aucun suintement ne se fait jusqu'au moment de l'ouverture qui met subitement un terme à la maladie. »

Pronostic.— L'hidrosadenite, envisagée comme affection générique, ne constitue pas une affection sérieuse ; toutefois elle peut être le point de départ du phlegmon diffus, de fistules, d'ulcérations rebelles suivies de cicatrices et emprunte alors à ces circonstances une certaine gravité.

Étiologie. — Il existe une hidrosadénite de cause externe et nne hidrosadénite de cause interne.

L'hidrosadenite de cause externe est due aux irritations locales produites par la malpropreté, les frottements rudes, l'action de se gratter, les applications médicamenteuses ou autres, les sueurs, les marches forcées, les crevases du mamelon, le pus de la vulvo-vaginite, l'existence de parasites.

L'hidrosadenite de cause interne est scrofuleuse , arthritique ou syphilitique.

Causes de l' hidrosadénite.

Hidrosadénite j Due aux irritants, de cause externe. I Parasitaire.

Hidrosadénite de toause interne* '

o ' § Abcès dermiques.

SrofaleuM. j ÉCP0Uellegce l lulaU . eg .

Arthritique.

Syphilitique* | Gomme.

Traitement. — On peut, au début, tenter d'obtenir la résolution à l'aide 'd'émollients et résolutifs ; mais dès que la supuration est établie et le pus collecté, il faut lui donner issue à l'aide d'une petite ponction.

AFFECTIONS PAPULEUSES.

Définition. — Le lichen constitue une affection cutanée , caractérisée, à sa période d'état, par l'existence de papules nombreuses, discrètes et disséminées sur toute la surface du corps, ou réunies les unes à côté des autres de façon à former des groupes limités à certaines régions,, papules accompagnées à une époque de leur existence d'une hypertrophie des papilles et d'une exagération des plis de la peau.

4° Syfnptomatologie.— Lb lichen peut offrir une marche aiguë ou une marche chronique. C'est surtout dans le premier cas que l'on observe des symptômes prodromiques offrant plus ou moins d'analogie avec ceux des fièvres éruptives, c'est-à-dire de la courbature, un malaise général, de l'inappétence, un enduit blanchâtre à la surface de la langue, un mouvement fébrile, etc.

Des symptômes précurseurs peuvent cependant précéder le lichen chronique, et alors ils consistent dans une démangeaison ou un prurit quelquefois atroœ à la Burface de tout le corps, ou seulement des parties qui doivent être le siège du lichen.

Que des prodromes aient existé ou non, on voit appi

108 AFFECTIONS GENERIQUES.

la surface des téguments, des boutons pleins, c'est-à-dire ne contenant pas de liquide à leur intérieur, acuminés, ne dépassant pas la grosseur d'un grain de millet, présentant la coloration normale de la peau ou, au contraire, une couleur rosée ou rouge, discrets et disséminés sur de larges surfaces*, ou réunis et groupés les uns à côté des autres, de manière à constituer des plaques nettement limitées et séparées par des intervalles de peau saine.

Si l'affection offre une marche aiguë, l'éruption se fait simultanément sur tous les points du corps, et en moins d'un septénaire les papules perdent leur coloration rouge, s'affaissent et se terminent par une desquamation furfu racée ; si, au contraire, le lichen revêt la forme chronique, l'éruption est lente et les papules, d'abord limitées à une seule région, envahissent successivement les autres parties du corps, à moins que, par suite de leur nature, elles n'aient pas de tendance à occuper toute la surface des téguments.

Lorsque le lichen a acquis son entier dévelopement, et lorsque le malade ne s'est pas soumis à un traitement rationnel, on ne constate plus seulement l'existence des papules que je vous ai décrites il y a un instant, mais encore celle de plusieurs phénomènes caractéristiques : c'est - à - dire , d'une sécheresse particulière de la peau, d'un épaississement marqué de cette membrane , d'une exagération remarquable des rides qu'elle présente à l'état normal , d'un état granuleux de sa surface qui la fait ressembler à une peau de chagrin, et enfin si l'affection occupe des parties mobiles, telles que le creux poplité, le pli du coude, la paume des mains, de crevasses et de rhagades qui intéressent profondément le derme.

Le lichen est accompagné d'un prurit dont l'intensité, en général augmentée par la chaleur du lit, l'usage des boissons ou de tout autre excitant, varie surtout avec la nature de l'affection : nul , en effet , dans le lichen syphilitique , modéré dans le lichen aigu et dans le lichen scrofuleux, il est très-prononcé, quelquefois même intolérable, dans le lichen herpétique.

Sous l'influence des démangeaisons que le malade éprouve et des frictions répétées qu'il fait pour les calmer, apparaissent au sommet des papules irritées et excoriées des vésicules ou de petites croûtes squameuses, adhérentes dans un seul point, libres dans le reste de leur étendue, en sorte que l'on a sous les yeux un aspect qui simule assez bien celui des lichens qui recouvrent le tronc des vieux arbres ; ces croûtes laissent, en se détachant, des excoriations qui sont le siège, pendant un certain temps, d'un léger suintement séreux; aussi confond-on assez souvent avec l'eczéma, le lichen parvenu à ce degré d'intensité.

On désigne sous le nom de lichen agrius la variété de lichen dont les papules sont excoriées et recouvertes de croûtes.

Marche, durée, terminaison. — Si le lichen revêt la forme aiguë, il disparaît en général, avons-nous dit, après une assez courte durée; il peut cependant se prolonger pendant plusieurs septénaires à cause de la production d'éruptions successives, et dans des circonstances exceptionnelles, il passe à l'état chronique. Le lichen de la dentition peut persister au delà de sa durée habituelle, revêtir tous les caractères du lichen scrofuleux et ne plus céder qu'à un traitement antiscrofuleux. L'affection cutanée accidentelle a constitué dans ce cas une épine qui a provoqué l'éveil de la scrofule, maladie constitutionnelle jusqu'alors latente, et dont l'apparition a modifié les caractères de l'affection cutanée préexistante et en a prolongé la durée.

Le lichen chronique, au contraire, constitue une affection tenace et rebelle : il présente de temps en temps des améliorations qui donnent l'espérance d'une terminaison prochaine; mais l'apparition d'une nouvelle poussée ne tarde par à détruire nos illusions : aussi est-il impossible de fixer la durée de cette affection. D'ailleurs sa persistance est en rapport avec la cause qui lui a donné naissance : le lichen scrofuleux disparaît en général à l'âge de la puberté, tandis que le lichen herpétique tend d'autant plus à s'invétérer que le malade avance

110 AFFECTIONS GENERIQUES.

davantage en âge, et tandis que le lichen arthritique ne s'efface définitivement qu'au moment où surviennent des manifestations d'une période plus avancée de la maladie.

Le lichen peut se transformer sur place en une autre affection : c'est ainsi que le lichen agrius se transforme in situ en mélitagre et le lichen squameux en psoriasis; c'est ainsi que les papules dégénèrent et se convertissent en tubercules ; quelquefois aussi subsistent consécutivement à la présence du lichen des taches brunes, noires, hyperchromateùses, qui ne disparaissent que lentement.

Siège anatomique. — M. Cazenave a placé le siège du lichen dans la papille nerveuse, et a considéré cette affection comme une névrose. Aux yeux de ce dcrmatologiste, le lichen constitue une affection nerveuse des papilles tactiles et la papule du lichen une papille pathologique.

Des objections sérieuses ont été adressées à M. Cazenave, relativement à cette manière de voir : on lui a fait remarquer que le lichen n'apparaissait jamais dans la paume des mains et au niveau des doigts, c'est-à-dire sur les parties du corps où existent le plus grand nombre de papilles ;

Que jamais les papilles du lichen n'affectaient la forme des papilles physiologiques ;

Que dans le lichen pilaris, l'affection avait bien réellement son siège sur la papille pileuse et non sur la papille tactile.

M. Hardy a émis une hypothèse nouvelle, et a placé le siège du lichen dans le corps muqueux de Malpighi,

M. Bazin pense que cette affection a son siège dans la papille chargée de la sécrétion épidermique. et se fonde principalement pour émettre cette assertion sur le fait de la sécrétion épidermique, abondante, dont est accompagné le lichen de la face externe des membres.

Les Allemands admettent que les papilles du lichen sont dues à un exsudât infiltré dans l'épaisseur du derme et déterminant un gonflement circonscrit de cette membrane.

Diagnostic* — Le lichen peut être confondu avec le prurigo et le diagnostic est souvent difficile à établir; toutefois les

LICHEN. Hl

papules du prurigo sont en général plus volumineuses que celles du lichen, recouvertes de croûtes noirâtres, disséminées à la surface du corps et non groupées, agglomérées et confondues, et on constate rarement l'hypertrophie du derme, l'état rugueux et l'exagération des plis de la peau si souvent observés dans le cours du lichen.

Ces caractères distinctifs ne sont toutefois pas absolus ; si, par •exemple, le malade affecté de lichen se gratte, on pourra constater l'existence de gouttelettes sanguines au sommet des papules; d'autre part, dans le lichen aigu les papules sont disséminées et dans le lichen 'scrofuleux les papules sont plus volumineuses que dans- le prurigo herpétique; c'est à cause de cette difficulté de différencier les deux genres qu'Alibert avait pensé pouvoir les réunir en un seul.

L'eczéma, envisagé à Tune ou à l'autre de ses trois périodes, peut être considéré comme un lichen ; toutefois le diagnostic est, en général, facile :

L'eczéma, à sa première période, est caractérisé par des vésicules, tandis que le lichen est constitué par des saillies pleines et solides.

A sa deuxième période, l'eczéma ne peut être confondu qu'avec un lichen dont les papules sont excoriées et donnent naissance à un suintement : mais dans l'eczéma le liquide exhalé est abondant, se concrète et forme de larges squames, tandis qu'il est peu considérable dans le lichen et que l'on constate seulement des croûtelles fragmentées, adhérentes et individuelles pour chaque papule.

A la troisième période de l'eczéma et au déclin du lichen existent des squames ; mais, tandis que dans le lichen la peau est hypertrophiée et présente une exagération de ses plis, dans l'eczéma elle est amincie.

L'ichthyose, affection congénitale et arrêtée dans son évolution, le psoriasis, caractérisé par des plaques saillantes audessus des parties environnantes, recouvertes de squames nacrées, argentées, ne peuvent être confondus avec le lichen par un œil exercé.

112 AFFECTIONS GENERIQUES.

L'herpès circiné n'offre d'analogie qu'avec le lichen circonscrit; mais, tandis que l'herpès offre une forme régulière et présente des vésicules à sa circonférence, le lichen est caractérisé par des papules occupant le centre et la circonférence de la plaque et devient le siège d'une desquamation farineuse quand le centre s'affaisse et marche vers la guérison ; enfin la plaque herpétique s'étend par suite de l'apparition de vésicules et non de pustules.

Pronostic. — Envisagé comme affection générique, le lichen présente une certaine gravité parce qu'il est tenace, résiste aux agents thérapeutiques que nous employons, s'accompagne quelquefois (lichen herpétique) d'un prurit atroce qui fait le désespoir du malade et du médecin.

La gravité varie d'ailleurs avec la nature de l'affection : le lichen de cause externe disparait avec la cessation de la cause et n'est pas sérieux ; le lichen syphilitique cède rapidement à un traitement spécifique et n'a d'importance, au point de vue pronostique, qu'en dévoilant l'existence de la syphilis. Les lichens scrofuleux et arthritique cèdent aussi facilement aux moyens thérapeutiques mis en usage et ne comportent pas un pronostic aussi grave que le lichen herpétique, si souvent rebelle, et occasionnant un prurit atroce.

Étiologie. — Il existe un lichen de cause externe et un lichen de cause interne.

Le lichen de cause externe est dû à Faction de substances irritantes, telles que la pommade à l'ipécacuanha, etc., à la présence de parasites — L. parasitaire. — Ainsi on observe quelquefois sur le dos delà main ou du poignet des plaques de lichen circonscrit qui constituent une manifestation de la teigne tonsurante, du trichophyton ; d'autre part, la gale détermine ordinairement une éruption papuleuse, et enfin M. Gibert a décrit un lichen qui s'observe chez les citadins qui vont à la fin de l'été à la campagne, dans des lieux boisés où se trouvent de petits acares végétaux qui s'implantent sur la peau de l'homme et y meurent après avoir déterminé des démangeaisons, suivies bientôt de l'apparition de petites papules.

Le lichen de cause externe est aussi dû à l'ingestion de l'iode et des iodures (lichen pathogéhétique).

Le lichen de cause interne est scrofuleux, arthritique, herpétique ou syphilitique.

Causes du lichen.

Lichen

de

cause externe.

Lichen

de

cause interne.

Provoqué

direct.

Provoqué indirect.

Scrofuleux.

Arthritique.

Herpétique.

Syphilitique.

Dû aux irritants.

Dû à des parasites (parasitaire).

| "ÏÏP" ! ™ho^éU q «e.

Exanthématique.

Agrius.

Invétéré.

Circonscrit.

Pilaris.

Lividus.

A petites papules.

Lenticulaire.

Miliaire.

Traitement. — Envisagé comme affection générique, le lichen donne lieu aux indications suivantes : est-il aigu, il faut recourir à la médication émolliente, bains d'amidon ou de son, tisanes rafraîchissantes, légers purgatifs; est-il chronique, trois symptômes réclament une médication spéciale : ce sont le prurit, l'hypertrophie de la peau et sa sécheresse.

Si l'on veut calmer le prurit il faut conseiller les bains frais, les lotions avec l'eau blanche, l'eau aluminée ou vinaigrée, les lotions de sublimé — eau 300 gr. sublimé 0,10, — les pommades opiacées ou à l'oxyde de zinc, l'huile de cade pure ou mitigée.

Du reste, le prurit réclame des agents différents suivant la nature du lichen : l'huile de cade réussit beaucoup moins dans le cas de lichen dartreux que dans celui de lichen scrofuleux.

S'il existe un état hypertrophique de la peau, on conseillera les pommades avec l'iodure de potassium ou l'iodure de plomb, ou l'extrait de ciguë, ou les substances alcalines.

Enfin, si la peau est rude et sèche, on aura recours aux bains de vapeurs.

Hi AFFECTIONS GENERIQUES.

Mais il faut pour le lichen, comme pour les autres affections génériques, satisfaire non- seulement aux indications fournies par le genre, mais encore à celles qui sont données par la nature du lichen.

DU PRURIGO.

M. Bazin définit, avec Willan, le prurigo : « une affection cutanée caractérisée par des papules plus volumineuses que celles du lichen, sans changement notable de couleur à la peau, développées le plus souvent dans le sens de l'extension, couronnées à leur sommet d'une petite croûte noirâtre de sang desséché et s'accompagnant toujours d'un prurit très- vif et quelquefois intolérable. » Mais il fait cette restriction que les papules ne sont pas toujours plus volumineuses que celles du lichen, et que dans le prurigo latent, par exemple, elles sont à peine visibles.

Symptomatologie. — L'éruption a pour siège de prédilection les épaules, la nuque, la face externe des membres; quelque* fois elle envahit en peu de temps une étendue plus ou moins considérable de la surface cutanée ; dans d'autres cas, au contraire, elle est limitée à une région telle que la face, le scrotum, le pourtour de l'anus, et ne présente pas de tendance à s'étendre ; elle est en général précédée de démangeaisons plus ou moins intenses. Ensuite apparaissent des éminences pleines, ordinairement discrètes et isolées, larges, saillantes et donnant au doigt une sensation de rudesse et d'aspérité ; sous l'influence du prurit le malade se gratte sans cesse, déchire avec ses ongles les papules qui se recouvrent d'une petite croûte brunâtre ou noirâtre, formée par une gouttelette de sang desséché, caractère important du prurigo.

Le prurit présente d'ailleurs une intensité variable suivant la forme et la nature de l'affection : léger dans le prurigo mitis des auteurs, caractérisé par des papules volumineuses (P. scrofuleux de M. Bazin), elles sont atroces dans le prurigo formicans des auteurs caractérisé par de très-petites papules (P. hei*

PRUKIGO. US

pétique de M. Bazin) ; alors le malade éprouve les sensations les plus diverses : celle d'une brûlure, d'une ardeur cuisante, ou il lui semble que la peau est traversée par des milliers d'aiguilles, est parcourue par des légions de fourmis, etc. Le prurit augmente souvent le soir et la nuit sous l'influence de la chaleur, subit une exacerbation consécutivement à un travail assidu, une émotion vive, un brusque changement de température et par suite de toutes les causes qui accélèrent la circulation. Pour calmer ces sensations pénibles, le malade se gratte incessamment, substitue même à l'action insuffisante de ses ongles celle d'étrillés, de brosses et déchire la peau. Alors on voit de nombreuses croûtes sanguines au sommet des papules; des traînées sanglantes qui dénotent l'action irritante des ongles et même des pustules d'ecthyma, des furoncles, des abcès sous dermiques, consécutifs à l'irritation des téguments. Vainement le malade cherche dans le sommeil un allégement à ses douleurs : à peine est-il au Ut, que la chaleur qu'il éprouve redouble les démangeaisons, et qu'il est obligé de se lever et de faire des lotions avec l'eau froide ou d'autres liquides.

Lorsque la prurigo est partiel, il occupe en général les parties génitales, le pourtour de l'anus, la plante des pieds, et alors on peut voir survenir des phénomènes spéciaux, l'extension de l'hyperesthésie au clitoris et à la muqueuse vaginale, et partant l'onanisme et la nymphomanie si le prurigo occupe les parties génitales de la femme, etc.

Quelquefois la ténuité des papules est telle que Ton peut mettre en doute leur existence et que le prurit est le seul symptôme existant. (P. latent ou sans papules des auteurs.)

M. Bazin fait remarquer qu'il existe un défaut habituel de relation entre le prurit et l'altération papuleuse; que l'un peut prédominer sur l'autre, et il attribue judicieusement les modi* fications de volume, de forme et de nombre des papules, les variations du prurit, les relations du prurit et des papules, à la nature de la maladie qui a déterminé le prurigo : arthritis, herpétis, scrofule.

Le prurit et l'agitation, les insomnies répétées, le trouble des

H 6 AFFECTIONS GENERIQUES.

fonctions digestives qui en sont la conséquence, déterminent l'épuisement, l'amaigrissement, l'abattement, etc., quelquefois même la folie et une tendance au suicide.

Marche, durée, terminaison. — Le prurigo est tantôt aigu, et ne dure alors qu'un à trois septénaires ; tantôt chronique, et se prolonge alors pendant des mois et des années. Quelquefois il est intermittent, apparaît à une certaine époque de l'année, disparaît après uniaps de temps plus ou moins long, et ne se développe de nouveau que l'année suivante, à la même époque.

Lorsque le prurigo a existé pendant longtemps, la peau subit des altérations notables ; elle présente des taches brunes ou noirâtres dues à la production et à l'accumulation considérable de matière pigmentaire ; on voit au milieu de ces maculatures de petites cicatrices blanchâtres consécutives aux exulcérations que le malade a produites en se grattant immodérément. On constate une sécheresse notable, un état granuleux, un épaississement considérable des téguments et une exagération de ses plis. Alors il n'existe entre le prurigo et le lichen aucune différence appréciable, et il est impossible de savoir laquelle des deux affections est sous les yeux. Le diagnostic différentiel n'a d'ailleurs, dans bien des cas, qu'une importance secondaire, puisque le prurigo et le lichen peuvent être des manifestations d'une même maladie, et partant exiger le même traitement.

Le prurigo est quelquefois suivi de mort; il la détermine alors non par lui-même, mais par les troubles fonctionnels qu'il entraîne : insomnie, altération des fonctions digestives, etc. Cette terminaison est, d'ailleurs, heureusement rare.

Diagnostic. — Les auteurs établissent un diagnostic différentiel entre le prurigo et le strophulus; mais le strophulus est caractérisé par des papules rosées ou blanches, quelquefois accompagnées d'érythème, parfois surmontées à leur sommet de vésicules demi-transparentes et siège d'un prurit modéré. Ce strophulus est un lichen aigu de nature scrofuleuse, et le diagnostic se confond avec celui du lichen.

Quant au strophulus prurigineux de M. Hardy, il ne con-

PRURIGO. 117

stitue pas un genre spécial et n'a aucun rapport avec le lichen scrofuleux de M. Bazin (scrofulide boutonneuse). C'est une affection de cause externe, un lichen ou un prurigo artificiel; en effet, il occupe les parties découvertes, est accompagné de taches érythémateuses, de pustules ecthymatiques, etc., occupe les parties découvertes : la face, les membres supérieurs, les cuisses, les jambes, etc., s'observe chez les individus qui, par leur profession, sont exposés au contact des substances irritantes, etc. ; il n'y a donc pas lieu d'établir un diagnostic différentiel entre le strophulus prurigineux et le prurigo, puisqu'ils constituent une seule et même exception.

Nous avons indiqué les caractères différentiels du lichen et du prurigo (voyez Lichen). Quant à l'urticaire, je ne pense pas qu'il soit possible à un médecin exercé de la confondre avec le prurigo.

Pronostic. — Le prurigo, considéré comme affection générique, n'est grave que par les démangeaisons qui l'accompagnent, démangeaisons quelquefois intolérables et déterminant de l'insomnie, de la folie et de la tendance au suicide.

Le prurigo des parties génitales est plus sérieux que celui des autres parties du corps, parce que le prurit s'étend, chez la femme, au clitoris, au vagin, provoque la nymphomanie et une excitation intellectuelle considérable.

Mais le pronostic varie surtout suivant la nature de l'affection : le prurigo de cause externe disparait avec la cessation de la cause; le prurigo scrofuleux cède plus facilement à un traitement approprié que le prurigo arthritique, qui persiste souvent longtemps, est sujet à des récidives fréquentes; mais le prurigo herpétique est, sans contredit, l'espèce la plus grave, parce qu'elle résiste ordinairement à tous les traitements, détermine des démangeaisons atroces, etc.

Anatomie pathologique. — La plupart des auteurs ont localisé la papule de prurigo dans la papille cutanée; mais le prurigo épargne précisément les régions où existent le plus grand nombre de papilles nerveuses, c'est-à-dire la face palmaire des mains, des pieds, la partie interne des membres. Rayer le

US AFFECTIONS GéîdSRIQUES.*

considère comme une phlogose papuleuse, et Cazenave comme une névrose;

Hébra pense que la papule du prurigo est due à un épanchement de liquide dans les couches les plus profondes de Tépiderme, liquide dont la quantité n'est pas suffisante pour donner lieu à une papule plate, perceptible au toucher, et plus tard visible à l'œil.

M. Bazin n'attache qu'une importance secondaire à la modalité pathogénique, et professe qu'il importe plus de savoir quelle est la nature du prurigo que de connaître s'il s'agit d'une névrose, d'une phlogose, etc.

Êtiologie. — Il existe un prurigo de cause externe et un prurigo de cause interne.

Le prurigo de cause externe est provoqué direct ou pathogénétique. Le prurigo provoqué direct s'observe chez les individus que leur profession expose à une chaleur intense, les cuisiniers, les forgerons, les verriers, chez les personnes qui manquent de propreté, habitent des logements mal aérés ou chez celles qui présentent des acares, des insectes appartenant au genre pcdiculus, pediculi corporis et pediculi pubis (P. parasitaire).

Le prurigo apparaît aussi chez les individus atteints d'ictères, et est dû à l'irritation produite dans la peau par la matière colorante biliaire. Enfin on le constate à la siûte d'abus alcooliques (P. pathogénétique).

Le prurigo de cause interne est scrofuleux, arthritique ou herpétique.

Causes du prurigo.

Provoqué ( Produit par le feu, les irritants»

direct. { ^ es P arasites : acarus pediculi, acare du

Prurigo. \ ( chat.

/ Provoqué \ de cause externe. \ indirect

Prurigo de cause interne.

ou pathogénétique. / Scrofuleux. / Mitis.

Arthritique, c Partiel.

Herpétique. ( Formicans.

Dû à l'ingestion d'alcooliques.

PRURIGO. H 9

Traitement. — Deux indications sont fournies par le genre prurigo : calmer le prurit et faire disparaître les papules.

Pour calmer le prurit, il faut avant tout rechercher quelle est la nature de l'affection; en effet, si elle est parasitaire, il suffît de faire usage des parasiticides pour la faire disparaître immédiatement et guérir complètement le malade ; si elle est de cause interne, il faut conseiller un traitement local et un traitement général.

Lies moyens externes consistent en bains, lotions, pommades et douches.

Les bains froids ou les bains additionnés de sublimé, d'alun, de sous-carbonate de soude, produisent un soulagement notable; au contraire, les bains sulfureux, les bains de mer, les bains de vapeurs, ne donnent pas d'heureux résultats par suite de l'excitation trop vive qu'ils déterminent.

On peut aussi employer les lotions avec de la glycérine , étendue, de l'eau vinaigrée, ou de l'eau de goudron, de l'eau froide, de l'eau blanche (4 gramme sous-acétate ' de plomb pour 400 à 500 grammes d'eau), de l'eau de sublimé (sublimé 8 grammes, eau 300 grammes) ou avec des décoctions de jusquiame, de tètes de pavot.

Les pommades réussissent mal : cependant M. Bazin a obtenu des succès avec la pommade suivante : morphine Ogr. 05 à gr. 10 pour 30 gr. d'axonge. Cette pommade substitue à la sensation de prurit une sensation douloureuse que le malade supporte mieux.

Quelquefois on est même obligé de recourir aux cautérisations répétées tous les trois ou quatre jours avec une solution plus ou moins concentrée de nitrate d'argent.

Le traitement interne doit satisfaire à deux indications : calmer l'excitation nerveuse et partant le prurit; agir contre la maladie qui a déterminé le prurigo.

Pour répondre à la première, on ordonnera les narcotiques et les antispasmodiques ; et, pour répondre à la seconde, on prescrira les antiscrofuleux, les antiarthritiques et les antiherpétiques.

120 AFFECTIONS GENERIQUES.

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