‹ Traité des arts céramiques (volume 2)Chapitre 221 sur 261 · ROMAINES. ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ROMAINES. ALLEMAGNE

Allemagne. — C’est ici que se présente la plus grande difficulté pour distinguer les Poteries et urnes germaines des Poteries et urnes de fabrication romaine.

Il n’y a presque plus de fabrique authentique de fours, de grands dépôts de cette Poterie rouge si caractéristique des fabrications romaines , il faut pour arriver à cette détermination le secours de la céramique, de l’art et de Tarchéologie.

La céramique nous en donne peu , les urnes germaines s’approchant beaucoup par la nature et la couleur de leur pâte de quelques urnes romaines-, l’art en donne davantage, car, quand il y a des ornements sur les urnes ou sur les vases, ils présentent un système et un style très-différents suivant les origines des Poteries ; dans les Germains , comme on le verra plus bas , ce sont toujours des linéaments ou quelques saillies sans aucune coloration.

Dans les Romains ce sont bien quelquefois aussi des linéaments , mais plus ordinairement ce sont des zones , des touches , des feuillages rougeâtres, comme je l’ai déjà dit plus haut.

Cependant, à l’aide de ces caractères céramiques, à l’aide des associations d’instruments, d’armes , de médailles , moyens que ces objets fournissent aux archéologues et aux historiens pour établir les siècles et les peuples, on arrive à reconnaître, sinon sûrement, du moins avec beaucoup de probabilité, à quel temps et à quel peuple peuvent appartenir les Poteries , toujours en fragments, qu’on trouve éparses dans la croûte superficielle de la terre.

C’est surtout dans les provinces Rhénanes de la France et de l’Allemagne que se rencontre, comme je l’ai déjà annoncé, le plus de débris de Poteries romaines des quatre séries de variétés; j’ai déjà cité ces lieux, Rheinzabern près Strasbourg, Heilengenberg, etc. , pour les restes de fours romains qu’on y a découverts et par conséquent pour les Poteries romaines qui les accompagnaient.

M. Schweighœuser, que j’ai été dans l’heureuse et honorable position de citer souvent, a décrit ou plutôt figuré (car je ne sache pas que le texte ait encore paru) en quatorze planches in~4°

POTERIES TENDRES FINES

qu’il m’a envoyées en i833, un grand nombre de parties de vases de la Poterie romaine de la première série, qui présentaient la réunion de presque tous les genres d’ornements qui caractérisent cette première série. Quoique je ne croie pas que cette collection de planches ait été mise dans le commerce, je n’en figure aucunepartie, car ce serait répéter les ornements, attributs, figures d’hommes, d’animaux et de végétaux, dont les planches du Musée céramique et celles de ce traité donnent une idée suffisante pour caractériser cette série.

Cobientz. — Les environs de Coblentz ont fourni depuis peu un assez grand nombre de Poteries à pâte tendre et sans glaçure ; mais la position de cette ville, lieu de passage si général, réunion d’ouvriers de pays si différents, a dû produire un mélange difficile à débrouiller des produits céramiques de fabrication et de fabricants très-différents. On a nié (le docteur Klein) qu’il y eût rien de romain dans cette ville, mais des Poteries présentant les caractères qu’on peut attribuer aux quatre séries de Poteries romaines fournissent à M. Aug. Wilhelm de Kloster Jiosleben , avec d’autres objets qu’il regarde également comme romains, des preuves pour établir le séjour des ouvriers de cette nation dans cette ville. Ce sont plusieurs formes de plats ou d’écuelles, de bouteilles, en pâte fine, grisâtre, jaunâtre et rougeâtre, bien cuits et décorés quelquefois de ces caissons qui sont un des ornements caractéristiques de la Poterie romaine de la première série (‘). Des urnes à pâte brun-rouge, avec un lustre noirâtre, de la seconde série , renfermant des os à moitié calcinés; enfin des pots en pâte blanc-jaunâtre sale, assez perméable, avec des zones de couleur rouge brique mat , semblables à celui qui est figuré Musée céramique, M, PI. vin, fig. 1 , qui vient de Rhindorff.

Dans les provinces de la Hesse-Rhénane, M. le docteur Jos. Émile, en décrivant, dans une dissertation qui a paru à Mayence en 1 8a5 , les Poteries romaines de cette province, distingue trèsbien trois qualités de Poteries provenant toutes trois de Potiers

(*) Aug. Wilhelm , de Kloster Rosleben , dans Krcse Dexttiche aUerlhumer. t. III, S* partie, 1829, p. 11 , PI. i, fis- A à L.

KOMAINES. ALLEMAGNE.

romains. La rouge, lustrée dure, qu’il appelle, à la manière des Allemands, terre sigillée. Une autre, à pâte brun rougeâtre, moins fine que la précédente, à lustre brun-rouge foncé, c’est notre seconde variété 5 enfin la troisième sorte, à pâte grossière , blanc sale , matte , couleur extérieure rouge-briqueté , tendre et très-altérable , c’est ma quatrième variété trèscommune aux environs de Bonn, et dont j’ai donné des exemples (*).

Les terres dont ces Poteries sont faites se trouvent, dit le docteur Émile, dans le pays même, c’est-à-dire aux environs de Saarbruck, de Weisenau, de Kastel. On a reconnu dans ces lieux d’anciens ateliers de ces Poteries.

Ratisbonne. — Je ne citerai plus qu’un exemple de cette fabrication romaine trouvé en Allemagne ; c’est le vase de la forme singulière figurée sur cette page, n° 17, qui a été trouvé dans la ville de Ratisbonne avec deux autres semblables , mais plus grands. Celui-ci a 20 centimètres de diamètre sur (x\ de hauteur. Je l’ai vu dans le cabinet historique de Ratisbonne , où il est placé comme vase romain. Sa pâte est rougeâtre , très-cuite ; il est sonore, et a été fait avec soin sur le tour.

Espagne. — En recherchant dans ce royaume des antiquités céramiques, on n’en trouve de remarquables, et encore en bien petit nombre en comparaison de la quantité qu’on en fabriquait du temps des anciens Romains , que dans deux localités : aux environs deMurviedro (l’ancienne Sagonte) et de Tarragone.

Les Poteries de Sagonte nous ont été signalées par Pline (2), qui semble les placer au troisième rang des meilleures Poteries de fabrication romaine ; puis rappelées par tous les historiens, qui ont porté le nombre des Potiers de cette ville et de ses environs jusqu’à douze cents-, mais aucun n’en a donné une

(') Musée céramique , M, PI. vin, /?</. 10. (*) Livre XXXV, eliap. XII , ad finem.

POTERIES TENDRES FINES

description suffisante pour qu’on puisse en tirer des caractères précis. M. Alexandre de Laborde a inséré, dans son Voyage, quelques notes à ce sujet, mais entièrement sous le rapport historique. . . Comme je n’ai vu qu’un très-petit nombre d’échantillons des Poteries sagontines , j’extrairai , avant d’arriver à la détermination de ces échantillons, de l’ouvrage de M. de Laborde quelques passages (*).

« Les vases de terre fabriqués à Sagonte par les Potiers » romains étaient encore plus célèbres que ceux de Tarragone. » Cette fabrication remontaitaux siècles les plus reculés. Plusieurs » de ces vases sont marqués d’inscriptions celtibériennes et de » bas-reliefs semblables à ceux des médailles inconnues. La plu- » part ont conservé le nom des familles romaines de » Sagonte. »

Les Romains y fabriquèrent plusieurs des sortes de Poteries que j’ai distinguées plus haut, mais surtout la mieux caractérisée, celle dont l’origine romaine est partout signalée par la ressemblance complète (ce qui est toujours pour moi un sujet d’étonnement) de la pâte, de la glaçure et des décorations en relief.

M. de Laborde admire le vernis brillant, mais il en exagère et l’éclat et l’épaisseur , comme toutes les personnes qui n’ont point étudié ces matières.

Je n’ai pu acquérir une juste idée de ces Poteries que du moment où M. Th. Pichon, consul de France à Barcelone , en a pu recueillir quelques débris dans les environs de Murviedro, sur le sol même de l’ancienne Sagonte, mais ils étaient bien suffisants pour établir leur identité si complète avec les autres Poteries romaines rouges que je viens d’énumérer, que si je ne le tenais d’une personne que je connais aussi bien que M. Pichon, je pourrais douter que ces échantillons ne vinssent, ou de France, ou d’Angleterre.

Ils sont de deux sortes : les uns appartiennent à la Poterie rouge décrite p. 4^2 , et figurée PI. xxx; un seul présente des ornements en relief : ce sont des portions de rosace et de

/ (') Voyaye pittoresque en Espayne, in-fol., 1806, t. I*% p. 80.

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