‹ Traité des arts céramiques (volume 2)Chapitre 143 sur 261 · AVANT LA CUISSON · texte numérisé non relu

AVANT LA CUISSON

§ d- — Finesse des parties.

Cet état des parties a une grande influence sur plusieurs propriétés des pâtes ; elle établit dans la même pâte de grandes différences sous le rapport delà facilité du façonnage, delà netteté

des courbes et des contours, et même de la fusibilité et de la fragilité.

J’ai dit au chap. II , art. II, comment on parvient à réduire les matières céramiques en particules très-fines.

Il s’agit d’avoir des moyens d’évaluer cette finesse. Le plus simple, le plus ordinaire, mais qui ne donne aucun résultat déterminable, comparable et transmissible, qui n’est bon que pour les ouvriers ou les personnes qui ont une grande pratique et qui veulent savoir si la matière broyée actuelle est plus grossière ou plus fine que la précédente 5 c’est le 1 0 u c h e r sous les doigts ou sous les dents ; ce n’est , comme on voit , qu’un procédé grossier.

Pour arriver à déterminer, avec une certaine exactitude, la finesse d’une matière dure broyée, on peut employer deux j moyens.

| Le premier estletamisage à travers les mailles d’un tamis | dont la finesse est déterminée par le nombre de fils contenus dans . un centimètre carré. Ce moyen a l’avantage de pouvoir être employé pour des pâtes de différentes natures. Il fait connaître quel est le maximum de grosseur d’une partie de la matière broyée, mais il ne donne ni le minimum , ni le rapport qui se trouve entre la quantité de ce minimum et celle du maximum. Il serait néanmoins suffisant, quand le but est de ne pas dépasser ce maximum , s’il ne présentait pas d’autres inconvénients , si par kjexemple, la matière n’est pas parfaitement sèche, l’adhérence | qu elle contracte avec les mailles les rétrécit; mais avec certaines précautions il peut s’appliquer exactement à des poudres de natures très-différentes ou mélangées.

FINESSE DES PARTIES

Le second moyen qui peut servir efficacement dans des cas où l’usage du tamis présenterait des difficultés ou des inconvénients analogues à ceux que je viens d’indiquer, est le temps du dépôt. Il consiste à délayer la matière dont on veut évaluer la finesse dans une quantité d’eau déterminée et à mesurer le temps qu’elle met pour sc précipiter jusqu’à une certaine hauteur, dans un vase cylindrique gradué ou dans le même temps de combien elle est descendue dans ce vase.

J’emploie pour connaître la Finesse des parties d’une même matière, un bocal de verre sensiblement cylindrique et gradué en 1 o divisions donnant chacune 5o grammes d’eau -, on prend une quantité proportionnelle au poids de l’eau, 25o grammes par exemple , de la matière broyée , bien sèche , dont on veut connaître la Finesse , on la délaye dans les 5oo grammes d’eau en agitant fortement le mélange dans le bocal gradué et on note à quel degré il correspond 5 on note également l’heure où on a cessé tout à coup l’agitation. On voit au bout d’une heure exactetement à quelle division est arrivée par le repos la matière broyée suspendue. Si cette matière est jugée d’un degré de finesse suffisant pour l’usage qu’on en veut faire, on a soin d’amener celle que l’on broie dans un autre temps, soit à ce même degré de finesse s’il est convenable, soit à un degré de finesse plus grand. Ce qu’on jugera par le temps que mettra pour affleurer la même division, un mélange d’eau et de la matière pulvérisée de même poids que dans la première expérience, qu’on peut appeler expérience ou finesse normale. Ainsi si la matière solide suspendue n’arrivait pas en une heure au même degré de l’échelle, on en conclurait qu’elle est plus fine et d’autant plus fine qu’elle mettrait plus de temps pour atteindre cette division.

Je juge par ce procédé si le reste d’une couverte qui a servi pendant quelque temps est plus grosse qu’au moment où on a commencé à l’employer, et s’il faut la remettre au moulin pendant plus ou moins de temps pour l’amener au degré de ténuité normale ou pour le dépasser d’un quart d’heure, d’une demiheure , etc. , si on le croit convenable.

Ce procédé est loin d’avoir une précision complète, mais il suffit pour la pratique ; il ne peut s’appliquer qu’aux différents

FINESSE DES PARTIES

degrés de ténuité de la même substance, et ne peut servir à comparer la ténuité de deux poussières de nature différente , qui ont avec l’eau plus ou moins d’adhérence, non par une plus ou moins grande finesse de leur grain , mais par leur nature.

, On sent aussi qu il faut avoir de l’eau sensiblement pure , sensiblement chargée de la même quantité d’air ; on sait que la chaleur ayant beaucoup d’influence sur la durée de la suspension , il faut tâcher d’opérer à des températures à peu près égales. Tous ces à peu près qui ne seraient pas admissibles en physique , n’altèrent pas assez les résultats dans la pratique pour mériter les dépenses , les soins et le temps qu’exigeraient des instruments et une méthode d’une précision inutile pour l’art céramique.

Enfin quoiqu ils n aient*.pas cette précision délicate, ils valent mieux qu’un jugement par le frottement entre les doigts ou le craquement sous la dent qui sont les seuls moyens que les broyeurs de matières dures emploient pour juger la finesse de la matière qu’ils ont broyée.

Ce procédé , si commode , fondé sur le temps de la précipitation , ne peut être employé que pour comparer entre elles la finesse de la même matière dans diverses circonstances de broyage. On sait , par exemple , si telle glaçure , telle pâte actuelle sont plus ou moins fines que les mêmes matières résultant d’un autre broyage ou d’un emploi qui aurait enlevé plus de parties fines que de parties grossières. Par exemple , la même couverte ayant été soumise à cet examen , à environ un an de distance, est descendue, dans la plus ancienne et première épreuve, de la marque 5oo à 3oo , c’est-à-dire de 200 grammes en quatre heures trente minutes. Dans la seconde épreuve , elle a atteint le même chiffre de 3oo en deux heures dix minutes. J’en ai conclu que les parties de cette couverte étaient plus grossières que celles de la première , soit que l’immersion eût enlevé les parties les plus fines, soit qu’elle eût été moins finement broyée, et qu’il était nécessaire de la broyer de nouveau pour la rendre plus fine, plus fusible et d’un glacé plus uni. Un nouveau broyage lui a, en effet, rendu sa finesse et ses qualités.

Cet exemple suffit pour faire connaître la facilité d’emploi de ’c moyen et son efficacité.

FINESSE DES PARTIES

Je dois faire observer que ce procédé ne peut avoir d’efficacité que pour des corps homogènes dont tous les grains ont la même pesanteur spécifique. > %

Que la plasticité et la sorte de viscosité de certaines argiles , de certaines pâtes peuvent avoir sur le temps de leur précipitation un influence tout à fait differente de celle de la grosseur des parties.

On doit aussi tenir compte de la température à laquelle on opère : les expériences portées au tableau qui va suivre en donnent la preuve.

Certains liquides mêlés à l’eau , comme le vinaigre 5 certains solides dissous dans l’eau , sans en augmenter notablement la pesanteur, en augmentent considérablement la viscosité et ralentissent beaucoup la précipitation des matières pierreuses pulvérulentes. Ainsi, le vinaigre ajouté à la couverte de porcelaine dans la proportion d’environ 3o sur 100 d’eau, retarde sa précipitation de près de moitié.

J’ai présenté ces différentes circonstances d’une manière trèscomparable dans le tableau ci-contre.

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FINESSE DES PARTIES

TABLEAUX de l'évaluation de la finesse des matières pulvérulentes par le temps qu'elles mettent à se précipiter dans Veau à divers états.

On a pris pour terme de comparaison le temps mis pour arriver au même degré dans un cylindre divisé en 500 degrés, équivalant chacun à 1 gramme d’eau.

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