‹ Traité des affections de la peau, d'après les doctrines de M. BazinChapitre 31 sur 48 · DE L'URTICAIRE · texte numérisé non relu

DE L'URTICAIRE

Définitions. — La fièvre ortiée est une maladie aiguë, fébrile ou non, et caractérisée par des papules rosées ou rouges, décolorées au centre, apparaissant et disparaissant brusquement, et accompagnées de vives démangeaisons.

Symptomatologie. — L'éruption est en général précédée de phénomènes prodromiques consistant en frissons, malaise général, douleurs de tète, troubles digestifs, /ièvre, prurit intense, etc.

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Bientôt apparaissent des érainenecs papuleuses, rosées ou rouges, décolorées au centre, discrètes ou confluentes, accompagnées de vives démangeaisons et de tuméfaction des parties où elles siègent, persistant un temps variable de quelques minutes à quelques heures, mais se reproduisant pour disparaître de nouveau.

Etiologie. — La fièvre ortiée naît au printemps et pendant les chaleurs de Tété, principalement chez les enfants, les femmes et les sujets nerveux.

Cette urticaire a une existence indépendante, constitue une entité morbide, et ne dépend pas d'une maladie constitutionnelle.

Diagnostic. — Nous avons établi le diagnostic différentiel du genre urticaire. Il est donc inutile de revenir sur ce sujet ; mais comment reconnaître que l'urticaire constitue une entité morbide et ne dépend pas d'une maladie constitutionnelle, ou n'est pas de cause externe — urticaire due au contact des orties, etc., ou à l'ingestion de certains aliments, poissons, fraises, etc.?

La fièvre ortiée idiopathique a une marche régulière, n'est pas accompagnée ou précédée- de symptômes propres à une maladie constitutionnelle, n'alterne pas avec des affections cutanées, sèches ou humides, des migraines, des névralgies, etc., n'est pas consécutive à l'ingestion de moules, de fraises, etc.

Pronostic. — L'urticaire ne présente aucune gravité, et disparaît spontanément après une durée de quelques jours:

Traitement. — On ordonnera un émétique ou un éméto-cathartique s'il existe des symptômes d'embarras gastrique bilieux; un purgatif, si le malade est constipé; des lotions de sublimé, des bains d'amidon ou légèrement alcalins pour calmer le prurit.

Rarement il sera nécessaire de prescrire une émission sanguine, indiquée seulement quand la fièvre est intense et le sujet vigoureux.

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(B) Affections pseudo-exanthématiques vésiculeuses.

DU ZONA,

Le zona est ainsi appelé parce qu'il entoure le tronc ou les membres comme une demi-ceinture ; il a successivement porté les noms A'ignis sacer, à'érysipelas zoster, d'herpès zoster, etc.

Définition. — Le zona est une affection herpétique (variété d'herpès) caractérisée à sa période d'état par des plaques rouges, sur lesquelles sont groupées des vésicules plus ou moins nombreuses, plaques séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine et dont l'ensemble figure une demiceinture qui reste presque toujours limitée à une moitié du corps, que l'éruption occupe le tronc ou la face.

Le zona se développe ordinairement sur le tronc et particulièrement sur la base de la poitrine. Quelquefois, cependant, il commence sur le tronc pour se terminer sur les membres. C'est ainsi qu'un zona peut partir de la ligne médiane de la région lombaire, contourner la fesse et se terminer à la partie interne de la cuisse.

Le zona peut occuper le front, les joues et même le cuir chevelu. M. Rayer cite le cas d'un zona de la face qui s'était propagé aux gencives et à la face interne des joues. Lorsqu'il occupe le tronc, il est transversal ou oblique, tandis qu'il revêt ordinairement la direction verticale quand il siège au front, etc.

La plupart des dermatologistes s'accordent à considérer le zona du côté droit comme plus fréquent que le zona du côté opposé.

Après douze ou vingt-quatre heures de prodromes caractérisés par de la lassitude, de l'anorexie, delà fièvre, des douleurs lancinantes ou tensives et brûlantes sur les parties qui doivent être le siège de l'affection, on voit apparaître successivement ou simultanément des plaques rouges, irrégulièrement arrondies, offrant une étendue qui varie de 2 à 3 centimètres de longueur sur i à 2 centimètres de largeur, séparées les unes

des autres par des intervalles de peau saine, disposées suivant une ligne oblique et dont l'ensemble représente une demiceinture, une zone qui ne dépasse la ligne médiane ni en avant ni en arrière.

Sur ces plaques érythémateuses naissent des vésicules brillantes, transparentes, réunies les unes à côté des autres en . nombre variable de cinq à quinze ou vingt, dont la grosseur ne dépasse pas celle d'un grain de millet, et que Ton a comparée, à juste raison, ù de petites perles. Mais la sérosité qu'elles contiennent ne tarde pas à devenir lactescente, opaque et souvent noirâtre; leur volume atteint bientôt celui d'un petit pois, quelquefois même elles se fusionnent les unes avec les autres, de manière à constituer des bulles plus ou moins volumineuses ; enfin, vers le quatrième ou cinquième jour de leur existence, elles s'affaissent et se recouvrent de légères croûtes brunâtres ou jaunâtres qui tombent en laissant des taches rongea et lentes à disparaître.

La marche des vésicules n'est pas toutefois toujours aussi simple, et si l'inflammation a été trop vive, on voit au niveau de la vésicule une petite eschare dont la chute donne lieu à une plaie douloureuse. C'est surtout chez les vieillards, dont la constitution est détérioriée par de mauvaises conditions hygiéniques, que ces eschares grisâtres se développent; elles laissent après leur chute une ulcération douloureuse («on* gangreneux).

En général, la durée d'un groupe de vésicules est de huit à dix jours, mais comme les groupes naissent successivement, la durée totale de l'éruption est subordonnée à son étendue ; on peut dire néanmoins qu'elle varie entre deux ou trois septénaires; nous ne parlons pas du zona gangreneux dont les plaies exigent, pour se cicatriser, un ou deux mois.

Les phénomènes généraux cessent dès l'apparition de l'éruption, à moins que celle-ci ne soit lente et ne mette plusieurs jours à se faire; dans ce cas, ils persistent quelque temps; quelquefois même les douleurs névralgiques, ou le sentiment de brûlure se perpétuent pendant toute la durée du zona, persis-

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tent après sa disparition pendant plusieurs mois, et résistent à. la plupart des agents thérapeutiques mis en usage.

Généralement, mais non toujours comme on Ta prétendu, le zona se développe sur le trajet des filets nerveux ; ainsi, au thorax, il suit le trajet des nerfs intercostaux, au cou, celui des nerfs cervicaux, etc.

Etiologie. — Le zona apparaît dans la jeunesse et l'âge adulte, plus rarement dans la vieillesse ; chez les garçons plutôt que chez les filles, et principalement au commencement du printemps.

Nous avons dit que M. Bazin avait décrit, dans sa première édition, un zona idiopathique et un zona arthritique ou lierpétique, mais que, dans la seconde édition, il décrivait seulement un zona idiopathique, non parce qu'il niait à cette affection toute relation avec l'arthritis ou Therpétis, mais parce que souvent les caractères distinctifs sont difficiles à reconnaître, et que, d'ailleurs, le zona guérissant toujours spontanément, la distinction entre le zona idiopathique et le zona arthritique ou herpétique est inutile.

Le zona est-il consécutif à une altération, ou à un trouble fonctionnel des nerfs ? A l'appui de cette opinion, on a cité des faits de zona consécutifs à une lésion traumatique des nerfs correspondants, et on a prétendu que le zona était toujours consécutif à une névralgie des nerfs de la partie où il siégeait. Évidemment cette dernière proposition est fausse, et très-souvent le zona n'est précédé d'aucune douleur névralgique. D'ailleurs, on observe un grand nombre de névralgies qui ne sont jamais accompagnées d'une éruption vésiculeuse.

Le diagnostic ne présente aucune difficulté, le pronostic aucune gravité, et le traitement consiste seulement à saupoudrer les parties malades de poudre d'-amidon, à prendre des tisanes rafraîchissantes, quelquefois même un purgatif salin. Rarement la saignée est utile.

Si le malade est anémique , on ordonnera les toniques et les ferrugineux.

Lorsque des ulcérations existent, on prescrit les pansements

avec du cérat simple ou saturné, enfin lorsqu'il existe des douleurs névralgiques, on met en usage tous les moyens recommandés contre les névralgies.

HERPÈS PHLYCTÉNODE PSEtJDO-EXANTHBBfATiQUE.

Définition. — L'herpès phlycténode est une maladie aiguë, fébrile ou non, caractérisée par une éruption de vésicules globuleuses, reposant sur une surface plus ou moins rouge, et subissant leur évolution dans l'espace de huit à dix jours.

Symptomatologie. — Après douze ou vingt-quatre heures de malaise général, céphalalgie, fièvre, troubles digestifs, etc., naissent une ou plusieurs taches rouges, irrégulières, légèrement saillantes, sièges de prurit, et sur lesquelles ne tardent pas à se montrer des vésicules d'abord petites, mais ne tardant pas à acquérir le volume d'un grain de chènevis et même celui d'un pois. Ces vésicules sont groupées en plus ou moins grand nombre sur chacune des surfaces enflammées, se confondent même quelquefois par leur base et donnent lieu à de véritables bulles; elles contiennent, au début, un liquide transparent qui leur donne un aspect perlé, mais, après un certain temps, ce liquide devient trouble et opaque, semble même diminuer de quantité , d'où la flétrissure et l'affaissement de la vésicule, et enfin se concrète en une croûte jaunâtre et irrégulière, débordant dans tous les sens la partie dénudée, persistant sept ou huit jours, et laissant après sa chute, ou une simple rougeur qui disparait lentement, ou une légère ulcération qui ne tarde pas à ce cicatriser.

Rarement l'absorption du liquide a lieu, et est suivie d'exfoliation épidermique.

L'herpès phlycténode a une marche aiguë et ne se prolonge pas au delà de sept à quinze jours.

Etiologie. — L'herpès idiopathique apparaît surtout chez les femmes et les enfants, les individus lymphatiques, et naît le plus ordinairement sans que l'on puisse saisir la cause de son développement.

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