DIFFORMITÉS ARTIFICIELLES
raie est incontestable. Addison à prétendu qu'elle se rattachait toujours à une lésion des capsules surrénales, mais cette lésion n'existe évidemment pas dans tous les cas. (Voyez maladie d'Addison.)
La nigritie partielle et acquise peut s'observer sur toutes les parties du corps, mais siège principalement sur les parties génitales, la face, les régions mammaire et abdominale antérieure.
Lia coloration des taches est uniforme et partout la même, ou brune en certains points, noire comme de l'encre dans d'autres.
Lia grossesse prédispose évidemment à cette difformité; Rayer cite, d'après Lecat, le fait remarquable d'une femme qui, au septième mois de trois grossesses successives, vit son visage se colorer du plus beau noir.
Eh outre, les affections cutanées chroniques, telles que le lichen, le prurigo, les eczémas anciens, etc., déterminent souvent une hypersécrétion du pigment et partant une coloration noire des téguments. M. Bazin admet que la nigritie peut survenir à la suite d'émotions morales et qu'alors elle est ordinairement généralisée.
Le mélasma est caractérisé par des taches noirâtres, variables en nombre et en étendue, et présentant ceci de spécial, que l'épiderme qui les revêt se dessèche et tombe sous forme de furfures, qu'elles sont accidentelles et' passagères.
Le mélasma, simple lésion pigmentaire, est fort rare ; on l'observe surtout chez la femme enceinte. 11 n'éveille aucun trouble fonctionnel, aucune sensibilité morbide.
Le lentigo ou tache de rousseur est congénital ou apparait peu après la naissance. 11 est caractérisé par de petites taches circulaires, non saillantes, que l'on a comparées à des écailles de son, qui ont une couleur jaune fauve ou brunâtre, sont éparses ou confluentes et le plus ordinairement limitées aux parties découvertes, telles que la face, la poitrine, les membres supérieurs.
Ces taches n'entravent eu aucune façon les fonctions de la
peau et ont pour seul inconvénient d'altérer la beauté. Elles sont constituées par un excès de pigment et persistent pendant toute la vie.
Le lentigo s'observe, en général, chez les [personnes blondes, à peau fine et blanche, à tempérament lymphatique.
Diagnostic. — L'éphélide solaire est généralement confondue avec le lentigo ; elle en diffère cependant par un certain nombre de caractères : elle se développe à tous les âges et sous l'influence des rayons solaires qui déterminent un surcroit de la formation du pigment et par suite de la réunion en certains points de cette matière colorante, des taches irrégulières, déchiquetées, anguleuses, jaunâtres et non sailiantes. — Au contraire, le lentigo nait spontanément ; il constitue donc une tache de rousseur de cause interne et l'éphélide une tache de rousseur provoquée onde cause externe.
D'autre part le leutigo persiste toute la vie, tandisque l'éphélide solaire a des intermittences, pâlit et s'efface en hiver, réapparaît pendant l'été. — Enfin la tache de l'éphélide solaire est plus diffuse que celle du lentigo.
Contre les taches de rousseur spontanées, le traitement est nul; on peut se préserver des taches de rousseur provoquées en évitant les rayons du soleil à l'aide de voiles.
Les nœvi pigmentaires où envies sont caractérisées par des taches existant ordinairement au moment de la naissance, apparaissant quelquefois cependant dans la première enfance, «taches d'une couleur jaune fauve, brunâtre ou noirâtre, nxvus niger, ne s'effaçant pas sous la pression du doigt, circulaires ou irrégulières et recouvertes ordinairement de poils plus foncés, plus longs que ceux des régions voisines, et présentant une petite saillie à leur base.
Ces naevi ont .été attribués à l'imagination de la mère, à des désirs non satisfaits, etc. ; le plus souvent ces causes sont tout à fait hypothétiques, quelquefois cependant elles paraissent réelles.
Les taches de rousseur diffèrent des nœvi par leur nombre
beaucoup plus grand, la petitesse des taches et l'absence de poils à leur surface.
Difformité achromateuse. — Albinisme. — L'albinisme est un état morbide, caractérisé par l'absence absolue ou relative du pigment, résultant d'un arrêt, d'une insuffisance ou d'un retard du développement régulier.
L'albinisme, rare dans les races blanches, plus commun chez les Américains du Sud, et dans l'Archipel-Indien, présente son maximum de fréquence parmi les nègres et surtout parmi les femmes.
Tantôt le pigment fait complètement défaut, tantôt il existe partout, mais en moindre quantité, tantôt enfin il manque en certains points seulement.
Les albinos présentent des caractères très-tranchés : leurs cheveux, leurs cils, leurs sourcils sont blancs, d'un blanc jaune ou d'un blanc de lin, présentent une finesse et un aspect duveteux; leur peau est décolorée et blanche comme de l'albâtre, quelquefois teintée d'un bleu léger qui- laisse deviner le réseau veineux et sous-cutané. L'albinos redoute la lumière, baisse la tète ou porte la main en abat-jour au-dessus de ses yeux, pour ne point la subir. Quand il ouvre ses yeux on observe derrière la cornée une zone rougeâtre ou rose, entourant une pupille rouge, et souvent, on voit les globes oculaires exécuter un mouvement transversal, rapide, qui augmente encore la singularité de son aspect. Cette coloration de l'œil est due à l'absence de pigment. Les cellules existent mais sont transparentes, et ne contiennent aucune granulation pigmen* taire; dès lors, la doublure opaque et noire en vertu de laquelle le globe occulaire est une chambre obscure, cessant d'exister, les rayons traversent les enveloppes et se colorent en rouge de sang en traversant la nappe vasculaire de la choroïde.
L'albinos présente une constitution débile, des pieds plats, des mains grosses et courtes, des oreilles trop longues ou trop larges, et souvent une intelligence médiocre.
Dans l'albinisme partiel, l'absence de pigment n'atteint que certains points d'étendue variable.
Dans l'état actuel de la science, l'hérédité et la débilité des parents sont les seules causes générales dont l'influence soit dé« montrée.
Plusieurs faits permettent de croire que les modificateurs généraux extérieurs et intérieurs, air, lumière, toniques reconstituants, pourront être d'un grand secours.
Difformité dyschromaieuse, vitiligo. Le vitiligo est une affection dyscromateuse, congénitale ou acquise, générale ou partielle, caractérisée par des taches blanches ou d'une couleur blanc de lait, non accompagnées de prurit ou de desquamation, petites au début, mais s' étendant graduellement jusqu'à ce qu'elles aient acquis tout leur développement, et entourées de parties plus colorées, comme si le pigment refoulé s'accumulait à la circonférence. La zone circonférentielle ne présente pas une coloration égale, et le pigment semble accumulé davantage en certains points qu'en d'autres ; elle se confond d'ailleurs insensiblement avec les parties environnantes.
Les poils qui revêtent les plaques de vitiligo sont décolorés, mais ne tombent pas.
Il résulte donc de cette description que le vitiligo est caractérisé par des taches décolorées et privées de pigment, autour desquelles existe une zone où le pigment est accumulé en grande abondance.
Étiologie. — Le vitiligo s'observe chez les sujets syphilitiques, chez les femmes principalement, et aux pitiés découvertes; il ne constitue pas une syphiljde, puisqu'il survient à toutes les périodes de la syphilis, et puisqu'il ne guérit pas sous l'influence d'une médication mercurielle. Il constitue seu* lement une affection spéciale qui trouve dans l'existence de la syphilis une cause prédisposante, favorable à son développement.
M. Bazin l'a aussi observé chez des sujets arthritiques, enfin, sur des enfants ou des jeunes gens exempts de tout vice constitutionnel.
Jje pityriasis versicolor pourrait en imposer pour un vitiligo, tes taches jaunâtres faisant ressortir la coloration blanche de 1$ peau; mais les taches jaunâtres ont une couleur café au lait, sont le siège de desquamation, de prurit, et si Ton examine les squames au miscroscope, on constate l'existence de spores et de sporules.
Dans la pelade, les surfaces décolorées sont arrondies ou ovalajres, et privées de cheveux ou seulement revêtues d'un l^gpr duvet ; tandis que dans le vitiligo, les plaques sont irrégulières, les cheveux existent, mai? sont seulement décolorés.
Le vitiligo e§t incurable et ne cède pas aux lptions de sublimé, aux frictions avec l'huile de cade, etc. Quelquefois cependant U disparaît spontanément.
Difformités rnacuîeuses hématiques.
Ellçs sont dues à un développement anormal des vaisseaux capillaires sur un point circonscrit de la peau, et sont caractérisées par des taches rouges ou violacées, entourées d'arborations vasculaires et de dilatations veineuses, disparaissant souvent, mais non toujours, sous la pression du doigt, se tuméfiant et devenant plus colorées sous l'influence des causes qui accélèrent la circulation, telles que l'exercice, la chaleur, Jes émotions morales, l'époque menstruelle.
M» Bazin en admet trois espèces : le nœvus flammeus ou tachq lie de vin siège souvent à la face dont il occupe alors une grande étendue, est constitué par des taches d'un rouge lie de vin ou violacé, lisses, non saillantes au dessus des parties environnantes ou mamelonnées, ne disparaissant pas complètement £Ous la pression du doigt, donnant quelquefois lieu à des hémorrhagies, non douloureuses et subissant un développement proportionnel à l'accroissement général du corps.
Chez un malade observé par M. Bazin, la surface rouge était le siège d'une exfoliation épidermique abondante.
Le nœvus araneus est constitué par de petites taches rougeàtres, arborisées, disparaissant par la pression ; on les trouve en plus ou moins grand nombre disséminées sur une région : elles n'atteignent jamais les dimensions du nœvus flammeus.
Le nœvus à pernione est le vestige en quelque sorte cicatriciel d'une lésion pathologique actuellement disparue : l'érythème pernio, ou engelure; il est caractérisé par des taches rougeâtres, indolentes et indélébiles. Il siège fréquemment aux mains et à la face. M. Bazin a prescrit sans résultat satisfaisant des frictions avec le perchlorure de fer.
(b) Difformités boutonneuses et hypertrophiques.
Ce grouppe de difformités spontanées comprend : les difformités boutonneuses proprement dites et les difformités hypertrophiques.
Difformités boutonneuses.
Aux difformités boutonneuses se rattachent les verrues, le molluscum, et le naevus boutonneux.
Les verrues, papillomes cornés, sont de petites excroissances de la peau, mobiles ou très-adhérentes, sessiles ou pédiculées, caractérisées par l'hypertrophie des papilles qui se décomposent et donnent naissance à des papilles secondaires et sont recouvertes de cellules semblables à celles du corps muqueux ou de l'épiderme ; quelquefois un certain nombre de papilles sont isolées par un revêtement épidermique propre à chaque groupe, et la petite tumeur est inégale, fendillée (poireau).
L'histoire des verrues appartient à la chirurgie, aussi n'insisterons-nous pas davantage sur elle.
Le molluscum est une affection caractérisée par de petites tumeurs indolentes, arrêtées dans leur développement, et produites par des altérations des glandes cutanées ou des aréoles dermiques.
M. Bazin en admet trois variétés :
1° Le molluscum pewlulum est caractérisé par de petites poches
membraneuses, flasques et vides, ressemblant à des grains de raisin dont on aurait extrait les pépins. L'acné varioliforme lui donne quelquefois naissance ; la matière sébacée s'accumule dans l'intérieur d'un follicule, le dilate, s'échappe par l'ouverture, et il en résulte un sac à parois ridées et revenues sur elles-mêmes.
Le plus ordinairement, l'affection est primitive, et se développe en dehors du follicule sébacé, aux dépens des aréoles dermiques (Bazin).
2° Le molluscum granuleux est caractérisé par de petites élevures arrondies, blanchâtres et luisantes, ou d'un gris de perle, semblables à des grains de millet, siégeant ordinairement au front, au cou, aux paupières, et n'ayant aucune tendance à s'effacer.
Le molluscum stéarique, véritable loupe de la peau, est constitué par la rétention et l'accumulation d'une matière graisseuse concrète dans un follicule ou dans un conduit sébifère hypertrophié.
Difformités hypertrophiques.
Ce groupe comprend trois affections : l'hypertrophie cutanée, le nœvus hypertrophique et l'éléphantiasis des Arabes.
L'hypertrophie cutanée est caractérisée par l'hypertrophie des éléments anatomiques de la peau ; elle est générale ou partielle ; les hypertrophies partielles sont plus communes que les hypertrophies générales et sont caractérisées par des déformations, par un état fibreux et lardacé de la peau, etc.
Le nœvus hypertrophique ou chalazo-dermie est un nœvus boutonneux dépassant un certain volume. Alibert en a donné un exemple en ces termes: Le nommé Deloutre, dit la Taupe, portait au devant de l'œil et sur le nez une espèce d'excroissance qui s'étendait sur tout le front, sur une partie du crâne et de la face ; la couleur de cette excroissance était tout à fait analogue à celle de la peau d'une taupe. La surface était granuleuse, et ressemblait beaucoup à des mûres noires; elle était,
dans deux ou trois endroits, pourvue de quelques longs poils; environ quarante taches brunes, plus ou moins foncées, étaient ilissëminées sur les bras, les jambes et sur tout le corps.
Véléphantiasis des Arabes est une affection caractérisée par une tuméfaction considérable et permanente d'une partie du corps, tuméfaction survenue consécutivement à divers états pathologiques.
L'élépbantiâsis présente dans son développement deux périodes: dans la première période, on observe des lyinjihites accompagnées de l'engorgement des ganglions lymphatiques, dès érysipèles où des érythèmes, des ulcères, des affections chroniques de là peau, telles qu'un lichen, uii eczéma, etc.
La lymphite est l'affection que Ton observe au début de l'éléphantiasis endémique de l'île Barbade ; le malade présente à intervalles inégaux et sous forme d'accès, des inflammations des vaisseaux lymphatiques, et après chaque accès la peau offre une induration plus marquée; un dévelbppetnent de volume plus considérable, et peu à peu la partie affectée acquiert des proportions énormes.
Après un certain laps de temps, la peau est tantôt unie, luisante et distendue, tautôt inégale, rugueuse, mamelonnée, creusée de sillons profonds où hérissée de tuïneurs; Tépiderme est épaissi, ichthyosique, le derme a acquis une épaisseur de plusieurs centimètres, et si l'affection siège aux jambes, cellesci perdent leur forme primitive, deviennent presque cylindriques et offrent une analogie plus ou moins frappante avec la jambe d'un éléphant.
Le malade n'éprouve d'ailleurs aucune souffrance, mais se trouve condamné à traîner un membre pesant et difforme.
On conçoit parfaitement là déformation que doit entraîner Téléphantiasis lorsqu'il siège aux boiirses, aux grandes et petites lèvres, aux mamelles, à là langue.
Étiologie. — L'élépbantiâsis des Arabes n'est ni contagieux, ni héréditaire, mais siège endémiquement ert Egypte, en Nubie, à l'île Barbade, et sur les côtes du Malabar. On l'a attribué aux brusques variations de température et à la différence
de température qui existe entre les jours et les nuits, mais cette étiologie est tout à fait hypothétique.
Dans nos climats. cette affection succède ordinairement à des érysipèles, des eczémas, des lichens, des ulcères, etc., et paraît due à une excitation irritative du système vasculaire, et surtout du système lympathique ; quelquefois la cause nous échappe.
Anatômie pathologique. — L'éléphantiasis des Arabes est caractérisée par un tissu conjonctif abondant et de nouvelle for* mation, riche en suc, et au milieu duquel se forment des lacunes irrégulières pleines d'un liquide analogue à la lymphe et communiquant sans doute avec des lympathiques dilatés et hypertrophiés.
Diagnostic. — La lèpre tuberculeuse se différenciera facilement de l'éléphantiasis par Fexistence de taches d'un jaune fauve et de tubercules présentant une anesthésie caractéristique.
Pronostic. — Il est très- sérieux parce qUe l'éléphantiasis détermine une difformité considérable, gène l'exercice des fonctions, et de fonctions importantes lorsqu'il siège à la langue ou aux organes géflitaux, enfin, parce qu'il n'est pas susceptible d'une amélioration notable.
Traitement. — Si l'on observe le malade à la période où existent des angioleucites, des affections de la peau^ on mettra en usage un traitement approprié à l'état du malade, et on pourra ainsi empêcher le développement ou l'accroissement de l'éléphantiasis.
Si, au contraire, on est appelé à donner ses soins lorsque l'éléphantiasis est complètement développé, alors on peut essayer la compression, les frictions excitantes et les douches, mais sans compter beaucoup sur l'efficacité de ces moyens.
A peine est-il nécessaire de mentionner l'amputation des parties affectées ; cette opération a en effet été suivie de récidive et doit être, en conséquence, rejetée.
(c) Des difformités exfoliatrices.
Cette section ne comprend qu'une seule affection : Yichthyose.
Uichthyose, de fyÔùç, poisson, est une affection congénitale ou acquise, mais le plus souvent congénitale, générale ou partielle, caractérisée par la formation incessante de lamelles épidermiques, légèrement imbriquées, minces et transparentes ou opaques, dures, épaisses et cornées, et donnant à la peau l'aspect de celle d'un poisson ou plutôt d'un reptile.
L'ichthyose existe dès la naissance ou n'apparaît que vers le troisième ou quatrième mois de la vie.
L'ichthyose générale est plus ordinaire que l'ichthyose partielle ; mais lors même que cette affection est générale, il existe des parties où elle est très-dé veloppée, et d'autres où elle l'est peu ; très-accenluée au niveau des surfaces qui sont le siège de pressions, aux genoux, aux coudes, l'ichthyose l'est à peine, au contraire, dans les régions où existe une sécrétion sudorale abondante, aux aisselles, aux aines, à la face interne des cuisses et aux parties génitales, à la paume des mains et à la plante des pieds.
L'ichthyose le plus communément observée est caractérisée par l'existence d'écaillés ou squames épidermiques, assez larges, soulevées et détachées à leurs bords, comme cassées au niveau des plis et des sillons cutanés et terminées par des lignes qui se rencontrent sous les angles les plus divers.
Si les squames sont larges, épaisses, dures, ont un reflet brillant et argenté, l'ichthyose est dite nacrée ; si elles sont minces et molles ou forment des furfures blanchâtres et ternes qui se détachent comme de la poussière lorsqu'on frotte la peau, l'ichthyose est dite serpentine, farineuse ou ichthyose des vieillards; si elles sont brunes ou noirâtres elle est dite brune ou cyprine; si enfin les écailles épidermiques au lieu de se détacher, se soudent et forment des excroissances convexes ou pointues en forme de piquants, l'ichthyose est dite cornée, et
les individus qui en sont affectés sont appelés : hommes porcs* épies.
Telle est l'ichthyose type ; mais entre cet état et la peau saine existent des états intermédiaires, parmi lesquels nous devons principalement signaler celui que les Anglais désignent sous le nom de dry skin ou xérodermie et sur lequel M. Lailler a attiré l'attention des médecins français (Nature et traitement de l'ichthyose, dans les Annales de dermatologie 1869).
La xérodermie est caractérisée par une sécheresse de la peau avec épaississement de Tépiderme ; sur les surfaces malades, les orifices pileux sont fermés par un opercule conique assez adhérent qui gène souvent la sortie des poils et les maintient au-dessous de lui, enroulés en spirales ; cette lésion siège surtout aux coudes, à la face externe des bras, aux genoux, audessus des malléoles.
A un degré plus avancé, la peau est peut-être plus lisse, mais les stries épidermiques sont moins marquées, et il semble qu'une couche de collodion soit étendue sur elle ; alors l'épaississement épidermique porte non plus seulement sur les orifices des glandes, mois sur toute la surface du derme, dans un espace plus ou moins étendu. Cet épaississement donne à la peau une coloration d'un gris sale que ne font pas disparaître les ablutions.
Dans les mouvements brusques, l'épiderme peut se fendiller et donner lieu à de petites fissures douloureuses; les avantbras, la face antérieure des bras, les côtés du tronc, quelquefois aussi le tronc et les joues sont les sièges habituels de cette dernière lésion.
Que l'ichthyose se présente sous l'une ou l'autre de ces formes, elle est toujours caractérisée par l'absence de prurit, l'intégrité complète de la peau au dessous de l'épiderme et de toutes les fonctions générales. Elle consiste uniquement dans une déviation de la sécrétion épidermique ; elle dépend, dit Niemeyer, d'un développement anormal du corps papillaire, matrice de l'épiderme.
Etiologie. — L'ichthyose est héréditaire, le plus ordinaire-
ment congénitale, et s'observe, d'après la plupart des dermatologistes, plus souvent chez l'homme que chez la femme.
Diagnostic. — Je ne pense pas qu'un médecin exercé puisse confondre l'ichthyose, affection congénitale, occupant presque toute la surface du corps, ne déterminant aucun prurit, etc., avec le pityriasis, l'eczéma à sa troisième période, le lichen, l'acné sébacée, le psoriasis, etc.
Pronostic. — L'ichthyose, considérée en elle-même, n'est pas une affection grave puisqu'elle ne trouble aucune fonction; mais elle constitue une infirmité sérieuse en raison de l'ennui quelle détermine, principalement aux jeunes filles ou aux jeunes femmes qui veulent fréquenter le monde, et à cause de sa transmissibilité par voie d'hérédité. Quand elle est peu intense* elle disparait presque complètement pendant les chaleurs de l'été, pour reparaître pendant la saison froide.
Traitement. — Il est exclusivement palliatif : on conseillera l'usage des bains alcalins, des frictions avec l'huile de cade ou avec la pommade au goudron, etc.
M. Lailler préconise le traitement suivant: un bain savonneux avec frictions, trois fois par semaine, pour enlever les squames épidermiqites ; matin et soir, onctions prolongées et léger massage sur toutes les parties malades avec le glycérat d'amidon additionné de 40 p. 100 d'eau distillée de lauriercerise pour masquer l'odeur un peu fkde de la glycérine et calmer les démangeaisons (amidon pulvérisé, 10 gr.; glycérine, 150 gr.).
Après quelque temps, on ne fait qu'une onction par jour, et, quand la peau à repris son état normal, un bain savonneux par semaine, suivi immédiatement d'une onction avec le glycérat d'amidon ou la glycérine, suffiraient pour maintenir à la peau sa souplesse normale.
Tous ces agents restituent jtour un moinent à la peau sa souplesse normale, mais la difformité reparaîtra dès qu'on cessera les bains et les frictions.
Dànâ le traitement d'une affection cutanée symptomatique d'une maladie constitutionnelle, on doit tenir compte de la ftature de la maladie (arthritis, herpétis, syphilis, scrofule) ; de la modalité pathogenique, c'est-à-dire de l'état inflammatoire ou, au contraire, atonique, de la tendance au phagédénisme, etc. ; en un mot, des diverses particularités qu'offre l'évolution de la manifestation morbide; de la lésion élémentaire, et du siège de l'affection. Enfin, il ne faut pas oublier de satisfaire aux indications fournies par la constitution et le tempérament du sujet.
Les médicaments à l'aide desquels nous pouvons atteindre ces divers buts ont naturellement des actions dissemblables.
Ceux qui sont prescrits contre la nature de la maladie sont appelés spécifiques. Pour M. Bazin, un médicament est spécifique lorsqu'il a une influence curative sur toutes les manifestations d'une maladie, lorsqu'il modifie leur forme et leur mode de succession ; quelquefois, l'action d'un tnédicaiheiit sur un organisme qui s'y prête est telle que la cause ihorbide paraît y avoir été détruite, mais c'est là l'exception, et tôt ou tard la maladie, masquée seulement, détermine de nouvelles manifestations. En somme, le spécifique paraît agir, non en détruisant la cause morbifique interne, mais en suscitant dans l'organisme un état physiologique particulier qui empêche ses manifestations de se produire.
Les médicaments qui agissent sur là modalité pathogénique et la lésion élémentaire sont doués de la propriété de déterminer chez l'homme sain, et à la surface de tel ou tel organe,
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des troubles, des lésions qui constituent leur action morbigène (pathogénétisme].
Le pathogénétisme se traduit par une double action : l'action dynamique générale qui détermine la modalité pathogénique, c'est-à-dire l'état inflammatoire ou atonique, l'excitation ou Thyposthénisation et l'action élective qui détermine le siège et la forme de la lésion. Le mercure, par exemple, a une action dynamique générale hyposthénisante, une action locale limitée àja muqueuse buccale et à la peau, et cette action locale se traduit ici par des vésicules, là, par une inflammation ulcéreuse ; le soufre a une action dynamique excitante et détermine une éruption vésiculeuse de la peau ; le brome et l'iode donnent lieu à des éruptions acnéiques ; mais tandis que l'action dynamique de l'iode est excitante, celle du brome est hyposthénisante.
Deux médicaments différents peuvent produire des lésions pathogénétiques identiques, tels sont le mercure et le soufre, l'iode et le brome; ces médicaments possèdent-ils pour cela des effets curatifs semblables? En général, non. La différence de nature entraine des différences dans l'action dynamique générale ; le soufre est excitant et le mercure hyposthénisant.
Les eaux minérales peuvent contenir des agents spécifiques, ou, au contraire, des substances qui ne sont douées que de propriétés pathogénétiques : elles agissent dans le premier cas contre la maladie même, et dans le second contre l'élément pathogénique et la lésion élémentaire.
Il existe deux grandes classes d'eaux minérales : la première comprend les eaux qui contiennent des principes spéciaux capables d'agir par leur quantité et leur qualité sur la marche d'une maladie et ses affections. Ces principes spéciaux sont spécifiques ou non. La seconde classe comprend les eaux qui contiennent des principes communs, des sels nombreux, mais qui, par leur quantité pondérable absolue, ne peuvent être pris en sérieuse considération pour la thérapeutique ; ces eaux n'agissent que par l'ensemble des substances
qu'elles présentent, leur température, leur action légèrement excitante sur le tube digestif due à l'acide carbonique.
La première classe (eaux à minéralisation spéciale) comprend sept ordres : les eaux chlorurées et bromo-iodurées, les eaux bicarbonatés, les eaux sulfatées, les eaux sulfureuses, les eaux arsenicales, les eaux ferrugineuses et les eaux cuivreuses.
La seconde classe comprend des eaux salines froides ou chaudes et des eaux acidulés gazeuses.
1° Eaux minérales à minéralisation spéciale.
1° Les eaux chlorurées sodiques et bromo-iodurées sont des eaux minérales dans lesquelles le principe dominant est le chlorure de sodium (2 grammes au moins), et dans lesquelles l'analyse a démontré l'existence d'une quantité plus ou moins grande de brome alliée au sodium et au potassium, et quelquefois, mais non toujours, de l'iode combiné aux mêmes bases que le brome.
Ces eaux sont chaudes ou froides. Ces dernières sont les plus riches en chlorure de sodium ; la quantité de chlorure de sodium varie de 280 grammes à 2 grammes par litre.
Les principales stations sont celles d'Arbonne, en Savoie (280 grammes de chlorure de sodium), de Salies, dans les Basses-Pyrénées (256 grammes de chlorure de sodium, 1,50 de brome et 0,0281 d'iode), de Kreuznach, en Prusse rhénane (30 degrés), de Salins -27 grammes de chlorure), de Balaruc, de Bourbonne, de Kissingen (6 grammes de chlorure), de Niederbronn (3 grammes), de Bourbon-l'Archambault (2 gr. de chlorure), etc.
2" La classe des eaux bicarbonatées sodiques comprend toutes les eaux qui contiennent au moins gr. 50 de bicarbonate de soude par litre.
Les eaux bicarbonatées sodiques se divisent en deux sections : la première contient toutes les eaux bicarbonatées proprement dites, c'est-à-dire dont l'élément principal est le bicar-
bonate de soude : Vais, Vichy, Vie-sur-jCère, Vic-le-Gomte, Châteauneuf.
La seconde section contient les eaux qui, eu outre du bicarbonate de soude, contiennent d'autres principes importants; elle présente quatre groupes :
Au premier groupe se rattachent les eaux bicarbonatées sodiques et chloro-iodurées, c'est-à-dire Tœplitz, en Bohême, et Gurgitelle ; au deuxième se rattachent les eaux bicarbonatées et chlorurées sodiques, c'est-à-dire Royat, Saint-Nectaire, Ems; au troisième groupe se rattachent les eaux bicarbonatées sodiques et ferrugineuses, c'est-à-dire les sources de Boulou, de Saint-Martin de-Penouilla, de Sorède, de Laroque, près de Gérêt, dans les Pyrénées-Orientales (il n'existe pas d'établissement près de ces sources); enfin, au quatrième groupe se rattachent les eaux bicarbonatés sodiques et arsenicales, c çst-à-dire les eaux du Mont-Dore.
3° La classe des eaux sulfatées sodiques et magnésiques se conv prend toutes les eaux qui contiennent au moins 2 gramme? de sulfate de soude par litre. Ce sont des eaux purgatives : Miers, dans le Lot; Montmirail, dans le Vauçluse; Sedlifcs, en Bohême; Pullna, Friederichshall, Karlsbad.
4° La classe des eaux sulfureuses renferme les eaux qui contiennent une quantité pondérable de soufre. Elle se divise en deux sous-classes : les eaux sulfurées sodiques, presque toutes chaudes, et les eaux sulfurées calciques, généralement froides.
Le poids des éléments tenus en dissolution dans les eaux sulfureuses sodiques est très-peu considérable, et, bien que leurs propriétés thérapeutiques soient très-actives, un litre de Tune d'elles ne contient guère au delà de Ogr. 250 à Ogr. 350 de résidu sec de sulfure» Le sodium, le carbonate et le silicate de soude, la matière organique dite glairine sont les éléments dominants (Pilhol).
Les eaux sulfurées calciques contiennent du sulfure de calcium et des sels de magnésie* Elles sont plus stables que les eaux sulfurées sodiques, laissent cependant dégager de l'acide sulfhydrique quand on les expose à l'air*
Les principales stations sulfurées sodiques appartiennent à la région pyrénéenne : ce sont Luchon, Baréges, Cauterets, Saint-Sauveur, les Eaux-Chaudes, les Eaux-Bonnes, le Vernet, Amélie, Olette, Molilg, etc. •
Les eaux sulfurées calciques froides sont les eaux d'Enghiçn, de Pierrefond, deBagnoIs; les eaux sulfurées calciques chaudes sont les eaux de Schniznach (Suisse), Saint-Honoré (Nièvre), Àix en Savoie, Baden, Saint-Gervais en Savoie.
A la classe des eaux sulfureuses doivent être annexés quatre groupes qui, en outre du soufre, contiennent un agent spécifique tel que le brome, l'iode, le bicarbonate de soude, l'arsenic. Ces eaux possèdent, réunies dans un même véhicule, et l'agent pathogénétique et l'agent spécifique.
Challes, en Savoie, Saxon, dans le Valais, sont des eaux sulfureuses et bromo-iodurées. Allevard, dans l'Isère, est une eau sulfureuse et iodurée.
Uriage et Aix-la-Chapelle sont des eaux sulfurées et chlorurées sodiques; Marlioz, en Savoie, est une eau sulfureuse et bicarbonatée sodique. Enfin Sylvanès, dans l'Aveyron, est une eau sulfureuse et ferrugineuse.
5° La classe des eaux arsenicales comprend les eaux qui contiennent des quantités pondérables d'arsenic. Elle se divise en deux sous-classes, c'est-à-dire en eaux arséniatées sodiques et en eaux arséniatées ferrugineuses.
La Bourboule, Plombières, Avènes, sont des eaux arséniatées sodiques; la source Dominique de Vais, la source Lardy de Vichy, l'eau de Bussang, sont caractérisées par l'existence d'arséniate de fer.
6o A la classe des eaux ferrugineuses appartiennent les eaux dans lesquelles le fer existe à dose thérapeutique, et les autres principes se trouvent en proportions trop faibles pour imprimer à ces eaux des caractères spéciaux.
Les eaux ferrugineuses sont celles de Carvalon, dans l'Hé^ rault, Barbotan, dans le Gers (eaux chaudes), et celles de Passy, d'Auteuil, de Bussang, d'Orezza, de Spa, de Schwal-* bach (eaux froides}.
416 DES EAUX MINERALES
Il existe aussi des eaux ferrugineuses et mangaoéâennes, ce sont les eaux de Luxeuil et de Cransac.
7° Eau cuivreuse. Il n'existe en France qu'une seule eau contenant du cuivre à dose thérapeutique, c'est celle de Saint- Christau.
2° Eaux minérales à, minéralisation commune.
Nous les avons divisées en eaux salines faibles et en eaux acidulés gazeuses.
Les eaux salines sont chlorurées et sulfatées, ou seulement sulfatées.
Les eaux chaudes chlorurées et sulfatées sont les eaux de Néris, dans l'Allier, de Wildbad (Wurtemberg), de Bourbon- Lancy, dans la Saône-et-Loire, de Baden-Baden.
Les eaux froides chlorurées et sulfatées sont les eaux de Bains, dans les Vosges, de Bagnères-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, d'Ussat, dans TAriége, de Louesche, de Dax.
Saint-Amand (Nord;, Contrexeville, Vittel (Vosges), Evian, en Savoie, sont des eaux simplement sulfatées.
Les eaux acidulés gazeuses sont gazeuses et ferrugineuses : Pougues, dans la Nièvre, Chateldon, Saint-Galmier, Celles, Condillac, Saint -Alban, Soultzmatt; ou gazeuses simples: Alet-des-Boignes, Seltz.