DES EAUX MINÉRALES DANS LES ARTHRITIDES
Le bicarbonate de soude et le colchique sont considérés par M. Bazin comme des spécifiques contre l'arthritis ; or, il existe une classe d'eaux minérales bicarbonatées sodiques, c'est-àdire contenant plus de 50 centigrammes de sel de soude par litre. — Ce sont donc des eaux minérales spécifiques, c'est-àdire s'adressant à la nature de la maladie et possédant la propriété de faire disparaître les manifestations delà maladie.
Les eaux bicarbonatées sodiques se divisent en deux grandes classes : les eaux bicarbonatées proprement dites, c'est-à-dire dont l'élément principal est le bicarbonate de soude. — Ces eaux comprennent les sources de Vais, Vichy, Vio-sur-Cère, Vic-lc-Comte et Château-Neuf.
La deuxième classe contient les eaux qui, en outre du bicarbonate de soude, renferment des principes importants : ce sont les eaux à la fois bicarbonatées et chloro-iodurées ou chlorurées sodiques, ou ferrugineuses, ou arsenicales. — Voyez page 414.
Les arthritides sont pseudo-exanthématiques, vulgaires ou malignes; les premières guérissent spontanément et ne réclament pas une médication thermale; les dernières (malignes) résistent aux eaux minérales, et si on en ordonne on ne doit tenir compte que de la lésion élémentaire et ne prescrire que les eaux sulfatées douces ; c'est donc aux arthritides vulgaires que convient la médication thermale.
Les eaux bicarbonatées sodiques s'adressent aux arthritides
pures, non précédées ou accompagnées d'autres manifestations constitutionnelles .
Les eaux bicarbonatées sodiques et chloro-iodurées (Tœplitz) sonttrès-utiles dans les cas mixtes assez fréquents oùl'arthritis a été précédée de scrofulides graves. Ne contiennent-elles pas, en effet, les spécifiques de l'arthritis (bicarbonate de soude) et de la scrofule (iode et brome).
Les eaux bicarbonatées sodiques et chlorurées -sodiques (Royat, Saint-Nectaire, Ems) doivent au chlorure de sodium une action reconstituante et sont prescrites avec succès dans les cas d'arthritides précédées de scrofulides bénignes.
Les eaux bicarbonatées sodiques et ferrugineuses s'adressent aux arthritides compliquées d'anémie.
Enfin, les eaux bicarbonatées sodiques et arsenicales (Mont- Dore) réunissent les principes spécifiques de l'arthritis et de Therpétis et agissent dans les cas où ces deux maladies constitutionnelles existent simultanément.
Ces eaux minérales s'attaquant toutes au principe de la maladie, sont des eaux spécifiques.
11 en est d'autres qui modifient la modalité pathogénique de l'affection, par suite de leur action dynamique et des éruptions pathogénétiques qu'elles déterminent : ce sont les eaux sulfureuses et iodo-bromurées.
Or, nous savons que les eaux sulfureuses sont fortes, faibles ou moyennes. — Les eaux sulfureuses fortes, c'est-à-dire Luchon, Cauterets, etc., doivent être proscrites, lorsqu'il existe des arthritides ; les eaux sulfureuses faibles (Saint-Gervais) peuvent être ordonnées contre l'eczéma, mais n'occupent que le second rang dans l'ordre des indications et ne viennent qu'après les eaux bicarbonatées sodiques. Il faut toutefois faire une exception en faveur des eaux des Pyrénées qui contiennent des alcalins et des silicates, et qui conviennent parfaitement aux arthritiques lymphatiques.
Les eaux bromo-iodurées peuvent être utiles dans le cas d'acné et les eaux de Saint-Christau dans les cas d'arthritides pileuses et d'hydrosadénite.
DES EAUX MINERALES DANS LES HERPKTIDB8.
Le spécifique de Fherpétis ou dartre est l'arsenic ; à côté de ce médicament se placent l'anémone et les résineux.
Or, il existe une classe d'eaux minérales arsenicales qui comprend les eaux de la Bourboule, de Plombières, de Vichy (source Lardy) ; ces eaux sont des eaux spécifiques de l'herpétis.
L'arsenic se rencontre dans les eaux minérales sous deux formes principales : l'arséniate de soude et l'arséniate de fer; il existe donc des eaux arséniatées sodiques et des eaux arséniatées ferrugineuses.
Les eaux arséniatées sodiques sont les eaux de la Bourboule, de Plombières, d'Avènes ; les eaux arséniatées ferrugineuses sont les eaux de Vais (source la Dominique), de Vichy (source Lardy), de Bussang, etc.
L'arséniate de fer a une action moindre à poids égal que l'arséniate de soude ; mais les eaux arséniatées ferrugineuses rendent néanmoins de grands services dans les cas où les arthritides existent chez des anémiques.
La médication arsenicale s'adresse à la nature même de la maladie et donne surtout d'heureux résultats dans les cas u'herpétides vulgaires, c'est-à-dire lorsqu'existe de F eczéma, du psoriasis ou du lichen ; elle échoue souvent lorsque les malades sont affectés d'herpétides malignes (pemphigus herpétique ou herpétide exfoliatrice) et n est pas utile dans les cas d'herpétides pseudo-exanthématiques, qui guérissent spontanément.
Les eaux arsenicales et en même temps sulfureuses et chlorurées, telles que La Bourboule, la source Dominique de Vais, conviennent aux sujets herpétiques qui ont présenté des accidents scrofuleux; les eaux arsenicales et bicarbonatées sodiques conviennent au contraire aux sujets qui offrent des affections arthritiques et herpétiques.
M. Hardy conseille les eaux de Louesche aux individus affectés cle lichen herpétique ; ces eaux n'agissent que par
action substitutive et en déterminant des éruptions papuleuses et pustuleuses.
Les eaux sulfureuses ne doivent être que rarement prescrites dans le traitement des herjétides; on peut cependant les conseiller lorsque Ton hésite sur la nature herpétique ou scrofuleuse d'un eczéma et lorsque cet eczéma n'est pas inflammatoire. Ce sont des eaux douces , telles que celles de Saint-Gervais, qui conviennent en pareil cas. — Ces eaux n'agissent d'ailleurs que sur l'affection, sur sa modalité pathogénique et la lé" sion élémentaire, mais non sur la maladie qui a déterminé l'affection.