‹ Traité des affections de la peau symptomatiques de la syphilis [electronic resource]Chapitre 15 sur 64 · TROISIÈME EXEMPLE · texte numérisé non relu

TROISIÈME EXEMPLE

Trois individus contagionnés l'un par l'autre, et tous trois atteints de chancres suivis d'accidents constitutionnels.

Loret, âgé de vingt-un ans, entré à l'hôpital du Midi, salle 1, lit 5, le 9 novembre 1844, porte, depuis quinze jours, une ulcération sur la lèvre inférieure, et une seconde plus petite qui s'est déclarée depuis dix jours sur la pointe de la langue. L'ulcération de la lèvre est saillante , recouverte d'une croûte mince, sous laquelle on aperçoit une surface saignante, à base très-indurée. On trouve, sous la branche droite du maxillaire inférieur, trois ganglions durs, indolents, mobiles et de la grosseur d'une noisette. Le pus de cette ulcération, inoculé sur la cuisse droite du malade, donne naissance à un chancre bien caractérisé. Rien d'ailleurs aux organes génitaux. M. Ri-

cord prescrit un traitement mercuriel qui n'empêche pas l'apparition d'un érythème au bout de quelques mois.

Le malade rapporte que, vers le temps où se développa son chancre labial, il avait des rapports avec une femme mariée, atteinte, ainsi que l'un de ses entants, de croûtes sur les lèvres. J'allai visiter cette famille dans la rue Notre- Daine-des-Champs. La femme avec qui Loret avait entretenu des rapports portait un chancre induré à la lèvre inférieure , un engorgement sous-maxillaire du volume d'une forte noisette, et, depuis^peu de temps , des croûtes dans le cuir chevelu, ainsi que des taches cuivrées, disséminées sur les épaules et les bras. Elle se plaignait de céphalalgie et de douleurs articulaires ; elle n'avait pas d'ulcération aux organes génitaux.

Sa fille, âgée de sept ans, présentait aussi une ulcération indolente , pas manifestement indurée , sur la commissure droite de la bouche, un engorgement multiple des ganglions sous-maxillaires droits, des plaques muqueuses autour de la vulve, et un pityriasis sur le cuir chevelu.

Le mari fut le seul que je ne pus examiner ; mais je suppose avec raison qu'il était aussi infecté de syphilis générale ; car, au rapport de sa femme, il se plaignait, depuis trois mois, de mal de gorge, de douleurs de tête qui l'empêchaient de dormir, et d'une faiblesse qui le forçait souvent à suspendre son travail. Il était d'ailleurs traité par un pharmacien. La femme avait consulté un médecin qui lui faisait prendre depuis quinze jours la décoction de salsepareille.

Cette intéressante observation nous présente le tableau de trois individus avec des chancres labiaux qui ont tous été suivis d'accidents constitutionnels. Le mari même était probablement atteint de la même affection. On ignore comment la contagion s'est introduite dans cette famille, et l'ordre dans lequel ces divers sujets en ont été atteints; cependant, d'après

le degré de développement que présentaient les symptômes chez chacun d'eux, il est à présumer que l'amant a été infecté le dernier. Mais ce n'est pas là le point important de la question : il est tout entier dans l'identité des effets produits parle même virus agissant, successivement sur divers individus.

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