DE LA TEIGNE PELADE
Définition. — On désigne sous le nom de pelade une teigne due à l'existence d'un cryptogame, le microsporon Audouini, et caractérisée par des plaques ovalaires, dénudées et privées de poils, conservant lacoloration normale de la peau, ou décolorées et d'une teinte blanc de lait, saillantes ou non au-dessus des parties environnantes.
Symptomatologie. — La pelade présente trois périodes :
A la première, elle est caractérisée par un prurit franc et m^>" déré ; des altérations des poils tantôt évidentes, tantôt obscur^^* et consistant dans un aspect terne, poudreux, sale, des ch^ veux ; quand ils ne sont pas décolorés ils ont une couleur ro*' geâtre.
A la deuxième période, le champignon apparaît sous la forn*^ d'un duvet grisâtre ; souvent il passe inaperçu à cause de soXJ peu d'abondance. Le prurit persiste et le cuir chevelu offre ox* état d'hypertrophie, que M. Devergie a bien décrit mais àcon**~ paré, à tort, à l'œdème, l'application du doigt ne détermina»* jamais de dépression'dans la pelade.
L'altération des cheveux se prononce davantage; mais bientôt ils tombent et se reproduisent alternativement et ne # distinguent plus, après un' certain temps, des poils de duvet*
A la troisième période, le prurit continue, les poils tombe*** et ne se reproduisent plus, les plaques malades s'affaisent et I e duvet blanchâtre disparaît.
M. Bazin admet une pelade achromateuse (ancienne teigt** achromateuse) et une pelade décalvante ou ophiasique (a£* ^ cienne teigne décalvante).
A. Pelade achromateuse. — Tantôt les surfaces malades sont déprimées, comme les parties affectées de favus, après la chute des croûtes, tantôt et plus souvent elles sont au niveau des surfaces voisines. Les poils offrent un aspect sale et terne, sont fins et décolorés, quelquefois rougeàtres.
A la deuxième période apparaissent des plaques ovalaires, offrant une coloration blanc de lait, au niveau desquelles tous les poils tombent, de sorte que la dénudation est bientôt complète. Quelquefois il n'existe qu'une plaque, mais le plus ordinairement on en observe plusieurs dispersées çà et là sur le cuir chevelu.
Gesplaques s'agrandissent, se réunissent les unes aux autres et occupent ainsi la plus grande partie de la tète. De là l'affection peut s'étendre sur toutes les parties du corps, détruisant partout les poils qu'elle rencontre. Mais ce n'est pas le cas le plus ordinaire, et souvent la pelade ne dépasse pas le cuir chevelu ou la barbe. La guérison peut même arriver.
B. Pelade décalvante. — Elle se distingue de la variété précédente parles caractères suivants: elle a une marche beaucoup plus rapide ; les poils tombent avant toute altération appréciable de leurs caractères physiques et laissent à nu des surfaces irrégulièrement conformées et non ovalaires, offrant la coloration normale des téguments et non une couleur blanc de lait.
Les variétés de siège n'ont pour ainsi dire aucune importance.
On peut observer deux modes de terminaison : la calvitie définitive et la guérison spontanée : la première, plus fréquente, arrive souvent dans la pelade décalvante ; la dernière n'est pas rare dans la pelade achromateuse.
Etiologic. — Causes prédisposantes. — Aucun âge n'est à 'abri de la pelade; mais la pelade du cuir chevelu est plus fréquente chez les enfants et celle de la barbe ou de tout autre région, chez l'adulte.
Cause efficiente. — Le microsporon Audouini est la seide causo déterminante de la pelade. M. Bazin a décrit en ces termes les
caractères distinctifs du microsporon Audouini et du trichophyton:
Dans le microsporon Audouini, les spores sont ,p}us petites et moins nombreuses que dans le trichophyton ; les triehomata plus nombreux. La disposition du champignon, par rapport à la tige et à la racine du poil, est fort remarquable et bien différente de celle du trichophyton. Ainsi, sur la tige, les spores forment quelquefois de petits groupes isolés ou affectent une disposition racémiforme. La tige elle-même présente de distance en distance des renflements ou nodosités, sphériqucs ou ovoïdes, constitués par les fibres longitudinales dilatées et incurvées, au travers desquelles ou aperçoit des amas de sporules. Dans les intervalles des renflements le poil ne paraît pas malade.
Le trichophyton produit d'autres désordres sur la tige dû cheveu, qui est altérée dans toute son étendue, épiée à ses deux extrémités, fasciculée, offrant véritablement l'aspect d'un fagot Les fibres-longitudinales du cheveu sont écartées par les spores, quelquefois brisées, formant çà et là des éclats sur la tige. Or, cette disposition du champignon est exceptionnelle dans le microsporon et jamais d'ailleurs aussi prononcée que dans le trichophyton. Dans la pelade, on ne constate de brisure, sur les cheveux malades, qu'au niveau des nodosités qui se rom* pent à la manière d'un jonc. Quand l'altération cryptogamiqae est parvenue à son summum d'intensité, les fibres du cheveu sont écartées dans toute leur étendue par les spores disposées en séries linéaires ; mais le cheveu est mince, transparent, aplati, et non en fascicules ou en touffe, comme dans la teigne tonsurante.
Sur la racine, les désordres ne sont pas moins remarquables. Ainsi, le plus grand nombre des cheveux extraits des tonsures de la pelade ont un bouton sans capsule, tandis que, dans la teigne tonsurante ou l'herpès en desquamation, ils n'en ont pas, puisqu'ils sont rompus aux deux extrémités. Dans la pelade, la racine du cheveu est recourbée en crosse, ou droite et en massue; le cheveu extrait de la circonférence des tonsures
dans l'herpès offre souvent un renflement énorme qu'on peut comparer pour la forme soit à l'oignon, soit au navet; et si l'altération» de la racine est portée aussi loin que possible, celle-ci présente l'aspect d'une fourche ou d'un trident.
Le microsporon épidermique et le microsporon unguéal
sont faciles à constater, en examinant au microscope le duvet
grisâtre qui recouvre les plaques dénudées de la pelade et la
substance qui forme les points jaunes de l'ongle dans la même
maladie; mais vous trouverez toujours avec les éléments cryp-
togamiques un grand nombre de cellules épithéliales, tandis
que vous trouverez le trichophyton à l'état de pureté dans les
gaines blanches qui entourent les poils brisés de l'herpès en
desquamation.
La teigne pelade peut se transmettre des quatre manières que nous avons indiquées pour les autres teignes ; mais l'inoculation n'a pas encore été pratiquée.
Le microsporon Audouini peut vivre aux dépens des poils de répiderme et des ongles.
Nous venons d'indiquer les désordres qu'il produit quand A siège sur les poils ; ordinairement il affecte en même temps lépiderme qui existe dans l'intervalle des poils et là se preste sous la forme de substance féculente.
M* Bafcin n'a observé qu'une fois l'altération des ongles due *U microsporon Audouini : sur deux doigts de la main droite ^Un enfant affecté de pelade du cuir chevelu, il a observé une *°table altération de l'ongle, altération se rapprochant de ^Ue produite par le trichophyton. A son extrémité libre, les s Wes longitudinales étaient séparées et l'ongle faisait brosse , **ir le corps de l'ongle on remarquait, sous la lame superficielle, de petites taches jaunes dirigées dans le sens des stries longitudinales. Le microscope apprit que ces taches étaient %mées par le microsporon Audouini qui se présentait d'ailleurs avec une richesse remarquable sur tous les cheveux exa-» minés au microscope.
Cheveu extrait d'une plaque de teigne pelade.
WL i:
A. Extrémité supérieure du cheveu brisé.
I*. Sporules en dehors du cheveu.
C, D, E. Renflement du cheveu ou nodosité.
F. Tubes sporulaires.
G. Extrémité inférieure du cheveu.
I. Sporules au milieu du cheveu. — Figures empruntées.au Traité des affections parasitaires de M. Bazin.
Diagnostic» — La pelade peut être confondue avec le vitiligo, les diverses espèces de teignes, l'alopécie sénile et l'alopécie symptomatique de l'acné sébacée, de maladies graves.
Mais le vitiligo simple n'a pas pour siège de prédilection le cuir chevelu, les plaques présentent ordinairement une forme irrégulière et non ovalaire ou circulaire ; les poils ne sont pas toujours altérés dans leurs caractères physiques ; enfin autour des surfaces décolorées, privées de pigment, existe une coloration plus foncée de la peau, une hypersécrétion pigmentaire que l'on n'observe jamais dans la pelade.
Il est difficile de confondre le favus avec la pelade : en effet, quand les croûtes faveusès sont détachées, on constate l'existence de surfaces ovalaires ou arrondies, légèrement déprimées, mais d'une rougeur plus ou moins intense et non d'une couleur d'un blanc de lait. Lorsque plus tard existe un tissu blanc cicatriciel, l'aspect de ce tissu est tout différent de celui de la peau saine ou décolorée des plaques de pelade.
Quand la teigne tonsurante présente ses caractères types, il est impossible de la confondre avec le pelade, mais quelquefois elle perd ses principaux caractères et ne se présente plus avec cet aspect brunâtre ardoisé, si caractéristique; simultanément l'hypertrophie des follicules pileux disparaissant, les plaques ne sont plus ni mamelonnées, ni saillantes, et l'affection peut être prise pour une pelade, aussi M. Bazin la désigne-t-il, avonsnous dit, sous le nom de fausse pelade. Cependant même l'examen à l'œil permet d'établir le diagnostic. En effet, dans le cas de fausse pelade, on observe, à la surface de la plaque dénudée,, des points noirâtres formés par des poils cassés à 1 ou 2 millimètres de cette surface ; — dans la vraie pelade on ne trouve, sur la plaque, que de petits poils fins et décolorés que la pince peut extraire avec leur racine.
La calvitie sénile procède avec régularité, débute par les parties antérieures du crâne, se propage de là vers le sommet de la tète, et la dénudation se trouve ainsi encadrée dans un demi-cercle de cheveux qui s'étend d'une tempe à l'autre en passant par les régions latérales et occipitales inférieures.
Cette calvitie n'est pas l'apanage exclusif de la jeunesse, on l'observe aussi chez des adultes et dans l'âge mûr sous l'influence de causes débilitantes ; elles présente tous les caractères que nous venons de mentionner.
h'alopécie syphilitique dépend d'affections cutanées qui altèrent les follicules ou d'une modification générale imprimée à 'organisation par la maladie constitutionnelle, c'est là la véritable alopécie syphilitique.
Elle a été précédée de symptômes syphilitiques et apparaît quinze jours ou trois semaines après le début des accidents secondaires.
La chevelure s'éclaircit, dit M. Diday, mais jamais elle ne disparaît en totalité. Quand l'infection atteint un haut degré, ou quand elle a produit un état chloro-anémique prononcé, l'alopécie ne se borne pas au cuir chevelu ; les sourcils, les cils, les poils de la barbe, du pubis, ceux de tous le corps, subissent le même sort ; et leur absence donne à la physionomie de l'individu un aspect aussi compromettant pour lui qu'il est caractéristique pour le médecin. Et non-seulement quelques cheveux sont tombés, mais ceux qui restent ont perdu leur apparence normale. Secs, grêles, ternes, cassants, on devine qu'As sont condamnés avant même qu'ils s'ébranlent. Un homme qui offre cette lésion se reconnaît à distance : quoiqu'il ait ses cheveux, il a l'air de porter perruque.
Les lésions qui, à cette période de la sypliilis, s'observent au cuir chevelu sous forme de petites croûtes, contribuent à la chute des poils. Mais l'alopécie est loin de se borner aux points, très-circonscrits d'ailleurs, occupés par cette éruption ; les cheveux tombent aussi bien loin des croûtes que sur les croûtes. Ils tombent également aux sourcils, là où il n'y a aucune lésion, où il serait si facile, s'il y en avait, de la constater.
La cause de l'alopécie des syphilitiques est plus qu'une influence locale. Elle vient d'un défaut de vitalité, de la déglobulisation, de l'appauvrissement spécial qui a frappé le sanjç. Comme dans toutes les grandes débilitations de l'organisme.
suites découches, fièvres typhoïdes, etc., on voit alors l'économie économiser, pour ainsi dire, sur la nutrition de ces parties accessoires ou superflues, pour subvenir à l'entretien des appareils nécessaires à la vie.
La débilitation qui donne lieu à l'alopécie syphilitique étant essentiellement passagère, un peut promettre à ses malades le retour, au bout de quelques mois, de leur chevelure, de leurs poils à l'état normal. Sont néanmoins exceptés les sujets dans la famille desquels la chute précoce des cheveux est un fait habituel, ainsi que ceux qui, au moment où ils ont contracté la syphilis, approchaient ou avaient dépassé la quarantaine.
L'alopécie survient également, dans la lèpre, soit par le fait d'infiltrations localisées de matière tsarathique, soit primitivement et sous l'influence directe de la maladie ellemême.
Si l'alopécie survient pendant la convalescence des maladies graves, à la suite de l'accouchement, des fièvres, des phlegmasies, ou dans le cours de la phthisie, du diabète, etc., elle est générale ; tous les cheveux de la tète tombent en même temps parce que sous l'influence du trouble apporté par la maladie dans l'innervation générale, le cheveu n'a plus reçu les éléments nécessaires à sa nutrition et a perdu son adhérence à la peau à tel point que lors du retour à la santé et du rétablissement de l'activité fonctionnelle, il tombe à la manière d'une corps étranger. Du reste, les cheveux repoussent, en général, très-vite dans l'alopécie syphilitique et dans l'alopécie consécutive aux maladies graves.
Si l'alopécie est consécutive à l'acné sébacée, la tête est couverte d'un enduit huiLeux caractéristique.
L'acné pilaris est quelquefois accompagnée de dénudations, se présentant sous forme de plaques circonscrites et que l'on pourrait prendre pour de la pelade achromateuse déprimée ; mais dans l'acné pilaris, la dénudation a été précédée de groupes pustuleux.
La chute des cheveux consécutive au pityriasis est égale-
ment précédée de phénomènes cutanés caractéristiques et suffisants pour établir le diagnostic (1).
(1) Je n'ai pas fait l'histoire de l'alopécie, au chapitre des symptômes cutanés, parce que au sujet du diagnostic différentiel de la pelade, je devais passer en revue les diverses espèces d'alopécie et que je voulais éviter les répétitions inutiles; cette note complétera du reste l'histoire de ce symptôme.
On désigne sous le nom d'alopécie (de àXwiniÇ, renard, parce que cet animal perd ses poils à certaines époques de l'année), un symptôme caractérisé par la chute générale ou partielle des cheveux ou des poils, quelle qu'en soit la cause.
Il existe une alopécie naturelle et une alopécie morbide.
L'alopécie naturelle comprend l'alopécie congénitale et l'alopécie sénile ou calvitie. L'alopécie congénitale est due à l'arrêt de développement des follicules pileux et est ordinairement partielle ; elle est caractérisée par des surfaces dénudées, lisses, complètement glabres ou revêtues de quelques poils follets. Cet état persiste quelques mois, un an ou deux, mais rarement pendant toute la vie.
Nous avons décrit plus haut l'alopécie sénile.
L'alopécie pathologique reconnaît des causes multiples : tantôt elle est due à des brûlures, à des inflammations traumatiques des régions velues, à des parasites qui détruisent la racine du poil. — Alopécie de cause externe, — Tantôt elle survient dans le cours ou la convalescence de maladies aiguës ou chroniques, telles que les érysipèles, les fièvres éruptives, la phthisie, le diabète, etc., ou est consécutive aux affections cutanées qu'entraînent les maladies constitutionnelles, l'arthritis, l'herpetis, la syphilis, etc. — Alopécie de cause interne. — Pour établir le diagnostic, il faut tenir compte de la généralisation ou de la localisation de V alopécie : la généralisation indique une cause qni porte son action sur tous les follicules pileux, alopécie cachectique, ou l'existence du microsporon Audouini.
De son étendue, lorsquelle est partielle : Tantôt tout le crâne est dénudé, tantôt la dénudation a lieu par plaques plus ou moins grandes. Les affections parasitaires à leur début, l'acné pilaris, ne déterminent que des alopécies circonscrites du cuir chevelu ; ça et là on observe des places dénudées.
De la dénudation plus ou moins grande des parties affectées : Tantôt il ne reste aucun vestige de poils, tantôt, au contraire, on observe encore quelques poils ou du duvet. Si l'alopécie est complète, s'il ne reste plus aucun vestige des poils et si elle est généralisée, elle est due au porrigo decalvans; si elle est complète et partielle, on doit songer aux teignes, aux sypbilides et aux scrofulides profondes du cuir chevelu (lupus érythémateux et pelade).
De la forme des surfaces dégarnies qui sont arrondies ou ovalaires, irrégfllières et sans limites arrêtées. Dans la pelade achromateuse, la forme des surfaces dénudées est ovalaire, elle est irrégulière dans la pelade décalvante.
De la marche : La chute rapide des cheveux est un signe rétrospectif d'une maladie aiguë.
De la durée : Une alopécie de courte durée fera soupçonner l'existence antérieure d'une maladie aiguë; une alopécie qui remonte à une époque éloignée fera penser à une affection herpétique, une pelade ou un favus.
De Vétat des cheveux. Les cheveux secs, ternes, d'un gris de souris, appar-
Le lupus érythémateux du cuir chevelu simule, jusqu'à uu certain point, la pelade achromateuse ; toutefois, à sa période d'état, le lupus présente un bourrelet circonférentiel accompagné d'une teinte rouge, et quand il est guéri, on a sous les yeux une véritable cicatrice, tandis que dans la pelade on constate à l'œil nu ou à la loupe de nombreux poils follets.
Pronostic. — La pelade est une teigne plus sérieuse que les autres, bien qu'elle ne détermine aucune altération de la
tiennent au fa vus; des poils cassés, bifides, tortillés, etc., indiquent la teigne tonsurante; enfin daus la pelade, il n'existe qu'un simple duvet. Les cheveux sont secs dans le pityriasis, gras dans l'acné sébacée.
De Vétat de la sensibilité : L'anesthésie doit faire naître l'idée de la lèpre tuberculeuse ; les démangeaisons, celle d'un pityriasis : les picotements, celle de l'acné, etc.
De Vétat de la peau : Si la teinte de la surface dénudée est pâle, décolorée, lisse, on ne peut hésiter qu'entre le pelade achromateuse et le vitiligo lépreux; si elle est ardoisée et si l'aspect est rugueux et mamelonné, on a sous les yeux une teigne tonsurante. La dépression de la peau appartient à la pelade achromateuse. Si un tissu cicatriciel forme le fond de la surface dénudée, on doit songer au favus, à la syphilis ulcéreuse ou à la scrofule cutauée profonde.
Le pronostic varie évidemment avec la cause, est moins grave dans l'alopéoie de cause externe que dans l'alopécie de cause interne.
L'alopécie étant due à une altération des bulbes pileux, le traitement consiste à faire des applications topiques sur la peau et les orifices des glandes.
M. Bazin conseille, d'une part, la coupe des cheveux de temps à autre, lorsque l'alopécie est due à un pityriasis ; la rasure, si elle est l'effet de l'acné sébacée; enfin l'épilation quand elle est résultat de l'existence de parasites, et d'autre part le goudrou, l'huile de cade pour les affections squameuses ; des cataplasmes de fécule pour enlever les croûtes, dans les affections croûteuses, et ensuite les pommades astringentes au calomel,au tannin, à l'oxyde de zinc, etc., ou simplement les poudres de riz ou d'amidon, suivant l'état d'irritation des surfaces affectées; les solutions de saponine ou de potasse, s'il existe des croûtes sébacées. En l'absence de toute lésion matérielle, les toniques, les astringents, tels que les préparations de zinc, de fer, deratanhia, de quinquina, d'alun, sont spécialement indiqués. Enfin, au traitement local, doit être souvent joint un traitement général, basé sur la nature de la maladie, dans le cours de laquelle l'alopécie est survenue.
C'est dans ces cas sans lésion que réussit la pommade de Dupuytren : moelle de bœuf, 230 gramm. ; acétate de plomb, 4gramm. ; racine du Pérou, 30 gramm. ; alcool à 30°, 8 grammes ; teinture de cantharides, 1,20 ; teinture de girofle et teinture de cannelle, 0,75 de chaque. La pommade de Schneider : suc de citron, 4 grammes ; extrait de quina, 8 grammes ; teinture de cantharides, 4 grammes ; huile essentielle de cédrat, 1 gramme ; huile essentielle de bergamote, 0,05, et moelle de bœuf, 60 grammes ; ou celle de Cazenave : teinture aromatique du Codex, 4 grammes; huile de ricin, 4 grammes, et moelle de bœuf, 30 grammes.
santé, lors même qu'elle. est généralisée. Mais la guérison est très-difficile à obtenir et ne survint qu'après un temps trèslong.
Traitement. — Il est le même que celui des autres teignes et consiste dans Tépilation et l'emploi des agents parasiticides. Mais l'épilation est très-difficile, parce que ce sont des poils de duvet qu'il faut extraire et qu'ils échappent à la pince. Aussi faut-il répéter souvent cette opération et ne la cesser que lorsque les cheveux ont repris leurs caractères normaux. Il faut, du reste, pratiquer l'épilation non- seulement au niveau des surfaces malades, mais encore dans un certain rayon autour d'elles.
2° Végétaux épidermophytiques.
M. Bazin désigne sous le nom de crasses parasitaires les diverses affections produites par les végétaux épidermophytiques. Les crasses parasitaires concernent les affections désignées par les auteurs sous les noms de pityriasis verskolor, pityriasis nigra, chloasma ou macula gravidarum, taches hépatiques, épki- Hdes lenticulaires, etc., et regardées par eux comme autant d'affections distinctes.
Or, toutes ces affections n'en sont qu'une seule, produite parle microsporon fur fur, végétal qui serait mieux nommé épidermophyton, et a été découvert par Eichstedt.
Le microsporon furfur vit aux dépens de l'épiderme et ea occupe les couches superficielles ; rarement on le trouve sur les poils follets, mais jamais il ne détruit les cellules pigmentaires.
Symptomatologie. — Les crasses parasitaires peuvent s'observer sur tous les points du corps, mais se constatent principalement sur le tronc et le visage; elles sont caractérisées par des taches d'une couleur foncée {pityriasis nigra) ou par des taches dont la coloration rappelle la teinte du café au lait, ou e«t brune, jaunâtre, taches qui ne s'effacent pas sous la pression
du doigt, sont le siège d'une desquamation furfuracée, revêtent une forme irrégulière, offrent des bords sinueux, présentent des dimensions plus ou moins grandes, tantôt celle d'une pièce de 20 centimes, tantôt celle de la paume des deux mains (pityriasis versicohr) .
I/exfoliation furfuracée est continuelle, mais parfois si peu prononcée, qu'il faut examiner avec soin les surfaces malades pour la découvrir. Elle est constituée par des débris épidcrmiqnes et de la matière parasitaire.
Des démangeaisons, en général légères, précèdent et accompagnent les crasses parasitaires; elles sont plus vives, d'après quelques auteurs, sous l'influence de certaines conditions hygiéniques et physiologiques.
Les crasses parasitaires récidivent souvent parce que le
cryptQgame n'a été qu'incomplètement détruit, qu'il est resté
quelques spores suffisantes pour la reproduction de l'affection.
On obtient facilement la guérison de cette affection à l'aide
du traitement que nous indiquerons plus loin.
Etiologie. — L'adolescence et l'âge adulte, le tempérament lymphatique, la grossesse (masque des femmes enceintes), et Peut-être certaines maladies du foie dépendant de maladies ° «^institutionnelles... favorisent le développement des crasses Parasitaires (causes prédisposantes).
La seule cause déterminante est l'existence du microsporon **Urfur. Ce champignon offre des caractères identiques dans le Pityriasis versicolor, le chloasma des femmes enceintes, les taches hépatiques ; il tient le milieu entre les cryptogames des teignes et ceux des muqueuses, dont il se rapproche par un Réseau très-riche composé de tubes ou filaments droits ou contournés, simples ou ramifiés avec des spores terminales, filaments plus étroits que ceux de l'oïdium albicans et non cloisonnés. Les spores sont presque toutes sphériques, semblent avoir un contour bilinéaire et ne renferment pas de granulations à l'intérieur.
Ce végétal ne pénètre jamais dans l'intérieur des poils, mais se développe seulement à leur surface ; de là la guérison facile
deâ crasses parasitaires. C'est à son mélange avec l'épiderme qu'est due la coloration des téguments.
Si Ton veut constater l'existence du microsporon Audouini, il faut racler avec une lame de bistouri la surface malade; placer les squames obtenues sur un verre, ajouter une goutte ou deux d'acide acétique, les recouvrir d'un verre mince et placer le tout sous le ebamp du microscope ; à l'aide d'un grossissement de 300 diamètres , on peut alors observer les spores et les tubes sporulaires.
Diagnostic. — Il est, en général, très-facile; cependant, quelquefois se présentent des difficultés : si, dit M. Bazin, une syphilide papuleuse se développe chez un sujet affecté depuis quelque temps de pityriasis versicolor, à un certain moment, les papules disparaissent, et il ne reste plus que des macules dont l'aspect est peu différent des crasses parasitaires. Souvent, en pareil cas, le parasite passe inaperçu ; on s'étonne seulement qu'une sypbilide papuleuse soit accompagnée de démangeaisons. Cependant, les démangeaisons, qui font défaut dans une sypbilide, la forme et l'étendue des taches, leur couleur, leur desquamation, etc., suffisent pour établir le diagnostic.
Les taches de rousseur se différencient des éphélides lenticulaires par l'absence de prurit, de farfuration et l'impossibilité de les faire disparaître en les grattant avec un instrument tranchant.
Les taches hépatiques peuvent être prises pour des tachessyphilitiques; mais ces dernières sont accompagnées d'un certain nombre de symptômes spécifiques qui ne peuvent laisser de doute sur le diagnostic.
Le pityriasis nigra a de l'analogie avec l'acné sébacée; toutefois le pityriasis occupe ordinairement les régions temporales, tandis que l'acné existe presque toujours au bout du nez, et n'est pas acompagné de prurit, phénomène qui manque rarement dans le pityriasis. Enfin, la matière sébacée qui se concrète à la surface de la peau ne ressemble que de loin à te matière parasitaire et épidermique qui constitue les taches
brunes dix pityriasis nigra. On a quelquefois pris pour des plaques de vitiligo les parties saines de la peau qui séparent les taches de pityriasis versicolor ; or, il suffit de signaler Terreur pour permettre de l'éviter.
Le pityriasis slmplex et le pityriasis rubra se distinguent par leur couleur, leur marche, des squames plus épaisses, plus franchement lamelleuses.
Traitement. — L'affection étant due à un champignon situé dans la partie la plus superficielle de l'épiderme ou à la surface de la peau, il suffit, pour obtenir la guérison, d'ordonner aux malades des lotions de sublimé au 1/300, des bains sulfureux ou de sublimé.
3° Végétaux épithéliophytiques.
Us se développent sur les muqueuses et n'apparaissent sur la peau que lorsque, par suite de frottements répétés, elle a revêtu complètement les caractères des muqueuses, ou lorsqu'elle est dénudée. Nous ne leur devons donc qu'une simple Daention.
Dans la plupart des cas, ils surviennent consécutivement à
une altération des liquides : l'oïdium albicans n'apparaît que
lorsque le mucus buccal est devenu acide. Comme les autres
végétaux, ils sont transmissibles d'un individu à un autre et
disparaissent rapidement sous l'influence des parasiticides.
M. Bazin conseille de remplacer, dans le traitement du muguet, le borax par la solution de sublimé, dont l'action est beaucoup plus rapide.