‹ Traité des arts céramiques (volume 2)Chapitre 1 sur 261 · CO MS · texte numérisé non relu

CO MS

(ni

T , i fj "

“Vy v^v ^ ^

tn ce

auutcye ÿue //o/t.e -^/^Oayed/e fiei'mtd c/e /ut j/iteden/ey ed/ / ^/uct/ c/e / e/a/

//odc/daw/ ou Â> //yï tweed doud /edÿae/d y cet

eu //owweuy c/e c/ïyer /% t /// cewa^ac/uie c/e ycrtce/atne c/e //evied , ow/ wtatw/ewu ce/ ayawcyc o/e /a /' aat.cvwwe .

//ouc) 'He/te yywe t J^/Àe , /z /tied/iei c/e

une

c/e ce/ A /a A/eÿdeen. en / Z/hayee/ a fiitd eac/endean y em a/eyua/Ze .* / en/eie/ /au/ détecta A yue î/f-te ^/fôaycd/e /ut a /ema/yne y,ay du munt^cence , y?ay Ad emAe/AAemen/d e/ Ad

cerne Aaia/tand edi /aud yenied yu e/A Aee ce accaic/ed , ad?/ auymen/e /e ye/e c/ed Aammed AaA/Ad yue en yAn/ yiai/ee .* /A? an/ iern/i/e avec aiAeuy vad Z/kayaAd en/en/eund , e/ , decanc/an/ vad vued e'/eveed , /A an/ y/e// Ait/Ay A un faauveA ecA/ ‘ce /eau y/Auian c/e A A/auianne.

JA/ed /emacynayed c/e candec/eia/ea n e/ A'eenvee/An ce Aon/ ^/oAte -^/Afûe/yed/e y /ai/ecuAeïenien/ Aanaie , an/ ayau/e a enan y?àoyiie %eA A au/ied den/emen/d yeee ceAe c/ee Aeva/y / /A an/ eccce/e med eyAAi/d /tour y ïei/ec/tanney e/ y en Aie y? Aid u/e A encaïc

aya/ A ai/ , A in Aud /iec

de

■/n ce

e/ c/e dcthnce c/on/ Z/o/df m ce

can/te /a c/iec/ton.

ZZeidne//eÿ , ÿac //, y<u//tea/eodc

e/ et??, auvicepe , c/u en /iai/ee a c/e de ncdf/ed ewcattiaÿe'me'n/d , do t/ /war mox / oceadean c/e

fenc/te a î/de -y^OŒ^ej/e un Xommape ^itt/f/ec c/e /e t'ccannaeÿdanee e/ c/tt ^itoj^onc/ y ed/iec/ pue voud c/oe/ e/ voad ^iet/e ,

/te

^Z/)e fÂ/y y/fôa/eA/e ,

/e /ied- / mn//e e/ /ied- o/ee/dan/ de/ue/eun ,

Alex. Bronynia/rt .

Sèvres, novembre 1844.

PRÉFACE

Je ne connais aucune industrie qui présente, dans l’étude de sa pratique , de sa théorie et de son histoire , autant de considérations diverses , intéressantes et riches en applications économiques et scientifiques , que l’art céramique ou de la fabrication des vases et ustensiles en terre cuite ; je n’en connais pas qui présente des produits plus simples , plus variés, plus faciles à fabriquer, et plus durables, malgré leur fragilité. Aucun produit de l’industrie humaine ne réunit en lui cet ensemble de qualités.

Les pierres les plus belles sont difficiles à travailler, et d’un emploi très-restreint ; quand elles manquent , quand leur taille est trop dispendieuse , la, céramique vient partout remplir ce vide; si les monuments en pierres sont plus durables que les produits céramiques , ils ne peuvent apprendre aux siècles à venir autant de choses que les poteries, qui , en se multipliant , ont rendu à peu près les mêmes services dans les temps d’obscurité, que l’a fait l’imprimerie dans ceux de lumière.

Les métaux rares, quelquefois même tout à fait inconnus dans certaines contrées , sont difficiles à extraire de la terre et à préparer : les moins précieux et les plus abondants , le fer et le cuivre, s’altèrent par la suite des temps; ceux qui sont inaltérables, l’or, l’argent, etc., ont une rareté et une valeur qui ne permet ni la multiplication des objets instructifs qu’on peut en faire , ni leur longue conservation.

Les tissus assez difficiles à ourdir, le bois et les enveloppes organiques si faciles à travailler, n’ont point cette durée séculaire nécessaire à l’histoire des hommes et à celle de la nature.

Deux seules matières , riches d’instruction pour l’histoire des sociétés et pour celle du globe , peuvent traverser des milliers de siècles en nous apportant les premiers éléments de l’histoire la plus ancienne des peuples et de la terre ; ce sont, d’une part, les terres cuites façonnées en vases ou en ustensiles , et de l’autre les parties solides des animaux et des végétaux réduits à l’état fossile ; après ces deux matières , tout est périssable ou muet.

Les poteries , comme on va le voir, trouvent leurs matériaux à la surface du sol ; l’homme le plus faible , l’homme isolé peut les extraire , les façonner immédiatement et même leur donner, sans appareil ni science, des formes et une dureté suffisantes pour contenter ses premiers besoins de superfluité ; les produits de ces matériaux si simples et si abondamment répandus partout , si faciles à rassembler et à travailler, peuvent être doués de toutes les qualités d’emploi, de toutes les commodités de formes , de toutes les beautés de luxe , en riches ornements , en couleurs variées et brillantes , solides et durables , qu’aucun métal ne peut fournir et que les pierres les plus belles ne peuvent donner ni aussi facilement ni avec autant de variété.

L’histoire complète des poteries a des rapports nécessaires avec celle de la civilisation par les formes , les ornements, les inscriptions, et les sujets que présentent les produits de l’art céramique ; les historiens et les archéologues , en y trouvant des secours , y prennent de l’intérêt. Enfin cette industrie, liée avec les beaux arts par plusieurs de ces conditions, a été de tout temps regardée comme leur fournissant de nombreux modèles de formes et d’ornements.

A mesure que les produits céramiques se sont perfectionnés , embellis et enrichis , ils ont demandé , pour obtenir ces diverses qualités, des secours aux sciences, et ont exigé , dans les personnes qui veulent les fabriquer avec distinction et succès , des connaissances très-étendues en chimie et même en physique. L’art céramique , dans ces nobles emprunts , n’a été au-dessous ni de la métallurgie ni de la mécanique.

Le tableau que je viens de tracer des qualités et particularités qui caractérisent l’art céramique, n’a pas eu pour but de faire ressortir ces qualités , ni de donner aucune prééminence à cette industrie sur les autres , mais d’expliquer pourquoi des hommes qui diffèrent si notablement dans l’objet de leurs études , prennent tous de l’intérêt à cet art , d’expliquer comment l’ouvrage que je publie s’est étendu beaucoup au delà de ce que j’avais présumé , comment j’ai dû aborder des questions d’histoire, d’archéologie, d’art, de physique , de chimie , de mœurs et même de phychologie ('); comment j’ai pu et dû parler de tant de choses si différentes entre elles et qui , au premier aspect , paraissent étrangères à l’industrie céramique ; comment j’ai pu le faire sans cependant sortir de mon sujet , mais en lui donnant au contraire plus d’intérêt par les points de vue latéraux qu’ouvrent ces considérations; comment aussi les secours nécessaires pour atteindre ce but et qui m’ont été si obligeamment accordés, pourront intéresser à cet art ceux qui les ont fournis.

Cette variété d’objets exige cette variété de secours; elle exigerait cette même variété de connaissances dans celui qui doit les employer ; mais peu d’hommes les possèdent asez profondément pour s’en servir sans erreurs. On sait qu’on n’échappe presque jamais à ce genre d’er-

(«) Dans ce que j’ai dit sur le goût général de l’ornementation. Vol. I , p. 389,

reurs quand on veut sortir de ses connaissances spéciales; or j’ai dû chercher à en réduire le nombre le plus qu’il m’a été possible , en m’adressant à des hommes spéciaux dans les sciences que je n’ai pas étudiées ou que je n’ai pu qu’effleurer. Ils m’ont fourni , avec empressement , des renseignements souvent très-développés sur les sujets dont je devais parler. En citant leur nom à chacun des articles que je leur dois , j’ai donné à mon travail une autorité qu’il ne pouvait tenir de moi. En les réunissant ici , je rappelle des noms que je ne veux pas laisser cachés dans mes pages.

Peu d’articles d’archéologie céramique grecque ont été écrits sans avoir été soumis à M. Ch. Lenormant. On verra combien j’ai été aidé par les orientalistes les plus distingués, MM. Reynaud, Garcin de Tassy, Lajard, Champollion-Figeac , Stanislas Julien , dans tout ce qui touche à la céramique chez les Arabes , les Indous , les Persans , les Chinois ; je dois donc une mention spéciale de remercîments et d’hommages aux personnes illustres dont les noms sont inscrits sur la liste qui précède. Mais des secours de ce genre m’ont en partie manqué pour l’histoire des poteries anciennes romaines, germaines, gauloises, etc.; j’ai dû chercher dans les livres et dans les collections les notions qui m’étaient nécessaires. J’ai donc aussi des remercîments à faire aux conservateurs des musées et bibliothèques, où j’ai pris à Rouen , à Dieppe, à Lyon , en Angleterre, sur les bords du Rhin, à RerliE, à Dresde, etc. , des renseignements qui n’eussent été ni aussi complets , ni aussi exacts , si les conservateurs de ces collections , MM. Klemm, Levezow, deLedebur, Féret, etc., n’eussent dirigé et éclairé mes recherches.

Mais il est un autre genre de secours beaucoup plus directs et plus immédiats que les précédents , auquel mon ouvrage devra une grande partie de l’utilité et de la consistance que donne à un travail de cette nature une

PRÉFACE

grande réunion de faits, d’expériences et d’observations positives et nouvelles. C’est celui que m’ont prêté les savants chimistes qui ont été successivement attachés, depuis plusieurs années, au laboratoire de recherches de la Manufacture de Sèvres. Ils ont bien voulu faire, d’après mes idées développées dans des programmes raisonnés, et sous mes yeux, une multitude de recherches, d’expériences et d’analyses dont les résultats et quelquefois même les détails ont été consignés dans mon ouvrage. On verra, par le nombre et l’importance de ces travaux, l’usage que j’ai fait des généreux encouragements que M. l’intendant général de la liste civile a obtenus du Roi pour ce genre de recherches; je les ferai apprécier en citant, dans l’ordre chronologique , les noms de mes collaborateurs, MM. Buisson de Lyon , Auguste Laurent , maintenant professeur de chimie à la faculté des sciences de Bordeaux, Malaguti, professeur de chimie à la faculté de Rennes, Marignac, ingénieur des mines et professeur à Genève, Salvetat, élève de l’École centrale des Arts et Manufactures. On voit ce que je pouvais attendre de telles personnes , quelle nouveauté , quelle utilité et quel lustre elles devaient donner à un ouvrage où leurs noms et leurs travaux , cités presque à chaque article , prouvent que les remercîments que je leur adresse, en mon nom et en celui de la science et de l’industrie, sont amplement mérités.

On présumera , sans que j’aie besoin de le dire , quels secours je dois avoir tiré des habiles chefs et ouvriers de l’établissement royal que je dirige depuis longtemps. Je dois mentionner plus particulièrement l’un d’eux , M. Regnier, dont l’esprit inventif et l’expérience dans la pratique des arts céramiques sont venus si souvent à mon aide.

Enfin , j’ai trouvé dans le Musée céramique de Sèvres des ressources efficaces et nombreuses que je m’étais pour ainsi dire préparées en formant cette collection. Sans elle,

et sans la visite que j’ai faite des principales manufactures céramiques de l’Europe, mon ouvrage eût dû se réduire à une simple description des procédés de la porcelaine ; mais cette collection , amenée maintenant à son but d’utilité et d’intérêt au moyen des dons qu’elle a reçus de tant d’industriels et de voyageurs , au moyen surtout de l’ordre qui y est établi , et qui y est maintenu et perfectionné par les soins éclairés et constants de son conservateur, M. Riocreux, cette collection , dis-je, qui peut servir à l’instruction de tous ceux qui veulent l’étudier , a fourni à mon traité une multitude de faits. Le public en jugerapar l’ouvrage qui paraîtra peu après celui-ci , et qui , rangé dans le même ordre que ce traité , offrira dans un catalogue raisonné, rédigé par M. Riocreux , et accompagné de 90 planches, la description, l’origine et la représentation des pièces céramiques les plus instructives, ou les plus remarquables , qui entrent dans sa composition.

Je dois maintenant faire connaître l’ordre que j’ai suivi dans l’histoire de tout ce qui constitue les arts céramiques depuis leurs premiers et plus simples produits, les briques, jusqu’aux plus précieuses et plus magnifiques porcelaines , leurs dernières et plus riches productions.

Ces produits sont nombreux , très-différents les uns des autres sous une multitude de rapports , et j’ai dû chercher à les classer d’une manière rationnelle.

On sentira que , placé dans une époque où l’on a si bien apprécié l’ordre des faits, d’où naît l’ordre dans les idées, puis la connaissance des lois naturelles et physiques qu’elles font découvrir , dans une époque où cet ordre a produit dans les sciences naturelles et dans les sciences physiques, et chimiques les beaux résultats, tant spéculatifs que matériels, qui font la gloire de ce siècle, on sentira, dis-je, que, né presque avec une telle époque, ayant suivi les développements de ces féconds principes , les ayant non-seulement adoptés dans mes opinions , mais aussi dans mes

PRÉFACE

travaux comme naturaliste , ayant pu apprécier les avantages de la méthode de Linnée, perfectionnée par de Jussieu, de Candolle , etc. , etc. , j’ai dû chercher à introduire le même ordre , si fécond en utiles résultats , dans l’art industriel que j’avais été appelé à cultiver , et à faire jouir cette industrie des avantages que l’emploi d’une bonne méthode fait obtenir.

J’ai donc tenté de classer d’une manière rationnelle les produits céramiques , et j’ai osé croire que ces produits, si variés et si variables, qui paraissent souvent le résultat d’un caprice , étaient cependant susceptibles d’être groupés en classes , ordres et sous-ordres.

J’avais remarqué que cette variation n’était souvent qu’apparente et tenait plutôt aux noms donnés par le charlatanisme qu’à un principe de véritable différence ; que , par exemple, la prétendue porcelaine opaque, n’était porcelaine que de nom, et par l’idée plus spéculative que logique du fabricant qui avait cru relever la position de sa poterie par ce nom ambitieux.

Sans donc m’inquiéter de tous ces noms de faïence, de porcelaine opaque , de terre de fer ( iron stone ) , d’hygiocérame , appliqués comme au hasard à des poteries , ou qui diffèrent beaucoup entre elles, quoique ayant le même nom, ou qui ne diffèrent point essentiellement’, quoique nommées différemment, j’ai cru devoir examiner quels étaient en général les principes de composition qui distinguaient réellement entre eux les produits céramiques , et prendre ces différences essentielles pour base de ces distinctions.

Toute classification naturelle (') doit être fondée sur les

(') Les naturalistes reconnaissent deux sortes de classifications, les naturelles, qui réunissent les corps qui se ressemblent le plus par l’ensemble de leurs propriétés, et les artificielles, dont la réunion n’est fondée souvent que sur un seul caractère tranché. 11 n’y a de classification productive en résultats généraux , Instructifs et intéressants que les classifications naturelles.

propriétés qui paraissent être les plus essentielles pour caractériser un groupe ; celle qui n’est fondée que sur un seul principe , quelque important qu’il paraisse , rompt nécessairement d’autres rapports dont l’ensemble présente des résultats bien plus importants. On ne peut pas , cependant, dans une classification d’objets artificiels qui sont variables à la volonté des hommes, conserver religieusement le principe établi ; dans la nature cela est possible , quoique souvent difficile, parce que la variété des productions est limitée par l’état actuel de la nature; mais si le Créateur continuait à faire perpétuellement des variétés , des espèces et des genres nouveaux qui seraient plus ou moins dissemblables des êtres qu’il a créés , les naturalistes trouveraient d’immenses difficultés , des difficultés insurmontables pour classer ces productions.

C’est le cas de toutes les classifications qu’on voudra établir dans les productions industrielles. On trouvera bien à former quelques groupes , mais quand on voudra y introduire toutes les productions, non-seulement les anciennes, mais encore les récentes, on rencontrera bien plus d’obstacles que dans la classification des productions naturelles.

Ainsi je crois avoir saisi un assez bon point de vue, lorsque , pour réunir toutes les poteries anciennes et modernes en plusieurs groupes, j’ai pris d’abord la nature de la pâte , et ensuite celle de la glaçure. Or, pour maintenir rigoureuseusement ce principe, il eût fallu, dans les poteries romaines et grecques , séparer en deux groupes trèséloignés l’un de l’autre , ces poteries d’ailleurs si semblables entre elles, et qui ne diffèrent souvent que par l’omission volontaire d’une opération de fabrication. J’ai dû alors être dirigé par l’importance numérique de la masse que présentait l’un des deux caractères. Ainsi dans le grand groupe des poteries romaines antiques, le nombre des poteries

PRÉFACE

mattes l’emportant sur celui des poteries lustrées, je les ai toutes laissées dans l’ordre des poteries mattes, tandis que dans celui des poteries grecques, les mattes étant peu nombreuses en comparaison des lustrées, c’est à l’ordre des poteries lustrées que j’ai rapporté toutes ces poteries.

Je ne crois pas nécessaire de développer davantage ces motifs pour abandonner son principe de classification , lorsque dans certains cas ce principe vous conduit mal , et de ne pas se piquer d’un rigorisme qui n’est ici d’aucune importance.

J’ai pensé qu’on ne pouvait pas trop multiplier les points de vue d’où il est possible d’envisager une science ou une industrie dans ses différentes parties. C’est ce qui m’a engagé à composer plusieurs tableaux qui semblent au premier aspect présenter les mêmes choses ou au moins des idées et des choses très-analogues ; mais qui en effet n’ont souvent entre eux qu’un point commun d’où naissent ensuite dans des sens différents et nombreux, quelques points de vue nouveaux. Tels sont les tableaux n° I , n° II, n° III et n° IX , tous rédigés dans un point de vue chronologique ; mais le faisant voir sous différents aspects.

Ma division géographique est fondée plutôt sur les langues et les usages, types plus caractéristiques des peuples, que sur les circonscriptions territoriales, lors même qu’au lieu de les établir sur des limites politiques on voudrait leur en assigner de naturelles. Ce ne sont ni les conquêtes, ni les traités qui peuvent les suivre, ni les fleuves, ni même les chaînes de montagnes qui constituent les peuples, ce sont les usages , les mœurs, les caractères antropologigues , c’est-à-dire physiques et moraux , dont les langues sont l’expression la plus patente et la plus durable, malgré les modifications et les adultérations qu’elles éprouvent.

Ainsi les poteries de l’Italie ne seront ni toutes celles qu’on

PRÉFACE

fabriquait en Italie , peuplée dans son extrémité méridionale d’ouvriers grecs, ni celles qu’on ne fabriquait que dans la partie de l’Europe ainsi nommée. Ce sera la poterie des peuples italiens répandus dans toute la vallée du Pô , sur les côtes de la Méditerranée jusqu’à Nice. Ce seront celles des peuples de langue et d’usage italiens de la Sardaigne et de la Corse.

Les poteries arabes ne seront pas uniquement celles qu’on fabriquait en Arabie ou chez les Maures d’Afrique ; mais celles qui ont été faites par des ouvriers arabes dans tous les pays où ils se sont transportés avec leurs usages et leurs ustensiles; et cette distinction est telle, qu’on verra en Espagne, dans la même ville, des différences notables entre les poteries fabriquées dans des ateliers d’Espagnols et celles qui l’étaient dans des ateliers d’Arabes.

Il en sera de même des poteries romaines qu’on a fabriquées dans le tiers au moins de l’Europe depuis les villes romaines jusqu’en Bretagne et en Angleterre , etc.

On remarquera que je n’ai pas pu m’astreindre toujours à l’ordre géographique que je viens d’établir, et que je suis ordinairement, lorsque rien ne m’engage à le modifier. J’ai donc dû, dans certains cas, laisser dominer sur le point de vue géographique le point de vue chronologique, comme le plus intéressant , comme celui qui nous montrait le plus clairement notre but , qui est l’ordre des progrès de la céramique. Aussi au lieu d’aller toujours de l’est à l’ouest et du nord au sud , j’ai mis en tête de l’histoire des poteries, celle dont l’antiquité est le mieux établie, et commencé par les poteries de l’Italie à cause des Étrusques, et par celles de la Grèce à cause des vases campaniens , plutôt que de présenter en tête de cette histoire celle des poteries des pays slaves et allemands , qui n’offrent rien de sûr relativement à leur époque, ni d’intéressant dans leur fabrication.

PRÉFACE

J’ai encore été obligé ici d’intervertir l’ordre établi par mes principes de classification , afin d’épuiser tout ce qui est relatif aux poteries antiques de l’Italie et de la Grèce qui sont si importantes , si intéressantes sous tant de rapports , qui ont entre elles tant de points de rapprochements , plutôt que de séparer leur histoire par celle des poteries modernes de même nature et du même pays , qui ne ressemblent souvent en aucune manière aux antiques.

* En consultant cet ouvrage , on remarquera peut-être les différents buts que j’ai désiré atteindre, et on verra qu’ils ne sont pas tous uniquement relatifs à la technologie céramique.

Ainsi j’ai cherché à donner aux archéologues des moyens de tirer de la nature des pâtes et des glaçures , de celle de la coloration , des caractères propres à faire distinguer les origines et même les époques des poteries découvertes dans des positions inconnues ou incertaines.

J’ai cherché à procurer aux artistes et aux dessinateurs, la possibilité d’introduire dans leurs compositions , des vases et des ustensiles de poteries réellement propres aux usages et aux temps où se passent les sujets qu’ils veulent représenter ou les lieux qu’ils veulent orner.

J’ai voulu diriger les voyageurs dans leurs observations et leurs recherches relatives aux arts céramiques, en leur indiquant ce qu’il y a d’intéressant ou d’important à voir ou à recueillir dans les lieux qu’ils visitent , et leur éviter ainsi les regrets d’avoir été, sans le savoir, dans des pays riches en instruction céramique. Que de notions intéressantes et utiles n’eussent pas rapporté de la Chine les missionnaires et les personnages assez heureux pour avoir pénétré dans ce pays, source des plus belles poteries , s’ils eussent pu trouver dans un ouvrage spécial les notions qui leur étaient nécessaires pour bien

PRÉFACE

voir et bien décrire un art dont on ne peut bien comprendre les procédés que quand on les connaît.

Les hommes praticiens, instruits et éclairés dans une des branches de l’art céramique , trouveront peu de choses à apprendre dans la description du genre de poteries qu’ils fabriquent. Je n’ai pu avoir la prétention ni l’espérance de dire quelque chose de neuf et d’utile pour ces personnes, excepté cependant dans l’art de la porcelaine. Mais chacun pourra trouver dans la description que j’ai donnée des procédés suivis dans d’autres branches de l’art , des faits qu’il ne connaissait pas , et qui pourront quelquefois être appliqués utilement à l’industrie qu’il pratique. Ces hommes pourront aussi prendre une idée générale des lois de la céramique , de son histoire et de ses progrès.

Enfin, et particulièrement, j’ai voulu fournir aux professeurs des sciences chimiques, physiques et industrielles, qui désirent traiter d’une manière générale, philosophique et théorique des arts en rapport avec la science ou avec l’industrie qu’ils sont chargés d’enseigner, les moyens de le faire avec exactitude et précision. Les livres spéciaux ne présentent en général qu’une seule branche de l’art, ils la présentent avec des détails pratiques que les savants ne peuvent ni suivre ni peut-être bien saisir. Les principes, les généralités utiles dans de tels enseignements leur manquent, et ils tombent souvent dans des erreurs de préceptes et de théories que j’ai cherché à leur faire éviter, en généralisant toujours autant qu’il m’a été possible les principes fondamentaux de l’art céramique et de ses différentes branches.

TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES

Page 1