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CHAPITRE V

DE l'application DE L'ÉLECTRICITÉ AU TRAITEMENT DES MALADIES CHIRURGICALES.

Ce chapitre comprend des maladies fort distinctes les unes des autres. 11 est donc impossible de les présenter dans un ordre nosologique et rationnel. Nous allons exposer ces travaux dans leur ordre chronologique d'apparition, en rejetant à la fin l'histoire de la galvano-caustique.

Nous étudierons successivement les applications suivantes :

1° Le traitement des adénites cervicales par l'électricité localisée ;

2° L'emploi de l'électricité dans le traitement des anévrysmes ; .

S" Le redressement des déviations de l'utérus par l'électricité, par M. Fano.

[l° De l'électricité comme agent caustique (galvano-caustique).

Sans doute, dans tout cela^ nous trouverons bien des idées préconçues et purement théoriques, bien des hypothèses hasardées, bien des faits mal observés; il n'est pas moins de notre devoir de les étudier avec soin avant de les juger.

/i.68 APPLICATIONS DE l/ÉLIiCTllIGlTÉ.

§ 1. — TRAITEMENT DE L'ADÉNITE GEaVIGALE AU MOYEN DE

l'électricité localisée.

On a songé à employer rélectricilé pour opérer la résolution des tumeurs, et spécialement de celles qui résultant de la tuméfaction des ganglions.

De Haen essaya sur deux jeunes filles atteintes d'adénite cervicale, et persista pendant huit mois à donner des chocs, avec la machine, sur la partie malade; il échoua complètement.

Mauduyt oblint deux guérisons remarquables, dont l'une sur un jeune soldat atteint, depuis dix-huit mois, d'engorgement général des glandes du cou. 11 yjoignit quelques remèdes internes ; la guérison ne se démentit pas.

Sigaud de I.afond cite des observations analogues d'Adarns et de Lovetz.

M. J. Massé prétendit, en 1850 [Journal des connaissances médico-chirurgicales), avoir guéri ou amélioré un grand nombre de tumeurs ganglionnaires par l'influence des courants électriques.

M. Duchenne rapporte deux cas de guérison obtenue par l'électrisation cutanée.

M. Boulu, dès l'année 1853, essaya de faire pénétrer l'excitation électrique dans l'épaisseur de la tumeur ganglionnaire, d'agir à la fois sur toute sa surface, et enfin de la cerner à sa circonférence, de manière à l'isoler des parties voisines et à borner autant que possible l'action des courants aux tissus malades.

M. Boulu se sert d'excitateurs construits d'une manière particulière par MM. Breton frères. Ce sont habituellement deux demi-disques métalliques à surface granulée ou garnie de pointes mousses supportées par une plaque d'ivoire, de manière à ne pas se toucher, et recevant chacun un des fils conducteurs. L'application des disques se fait avec une cer-

ADÉMTivS CJillVICALES. 469

taine énergie sur la peau. Le courant se subdivise en autant de courants secondaires qu'il y a de pointes. On agit ainsi à la fois dans Tépaisseurde la tumeur et à sa surface.

Quand la tumeur est volumineuse, M. Boulu fait usage d'une plaque plus large, dont le disque, partagé en quatre, reçoit les fils produits par la bifurcation des réophores et conduit ainsi dans la tumeur des courants divisés.

M. Bouvier, dans le rapport dont j'ai parlé et auquel j'emprunte beaucoup de détails, regarde cette dernière modification comme inutile; il pense qu'un disque de même diamètre, partagé en deux moitiés seulement, comme dans les plus petites plaques de M. Boulu, donne le même résultat : il est évident en effet qu'un courant simple se répand aussi bien qu'un courant divisé dans toute l'étendue de la plaque, et que l'effet du premier n'est pas moins disséminé que celui du second.

M. Boulu agit quelquefois d'une manière mécanique pour ajouter à l'influence de l'électricité. C'est tantôt un cylindre granulé qui, promené sur la tumeur, l'échauffé en la pénétrant de ses aspérités et de ses courants, tantôt une ou deux molettes déniées, qui la sillonnent en tous sens, ou une double rondache, sorte de diviseur destiné à séparer les ganglions en s'enfonçant dans leurs intervalles. Ces moyens mécaniques sont encore variés de différentes manières, ce qui ne me semble pas d'une grande utilité; j'ai seulement voulu indiquer les principales. J'ajouterai cependant encore qu'il a aussi employé une ventouse électrique traversée par les conducteurs, afin d'attirer la tumeur au dehors et de faire passer plus sûrement le courant dans sa substance propre. M, Bouvier regarde comme difficile à obtenir ce dernier résultat, et il croit qu'il est préférable de ne pas chercher d'une manière trop absolue à y arriver, afin, dans le doute, de ne pas se priver de l'influence avantageuse de l'excitation électro-cutanée produite par les excitateurs,

dlO APPLICATIONS DE L'ÉLECTRICITÉ.

Un mot d'observation en passant. Cette électrisation électro-cutanée dont on fait tant de bruit est cependant un moyen qui n'a pas plus d'action sur la peau qu'une foule d'autres agents. Ainsi les frictions sèches de tout genre, les sinapismes, les frictions avec des liniments stimulants, exercent une action tout aussi énergique, tout aussi utile et tout aussi puissante que cette espèce d'électrisation. Ce n'est pas dans ces excitations électriques que réside l'action spéciale de l'électricité. Ce serait une profonde erreur que de s'engager dans cette voie. L'électrisation cutanée n'est qu'un stimulant de la peau, et rien autre chose ; ce stimulant n'est ni moins bon, ni meilleur que d'autres, il agit de même ; et quant à ces prétendus succès dans les névralgies, dans les tumeurs ganglionnaires et dans bien d'autres cas, c'est encore une chose fort douteuse. Des observations nombreuses me permettent d'affirmer qu'on s'est étrangement mépris à cet égard, et que l'on n'obtient avec ce mode d'électrisation que des succès que l'on obtiendrait également avec des excitants de toute espèce. Loin d'imiter M. Bouvier, je louerai M. Boulu d'avoir tout fait pour faire pénétrer les courants à l'intérieur des tumeurs. Sans doute cela est difficile, on ne peut y parvenir d'une manière complète, mais ce n'est pas une raison pour ne pas le tenter.

M. Boulu a administré l'électricité avec l'appareil de MM. Breton, et il a raison, car c'est un bon, un très bon appareil ; et je ne conçois pas la critique que l'honorable membre de l'Académie de médecine lui adresse dès qu'il en trouve l'occasion.

M. Boulu, en 'même temps que tous ces moyens qui forment déjà un arsenal assez respectable, emploie encore les sétons électriques. Voici ce dont il s'agit.

Ce selon est composé de deux fils de platine parallèles, ou même d'un seul, interrompu dans son milieu par de l'ivoire ou bien par une petite chaîne d'argeni, d'or ou de platine

ADÉNITES CERVICALES. 471

semblable à celle dont M. Bouvier fait usage, comme de sétons d'attente, après l'emploi de ses sétons révulsifs; seulement ici le milieu de la chaîne est d'ivoire, afin que le séton se trouve forcément compris dans le circuit. 11 introduit ces sétons dans les tumeurs, et afin d'éviter aux malades la douleur assez vive causée parl'électrisation de la peau aux bords des orifices d'entrée et de sortie de cet appareil, il renferme les fils de la chaîne métallique dans de petites sondes de caoutchouc.

Pour introduire ces petits sétons électriques, M, Boulu emploie de petites aiguilles courbes à pince, semblables à celles dont M. Bouvier se sert pour le séton révulsif.

M. Boulu annonce qu'au moyen de ces sétons, il peutfaire passer un courant permanent dans les tumeurs, en faisant communiquer les extrémités du séton avec les deux pôles de la mixture galvanique de MM. Breton.

Je crois que M. Boulu s'est donné beaucoup de peine pour imaginer des sétons qui seraient remplacés parfaitement par des aiguilles à acupuncture en platine ; moyen très simple, très peu douloureux, qui compte déjà des succès en pareil cas, et que tous les médecins persistent cependant à ne pas vouloir employer. J'espère que ce que j'en ai dit dans le cours de ce travail, pourracontribuer à réhabiliter un peu ce moyen.

Voyons maintenant les résultats auxquels M. Boulu est arrivé à l'aide de ses appareils, si complexes, il est vrai, mais aussi si bien imaginés.

1'' Observation. — Homme de trente-deux ans, portant une tumeur lymphatique, de la grosseur d'une orange, sur la parotide gauche, tumeur survenue deux ans auparavant, à la suite de douleurs rhumatismales. Ganglions voisins tuméfiés. Guérison complète en deux mois.

T Observation. — Homme de dix-sept ans : tumeur lymphatique, du volume d'un œuf. sur la parotide gauche, pouvant remonter à dix ans. Guérison en trois mois.

/l72 APPLICATIONS DK l'ÉLKCTRICITÉ.

B" Observation. — Fille de dix-sept ans, de constitution scrofuleuse. Chapelets de ganglions aux deux régions parotidiennes. Une glande est en suppuration ; simple diminution de volume en deux mois d'électrisation.

ll^ Observation. — Homme de vingt-cinq ans. Gros ganglion induré' à l'angle de la mâchoire. Petits engorgements ganglionnaires cervicaux plus récents. L'électricité fait disparaître ces derniers; le ganglion résiste à trois mois d'électrisation.

5^ Observation. ■—- Fille de sept ans. Trois ganglions hypertrophiés, situés aux angles maxillaires et au-dessous de l'oreille gauche. Au bout de neuf mois, le plus gros, qui avait 6 centimètres dans son plus grand diamètre, est réduit au volume d'une olive. M. Boulu attribuait ces ganglions à une carie dentaire.

6' Observation. — Femme de vingt et un ans. Engorgements ganglionnaires considérables du reste du cou, remontant à deux ans. Diminution notable au bout de deux mois de traitement, M. Boulu cesse le traitement parce que la malade ne veut pas laisser extraire deux dents cariées que ce médecin juge indispensables à la guérison.

M. Bouvier ajoute que deux malades qu'il a adressés à M. Boulu, et dont l'affection datait de dix ans, avaient éprouvé une amélioration notable.

M. Bouvier ajoute, en terminant le rapport, que cesessais sont de nature à encourager les médecins à entrer danscette voie. Voici de quelle manière il cherche à se rendre compte des effets de l'électricité.

Les effets de l'électricité sont d'ailleurs, dans ce cas, tout à fait comparables à ceux des autres genres d'excitations qui sont la base de la thérapeutique des engorgements ganglionnaires chroniques. Sous l'influence des courants et de la douleur qu'ils provoquent, la peau s'échauffe, rougit, devient moite, et une excitation analogue est sans doute produite

ADÉINITES CliRVlCALKS. kl?)

dans le tissu glandulaire, dont la circulation est activée, dont le mouvement de décomposition ou d'absorption interstitielle tend à s'accroître. îl y a bien quelque chose de singulier, au premier abord, dans cet effet atrophique d'un agent, considéré, avec raison, comme le meilleur moyen de favoriser au contraire le phénomène de nutrition ou de production de la fibre musculaire ; mais cette contradiction apparente disparaîtra, si l'on tient compte de la différence des organes et des états morbides soumis à l'électrisation, ainsi qiie dans le mode suivant lequel celle-ci est pratiquée dans l'un et l'autre cas.

Je ne puis être aussi optimiste que M. Bouvier sous le rapport de la guérison des adénites cervicales par l'électrisation. Je n'y crois pas, et je fonde mon opinion sur des expériences dont j'ai été témoin et que j'ai aidé à faire, expériences qui permettent d'avoir une opinion à cet égard.

D'abord, les faits de M. Boulu ne sont pas parfaitement concluants. Les deux premiers, les seuls annoncés comme guéris complètement, n'étaient pas destumeurs scrofuleuses ; les individus qui en étaient porteurs sont annoncés comme d'une bonne constitution ; les tumeurs étaient uniques et placées dans la région parotidienne.

Les quatre autres faits et les deux malades adressés par M. Bouvier n'ont été qu'améliorés. Il a pu se faire dans ces six derniers cas que tout ce qui était le résultat d'un phlegmon chronique simple ait disparu, tandis que la partie restante était liée à une altération plus profonde, contre laquelle toute tentative plus longue eût échoué.

Maintenant cette méthode n'est pas nouvelle. En 1838, MM. Becquerel père et Breschet imaginèrent d'appliquer l'électricité à la médecine, et se livrèrent à des expériences de, diverses espèces. Parmi ces expériences étaient celles destinées à opposer la fonte des tumeurs. Ils essayèrent d'abord de placer des couples voltaïques sur les côtés oppo-

lllk APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICITÉ.

ses de la tumeur; l'application fut difficile, on y renonça bientôt, on n'avait du reste obtenu aucun résultat. Mon père imagina alors d'introduire des aiguilles à acupuncture dans les tumeurs. Ces aiguilles, implantées dans différents points, étaient mises en communication avec les pôles d'une pile à auge de vingt éléments chargée d'eau salée ou très légèrement acidulée. On laissa circuler les courants, en changeant toutefois leur direction par une implantation différente des aiguilles, jusqu'à six et huit jours de suite sans aucune interruption. Interne de Breschet à cette époque, les malades étaient placés dans ma salle, et je prenais moi-même le soin des appareils électriques. Voici quel fut le résultat, dans deux cas, de tumeurs bien évidemment scrofuleuses du cou, tumeurs composées de chapelets, de ganglions, et ne siégeant que d'un côté : le résultat fut complètement nul; il n'y eut qu'une apparence très légère de diminution.

I^e troisième cas est plus curieux. Il s'agit d'une femme de cinquante ans, portant une tumeur probablement de nature fibreuse et du volume de la tête d'un enfant de un à deux ans. Cette tumeur avait son siège dans l'abdomen, dont elle soulevait la paroi dans la région hypogastrique. Il est probable qu'elle siégeait dans le grand épiploon ; mais il n'y avait aucune certitude à cet égard. La malade était dans un assez bon état général. On introduisit les aiguilles de platine dans divers points de la tumeur, points qu'on faisait varier matin et soir ; le courant de la même pile décrite plus haut fut laissé en circulation pendant quinze jours consécutifs, sauf quelques instants de repos. Au bout de ces quinze jours, la tumeur était diminuée d'une manière notable. Le traitement ennuyait la malade, elle voulut s'en aller, et nous n*en entendîmes plus parler. Cette malade ainsi que les deux autres ont été vus, à cetleépoque, par les nombreux élèvesqui suivaient Breschet dans sa visite de l'Hôlel-Dieu.

Je prétends maintenant que l'emploi de l'électricité ne

ADÉNITES CERVICALES. /l75

peut avoir que de bien légers avantages, et voici comment l'anatomie pathologique me conduit à cette opinion.

Quelle est la nature des tumeurs des ganglions du cou? Ces organes peuvent être le siège d'une simple inflammation aiguë (adénite aiguë). Personne ne songera à employer l'électricité en pareil cas. D'autres fois les ganglions s'enflamment chroniquement, soit que cette adénite chronique soit la suite d'une adénite aiguë, soit qu'elle se développe d'emblée. Cette tumeur chronique peut se développer parfaitement en dehors de tout tempérament lymphatique et de toute cause slrumeuse, etellepeutêtrelerésultat de causes très diverses. Eh bien, cette adénite est la seule qui puisse se trouver bien de l'emploi de l'électricité ; c'est la seule qiii puisse se résoudre, peut-être en vertu du mode d'action exposé par M. Bouvier à la fin de son rapport. Mais hâtonsnous d'ajouter que bien d'autres moyens, employés à temps et d'une manière convenable, produiraient un résultat aussi bon, et peut-être plus rapide. Rien donc de spécial ici.

Arrivons aux adénites scrofuleuses. Qu'entend-on par là? On entend deux espèces de tumeurs qui sont les suivantes :

1° Une adénite chronique se développant chez un sujet lymphatique ou scrofuleuxtend à s'éterniser à l'état chronique et à passer à l'état d'induration. Voici pourquoi. La phlegmasie chronique des ganglions a pour objet de déterminer dans les mailles de ce petit organe le dépôt d'une lymphe albumino-fibrineuse amorphe d'abord, et qui peut être résorbée tant que cet état amorphe persiste. Mais quand l'état chronique persévère, alors il se fait un travail d'organisation dans cette lymphe albumino-fibrineuse, et un véritable tissu fibreux est la conséquence de cette organisation nouvelle.

Une fois que le ganglion hypertrophié a subi cette transformation fibreuse, il ne peut plus disparaître, à moins qu'une suppuration s'y établissant ne l'entraîne. Voici comment ceci peut arriver, et cette explication nous servira à

/i76 APPLIGAÏIOÎSS DE L'jÉLECTrilCITÉ.

nous rendre compte des améliorations qu'a pu amener l'électricité.

La transformation fibreuse des ganglions atteints de phlegmasie chronique n'est jamais complète; il y a autour, dans une certaine étendue, ou bien dans les intervalles des- divers gangljons qui se réunissent pour conslituer une tumeur, des parties qui ne sont pas encore transformées, et qui sont simplement le siège d'une inflammation chronique, c'est-àdire qui sont infiltrées d'une lymphe albumino-fibrineuse amorphe.

Eh bien, ce sont ces parties qui suppurent quelquefois et entraînent avec le liquide qu'elles produisent tout le reste du tissu ganglionnaire organisé ou non.

Ce sont encore ces parties enflammées chroniquement qui probablement peuvent se résoudre par l'absorption de la lymphe amorphe, sous l'influence de l'électricité ou de tout autre moyen. Lorsqu'il en est ainsi, les parties non organisées des ganglions disparaissent; la partie organisée transformée reste, et le ganglion semble diminuer du quart, du tiers, de la moitié.

Voilà ce qui a lieu. Sans doute il est préférable d'arriver à ce résultat plutôt que de n'en avoir aucun ; mais je crois qu'il peut être obtenu par l'application de tout autre agent que l'électricité, qui, entre autres inconvénients, a celui d'être un moyen très long.

2° La deuxième espèce de tumeurs est constituée par la dégénérescence tuberculeuse des ganglions. Le tubercule peut se développer d'emblée dans le ganglion ; il peut, au contraire, ne se déposer dans cet organe que consécutivement à l'inflammation chronique dont il est le siège.

Dans les deux cas, l'électricité ne peut évidemment absolument rien sur ces ganglions tuberculeux ; mais là il peut arriver ce que je viens de décrire dans le cas d'induration fibreuse des ganglions. La partie tuberculeuse est presque

7\Mh'i\Yswiîs. /t77

toujours entourée de tissu ganglionnaire enflammé chroniquement. Eti bien, c'est cette phlegmasie chronique qui peut soit suppurer, soit se résorber sous l'influence d'agents divers, et en particulier de l'électricité. C'est ce qui explique les améliorations et les diminutions très notables que l'on obtient souvent dans le cas de tubercules ganglionnaires. Mais ce n'est jamais le tissu tuberculeux lui-même que l'on parvient à faire disparaître.

Le tissu tuberculeux présente un caractère que n'offre pas le tissu fibreux, il possède la faculté de se ramollir et de donner naissance à des abcès froids, sans que l'inflammation chronique du tissu ambiant intervienne.

En résumé, il faut de nouveaux faits et de nombreux faits pour admettre l'efficacité de l'électricité dans les tumeurs cervicales ganglionnaires ; il faut surtout bien distinguer la nature des tumeurs sur lesquelles on agit.

Si l'on veut essayer de traiter des ganglions hypertrophiés au moyen de l'électricité, je conseillerais d'opérer avec de simples aiguilles à acupuncture en platine, introduites dans diverses parties de latumeur, et de faire circuler les courants entre les diverses aiguilles; je suis convaincu que c'est la meilleure manière de faire pénétrer les courants dans l'épaisseur de pareilles tumeurs.

§ 2. — TRAITEMENT DES ANÉVRYSMES AU MOYEN DE l'ÊLEGTRIGITÉ.

La propriété que possèdent les courants électriques de coaguler le sang était connue depuis longtemps, lorsqu'en 1831, M. Guérard songea à employer l'électricité pour coaguler le sang dans les anévrysmes. M. Pravaz, à qui il communiqua cette idée, fit avec lui sur les animaux quelques expériences qui n'eurent pas- de suite.

Depuis lors, plusieurs chirurgiens firent des tentatives qui ne conduisirent à aucun résultat. En voici une qu'Auguste

/i78 applîcatiojns de l'électricité.

Bérard me pria d'exécuter dans son service à l'hôpital Necker,

en 1837.

Voici le fait. Un homme, jeune encore, était porteur d'un anévrysme de l'artère sous-clavière gauche parfaitement caractérisé et formant une tumeur ovoïde sous la peau. La cavité anévrysmale ne paraissait pas contenir de caillots coagulés, elle était molle et fluctuante, mais il n'y avait aucun amincissement de la peau. A. Bérard me pria de lui appliquer un appareil qui pût coaguler le sang dans cette cavité. Voici ce que je pratiquai devant lui : une aiguille de platine très mince fut introduite à chaque extrémité dé la tumeur, de manière à pénétrer dans son intérieur, mais disposée de telle sorte que l'une ne pût rencontrer l'autre au sein de la tumeur. Les deux aiguilles de platine furent mises en communication avec les deux pôles d'une pile à auge de vingt couples, peu chargée.

Un emplâtre résineux fut placé entre les deux aiguilles sur la peau, afin d'empêcher le courant de suivre cette voie. On fit passer le courant pendant quarante-huit heures sans aucune interruption. Au bout de ce temps, A. Bérard examina la tumeur, qui était toujours aussi molle et aussi fluctuante. 11 ne semblait y exister aucun caillot. De plus la peau était rouge, douloureuse, légèrement érysipélateuse, et la piqûre des aiguilles paraissait un peu plus grande qu'à l'instant de leur application, ce qui semblait indiquer un commencement d'ulcération. A. Bérard, en présence de ces lésions, crut devoir renoncer immédiatement à cette méthode ; il exerça pour l'instant une légère compression, et quelques jours après il opéra le malade.

En i8/|.5, M. Pétrequin obtint le premier succès et la première guérison d'un anévrysme avec l'électricité.

Dans un deuxième travail qu!il publia en 1850, le chirurgien de Lyon chercha à établir que la pile possédait trois actions : 1° une action qu'il appelle électrique, qui agit sur

ANKVKYSJIES. 479

le système nerveux; 2*^ une action calorifère qui pioduit la combustion des tissus ; 2>° une action décomposante. D'après M. Pétrequin, pour traiter des anévrysmes, c'est de cette dernière qu'il faut profiter. On doit chercher à l'augmenter en diminuant les deux autres. Pour arriver à ce but, on doit, suivant lui, faire agir la pile sans multiplicateur, c'est-à-dire se servir d'un courant continu (comme je l'avais fait pour A. Bérard), et transmettre le fluide à l'aide d'un conducteur isolant ; l'action calorique est réduite au minimum quand les disques voltaïques sont de petite dimension et fonctionnent en courant continu. La force décomposante est en raison directe du nombre des éléments. Il faut donc rejeter, dans le traitement des anévrysmes, les appareils à multiplication, et opérer en changeant souvent la direction des courants. Chaque séance doit être de douze à vingt minutes.

En I8/16, M. Hamilton avait proposé d'introduire seulement l'aiguille positive dans le sac anévrysmal, et de mettre le pôle négatif en contact avec la peau sur la tumeur.

MM. Baugmarten et Wertheimber répétèrent en 1852 les expériences d'Hamilton, et virent également que si l'on plonge dans le sac anévrysmal l'aiguille qui est en communication avec le pôle négatif, on n'obtient pas de coagulation, tandis qu'avec l'aiguille positive, la coagulation est prompte, rapide et complète; le caillot est petit, mais il est solide.

11 semble que le pôle positif de la pile jouisse de propriétés que le pôle négatif n'a pas.

M. Guitard partage cette opinion, qu'il a surtout adoptée d'après des expériences faites sur des chiens. Il a vu que lorsque le pôle positif est seul plongé dans l'artère, il coagule parfaitement le sang, ne provoque pas de douleur, et n'amène ni inflammation, ni eschares au point de contact avec les tissus.

Le pôle négatif, au contraire, jouirait, suivant ce médecin, de la propriété de fluidifier le sang, de causer des dou-

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leurs et de pouvoir produire de l'inflammation ou des eschares.

M. Bougard, dans la série des trois arlicles qu'il a fait paraître dans le Journal de médecine de Bruxelles, a résumé les cas suivants des opérations faites jusqu'à présent. Je lui emprunte ce catalogue.

M. Pétrequin (18/i5), deux cas : l'un un anévrysme traumatique de l'artère temporale, l'autre un anévrysme du pli du coude, suite de saignée.

M. Ciniselli (18/i6}, un anévrysme poplité guéri. M Debout (i8/i7j , un anévrysme du pli du bras, suite de saignée,

M. Guérineau (1847), un anévrysme do l'arcade palmaire.

M. Rosselli (18Ù.7), un anévrysme du pli du coude. M. Abeille (1869) , trois anévrysmes de la sous-clavière. MM. Yiguerie et Estevcnet, à Toulouse (1850), un anévrysme du pli du coude, suite de saignée.

M. Bossé (1850), un anévrysme du pli du coude. M. Âmussat(^i85î), un anévrysme faux consécutif de l'artère cubitale à la partie inférieure du bras gauche.

M. Amussat, en 1851, présente à l'Académie de médecine un boucher guéri, en i8/i7, d'un anévrysme par l'électropuncture. 11 donne le résumé de dix-huit observations de tumeurs anévrysmales traitées par ce moyen ; il compte onze succès et sept insuccès. Il rejette les revers sur le peu de perfectionnement de la méthode.

Un anévrysme du cuir chevelu guéri en 1852 dans le service de M. Nélaton.

M. Ricord, un anévrysme faux consécutif de l'artère humé raie.

Dans ces cas divers, les procédés ont été souvent défectueux. Les uns se sont servis de la pile à colonne, quarante couples cuivre et zinc, quatre épingles implantées en croix

AXÉVRYSMKS. /4.8 1

dans la tumeur aiiévrysmalo, séance d'une demi-heure en changeanl la direction du courant.

D'autres, une pile à auge de vingt couples, quatre aiguilles enfoncées, changement des courants dans chaque paire d'aiguilles, une à deux séances. On a aussi employé la pile de Bunsen.

Ce qu'il y a de mieux, si l'on veut essayer de nouveau, c'est d'enfoncer une aiguille de platine au centre de la tumeur, de placer à son extrémité une plaque métallique circonscrite, et de faire communiquer Taiguille avec le pôle positif et la plaque avec le pôle négatif. Le courant qu'on ferait passer serait celui d'une pile à auge de vingt couples médiocrement chargés. La durée de la séance serait d'une demi-heure. On pourrait encore remplacer la plaque par une seconde aiguille enfoncée en dehors de la tumeur, mais toutefois dans son voisinage et de manière que le courant traversât toujours la cavité anévrysmale.

Si l'on n'obtenait pas de résultats au moyen de ce procédé, on pourrait revêtir les aiguilles d'un vernis isolant, sauf tout à fait la pointe. On serait alors certain de diriger et de faire passer le courant où l'on veut.

Les chirurgiens ou les médecins qui voudront employer l'électricité comme agent coagulant dans les anévrysmes ne devront pas perdre de vue qu'un certain nombre d'accidents peuvent arriver à la suite de l'application de ce moyen. Ces accidents sont les suivants :

1° L'inflammation des bords de la piqûre et celle de la peau qui recouvre l'anévrysme;

2° L'ulcération de ces mêmes piqûres ;

3" De petites eschares le long du trajet de ces piqûres.

Il ne serait pas impossible qu'à la suite de ces accidents, la tumeur rhumatismale vînt s'ouvrir au dehors.

M. Broca (1), dans son intéressant Traité des anévrysmes ,

(1) Broca, Des anévrysmes et de leur traitement, 1856, 1 vol. in-8.

482 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRIGITÉ.

auquel, du reste, nous renvoyons le lecteur qui voudra approfondir cette question, formule de la manière suivante son opinion à l'égard de i'é'.ectro punclure :

« Dire quel est l'avenir réservé à la galvano-puncture me semble bien difficile ; elle a fourni de bons résultats dans le traitement des anévrysmes traumatiques du coude; mais il faut dire aussi que, d'uiie manière générale, ces anévrysmes cèdent facilement à beaucoup d'autres méthodes.

» La galvano-puncture est applicable à plusieurs anévrysmes que leur siège spécial soustrait à la compression indirecte et même à la ligature. C'est là un avantage incontestable qui suffit déjà à lui seul pour lui assurer un rang honorable.

» Mais nous ne devons pas oublier que cette méthode est souvent très douloureuse, qu'elle expose à plusieurs accidents sérieux, et surtout qu'elle a l'inconvénient de procurer une oblitération défectueuse, puisque le caillot galvanique se comporte exactement de la même manière que les caillots passifs ordinaires. »

Les caillots actifs sont, pour M. Broca, ceux qui ne contiennent que de la fibrine, et qui, par conséquent, sont plus durs et s'organisent beaucoup plus vite.

Les caillots passifs, plus mous, plus facilement destructibles, sont ceux qui sont formés à la fois de fibrine et de globules.

§ 3. — DE l'ÉLECTBISAIION DE L'LTÉRUS, DE LA POSSIBILlTÉp DE REDRESSER L'UTÉRUS FLÉCHI PAR L'EMPLOI DE L'ÉLECTRICITÉ.

Tel est le titre d'un mémoire publié par M. Fano dans V Union médicale (12 novembre 1859). En Jisant ce titre, je n'ai pu m'empêcher d'éprouver un vif mouvement d'étonnement, et j'ai de suite douté qu'une telle médication pût avoir quelque valeur. La lecture est loin de m' avoir fait changer d'opinion, et je me bornerai à dire quelques mots de ce

DÉVIATION DE l'uTÉRDS. /!|83

travail pour qu'on ne puisse regarder comme une chose sérieuse la possibilité de redresser des iiexions utérines à l'aide de rélectricité, et surtout à l'aide de l'électricité telle qu'elle est conseillée ici.

L'histoire des flexions de l'utérus est maintenant bien éclairée, et de nombreux travaux publiés en France et à l'éiranger en ont fait connaître les principaux détails. Sans pénétrer dans cette histoire, je me bornerai à énoncer les deux faits généraux suivants : l''il est généralement admis que les flexions de l'utérus, toutes les fois que le corps et le col de cet organe sont sains, ne déterminent aucun accident, ne produisent aucun symptôme appréciable : c'est l'occasion seule ou l'autopsie pour une maladie accidentelle qui les fait découvrir ; 2° toutes les fois qu'un utérus fléchi est le siège, soit d'une congestion, soit d'un état phlegmasique, que ces lésions morbides soient le point de départ, l'origine ou la conséquence de la flexion, c'est alors que des symptômes plus ou moins caractéristiques se manifestent. Mais ces symptômes sont ceux de la phlegmasie chronique de l'utérus, symptômes un peu exagérés par la présence de la flexion, mais nullement ceux de la flexion elle-même. Si on combat cette phlegmasie, on fera disparaître l'état morbide ; dans la plupart des cas, la flexion elle-même guérira, ou bien si elle persiste, une fois la métrite chronique disparue, elle ne se traduira par aucun symptôme.

L'histoire des flexions utérines se résumant de cette manière, comment comprendre les redressements de M. Fano? Si les flexions existaient sans lésions phlegmasiques aucunes, elles ne devaient se traduire par aucun phénomène morbide, par conséquent, il n'était besoin en aucune manière de les redresser. Si elles étaient compUquées d'inflammation chronique, à coup sûr, ce ne sont pas quelques séances d'électricité qui auraient guéri de telles affections, en général rebelles et difficiles à faire disparaître.

/|8/l. APIM.ICITIONS DE L'ÉiJ'GTUiClTK.

Donc, en principe, je ne saurais comprendre ni admettre en aucune façon qu'on songeât à traiter les flexions utérines par l'électricité.

Mais examinons surtout le modus faciendi de M. Fano.

Sa première observation est déplorablement courte : il parle d'une femme dont le corps de l'utérus forme angle droit, avec le col et dont le museau de tanche est largement entr'ouvert ; il est peu à présumer que cet utérus fût sain, M. Fano clectrise avec une pile de Legendre, il place l'un des pôles de la pile sur l'hypogastre, et l'autre sur le col utérin embrassé par le spéculum. La malade fut guérie en peu de séances. En vérité, est-ce un mode d'application sérieux et comment localise-t-on ainsi les courants dans les fibres musculaires de l'utérus en opérant à travers l'hypogastre ?

Dans la deuxième observation, le corps de l'utérus est plus volumineux qu'à l'état normal ; il y a un écoulement blanc ; l'électricité est appliquée de la même manière. Après cinq minutes d'électrisation, le corps de V utérus semble avoir di7ninué de volume, il est plus dur et plus résistant qu avant Vélectrisation ; l'axe du corps s'est notablement rapproché de celui du col. La guérison, dit-on, a eu lieu en cinq séances.

La troisième observation est de la même valeur. La lèvre antérieure du col est hypertrophiée ; il y a un écoulement leucorrhéique. Ici, guérison phénoménale en une séance de cinq minutes.

Dans la quatrième observation, le corps est volumineux et mou. Au spéculum, on trouve un écoulement muqueux épais et abondant fourni par la surface et la cavité du coi de l'utérus. Après une séance d'électrisation, le corps est plus dur et plus résistant qu'auparavant. Chez cette malade, l'éleôtrisation produit quelque chose de plus merveilleux que chez les trois précédentes. Elle convertit une antéflexion en antéversioii et elle guérit complètement la malade.

AGENT CAlSTIQUli:. 685

Je me borne à celte courte analyse. Elle suffira pour éclairer mes lecteurs sur la valeur de l'emploi de l'électricité pour redresser les flexions do l'utérus. Je ne pense pas que ce travail puisse porter la moindre conviction dans leur esprit, et soit de nature à les engager à répéter de telles tentatives.

§ 4. — DE l'électricité COMME AGENT CAUSTIQUE

(galvano-caustique).

La galvano-caustique est le nom sous lequel on a essayé de désigner, dans ces derniers temps, l'ensemble des opérations chirurgicales qui s'accomplissent avec l'aide de la chaleur électrique.

Heider (de Vienne), à l'instigation du professeur Steinhiel (de Munich), essaya le premier de cautériser les nerfs dentaires avec le galvanisme. En iSliQ, M. G. Crusell (de Saint- Pétersbourg) imagina de couper les tissus à l'aide d'un mouvement de scie de va-et-vient imprimé à un fil de platine incandescent.

M. Sédillot (1849) publia l'observation d'une tumeur éreclile guérie par l'emploi du cautère électrique.

John Marshall (4850) guérit une fistule de la joue à l'aide de la cautérisation galvanique.

Thomas Harding('l85l) et Georges Waite, dentistes, s'en servirent, la même année, pour cautériser les nerfs dentaires.

Hilton, de l'hôpital de Guy, à Londres, entoura d'un fil de platine, mis en communicationavec une pile de Cruikshank, la base d'une tumeur érectile, dont il enleva successivement les deux moitiés.

Depuis 1850, M. Nélaton s'est livré à d'assez. nombreuses applications de la cautérisation électrique.

M. Regnault, professeur agrégé de la Faculté de médecine, imagina à cet elfet une batterie galvanique d'un petit

/i86 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICIïÉ.

volume, d'un usage facile et d'une grande puissance calorifique, que nous ne pouvons décrire ici.

D'après M. Nélaton, on peut employer cette cautérisation dans des cas où la partie à cautériser est profonde, comme dans le pharynx ; ou pour détruire des tumeurs érectiles en conservant la peau.

Nous insisterons peu actuellement sur ce travail, tious aurons occasion d'y revenir au sujet d'un second mémoire sur le même sujet, publié par M. Regnault, en 1856.

M. Amussat fils (4 juillet 1853) adressa à l'Académie des sciences une note dans laquelle il fit connaître les résultats qu'il avait obtenus en se servant de l'électricité comme agent de thérapeutique chirurgicale.

En employant un fil de platine chauffé à une température très élevée, au moyen d'une batterie électrique composée de grandes piles de Bunsen, il a pu :

1° Cautériser l'intérieur d'une grenouillette, du volume d'une grosse amande, et en obtenir laguérison ;

T Cautériser l'intérieur d'une cavité anfractueuse, occupant toute la face postérieure de la glande mammaire droite, chez une femme de vingt-quatre ans, et en obtenir la cicatrisation ;

3° Cautériser extérieurement et intérieurement lé col de l'utérus dans les cas d'engorgements avec ulcération de cette partie de l'organe;

k° Faire l'ablation de deux tumeurs cancéreuses : l'une siégeant dans la paume de la main, et ayant 10 centimètres de longueur et 8 centimètres de largeur ; l'autre, plus volumineuse, placée dans la région mammaire.

Pour l'ablation des tumeurs mobiles, il. emploie le procédé suivant : soulevant la tumeur avec la main gauche, il en traverse la base avec une aiguille d'acier portant une anse de fil de platine; lorsqu'elle est parvenue du côté opposé, il la retire, en coupant l'anse métallique, il a alors deux fils dis-

AGFÎNT CAUSTIQUE. 487

lincts dont lesextrémités sont lenuesen rapport avec lespôles de deux batteries électriques puissantes.

En tirant doucement les fils en sens opposé, il fait l'ablation de la tumeur ; il reste ensuite une surface cautérisée sur laquelle on applique d'abord des réfrigérants, et que l'on panse ensuite avec des compresses trempées dans de l'eau simple, jusqu'à cicatrisation complète.

Le nombre des éléments doit être tel que les fils métalliques projettent une lumière très vive, et l'on doit les tenir doucement, car à cette température ils se brisent facilement quand on sectionne la base de la tumeur; on obtient ainsi une cautérisation suffisante de la couche de tissu placée au-dessous.

M. Amussat fils fit une deuxième communication h l'Académie des sciences le 16 octobre 1854.

C'est encore à des piles de Bunsen qu'il a recours pour échauffer les fils de la platine à la température nécessaire. 11 fait usage de fils du n" 27 de la filière ou de petits rubans de platine correspondant au n° 35 de cette même filière. 11 leur donne de préférence 25 centimètres de longueur.

A l'aide de cet appareil, il fit l'ablation d'une troisième tumeur carcinomateuse, siégeant dans la région mammaire ; mais, au liei^de pédiculer la tumeur avec la main, il le faisait avec un instrument d'acier très simple que nous ne pouvons décrire ici.

Ce médecin pense qu'en employant des piles de Bunsen plus puissantes, il serait possible d'appliquer l'électricité à l'amputation des membres. Réunissant dix couples de Bunsen de 35 centimètres de hauteur, chargés avec de l'acide nitrique çlu commerce et de l'eauacidulée marquant 15 degrés, il a pu faire rougir, dans l'étendue de 80 centimètres, un fil de platine du n" 18 et un ruban du même métal du n" 32, de o millimètres de largeur et de 60 millimètres de longueur, il n'a mis son idée à exécution que sur un cadavre, et il a

488 APPLICATIONS Dii l'ÉLECTIUCITÉ.

opéré facilement la section des chairs de la cuisse et du bras d'un adulte; l'os a été coupé avec la scie.

M. Amussat fils a même cautérisé la base d'une tumeur hémorrhoïdale à l'aide d'une pince d'ivoire dont les baguettes articulées à l'une de leurs extrémités sont traversées par un ruban de platine de 3 millimètres de large, fixé par un petit anneau à l'articulation de la pince.

Enfin il a cautérisé avec l'électricité le col de l'utérus dans mi cas de névralgie de cet organe.

Pour opérer la section des tissus, M. Amussat imprime au fil ou au ruban de platine un mouvement de va-et-vient semblable à celui d'une scie. Il emploie comme conducteurs, pour mettre le platine en rapport avec les piles de la batterie, de minces rubans de cuivre recouverts de soie.

Il lui a semblé avantageux de placer la batterie électrique le plus près possible du lieu de l'opération sans incommoder le malade, afin de donner aux conducteurs moins de longueur et d'éviter la déperdition du calorique électrique.

M. le docteur A. -Th. Middeldorpff, de Breslau, a publié un travail important sur la galvano-causliqiie ; M. Axenfeld en a fait une analyse détaillée dans les Archives de médecine (1855).

Après un historique assez complet, M. Middeldorpff traite d'abord des instruments galvano-caustiques.

La pile de Grove semble préférable à l'auteur ; au deuxième rang, il met celle de Sturgeon ; au troisième, celle de Daniel. Les instruments qu'il emploie sont les suivants :

1" Les cautères galvaniques. — Le principe de leur construction est le suivant : un manche d'ébène, pouvant être séparé en deux moitiés latérales, est traversé suivant sa longueur par deux fils de cuivre doré qui reposent dans deux gouttières creusées dans chacune de ces moitiés. L'extrémité posléi'icurc de chacun de ces fils reçoit l'extrémité de l'un des réophores. A l'extrémité antérieure saillante, au delà

AGENT CAUSTIQUE. /l89

du manche, se visse un fil de platine disposé en anse. — C'est cette anse qui constitue le cautère. On peut lui donner diverses formes ; un mécanisme particulier permet d'interrompre le courant et de le rétablir à volonté.

Comme modificateurs du cautère galvanique, citons le cautère à double tige, le cautère à olive de porcelaine, le cautère du sac lacrymal, le cautère pour les rétrécissements ou bougie galvanique.

2° Les porte-ligature galvanique [anse coupante^ ligatura caudens). — Ils consistent dans des fils que l'on fait passer, soit dans des tubes de verre, soit dans des tubes métalliques et bons conducteurs, mais isolés l'un de l'autre. L'anse coupante fait saillie à l'extrémité du tube. Les fils qui passent à travers les tubes permettent de donner à l'anse terminale le volume et l'étendue que l'on désire.

3° Les sétons galvaniques. — Ce sont des fils de platine de différentes grosseurs que l'on conduit au moyen d'aiguilles droites ou courbes à travers les canaux ou les tissus dans lesquels il s'agit de développer un travail inflamma^ toire.

Les avantages de la galvano-caustique, d'après M. Middeldorpff, sont les suivants :

i° L'absence d'hémorrhagie ;

2° La rapidité et l'énergie d'action ;

3° La limitation exacte des effets de l'opération ;

[i° La possibilité de brûler et de couper des parties profondes qui sont absolument inaccessibles à l'instrument tranchant ;

5° La production de bourgeons charnus de bonne nature ;

6° Il évite au malade la terreur que lui cause toujours l'emploi du fer rouge.

La galvano-caustique, d'après l'auteur dont nous résumons les idées, est applicable dans un grand nombre de cas qui sont les suivants :

490 APPLICATIOiNS Dli l'ÉLECTRTCITÉ.

i" Les hémorrhagies. — Il permet de les arrêter là où le fer rouge ne peut être introduit, comme pour les alvéoles, les amygdales, la langue, le palais, le pharynx, Torbite, les sinus frontaux ou maxillaires supérieurs, quelques hémorrhagies du rectum, de l'utérus ou du vagin.

2° Les névralgies. — L'auteur conseille la galvano-caustique pour la destruction du nerf dentaire; il l'emploie dans certaines névralgies, comme celle du nerf sous-orbitaire, pour la destruction de ce nerf dans le canal de même nom, ou bien encore pour cautériser le tragus, le dos du pied, le voisinage de la tête du péroné, dans le cas de sciatique. Dans ces cas, il pourrait, selon l'auteur, remplacer la cautérisation transcurrente.

3° Quelques paralysies. — M. Middeldorpff, qui se fait peut-être illusion à cet égard, conseille l'emploi de ses moyens pour cautériser le muscle élévateur de la paupière supérieure dans la paralysie de ce muscle, et l'applique à la région intermédiaire à l'apophyse mastoïde et au maxillaire dans la paralysie du nerf facial,

h" Gangrène. — La galvano-caustique paraît surtout utile pour enrayer les progrès de la destruction (pourriture d'hôpital, phagédénisme), pour élever autour des parties mortifiées une barrière formée par des tissus enflammés et infiltrés que le mal ne franchit pas,

5° Ulcérations. — On peut faire usage des caustiques électriques pour cautériser les ulcérations par points, par lignes simples ou croisées, par larges places, pour détruire les callosités, ou enfin peur exciser leurs bords décollés.

M. Middeldorpff regarde la galvano-caustique comme un précieux moyen pour traiter les ulcérations du col de la matrice ; il pense que l'on pourrait faire usage d'un fil de platine pour cautériser la cavité du col utérin.

ij" Cancers. —-Lq même auteur pense que la galvanocaustique est de nature à présenter quelques avantages dans

AGENT CAUSTIQUE. /lOi

le cancer de la langue et d'autres parties très vasculaircs ; elle permet d'arrêter facilement l'hémorrhagie. Son action extrêmement circonscrite permet en outre d'attaquer les organes les plus délicats.

7° Fistules. — C'est dans les fistules que la galvano-caustique offre, d'après notre auteur, les plus nombreuses applications peut-être.

On peut l'employer en pareil cas :

1° Pour la cautérisation ou la simple adustion du trajet fistuleux.

2" Pour la cautérisation de l'ouverture fistuleuse et de son pourtour, pour obtenir le rétablissement de l'occlusion de cette ouverture par rétraction de la cicatrice, pour déterminer la formation de bourgeons charnus de bonne nature.

3° Pour exciser les parois de la fistule.

Les avantages de la galvano-caustique dans tous ces cas sont l'absence ou le peu d'abondance de l'hémorrhagie, la production de granulations abondantes et vivaces, la destruction ou la fonte de tissus fongueux et calleux, la possibilité de porter sans danger une excitation vigoureuse dans les trajets les plus profonds, d'agir sur n'importe quel point et dans n'importe quelle étendue.

4* Pour cautériser le trajet fistuleux. On l'applique au traitement de la glande lacrymale, de la parotido, des fistules dentaires, de celles des canaux salivaires, des conduits lacrymaux, du sac lacrymal, du canal nasal, pour les fistules vcsico-utérines, uréthro-vésicales, rectales, recto-vaginales, recto-uréthrales et urinaires.

M. Middeldorpffcite plusieurs exemples de fistules traitées par ces procédés.

1° Une fistule de la région trochantérienne, datant de cinq mois et produite par le décubitus, chez un sujet atteint de fièvre typhoïde. On avait employé d'autres moyens sans succès.

/|.92 APPLICATIOÎVS DE l'ÉLECTRICITÉ.

2° Des trajets fistuleux du creux axillaire, suite d'un abcès ganglionnaire. Plusieurs traitements avaient échoué.

â° Une fistule stercorale de l'aine traitée sans succès par le fer rouge et la suture.

A la suite de ces observations'il cite plusieurs cas de guérison par incision des fistules.

1° Une fistule borgne interne traitée par l'ouverture rectale et la galvano-caustique. Guérison.

2° Des fistules nombreuses de la fesse ayant résisté à tous les moyens, y compris l'extirpation de toute la surface malade. La guérison, fut obtenue lentement. Le malade succomba à la phthisie pulmonaire.

3° Un rétrécissement du canal lacrymal datant de dix-huit mois; blennorrhée du sac et du canal; ouverture du sac j cautérisation galvanique. Guérison.

M. Middeldorpif conseille la galvano-caustique pour l'ectropion : c'est la muqueuse qu'il attaque par la galvanisation électrique ; pour le Irichiasis et le distichiasis, il combat ces deux affections : i° en détruisant le bord palpébral ; 2° en produisant une brûlure linéaire au voisinage immédiat de ce bord, d'où résulte le renversement des cils en dehors; 3° en oblitérant les bulbes des cils, soit au moyen d'une ligne profonde tracée parallèlement au bord libre de la paupière sur la face antérieure de ce voile, soit en touchant directement les points d'implantation des cils ; il conseille encore la galvano-caustique pour rétablir la position des cartilages tarses déformés, pour toucher les petites ulcérations irrésolubles de ce cartilage, des glandes de Meibomius ou des bulbes ciliaires, pour l'ablation du cancer des paupières ou des caroncules.

Rétrécissements de Vurèthre. — M. Middeldorpff ne mentionne encore qu'à titre d'essai l'emploi de la galvano-caustique contre les rétrécissements. Il cite cependant un rétrécissement calleux, long de \ centimètre, ne pouvant être franchi qu'avec des bougies de 1 millimètre 1/2; il y avait

AGlvM CAUSTIQUE. /|.93

maladie de vessie. 11 appliqua le caulère à rétrécissements. La guérison eut lieu au bout d'un mois, sans accident. Neuf mois après, elle persistait.

Épulis. — L'auteur cite deux cas de guérisons par la galvano-caustique, il rapporte également un cas de névrome guéri.

Tumeurs vasculaires. — La cautérisation galvanique a pour but de provoquer dans ces tumeurs la coagulation du sang, l'inflammation et la suppuration. Elle réalise l'avantage de porter la chaleur la plus intense aussi loin et aussi profondément qu'on veut, et de ne faire à la peau que des pertes insignifiantes. Il emploie pour obtenir ce résultat le séton galvanique, qui se fait en traversant la base ou l'épaisseur de la tumeur avec un ou plusieurs fils minces de platine, qui ne doivent se toucher par aucun point. On y fait passer le courant, et après l'opération on trouve presque toujours la tumeur dure, noueuse, traversée par des espèces de cordes solides; la peau est légèrement salie et jaunie au pourtour seulement des trous faits par les aiguilles; l'hémorrhagie est nulle ou facile à arrêter ; le gonflement, la douleur, la rougueur, l'inflammation, la fièvre sont faibles, eu égard à l'importance de l'opération ; ces accidents sont même, absolument parlant, moindres qu après l'emploi d'autres méthodes.

M. Middeldorpff cite, à l'appui de son opinion, un bel exemple de guérison qu'il a obtenue en opérant sur une tumeur sanguine d'un grand volume, occupant l'angle de la mâchoire à gauche. Cette observation, très intéressante, est publiée par l'auteur, avec de grands détails; la guérison a été longue, difficile et obtenue non sans peine.

Il cite une deuxième observation de cinq petites tumeurs érectiles traitées par deux cautérisations et guéries.

La lecture de ces deux observations montre que l'inflammation et la suppuration des tumeurs n'ont pas été aussi peu intenses et bénignes que le pense l'auteur.

/i94 APPLICATIONS DE L'ÉLECTfilClTÉ.

Tumeurs pédiculées superficielles. — On peut enlever à l'aide de l'anse coupante les fibroïdes pédicules, les lipomes, les condylomes, les névromes, les tumeurs épithéliales, papillaires, etc. Deux observations sont citées à l'appui.

Amputations. — L'auteur cite l'exemple d'un enfant de six mois qui portait au-dessous de l'articulation métacarpophalangienne du pouce droit un deuxième pouce bien complet, aussi gros que le premier, auquel il adhérait par une soudure osseuse. La ligature incandescente opéra la section, non-seulement des parties molles, mais encore de l'os, dont le volume égalait celui d'une plume de pigeon. L'enfant guérit rapidement.

M. Middeldorpff pratique par la galvano-caustique la résection de la luette, celle des amygdales, et il cite des observations à l'appui.

11 pense également que, pour l'amputation du pénis et du clitoris, opérations dont l'hémorrhagie est le principal danger, de même que celle de la castration, on se trouverait très bien de la galvano-caustique; il en est de même pour l'amputation des membres entiers, et surtout de ceux dont le squelette se compose d'un os unique.

Hâtons-nous d'ajouter que l'auteur ne cite aucun fait à l'appui de sa manière de voir.

Polypes. — La galvano-caustique non-seulement favorise l'ablation des polypes, mais même la rend possible là où ne peuvent pénétrer les instruments ordinaires. Les avantages de la méthode appliquée dans ces cas sont les suivants :

1° Action hémostatique ;

2° Douleur faible pendant et après l'opération ;

3° Accès rendu possible dans des cavités où l'on ne peut porter le couteau ou les ciseaux, du moins sans courir les dangers de blesser les parties voisines;

li" Fixation des parties à diviser, par l'instrument même qui divise ;

5" IJmitation exacte des effets de la galvano-caustique ;

6° Facilité de Topératlon;

T Formation facile de bourgeons charnus abondants et rapidité de la guérison ;

8° Elle réunit les avantages de la ligature à ceux de la cautérisation.

M. Middeldorpffpasse successivement en revue: les polypes du nez, les polypes du conduit auditif, les polypes du pharynx, les polypes du larynx, les polypes de l'œsophage et les polypes utérins.

11 cite des cas de guérison de polypes du nez, polypes naso-pharyngiens, polypes pharyngiens et polypes laryngopharyngiens.

Relativement aux polypes utérins, l'auteur reconnaît à la galvano-caustique les avantages suivants :

1° L'hémorrhagie est évitée;

2° L'extirpation est complète;

3° L'action est entièrement limitée aux tissus qu'on veut enlever;

lx° La tumeur est fixée par l'instrument lui-même et ne peut s'échapper ;

5° L'inflammation et le danger sont presque nuls;

6° Les granulations se forment bien et la guérison est rapide.

Deux cas de guérison sont rapportés à l'appui.

Enfin, pour terminer, M. Middeldorpff cite comme autant de cas auxquels on pourrait appliquer la galvano-caustique : l'hémorrhaphylie, les varices, la carie, l'établissement de fontanelles, la cautérisation des plaies empoisonnées, l'évacuation et la cautérisation des abcès froids, des kystes, de la grenouillette, la destruction ou la section sous-cutanée des pseudarthroses.

Tel est le résumé du travail de M. Middeldorpff, résumé que je n'ai pu faire que grâce aux trois articles que M. Axen-

/l96 APPLICATIONS DK l'ÉLECTIUCITÉ.

feld lui a consacrés en août, octobre et décembre 1855, dans les Archives générales de médecine.

Si mon analyse est aussi étendue, c'est que l'importance de la question le méritait, et que de telles idées me paraissent devoir être répandues dans le public médical. Sans doute il y a de l'exagération dans toutes les applications de la galvano-caustique. Beaucoup de cas dans lesquels l'auteur l'applique peuvent être traités tout aussi bien et peut-être plus facilement et plus simplement par les autres moyens que la chirurgie met à la disposition du médecin; mais il n'en faut pas moins reconnaître que le nouveau mode d'application de la cautérisation oiïre certains avantages incontestables et que l'avenir confirmera. Il est à désirer que ce moyen soit expérimenté, et c'est pour engetger dans cette voie les médecins qui voudront bien me lire que j'ai résumé ici le travail du professeur de Breslau.

M. Regnault a présenté à l'Académie des sciences, dans la séance du 18 juin 1856, un mémoire qu'il nous semble intéressant de résumer ici, et dont les médecins qui voudront appliquer désormais la galvano-caustique devront tenir largement compte.

Le but que les chirurgiens veulent atteindre quand ils choisissent le cautère actuel de préférence aux caustiques potentiels et chimiques, est parfaitement net et défini : il s'agit non- seulement de désorganiser, mais encore de détruire par une inévitable ustion ou carbonisation certaines parties plus ou moins volumineuses avec lesquelles un instrument incandescent de forme convenable est mis en contact. La destruction des tissus morbides ou normaux doit être complète et rapide; son principal mérite résulte, selon toute probabilité, d'après M. Regnault, de la limitation exacte des eschares produites, de l'absence d'hémorrhagie pendant l'application, et de la répulsion qu'inspire ajuste titre l'emploi d'agents chimiques dont l'application peut avoir de

y\G!!;\T CAUSTIQUE. [\91

graves inconvénients et même offrir de sérieux dangers.

Dans un mémoire présenté à l'Institut en 1855, M. Regnault a insisté sur quelques avantages du cautère électrique ; aujourd'hui il signale les conditions auxquelles il ne peut satisfaire, et les circonstances où son usage parait offrir des difficultés presque insurmontables. Ces résultats sont déduits d'expériences en parfaite conformité avec les lois du développement de la chaleur dans les courants voltaïques, dont la découverte récente est due à M. Toule, savant physicien anglais.

M. Regnault s'occupe d'abord de l'influence de la masse incandescente et de la nature du métal employé sur la cautérisation. Pour produire des phénomènes calorifiques puissants au moyen d'un appareil voltaïque, il ne faut donner au circuit une résistance considérable qu'entre des points assez rapprochés, car l'intensité de la pile diminue avec l'augmentation des résistances dans le conducteur interpolaire.

Le diamètre des fils de platine ne doit pas dépasser une faible limite, O^'^jSO à 0""°,75 au plus, sur une longueur de 6 à 8 centimètres. On n'arriverait à rougir au blanc un fil métallique d'une plus grande section ou d'une plus grande longueur qu'à la condition d'employer des piles d'une puissance hors de toute proportion avec le but qu'on se propose d'atteindre. La faible masse que les conditions de production des phénomènes thermiques assignent au platine incandescent est une raison pour rejeter l'emploi du cautère électrique toutes les fois que l'on veut détruire des tissus volumineux. Dans ces circonstances, en effet, il est nécessaire, indispensable, non-seulement d'avoir un cautère porté à une haute température, mais encore un poids de matière incandescente suffisant pour détruire des parties gorgées de liquides qui, dans l'opération, vont s'échauffer, se réduire en vapeur et absorber beaucoup de calorique, sans que l'ustion ou la carbonisation se produise.

498 APPLICATIONS DE L'iiLECTRlCITÉ.

Le défaut de masse du platine, relativement à son poids, et la faible chaleur spécifique de ce métal paraissent à M. Rognault un obstacle insurmontable à la substitution proposée du cautère électrique aux cautères rougis à blanc par le feu, avec les formes et la masse que l'usage leur a assignées.

On a dit, il est vrai, que le fil de platine du cautère électrique, traversé sans cesse par un courant, compense par la continuité de son action ce qu'il perd sous les deux rapports susmentionnés. Les expériences de M. Begnault et les lois des phénomènes thermo-voltaïques démontrent qu'il n'en est point précisément ainsi. Le contact de tissus baignés de liquides refroidit le stylet d'une manière continue et l'empêche d'arriver à la haute température qu'il avait dans l'air. Par le seul fait de refroidissement, la résistance au passage de l'électricité dans cette partie du circuit diminue, et l'on sait que l'élévation de température est en raison inverse du pouvoir conducteur : l'augmentation de la quantité d'électricité produite dans le même temps est très faible à cause du rapport très petit de la résistance du fil de platine aux résistances totales du système. M. Regnault conclut de ces observations sur ce sujet que, si l'on emploie le cautère électrique avec une pile assez intense pour faire rougir à blanc le platine dans l'air, c'est par des applications successives du stylet rougi hors des points attaqués que l'on aura la certitude d'arriver au résultat qu'on se propose. Sans cela on prendra souvent l'apparence pour le fait.

11 n'y a certainement pas impossibilité à faire rougir à blanc un fil de platine au sein des tissus gorgés d'humeurs, mais on se trouve en présence d'un ensemble de difficultés qui, dans la pratique, méritent d'être prises en sérieuse considération. M. Regnault appuie cette opinion sur le résultat de quelques expériences faites sur le cadavre, où pourtant les conditions sont beaucoup moins défavorables que sur l'homme vivant. Que l'on veuille, par exemple, cautéri-

ser dans toute sa longueur un tiajetfisUjIeux à deux orifices. Si la pile ne fournit pas une très grande proportion de fluide électrique, le fil ne rougira pas dans l'épaisseur des tissus, il les chauffera plus ou moins fortement, mais sans produire une véritable ustion. Si, au contraire, la pile est très puissante ou le fil très fin, on aura toutes les chances possibles de le fondre. Quelquefois cette fusion s'opère au sein même des tissus, parce que la constitution du liquide à l'état sphéroïdal par le platine incandescent arrête la soustraction de calorique, et que le fil ne résiste pas à la trop forte proportion d'électricité qui le traverse. Le plus souvent c'est à l'un des orifices que le phénomène a lieu; en voici la raison : quelle que soit l'intensité du courant, la portion du fil plongée dans les tissus leur cède de la chaleur, sa roeistance diminue et l'inlensité du courant augmente. Si, dans ces circonstances, la plus grande longueur du fil de platine sort à ras de la peau, elle fond presque instantanément. On évite cet accident en ne cautérisant pas le trajet fistuleux dans toute sa longueur ; ce qui arrive presque constamment, malgré les apparences contraires, ainsi que M. Regnault l'a constaté par des dissections minutieuses.

M. Regnault résume son travail en concluant de ses recherches :

1° Que les avantages de ce genre d'appareils résultent de leur faible masse qui permet de les porter aux plus hautes températures sans avoir à redouter les effets du rayonnement sur les parties voisines de celle que l'on veut détruire.

2° Que cette qualité même du cautère électrique le rend impropre à la destruction de tissus volumineux, cas où le cautère actuel reste seul efficace ;

3° Que cet instrument a une grande supériorité sur les autres moyens pour les cautérisations exercées sur des surfaces peu étendues situées dans le voisinage d'organes délicats ou dans la profondeur de quelques cavités naturelles ;

500 APPLICATIONS DE l'iÎLI'CTRICITI-:.

4" Que le modèle plus sur d'application consiste à répéter successivement les contacts du stylet incandescent et de la partie sur laquelle on opère.

5" Quant aux opérations dans lesquelles le fil de platine doit rester plongé dans les tissus (cautérisation de longs trajets fistuleux, excision et ablation de tumeurs volumineuses) sans nier absolument leur possibilité, j'ai déduit de mes expériences que l'opérateur se trouve entre deux écueils : ou de fondre le fil métallique ou de ne pas le porter à la température nécessaire pour produire une vraie cautérisation.

Les conclusions de M. Regnault doivent être admises sans contestation : elles reposent sur des expériences trop positives pour qu'il puisse en être autrement. Je ferai cependant deux observations à ce sujet.

La première, c'est que si tous ces jfaits sont exacts, il est difficile de s'expliquer les succès nombreux que M. Middeldorpff a annoncés dans un intéressant travail.

La seconde, c'est que les expériences de M. Regnault ayant été faites sur le cadavre, elles ne sauraient en aucune manière être comparées à celles qui auraient été faites sur le corps vivant, l'effet du calorique présentant de notables différences dans les deux cas.

Quoiqu'il en soit, les observations de M. Regnault doivent être prises en sérieuse considération, en raison de l'importance du sujet et de son avenir.

Nous terminerons ce chapitre en rapportant textuellement plusieurs fragments du rapport de M. Broca sur la galvanocaustique. Nous empruntons h. la Gazette des hôpitaux cet extrait du rapport lu à la Société de chirurgie le 5 novembre 1856.

« Personne n'ignore que les courants galvaniques ont la propriété d'échauffer les conducteurs qu'ils traversent, et que le dégagement de calorique peut être porté assez loin

AGCiNT CAUSTIQUE. 501

pour rougir à blanc et même pour fondre un fil de platine. 11 est donc naturel que beaucoup de chirurgiens aient songé à pratiquer des cautérisations au moyen de la chaleur galvanique; mais la plupart des expérimentateurs, peu satisfaits des résultats, ou découragés par les difficultés d'exécution, avaient fini par renoncer à la cautérisation électrique, lorsque M. Middeldorpff entreprit ses importantes recherches. Grâce aux efforts persévérants de ce savant au^si ingénieux qu'habile, la galvano-caustique est aujourd'hui une méthode régulière, féconde en applications et digne de prendre place parmi les plus précieuses innovations de la chirurgie contemporaine.

» Le cautère galvanique peut, dans tous les cas, remplacer, et presque toujours avec avantage, le cautère actuel; il permet en outre de pratiquer, sans elTusion de sang, plusieurs opérations dans des régions à peu près inaccessibles jusqu'ici au fer rouge et aux cautiques.

>j Qu'un conducteur ou réophore parfaitement homogène, un fil métallique par exemple, soit mis en communication avec les deux pôles d'une pile, les deux électricités contraires se précipitent l'une vers l'autre sous forme de courant continu, et le fil s'échaulîe aussitôt d'une manière uniforme dans toute son étendue. En quelques seconde?, il acquiert une certaine température qui ne varie plus pendant toute la durée du courant.

» La quantité du calorique dégagée est extrêmement variable. Quelquefois l'élévation de température est à peu près inappréciable ; d'autres fois, elle peut aller jusqu'à faire fondre le platine. Tout dépend de la nature de la pile et de celle du réophore.

» Plus la source de l'électricité est abondante, plus les effets calorifiques sont prononcés ; or, l'intensité d'une pile est en rapport avec l'étendue en surface des éléments de chaque couple. Il faut donc prendre des piles à grandes sur-

faces pour pratiquer la cautérisation galvanique. M. Middeldorpff a donné la préférence à la pile de Grove, dont les éléments sont disposés comme dans les couples de Bunsen, avec cette différence, toutefois, que le cylindre de charbon est remplacé par plusieurs minces lames de platine entrecroisées en étoile, de manière à fournir une très grande surface dans un espace assez restreint.

» Pour que la température s'élève d'une manière notable, il faut que le courant rencontre un obstacle et qu'il le surmonte. Ainsi, avec la même pile, un gros fil s'échauffe beaucoup moins qu'un fil plus petit composé du même métal. C'est parce que la résistance que le réophore oppose au passage de l'électricité est d'autant plus grande que le fil est moins gros. On a m.ême démontré que le dégagement de la chaleur augmente en raison inverse de la quatrième puissance du diamètre du fil. Par exemple, un fil de 1 millimètre de diamètre s'échauffe seize fois plus qu'un fil de "2 millimètres (lois de Riess).

» Pour le même motif, les métaux mauvais conducteurs, comme le platine, s'échauffent plus aisément que les bons conducteurs, comme le cuivre ou le fer.

); Enfin, lorsque le réophore n'est pas homogène, la chaleur se produit presque exclusivement dans les points où l'électricité rencontre le plus d'obstacles.

» Tous les cautères de M. Middeldorpff sont formés d'une pièce de platine (lame ou fil) mise en communication avec les pôles au moyen de deux conducteurs de cuivre : avec la même pile, en faisant varier le volume et la nature des réophores, on peut obtenir des effets calorifiques très différents.

» Mais il ne suffit pas que l'électricité rencontre un obstacle, il faut encore qu'elle puisse le surmonter ; car sans cela le ^oura::t n'aurait pas assez de force pour chauffer le réophore. Or, la propriété de surmonter la résistance des conducteurs ne dépend pas de l'intensité delà pile, mais de la tension. La

AGIÎlNT CAUSTIQUE. SOS

tension, c'est-à-dire la force avec laquelle les électricités des deux pôles tendent à se précipiter dans le réophore, est indépendante de l'étendue de chaque couple ; elle est proportionnelle au nonibre des couples. Par conséquent, lorsqu'on veut obtenir des effets caloriques puissants, il faut avoir soin d'augmenter le nombre de couples à mesure qu'on prend des réophores moins volumineux, c'est-à-dire plus résistants. H résulte clairement de ce qui précède que la même pile ne peut servir pour chauffer indistinctement tous les réophores. Quand le conducteur est gros, il n'est pas nécesssaire que la pile ait beaucoup de tension, mais il faut qu'elle ait beaucoup d'intensité. Pour les conducteurs de petit diamètre, au contraire, on peut se contenter d'une pile peu intense, pourvu qu'on ait soin d'employer plusieurs couples afin d'avoir une forte tension.

» Or, il est indispensable pour pratiquer, dans les divers cas, la cautérisation galvanique, de pouvoir chauffer à blanc des conducteurs de volume très variable. Il faut donc que le chirurgien ait à sa disposition plusieurs piles de tension et d'intensité différentes, et cette complication instrumentale aurait certainement beaucoup nui à la vulgarisation de la galvano-caustique, si M. Middeldorpff n'avait heureusement réussi à remplir toutes les indications au moyen d'un seul appareil électrique. Quatre couples ou éléments de Grove, hauts de 6 pouces et demi et larges de 4 pouces et demi (mesures rhénanes ; un pouce fait uii peu plus de 26 millimètres', sont disposés dans une boîte à quatre compartiments. Au milieu de la boîte, entre les quatre couples, est situé le commutateur, petit appareil où sont placés les deux pôles, et qui est destiné à combiner les couples de plusieurs manières pour faire varier à volonté la tension et l'intensité de la pile.

v Le commutateur se compose d'une cuvette à huit trous et do trois coi'ivercies différents. Les huit trous de la cuvette sont pleins de mercure ; ils sont parfaitement isolés de leurs

504 ArPLICATIOKS DE l'ÉLIiCTRICITÉ.

voisins, et chacun d'eux communique, par un gros conducteur, avec l'un des zincs ou l'un des platines des couples. Il y a donc quatre trous zinc et quatre trous platine. Chaque couvercle porte huit petites fiches métalliques qui pénètrent dans les huit trous de la cuvette et se mettent en contact avec le mercure ; ces fiches enfin sont reliées entre elles deux à deux ou quatre à quatre, au moyen d'une armature métallique diversement disposée dans les trois couvercles. L'armature du couvercle n° 1 est construite de lelle sorte que les zincset les platines se succèdent et s'entre-croisent un à un. L'appareil forme ainsi une pile àquatre couples, dont l'intensité est représentée par la surface de chaque couple considéré isolément, et dont la tension est représentée par quatre, puisque les couples sont au nombre de quatre. Le couvercle n° 2 combine successivement deux zincs, puis deux platines, puis encore deux zincs, ^t enfin les deux derniers platines; les quatre couples, par conséquent, n'en forment plus que deux, dont la surface est devenue deux fois plus grande : l'intensité se trouve donc doublée, tandis que la tension est diminuée de moitié. Le couvercle n° 3, enfin, marie tous les zincs ensemble et tous les platines. Il ne reste donc, en réalité, qu'un seul couple dont la surface, c'est-à-dire l'intensité, se trouve représentée par quatre, et dont la tension se trouve réduite à un. Un simple changement de couvercle permet de remplir avec autant de facilité que de simplicité toutes les indications de la galvano-causliqne»

« Voyons maintenant comment M. Middeldorpff a disposé les instruments destinés à appliquer sur les tissus la chaleur galvanique. Deux liges de cuivre fixées sur le comm.utateur, l'une au pôle zinc ou pôle positif, l'autre au pôle platine ou pôle négatif, viennent faire saillie à l'extérieur de la boîte. Chacune d'elles donne insertion cà un gros conducteur flexible, long de près de "2 mètres, et composé de huit fils de cuivre entourés de soie. L'extrémité libre de chaque conducteur

AGEINÏ CAUSTIQUE. 505

aboutit à une douille de cuivre dans laquelle on fixe, au moyen d'une simple vis de pression, les divers cautères dont on veut se servir. Les cautères de M. Middeldorplï sont nombreux et variés. Tous se composent d'un manche en ivoire ou en ébène, parcouru dans sa longueur par deux tiges de cuivre parfaitement isolées. Ces deux tiges sortent du manche par l'une de leurs extrémités pour être reçues dans la douille qui termine chaque conducteur. Leur autre extrémité fait égeilement saillie en dehors du manche et supporte l'armature de platine. Celle-ci, dont la forme varie beaucoup, peut toujours, en définitive, être considérée comme une anse insérée par ses deux bouts sur l'extrémité des tiges précédentes. Lorsque le manche est fixé sur les grands conducteurs, le courant galvanique parcourt les deux tiges et le circuit se trouve fermé au moyen de l'anse de platine qui s'échauffe seule, en vertu des lois qui ont été exposées plus haut. C'est elle, en effet, qui> à cause de son moindre volume, et de la nature du métal qui la compose, constitue la partie du circuit la plus résistante, c'est-à-dire celle où le courant passe le plus difficilement.

» Une des tiges qui traverse le manche est coupée dans un point de sa longueur, et l'on peut à volonté, au moyen d'un bouton, d'un coulant ou d'une bascule, ouvrir ou fermer le tissu galvanique qui dégage la chaleur ; avantage inappréciable qui permet de manier les cautères de M. Middeldorpff avec une tranquillité et une précision bien différentes de la précipitation inséparable jusqu'ici de la cautérisation au fer rouge. Par exemple, lorsqu'on veut cautériser le fond d'une cavité, on introduit l'instrument à froid lentement, doucement ; puis, lorsqu'on s'est bien assuré par la vue, par le toucher ou par tout autre moyen, qu'il est exactement en place, on appuie sur le bouton ou sur le coulant, et deux ou trois secondes après la cautérisation commence. De même, lorsqu'on veut retirer l'instrument, on pousse le coulant en

506 APPLICATIONS DE l'jÉLECTRICITÉ.

sens inverse, et au bout d'un temps fort court le cautère est suffisamment éteint.

» f.e calorique renaissant à mesure qu'il se dépense, on peut, sans retirer l'instrument, cautériser les tissus jusqu'à une profondeur en quelque sorte indéfinie. Opère-t-on dans le fond d'une cavité? On peut, bien mieux qu'avec le cautère actuel, protéger les parties environnantes; on peut même, sans arrêter la cautérisation, lancer un jet d'eau froide sur les tissus qu'on veut soustraire aux effets du rayonnement. Le cautère électrique, enfin, répand autour de lui une lumière si éclatante, qu'il permet d'éclairer parfaitement le fond d'un spéculum et de prendre une exacte connaissance de l'état des parties qu'on se propose de cautériser.

» C'est la disposition de l'armature de platine qui établit entre eux les principales différences des cautères de M. Middeldorpff. Dans le galvano-cautère, l'armature du platine est constituée par une lame de platine large de 3 à /i millimètres, recourbée en anse, et dont les deux branches sont situées dans le même plan, de manière à former un fer à cheval très étroit.

» Cet instrument, appliqué à plat, produit une eschare de 7 à 8 millimètres de diamètre ; appliqué sur la pointe, il sert à pratiquer la cautérisation pointillée ; enfin, appliqué sur l'un de ses bords, il fournit une eschare linéaire. Il remplace le cautère cultellaire pour la cautérisation transcurrente; au moyen d'une légère pression, on peut le faire pénétrer à une grande profondeur, soit pour ouvrir un abcès, soit pour disséquer et enlever les tumeurs sans écoulement de sang. Telle est la puissance de ce cautère qu'il peut, en quelques secondes, traverser une planche de chêne de plusieurs centimètres d'épaisseur. Dans le cautère en coupole, l'armature consiste encore en une lame de platine recourbée sur le plat, de telle sorte que ses deux branches ne sont plus dans le même plan. La surface cautérisante a ainsi moins de largeur, mais elle

AGIÎNT CAUSTIQUE. 507

a beaucoup plus d'épaisseur et fournit un rayonnement plus considérable. Ces deux cautères réclament l'emploi de la pile la plus intense qu'on obtient au moyen du couvercle n"* 3. Ni l'un ni l'autre, cependant, ne peuvent remplacer les grosses boules de fer rougies au feu, qui brûlent d'un seul coup les tissus dans une grande étendue. Pour remplir cette indication, il faut se servir du cautère de porcelaine. Dans ce dernier cautère, l'armature est constituée par un fil de platine qui s'enroule en spirale autour d'une boule de porcelaine grosse comme le bout du doigt, ou même plus grosse encore. La porcelaine étant mauvais conducteur de l'électricité, le courant galvanique parcourt toute la spirale de platine qui devient instantanément incandescente, et qui, en quelques secondes, chauffe à blanc la boule de porcelaine. Ce cautère réclame l'emploi de la pile à forte tension (couvercle n" 4) ; cependant on peut le chauffer au rouge sombre avec le couvercle n° 2, ce qui est préférable dans quelques cas, notamment lorsqu'on se propose d'arrêter certaines hémorrhagies artérielles.

»0n se sert de fils de platine pour faire plusieurs petites cautérisations qu'il était jusqu'ici très difficile ou tout à fait impossible d'exécuter au moyen du cautère actuel. Pour cautériser les tumeurs érectiles, on les transperce avec un ou plusieurs fils, en manière de séton, puis on touche simplement les deux extrémités de chaque fil avec les deux gros conducteurs de la machine. La cautérisation commence aussitôt, et on l'arrête instantanément lorsqu'on juge qu'elle est suffisante. Pour cautériser l'intérieur d'un trajet fistuleux ou d'un conduit comme îe canal nasal, on introduit à froid et avec précaution, jusqu'au fond du trajet, une anse de plaiine très étroite, dont les deux chefs, sortant par l'orifice extérieur, sont mis ensuite en communication avec les deux réophorc's de l'appareil. Si le trajet ou le conduit est très profond, on peut craindre que les deux chefs de l'anse ne se touchent dans

508 APPLICATIONS DE l'ÉLEGTHIGITJÎ.

leur longueur, ce qui empêcherait le courant électrique de parcourir l'anse jusqu'à son extrémité. Pour obvier à cet inconvénient, on peut disposer les deux chefs le long d'un petit stylet d'ivoire qui les isole. Deux petites tiges de platine, réunies en angle très aigu, forment l'armature de l'inslrument destiné à cautériser les dents. Pour cautériser les rétrécissements de l'urèthre, M. Middeldorpff a fait construire une algaiie composée de deux demi-cylindres de cuivre que sépare une mince couche isolante. Un court stylet de platine formé de deux moitiés isolées dans leur trajet, et unies seulement à leur extrémité terminale, est fixé au bout de l'algalie. L'instrument est introduit à froid dans l'urèthre ; le stylet de platine est poussé avec précaution dans le rétrécissement, puis on met l'algalie en communication avec les deux conducteurs de la pile (couvercle n° 2). La chaleur se produit aussitôt, et se produit exclusivement daiis l'armature de platine, c'est-à-dire au niveau du rétrécissement. Le reste de l'urèthre échappe ainsi à la cautérisation.

» Le plus important peut-être des cautères de M. Middeldorpff est celui qui est destiné à couper sans hémorrhagie le pédicule des tumeurs situées dansles cavités profondes, telles que le vagin, le rectum, le pharynx et même le larynx; car M. Middeldorpff a opéré avec succès un polype de l'extrémité supérieure de ce dernier organe. Un fil de platine est d'abord passé autour du pédicule de la tumeur; puis lorsqu'on est certain qu'il est bien en place, on saisit les deux chefs qui sont libres à l'extérieur, et on les introduit dans une sorte de serre-nœud de cuivre. Ce serre -nœud, assez long pour arriver jusque sur la tumeur, est formé de deux tiges isolées, et porte à son extrémité deux trous distincts pour recevoir les chefs de l'anse de platine. Ceux-ci viennent se fixer sur le manche autour d'une petite manivelle jusqu'à ce que le serre-nœud soit arrivé sur la tumeur, qui se trouve ainsi étreinte par le fil. Le manche est alors mis en commu-

AGEiST CAUSTIQUi:;. 509

nication avec les deux conducteurs (couvercle n° 1). On s'assure de nouveau que le fil est bien en place, et l'on pousse le coulant du manche afin de fermer le circuit. La cautérisation commence aussitôt ; la chaleur ne se produit que dans la partie de l'anse de platine qui est située au delà du serrenœud et qui embrasse la tumeur. On tourne lentement la manivelle, afin de ne pas couper trop promptement le pédicule et d'éviter l'hémorrhagie. Si, malgré cela, la section marchait trop vite, on substituerait le couvercle n° 2 au couvercle n" 1, afin de diminuer la tension de la pile. Suivant le volume du pédicule de la tumeur, la durée de l'opération varie de une à quatre ou cinq minutes. Ce cautère, destiné à couper les tissus par cautérisation, est désigné par M. Middeldorplï sous le nom d'anse coupante galvano-caustique.

>3 Pour donner une idée des effets de l'anse coupante, M. Middeldorpff a pratiqué deux amputations de cuisse sur un lapin. La première amputation, faite av.ec la combinaison du couvercle n° 1, c'est-à-dire avec la pile à forte tension, fut achevée en trois minutes environ ; mais la section avait été trop rapide, et l'artère fémorale fournit une hémorrhagie considérable.

» La seconde amputation fut faite avec la pile à moyenne tension (couvercle n° 2). Cette fois la section fut achevée seulement au bout de cinq à six minutes, et il n'y eut aucune hémorrhagie. Ainsi il importe, lorsque l'on veut éviier l'écoulement du sang et lorsque l'on suppose que le pédicule de la tumeur renferme des artères un peu grosses, il importe, dis-je, de ne pas chauffer trop fortement le fil, et pour cela on doit donner la préférence à la combinaison n° 2.

» Immédiatement après l'amputation sur ce lapin, M. Broca

a examiné la surface de la plaie : elle était presque aussi

nette que si l'opération avait été faite au moyen du bistouri.

Elle était chaude et parfaitement sèche, et pourtant elle ne

' paraissait pas escharifiée, car elle présentait la couleur natu-

510 APPLICATIONS DE L'Éf.KCTRIClTé.

relie de la chair du lapin. L'animal survécut plus de quatre jours.

» A l'autopsie, M. Broca reconnut une eschare très régulière, ayant une épaisseur uniforme de 1 millimèlre. Ainsi, on peut dire que l'anse coupante ne produit que des eschares fort minces. L'artère fémorale ét8it oblitérée par un caillot long de 5 à 6 millimètres, et il n'y a vraiment pas lieu de redouter beaucoup la production des hémorrhagies consécutives,

» Trois malades de mon service, ajoute M. Broca, ont été soumis à la cautérisation galvanique. M. MiddeldorpfF a cautérisé lui-même en ma présence le col de l'utérus sur une femme qui avait déjà deux fois été cautérisée au fer rouge. Il s'est servi du cautère à porcelaine. 11 a ensuite cautérisé avec le cautère en coupole une large fistule recto-vaginale sur une femme qui avait déjà été opérée ou cautérisée plusieurs fois par M. Guérin. Enfin, j'ai moi-même cautérisé une hémorrhoïde interne sur un malade atteint d'hémorrhoïdes depuis plusieurs années, très affaibli par des hémorrhagies qui, depuis dix-huit mois, ne lui laissaient aucun repos et qui lui faisaient perdre quelquefois deux ou trois verres de sang par jour. A l'extérieur on n'apercevait que trois petites tumeurs dures, indolentes, qui n'avaient jamais flué. Le sang venait d'une tumeur hémorrhoïdale grosse comme une amande, située à la partie postérieure de l'anus, à 2 centimètres environ au-dessus du sphincter. Cette hémorrhoïde n'était jamais sortie, et pour l'attirer à l'extérieur, il aurait fallu la saisir avec une pince de Museux. On aurait pu, à la rigueur, la cautériser en introduisant un fer rouge jusqu'audessus du sphincter; mais on aurait brûlé la muqueuse dans toute la circonférence de l'anus, ce qui aurait exposé à la formation ultérieure d'un rétrécissement. J'aurais peut-être hésité dans le choix du procédé opératoire si la galvanocaustique ne m'avait offert une ressource précieuse. J'intro-

agelM caustique. 511

duisis d'abord dans l'anus une demi-valve de buis destinée à protéger la paroi antérieure de l'anus et du rectum, puis j'allai reconnaître avec l'index de la main gauche la situation de la tumeur hémorrhoïdale, el je fis pénétrer jusqu'à ce point la boule du cautère à porcelaine. Je m'assurai une seconde fois que l'instrument était bien en place, qu'il cautériserait bien la tumeur, et rien que la tumeur. Après avoir pris toutes ces précautions, je poussai le bouton du manche, et aussitôt la cautérisation commença. On voyait quelques vapeurs s'échapper de l'anus, et l'on entendait le bruit particulier qui accompagne la combustion des tissus. Au bout d'à peu près dix secondes, sans déranger le cautère, je coupai le courant. Presque immédiatement le bruit s'arrêta, et une demi-minute après environ, je retirai l'instrument, dont la boule, déjà suffisamment refroidie, franchit l'ouverture anale sans la cautériser. Il ne survint aucun accident. Le malade fut tenu au lit pendant quelques jours, puis il commença à se promener. Il quitta l'hôpital quinze jours après l'opération.

» La galvano-cautique a déjà reçu de très nombreuses applications, et l'on est surtout frappé de l'innocuité des opérations pratiquées par celte méthode. Elle ne met pas seulement à l'abri des hémorrhagies primitives, elle paraît encore conjurer le danger des hémorrhagies consécutives. En outre, M. Middeldorpff n'a jamais vu survenir l'érysipèle ni l'infection purulente, et il est dès lors disposé à substituer au bistouri le galvano-cautère ou cautère tranchant dans l'ablation d'un grand nombre de tumeurs tant superficielles que profondes. Cette dernière question ne pourra être jugée que par une longue expérience, car ces deux accidents, surtout le dernier, viennent quelquefois compliquer les brûlures ordinaires, et il serait fort étonnant que la galvano-caustique en rendît le développement impossible.

» Quoi qu'il en soit, la galvano-caustique est et restera

512 APPLICATIONS DE l'ÉLEGTRICITÉ.

une ressource très précieuse. Quand même elle n'aurait pas l'avantage considérable de faciliter le maniement du feu et d'en élargir la sphère d'application, elle aurait toujours une grande supériorité sur le fer rouge, parce qu'elle est incomparablement moins effrayante pour les malades; elle supprime cet appareil terrible inséparable de la cautérisation ordinaire. »

Peu de travaux ont été faits depuis ceux dont nous venons de rendre compte. Cependant je me suis livré à des expériences assez nombreuses touchant les applications de la galvano-caustique au traitement des affections de l'utérus. M. Chalvel, un de mes élèves, a rendu compte dans la Gazette des hôpitaux, des travaux que j'ai faits sur ce sujet. Je ne vois rien de mieux à faire que de reproduire cet article auquel je n'ai rien à changer.

Dans sa thèse inaugurale (18(|/i), M. Laurès, faisant un exposé rapide de l'histoire de la cautérisation du col de la matrice, attribue à Celse la première mention de ce mode de traitement dans les ulcères rebelles qui accompagnent quelquefois la chute du rectum et de la matrice... Jt si anus ipse, vel os vulvœ procidit.

Perey, dans sa Pyrotechnie, émet la possibilité de traiter certaines affections malignes et rebelles du vagin et du col de l'utérus par Tusage du fer, soit pour dessécher, soit pour brûler réellement les parties malades.

Le baron Larrey proposa la cautérisation avec le fer rouge chez une dame dont l'observation est rapportée dans le Traité pratique des maladies de l'utérus, par M*"" Boivin et Dugès.

Mais, continue M. Laurès, «c'est à M. Jobert (de Lamballe) que revient le mérite d'avoir établi la valeur réelle de la cautérisation avec le fer rouge dans les ulcérations et les engorgements du col de la matrice. Dès Tannée 1830 il était occupé à chercher les bons effets de cette méthode de trai-

tement, qui depuis a produit entre ses mains des résultats si satisfaisants, et qui mérite à tous égards l'attention des praticiens. »

Quelque temps après ces premiers essais, M. Jobert publia un mémoire étendu et contenant un grand nombre de faits qui lui valurent de violentes attaques.

Le chirurgien de Saint-Louis avait besoin alors de ses succès journaliers pour ne pas se laisser émouvoir par ces critiques envers ce qu'on appelait ses hardiesses chirurgicales. Lisfranc, qui dans certains cas ne reculait pas devant l'amputation non-seulement du col, mais d'une partie du corps de l'utérus, ne parlait des tentatives de M. Jobert que pour en faire ressortir tous les dangers.

Beaucoup d'autres chirurgiens, dont il est inutile ici de rappeler les noms, parce qu'ils sont actuellement pour la plupart convertis à la méthode, se contentaient de ridiculiser le procédé, consistant, disait l'un d'entre eux, à rôtir V organe sur place.

Cependant les guérisons obtenues par M. Jobert ne tardèrent pas à fixer l'attention des hommes sérieux, qui ne se dissimulaient pas l'infidélité des moyens généralement employés.

Quelques essais dans nos divers hôpitaux ont enfin dissipé les vaines terreurs que l'on avait eues d'abord, et aujourd'hui de nombreuses observations cliniques ont suffisamment confirmé les bons effets de ce mode de cautérisation.

On conçoit que ceux qui s'obstinent à traiter encore par les caustiques ordinaires certaines inflammations chroniques du col de l'utérus, ne puissent se défendre d'un sentiment de suspicion en lisant avec quelle facilité le fer rouge triomphe des cas les plus rebelles. Ajoutons que l'absence de statistique légitime la réserve avec laquelle on est porté à recevoir de telles assertions.

M. Becquerel, qui a eu l'oQcasion de traiter un grand

èîà APPLICATIONS DE L'ÉLECTRlCiri.

nombre de maladies de l'utérus, surtout dans les hôpitaux où ce médecin a fait des recherches spéciales sur la nature et le traitement curatif des affections de ce organe , a bien voulu nous permettre de rapporter ici les conclusions et les résultats statistiques auxquels il est arrivé. Nous publions ces faits avec un intérêt d'autant plus grand que la plupart des guérisons qui font le sujet de ce travail se sont effectuées sous nos yeux dans le cours de ces deux dernières années.

L'auteur que nous citons commence par déclarer que les succès Obtenus par M. Jobert, les insuccès et la longueur de beaucoup d'affections du col de l'utérus, qu'il traitait par les divers caustiques d'usage, l'ont engagé à avoir recours au fer rouge, principalement dans les quatre catégories de lésions qui suivent :

1" Tous les cas d'hypertrophie avec état fongueux du col de l'utérus, tuméfaction coiisidérable de l'une ou des deux lèvres du museau de tanche, dilatation de l'orifice, hémorrhagies constamment renouvelées.

'2° Certaines lésions de la muqueuse, telles que les granulations de la cavité interne du col et de sa surface externe, rebelles ou ayant résisté à plusieurs cautérisations au nitrate d'argent solide.

3° Les ulcérations entées sur une inflammation chronique du col fortement tuméfié, et traitées sans succès par le précédent caustique.

li° Les métrites chroniques du corps, accompagnées d'une inflammation chronique du col.

Le mode d'emploi du fer rouge est très simple. La cavité du col et sa surface externe étant d'abord essuyées avec grand soin et bien desséchées, on applique le fer n° 1. Ce premier fer, de forme olivaire, ayant tout au plus 8 millimètres* de diamètre, est introduit jusqu'à une profondeur de 5 centimètres à peu près dans la cavité du col, puis immédiatement retiré, pour appliquer de suite lecautère n" 2. Ce dernier

AGENT CAIJSTÎQUH. 515

présente la forme d'un cône de 5 à 6 centimètres de circonférence à la base, et chauffé à blanc comme le premier, on cautérise ainsi toute la surface externe du col, mais sans appuyer beaucoup, de manière à ne pas produire des eschares trop profondes.

Une fois la cautérisation terminée, on injecte deux ou trois litres d'eau froide, et l'on renouvelle deux ou trois fois cette injection dans le même jour.

Les résultats immédiats de ce traitement ont toujours été des plus heureux : absence complète de douleur, nulle plainte de la part des malades, à tel point qu'elle n'ont conscience de ce qu'on vient de faire que par l'odeur qui résulte de la cautérisation ou le bruit de l'eau qu'on injecte ; c'est, en un rabt, l'opération lamoinsdouloureuse que l'on puissepratiquer.

Les résultats consécutifs ont été des plus satisfaisants. Dans les quatre-vingt-huit observations recueillies par M. Becquerel, il n'est jamais survenu d'accidents fâcheux à la suite de ces applications ; jamais de douleur ni de phénomènes morbides consécutifs, i^a chute de l'eschare s'est toujours faite vers le septième ou le huitième jour, et la cicatrice de l'ulcération caustique était complète à la fin de la huitaine suivante.

Le nombre des cautérisations qu'il a fallu pour obtenir une guérison définitive n'a jamais été considérable, quelquefois une seule a suffi ; le plus souvent deux ou trois ont été nécessaires. Cinq malades seulement ont subi quatre cautérisations ; deux autres cinq ; toutes ont été régulièrement appliquées à quinze jours d'intervalle.

Gomme moyens adjuvants on a fait usage :',

i" De douches d'eau froide de 8 à 10 litres chacune, faites matin et soir avec le grand irrigateur Eguisier, et l'appareil à douches de Charrière.

2° Souvent des bains de siège ou d'immersions froides

516 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRIGITÉ.

d'une minute, le matin en se levant et le soir au moment de se coucher.

3° De temps en temps quelques purgatifs.

Voici le résumé statistique des résultats obtenus par cette méthode :

Hôpital de Lourcine, du 1" avril 1853 au 1'='' mars 185i. . . 14 cautérisations.

Hôpital Lariboisîère, du I" mars 1854 au 15 octobre 1855. . 21 —

Hôpital de la Pitié, du 15 octobre 1855 au 1" juillet 1857. 53 —

Total 88 cautérisations.

Les quatre-vingt-huit cas précités ont été guéris ; il n'y a eu aucun insuccès.

De cette statistique sont éliminés sept ou huit cautérisations faites pour des affections cancéreuses, et qui n'ont amené aucune amélioration.

Cependant dans des cas de cette nature, M. Jobert serait parvenu à arrêter des hémorrhagies graves causées par les fongosités cancéreuses du col,

Valleix pensait que ces carbonisations successives pouvaient du moins ralentir quelquefois les progrès du mal.

D'après ce qui précède et les faits analogues qu'observent tous lesjours ceux qui, persuadés par l'exemple, ne craignent plus d'avoir recours aux mêmes moyens, l'on ne saurait refuser au cautère actuel une véritable spécificité dans les maladies utérines que nous avons énumérées. La rapidité et la fidélité d'action qui le caractérisent, comparativement à tous les autres procédés connus, doivent suffire pour provoquer la généralisation d'un traitement aussi efficace, et auquel il serait difficile d'attribuer d'autre inconvénient que celui d'effrayep beaucoup de malades.

La galvano-caustique nous paraît avoir triomphé de ce dernier obstacle ; car aussitôt que les cautères électriques furent adoptés dans les hôpitaux, nous avons vu les malades

les plus pusillanimes se soumettre volontiers à la cautérisation électrique, et devoir une guérison prompte à leur ignorance des effets thermiques de la pile.

Avant d'énumérer d'autres avantages reconnus à la galvano-caustique , nous croyons devoir rappeler quelques-uns des principaux traits de son histoire, du moins en France.

La première idée d'utiliser pour les usages de la thérapeutique chirurgicale la chaleur que peut produire une pile à courant constant est attribuée à Heider, de Vienne (1844).

D'autres essais ont été successivement tentés par MM. G. Crussel, de Saint-Pétersbourg ('IS/iG); Sédillot (1849); John Marshall (1850) ; Thomas lîarding (1851), etc.; mais ce n'était là que les premiers tâtonnements d'une possibilité entrevue.

Depuis 1850 M. Nélaton s'est livré à d'assez nombreuses applications du cautère électrique. 1/ appareil dont il se servait, monté par M. Regnault, se composait d'un nombre variable de grandes piles de Bunsen, disposées dans une boîte cuivrée.

Vers la même époque, M. Amussat fils s'occupa beaucoup de celte question, etadressa à l'Académie des sciences (1853) une note dans laquelle i! faisait connaître les résultats de ses recherches.

M. Regnault a publié deux mémoires (1855-1856), où il a tour à tour exposé les avantages du cautère électrique et les conditions auxquelles il ne peut satisfaire.

Jusque-là la méthode galvano-caustique n'était réellement pas créée. On commençait même à en désespérer quelque peu ; M. Regnault, dans son dernier mémoire, regardait en effet comme insurmontable la difficulté de chauffer à blanc des masses suffisantes pour remplir toutes les indications que l'usage a assignées au cautère actuel.

M. A. Middeldorpff (de Breslau) publia enfin un traité spécial sur le cautère électrique et désigna sous le nom de

518 APPLICATIONS DK l'ÉLECTRICITÉ.

galvano-caustique l'ensemble des opérations pratiquées à l'aide de ces moyens.

On connaît les essais qu'il a faits à Paris. Nous ne ferons que rappeler ici la composition générale de l'appareil galvano-caustique du professeur allemand, et cela dans le but d'avoir un terme de comparaison avec les appareils français. Il se compose de quatre couples ou éléments de Grove (zinc et platine) , disposés dans une boîte à quatre compartiments. Entre chaque couple est placé un commutateur destiné à faire varier la tension et l'intensité de la pile, « modification très importante, fait remarquer M. Broca dans son rapport à la Société de chirurgie sur les travaux de M. Middeldorpff, puisqu'elle permet de chauffer à blanc des conducteurs de volume très variable, sans avoir besoin de recourir à des piles de tensions et d'intensité différente. »

Ce n'est pas par le seul arrangement des couples que la pile du chirurgien de Breslau se fait remarquer, mais bien par l'ingénieuse disposition des instruments qui servent à appliquer la chaleur sur les parties où l'on veut agir. Les deux réophores. mis en communication avec les pôles correspondants de l'appareil, s'engagent dans un manche percé de deux trous séparés par un diaphragme isolant. A l'extrémité antérieure de ces conducteurs se visse un fil de platine qui sert à fermer le courant. L'un des conducteurs est brisé dans le manche, de telle façon qu'un mécanisme de pression ou de glissement, permet d'interrompre ou de rétablir le jcourant à volonté.

En changeant la disposition de l'armature de platine, M. Middeldorpff a pu varier la forme de ses cautères. C'est ainsi qu'en remplaçant le fil de platine par une lamelle de même métal, recourbée en anse sur l'un de ses bords, il a obtenu son galvano-cautère ordinaire, propre à remplir ie rôle du cautère en pointe, du cautère plat et du cautère cultellaire.

AGENT Caustique. " 51^

Une lamelle un peu plus large, pliée sur l'une de ses faces, représente son cautère en coupole, pour toucher des surfaces plus étendues.

Pour brûler plus profondément les tissus, il se sert d'un cautère oîivaire consistant en un fil de platine enroulé en spirale autour d'une olive de porcelaine, que la chaleur du fil rend incandescente en quelques secondes.

Citons encore \e porte- ligature galvanique (anse coupante), les sétons et les stylets galvaniques, les bougies, et nous aurons suffisamment indiqué tout cet appareil instrumental.

Les cautères de M. Middeldorpff firent sensation en France, principalement celui à olive de porcelaine, réalisant che|i nous une espérance qui commençait à s'évanouir. Ce chiruiv gien nous apportait en même temps les résultats statistiques de plus de quatre cents opérations qu'il avait pratiquées avant d'exposer ses procédés, et ces résultats étaient séduisants.

M. Becquerel résolut dès cette époque de remplacer le fer rougi au feu par le cautère électrique dans les affections du col de l'utérus, qu'il était en voie de traiter dans son service à l'hôpital de la Pitié. 11 s'adressa à M. Charrière fils, qui construisit sur ses indications deux cautères nouveaux, l'un dit en tire-bouchon conique destiné à être porté dans la cavité du col, l'autre dit en cupule, formé par une capsule évasée de platine appliquée sur un fil en spirale fermant le courant et destiné à cautériser la surface externe de l'organe.

La pile qui a servi à ces applications appartient à M. Deleuil; elle se compose de quatre couples de Bunsen, grand modèle de ce constructeur.

Depuis M. Charrière a fait construire par Ruhmkorff un nouvel appareil offrant toutes les heureuses modifications de la pile allemande. Ce second essai offre le double avantage d'être plus facilement transportable que ceux qui l'ont précédé, et de pouvoir être livré à un prix très modéré, deux

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circonstances également sérieuses au point de vue de la généralisation de cette pratique. 11 ne reste plus à cet appareil que les inconvénients insurmontables et inhérents aux piles humides, l'exigence de quelques soins et les exhalaisons acides, assez incommodes.

Si nous résumons maintenant les avantages réels de la galvano-causfique dans les cautérisations utérines auxquelles nous avons assisté, nous constatons.

1° Que ce genre de cautère effraye peu ou point les malades, ce qui permet de traiter un plus grand nombre de cas et de débarrasser par cela même d'une maladie qu'il est toujours important de ne pas négliger, beaucoup de femmes qui ne le seraient jamais par tout autre moyen ;

2° Qu'on est toujours sûr d'appliquer à la température rouge-blanc le fer n° 1, ce qui n'est pas constamment facile avec le fer chauffé au feu ; car un léger courant d'air, un faux mouvement de la part de l'opérateur ou des aides en retardant l'application, suffisent pour abaisser rapidement la température, à cause de la masse peu considérable de ce cautère ;

3" Que le cautère chauffé par l'électricité éclaire plus vivement le champ du spéculum que ne le fait le fer rougi au feu, qui, il faut le dire, éclaire néanmoins d'une manière suffisante;

li" Que cette nouvelle méthode, en un mot, jouit de tous les autres avantages que l'on reconnaît généralement au cautère actuel ordinaire, dont elle partagerait tous les inconvénients, tels que perforations, eschares trop profondes, etc., si on n'en usait avec intelligence.

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